28. Comprendre.

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Mac me ramena à ma cellule, le visage fermé, le regard dur.
- T'as bien merdé, Matthews. Qu'est-ce qui t'as pris bon sang ?

Je ne répondis pas, continuant à faire ma mauvaise tête, alors qu'à l'intérieur je tremblais comme un gamin. Il avait raison,j'avais merdé sur toute la ligne, mais je refusais de le reconnaître.
Borné. Juqu'au bout.

Il m'abandonna entre mes quatre murs, visiblement énervé face à mon comportement juvénile. Juste avant de sortir, il me tendit l'enveloppe de papier craft brune que Brandy Davenport avait laissée pour moi. Je ne consentis pas à l'ouvrir et la lançai d'un geste rageur sur mon matelas.
À quoi bon la lire ? Elle contenait sans aucun doute notre plan d'attaque pour l'appel. Et j'avais foiré de par mon comportement inapproprié, par ma rage que j'avais balançée sans aucun complexe sur mon avocate qui n'y était pour rien. C'était bien joli d'avoir un plan d'attaque, des preuves de circonstances atténuantes si je n'avais plus aucun avocat. J'allais devoir assurer ma défense seul devant le juge. Ou faire la larve et retourner lécher les bottes du gros Dolan pour qu'il accepte de reprendre mon dossier. L'un dans l'autre, c'était perdu d'avance. J'avais tout gâché.

Je me maudissais pour avoir réagi de la sorte. Au bout de dix ans dans ce couloir glauque et putride, j'étais pourtant parfaitement bien placé pour savoir que la colère, l'impulsivité et la rancœur n'apportaient jamais rien de bon ici. Combien d'hommes avais-je vu foutre en l'air leurs affaires en se laissant bouffer par ses sentiments parasites ? Malgré tout, j'avais laissé ceux-ci prendre le pouvoir, ma déception, ma peine, mon incompréhension se changeant en haine, jusqu'au point de non retour.

En fin de compte, je me résolus à ouvir l'enveloppe. Je savais ce qu'elle contenait, alors à quoi bon jouer l'autruche ? Je devais être un homme, accepter le destin, assumer les conséquences de mes actes.
Un simple feuillet en tomba. Loin d'être la ligne de défense imaginée, il s'agissait d'une lettre manuscrite, couverte d'une écriture arrondie, aux courbes douces.

Matthews,

Quand tu liras ce papier, je serais déjà aux walls. J'aurais pu et peut-être même dû t'annoncer mon départ, parce que tu n'y comprendras rien du tout avant de lire ceci. Je commence à te connaître et je suis presque certain que tu vas être en colère et déçu. Peut-être même attristé pour mon joli petit cul de speck* . J'aurai voulu t'en parler, te le dire de vive voix. T'éviter de passer par les états dans lesquels tu t'es probablement mis quand tu t'es rendu compte que ton pote est parti sans un mot pour toi. Je m'excuse, frère, mais je n'en ai pas eu la force.

Il y a deux semaines, quand tu m'as retrouvé en colère et effrayé après l'exécution de Benson, je t'ai dit que Gomez était venu se vanter des détails horribles de celle-ci. C'était vrai, mais en même temps il m'avait remis le mandat. Cette putain de feuille avec son logo dégueulasse de l'état du Texas. Celle qui t'annonce quand tu vas quitter cette terre pour rejoindre notre créateur. Je n'ai pas eu le courage de t'en parler, ni la force. J'ai toujours su que je creverais ici, Santa Maria me vienne en aide, j'ai tué deux enfants. C'était un accident mais je l'ai fait. J'ai coupé leurs petites vies en plein vol. J'ai fait saigner le cœur de ma pauvre mamita. Ce jour-là, j'ai sans doute vraiment abandonné mes chances de rédemption. Dios Mio, j'ai rendez-vous avec les flammes de l'enfer, mi hermano. J'ai peur, tu l'as vu par toi-même. Et honte. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir dire pour me justifier devant Dieu ? Il n'y aucune excuse à ce que j'ai fait ce jour-là.

Dans le couloir, j'ai profité de ma notoriété, de mes liens du sang vers l'extérieur, de la peur que j'inspirais de par mon statut pour me rendre la vie plus facile. Je ne me suis lié à personne. J'avais cette image de badass à conserver, à exploiter. Puis on m'a changé de cellule et je t'ai rencontré. Bordel, Colton, tu n'as rien à foutre ici. Rien du tout. Ta seule erreur à été de défendre cette nana qui n'a même pas eu la décence de témoigner pour toi. Alors ouais, maintenant elle veut bien le faire. Tant mieux. Mais est-ce suffisant ? Est-ce que ça rachète les années passées ici, la mort de ton innocence ? Tu n'es pas comme nous, mi hermano, tu n'es pas un criminel .Tu n'a pas ta place ici.

Tout ça, ça m'a fait réfléchir. Beaucoup. Jusqu'à m'en filer la migraine. N'y avait-il aucun moyen de te faire sortir ton cul d'ici ? J'ai pensé à menacer ta Mitsy, à lui envoyer des hommes de main pour l'intimider et la faire assumer sa part de culpabilité dans ton histoire. Mais ce n'est pas ce que toi tu aurais voulu. Tu aurais fini par l'apprendre un jour ou l'autre. Et même s'il existait de fortes chances que je ne sois plus parmi les vivants à ce moment-là, je ne pouvais pas ternir mon image à tes yeux pour ça. Puis, au détour d'une discussion avec Marissa, la solution m'est apparue.

J'ai du fric, énormément de fric, qui ne me sert à rien. Marissa à assez de biftons pour vivre une vie décente, loin de la rue jusqu'à l'âge d'être une abuela. Et il en resterait. Un paquet. Elle m'avait déjà parlé de Brandy Davenport. Elle avait fait des recherches pour me sortir d'ici. Mais mon cas n'intéressait pas cette avocate. Parce qu'elle ne sauve que des innocents. Ce que je ne suis pas.
Je l'ai contactée, via Marissa. Tu n'entrais pas dans ses critères à première vue : tu l'as tué cet hijo de puta. Même si le monde tourne mieux sans lui. Même s'il n'a eu que ce qu'il méritait. J'ai rencontré Brandy plusieurs fois. En rencontres légales. Elle n'était pas mon avocate. J'ai du récuser le mien pour la voir. Mais ce n'était pas pour ma défense. Deux choix s'offraient à moi : assurer ma propre défense pour la voir, précipitant ma chute ou abandonner cette idée et penser à mon cul.
J'ai choisi la première solution. Quand elle a appris que moi, le chef de gang égoïste et sanguinaire, j'étais prêt à précipiter ma date d'exécution pour essayer de sauver la peau de mon voisin de cellule, elle a accepté de lire ton dossier. Puis de le prendre en charge. Nous nous sommes mis d'accord sur un forfait. Ses honoraires sont payés, entièrement. Jusqu'à ce que tu sortes d'ici pour aller respirer l'air des plaines du Texas, ou d'ailleurs (ce que j'espère que tu feras) ou jusqu'à ce que notre belle justice te plante une aiguille dans le creux du coude.
Tu es ma rédemption Colton. Peut-être que cet acte -là sauvera mon cul devant notre Seigneur. Peut-être qu'il rachetera mes crimes. Peut-être pas. Mais si j'ai une chance de te sortir d'ici, de t'offrir la liberté, de t'offrir une vraie vie. Alors je laisse filer la mienne avec le sourire. Même si j'ai peur. Même si je n'ai aucune envie d'accorder la victoire au Texas. Ma vie pour la tienne, Mi hermano.

Te quiero,

Reynaldo "El verdugo" Reyes.

*Speck: terme de prison pour parler des latinos. Péjoratif mais ceux-ci l'utilisent quand même parfois entre eux.

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