16. Eclaircie

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Plusieurs jours passèrent ainsi : je remplissais les heures à essayer de trouver une solution concernant Mitsy et Saskia, et la plupart des soirées à jouer aux cartes et discuter avec Rey.

J'avais appris beaucoup de choses le concernant. Ce n'était pas le genre de type à parler de sa vie personnelle facilement, mais j'avais une fâcheuse tendance à attirer les confessions.

Il me parla de son mode de vie, tombé tout petit dans les gangs sans en avoir vraiment le choix, son père ayant été une figure des plus importantes au sein des Tango Blasts. Quand Rey eu seize ans, son paternel mouru kidnappé et égorgé, trahi par l'un de ses bras droits.

Son corps fut retrouvé calciné, mais l'autopsie avait tout de même permis de retrouver la trace de l'assassin. Et bien entendu, le gang ayant la main longue, le coupable n'avait pas eu le temps de passer derrière les barreaux. Balancé par un policier corrompu, les membres de Tango Blast avaient mis la main sur lui bien avant la justice. Rey fut chargé de s'en occuper afin de venger son père.

Aidé et supervisé par trois hommes de main, Rey prit le traître au piège et le tortura à l'aide de méthodes innommables qui me glacérent le sang. Il y gagna une place tout en haut de la hiérarchie de son gang, ainsi que son surnom de "El Verdugo" : le bourreau.

Il avait d'ailleurs pris soin d'exhiber avec fierté son tatouage immense, qui couvrait la quasi-totalité de son dos, lors de son arrivée, à moitié à poil. Une vue des grattes-ciels de Houston, la ville racine du gang avec son surnom tatoué en lettres cursives hautes d'une dizaine de centimètres.

J'aurai dû le craindre, être mal à l'aise face à ce type de tueur au sang froid qui m'était diamétralement opposé, moi le Zorro des trailers parks.

Pourtant, il y avait une sorte de respect et de compréhension entre nous.

J'avais l'impression que derrière le masque de gros dur à la tête du plus gros gang chicano de l'état, j'arrivais à apercevoir un type comme moi. Un trentenaire loyal, avec des principes et un fond loin d'être mauvais mais emporté dans la tornade de son environnement socio-culturel.

Derrière ses apparences de durs, Rey avait un cœur qui battait.

Je pouvais le voir en filigrane à chaque fois qu'il parlait de Marissa, sa petite-amie, une jolie brune qu'il avait rencontré enfant et n'avait jamais cessé d'aimer et de mettre sur un piédestal.

Le crime qui l'avait envoyé dans le couloir l'avait profondément bouleversé. Il n'avait aucunement l'intention de tuer deux enfants. Ils avaient juste été au mauvais endroit au mauvais moment.

Il était penché par la vitre du siège passager d'une Chevrolet Camaro, une AK47 à la main.

Pendant que le conducteur roulait au ralenti, il avait arrosé de tirs les membres d'un gang aryen.

Des ennemis. L'un d'entre eux, lâchement, était sorti de sa maison, arme au poing, tenant devant lui ses deux enfants, une fille et un garçon de cinq et sept ans, en guise de bouclier.

-C'était lui ou moi, Colton, me répétai souvent Rey, en secouant la tête.

Il se rappellait avoir eu le temps de voir les deux gamins s'effondrer sur le trottoir, leur sang dégouliner et remplir la rigole d'une rivière rouge. Mais ce qui l'avait le plus marqué c'était les boucles blondes de la fillette, poissées de sang.

Les visages de ces deux gamins venaient souvent le hanter, et il fut des nuits ou ses hurlements de terreur me réveillaient.

Parfois, il n'était pas d'humeur à jouer aux cartes, et je l'entendais parler, murmurer, pour lui-même. Dans ces moments-là, je me disais que mon nouvel ami n'était qu'à quelques pas de sombrer dans la folie. Et que si un tel "monument" que Reynaldo "El Vertugo" Reyes se trouvait si près de traverser la ligne marquant la frontière entre un esprit sain et un esprit perdu, alors j'espérais que dieu puisse nous venir en aide.

Un soir, alors que j'étais un peu bougon, torturé par le fait de ne toujours pas avoir de solution concernant Saskia. Il s'enquit de mon mal-être et je finis par lui dévoiler ce que j'avais sur le cœur. Il m'écouta dans un silence quasi religieux, me faisant me demander s'il ne s'était pas simplement endormi, berçé par ma diarhée verbale. Au bout de mon histoire, cependant, il me répondit :

-Amigo, va à la pêche.

Je savais très exactement ce que cela voulait dire, il voulait que je "fish". La pensée qui me traversa l'esprit était qu'il allait me donner une barre de chocolat, ou un paquet de Doritos pour combler mon mal être dans la bouffe, lui qui avait des aides extérieures à revendre. Je sortis donc ma canne à pêche et fut extrémement surpris de ne ramener qu'une note pliée en morceau. Je dépliai le morceau de papier froissé pour lire ses mots.

"Je suis l'ami proche de Graham Bell. Obtiens l'adresse mail de Saskia. Marissa arrangera tout. Mange cette note".

Je déchirai la note en petit morceau et commençais à les avaler pour effacer les mots compromettants.

-Je n'arrive pas à le croire ! clamai-je entre deux bouchées.

Rey n'était pas fou, il ne parlait pas seul. Il avait un téléphone portable.

Et je l'entendis éclater de rire pendant que je mâchais les dernières preuves.

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