8. Visite.

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Le gardien m'enleva les menottes qui me retenaient les poignets et la chaîne qui entravait mes chevilles .
J'entrai dans l'espèce de placard à balais qui servait de salle de visite individuelle pour les détenus du "couloir".
En face de nous, de l'autre coté de la vitre blindée, se trouvait une grande salle de type réfectoire.
Les détenus de la population générale, ceux dont la vie ne s'arrêterai pas ici (ou en tout cas pas sur décision judiciaire) avaient le droit de se rendre dans cette salle et de s'y asseoir avec leurs familles.
Seuls les condamnés à mort étaient cantonnés de l'autre côté de la vitre pour parler à leurs proches.
Au fond de la salle se trouvaient des distributeurs de snacks, barres chocolatées, chips, boissons gazeuses et fruits.
Nos visiteurs pouvaient s'y sustenter ou y faire des achats pour nous, que les gardiens nous enverraient ensuite en cellule.
C'était un des gros avantages des visites : recevoir des friandises et surtout des fruits (qui étaient cruellement absents des plateaux-repas servis par la prison).

Je m'assis et vis Saskia arriver, la démarche légère, mais le regard dur.
Son visage s'illumina quand elle m'aperçut.
Elle s'assit sur la chaise disposée à cet effet et je décrochai le combiné téléphonique qui nous permettrait de communiquer durant l'heure de visite.
- Salut Sask', tu as fait bon voyage ? m'enquis-je

-Oui, pas trop mal, mais ça va me coûter un bras cette fois, l'abri n'avait pas de place disponible.


L'abri était une sorte de chambre d'hôtes réservées aux personnes dont un proche résidait dans le couloir de la mort. Les tarifs y étaient bien plus légers que dans les môtels de la région, qui tiraient avantage de la misère émotionnelle des familles en pratiquant des prix exhorbitants.
L'abri était également un véritable refuge, un endroit où les familles n'étaient pas jugées pour les crimes de leur enfant, frère ou mari. Il avait été crée par la mère d'un détenu qui avait été exécuté bien des années plus tôt, une femme expérimentée, qui accueillait les familles à bras ouverts, ayant toujours un mot de réconfort pour chacun, plus particulièrement lors des veillées d'exécution.


C'était le cas ce jour là, un type de l'unité B, allait être exécuté. Il avait été transféré un mois auparavant, à la prison de Huntsville, un minuscule bâtiment composé d'à peine une dizaine de cellules et se trouvant dans le village voisin. Le village d'Huntsville tout entier avait été bâti autour de la minuscule prison qui n'accueillait que les condamnés ayant reçu leur date d'exécution.
Petits môtels hors de prix, "dinners" à tous les coins de rues (comme si les soirs d'exécutions et les jours les précédants pouvaient ouvrir l'appétit à qui que ce soit), et quartiers résidentiels abritant les gardiens et leurs familles.
Le type qui allait mourir ce soir s'appellait Morgan Peterson, il avait été condamné pour avoir mis le feu à sa baraque, y faisant brûler vives ses trois filles.
Son cas était hautement médiatisé, les preuves de son crime étant quasiment inexistantes, à contrario de celles témoignant de son innocence.
Malgré tout, Morgan aurait rendez-vous avec la faucheuse ce soir à dix-huit heures. Telle était la loi au Texas.

Oeil pour œil...

Saskia entra dans le vif du sujet :

- Colton, cette fille me harcèle littéralement, pas une journée ne passe sans que je ne reçoive un message de sa part.
-Je suis désolé Sask'. Putain ! Dix ans ! dis-je en tapant du poing sur la tablette de bois, faisant trembler à la fois la vitre et Saskia, surprise par mon soudain mouvement d'humeur.
-C'est débile c'est certain, repris mon amie, je dois me renseigner mais je suis presque certaine que le kit d'abus sexuel à atteint le délai de prescription.

- Dix ans, répétai-je, presque pour moi-même... Pourquoi?

-Je n'en sais rien, soupira-t-elle en haussant les épaules, tu vas dire que c'est de la jalousie mal placée mais...

-Mais quoi?

-C'est quand même étrange ce revirement de situation, après dix ans, elle débarque comme une fleur et exige de te voir... Dix ans étant le délai de prescription de la majorité des enquêtes, je trouve ça un peu facile, si tu veux mon avis.

-Tu veux dire que...

-Mais bien sûr Colton, me coupa-t-elle, ne soit donc pas idiot, elle veut renouer avec toi, racheter son âme, sa rédemption que sais-je, mais sans se mouiller et exposer son viol au grand jour...

Je soupirais, j'avais gardé la naïveté de mon adolescence sur certains aspects, je n'avais absolument pas pris ces paramètres en compte.

-Je vais tout de même me renseigner sur ce kit de viol et sa validité, mais je ne compterais pas trop la-dessus, conclut Saskia, à toi de voir si tu veux la rencontrer, malgré tout.

Le temps de visite arrivait déjà à son terme, mon amie me souhaita force et courage, comme à son habitude avant de s'éloigner.

Enchaîné tel un forçat et escorté par mon garde, je rejoignis ma cellule, le cerveau encore plus en vrac qu'avant la visite.

J'avais espéré que les conseils de mon amie m'aideraient, ils n'avaient réussi qu'à m'enfoncer encore plus profondément dans mes doutes.

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