3. Dégringolade

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Le lendemain je ne vis pas Mitsy de toute la journée . Le soir venu, j'allais me poster sur la balancelle.
Les lumières étaient éteintes dans la maison voisine, chose plutôt rare, il n'était que vingt deux heures.
Je fumais mon joint seul, en silence.

C'était la première fois que Mitsy ne se pointait pas sans me prévenir auparavant.

Pour une raison inconnue, je me sentais inquiet.

Ca n'était pas dans ses habitudes de me planter là. Avait-elle eu des problèmes à l'école pour avoir frappé Roxy ? Avait-elle fugué de peur de représailles? Était-ce possible qu'elle se soit enfuie en me laissant derrière elle comme une vieille chaussette ? Sans un mot ?

Je restais là, à me poser mille questions, seul dans le noir.

Au bout d'une éternité, j'entendis une voiture entrer dans l'allée, c'était ma mère au volant de notre vieille Ford Camaro déglinguée, celle-là même que j'utilisais pour mes "affaires" quand ma mère dormait.
Le bruit du moteur me sortit de ma torpeur et je réalisais que l'aube était là, un timide lever de soleil pointait à l'horizon, j'avais passé la nuit dehors, à me triturer le cerveau.
Ma mère sortit de la voiture, tirant sur sa robe noire pailletée trop courte qui dévoilait la moitié de son postérieur, toujours jolie malgré la quarantaine qui approchait.

Elle eut l'air surpris en me voyant assis seul à cette heure matinale.
Elle s'assit à mes côtés, à la place qui , d'habitude, était celle de Mitsy.

-Salut mon grand.

-Salut m'man.

-Tu es déjà debout?

-Je n'arrivais pas à dormir.

Elle posa un regard inquiet sur moi, elle vit que le mien ne décollait pas de la maison d'à côté.

-Ta chérie t'as posé un lapin?

Je m'efforçais de prendre un air détaché, l'air du jeune homme cool qui ne va pas se laisser emmerder par une nana, mais ma mère était intelligente, on ne la lui faisait pas aussi facilement.

-Tu sais, elle était peut-être juste fatiguée, parfois les filles sont un peu égoistes.

-Je sais m'man, ça va, t'inquiètes pas, je vais bien.

Elle me regarda peu convaincue quand je me levais.

-Je vais me coucher m'man, bonne nuit.

Cette après-midi là, j'avais rendez-vous avec Luis, c'était un de ces gars, qui traînait lui aussi dans des petites arnaques et menus larcins qui permettaient de nous rendre la vie plus aisée .
Débarqué de Californie à l'âge de quinze ans, Luis y avait fricoté pas mal avec le gang mexicain célèbre sur la côte ouest: El Norte.


L'arrivée d'un Norteñero dans le coin n'était pas passée inaperçue. Plusieurs gangs du coin l'avaient immédiatemment courtisés, avides d'obtenir des infos sur la gestion d'un tel gang. Cependant, Luis avait immédiatement coupé court à toute sollicitation. Il voulait rester un électron libre, se gérer seul. Un soir, petite frappe issue d'un gang local avait jugé bon de le menacer d'une l'âme, pour la simple raison qu'il pensait que mon pote rejoindrait ainsi les rangs, comme un brave mouton de panurge.
Il est vrai qu'il ne payait pas de mine, petit et fin, il était le sosie de John Leguizamo dans le "Romeo + Juliet" de Baz Lurhmann, mèche au vent et jeans skinny.

Il avait tort de se fier à cette apparence de fashion victim fragile. Luis était un dingue. Il avait maîtrisé la racaille menaçante d'une seule main, se saissisant de l'arme, il lui avait tranché une oreille, l'abandonnant au fond d'une ruelle sombre, où il le laissa pisser le sang.
Cette agression lui avait offert un séjour de cinq ans, aux frais de l'état, dans une des pires maisons de corrections du pays. Il en était ressorti encore plus cinglé, mais au moins personne ne lui cherchait plus de noise.
J'ignore pourquoi mais je lui avait tapé dans l'oeil d'une certaine façon. Il m'avait pris sous son aile, et m'avait permi de grandir dans la rue, tel un éléctron libre, prenant le taf là ou il se trouvait, m'apprenant les ficelles du métier.

Ce jour-là, il avait un deal à faire au cœur d'un des quartiers les plus chauds de la ville. Sa voiture avait été démolie par son cousin Chico, la veille lors d'une course-poursuite avec la police, suite à une magouille ayant mal tourné.Chico avait pris une balle, il était dans un hôpital, à attendre de guérir avant d'être transféré en prison. Et moi, de servais de chauffeur à Luis, le temps qu'il puisse dénicher une autre voiture.

Nous étions parqués dans une ruelle à l'abandon, patientant avant que son "contact" n'arrive.

-Chico va s'en tirer? demandais-je.

Il tourna vers moi son visage à la fois fier et méprisant, à moitié recouvert de tatouages.

-J'espère pour lui, cet "hijo de puta" ferait mieux de vite filer en taule, avant que je ne lui tombe dessus.

Je ne répondis rien, je connaissais le tempérament de feu de Luis, et foutre en l'air sa voiture avait été une foutue mauvaise idée, il valait mieux pour Chico qu'il fasse une longue peine de prison, histoire que Luis digère la nouvelle et ne le croise pas avant que le feu de sa colère ne se soit éteint.

- Je l'ai dit à ce cretino, si les flics te coursent et vont t'avoir, soit un homme, sors et tire dans le tas.

Je n'étais pas certain que l'idée soit bonne, tirer dans un tas de flics avait de grandes chances de vous envoyer illico presto dans le couloir de la mort, dans notre cher état du Texas.

Luis sortit un flingue de la poche intérieure de sa veste de cuir.

-Tu vois ça, amigo, c'est la meilleure porte de sortie, dit-il en regardant amoureusement l'arme.

Je fut pris de panique, je connaissais très bien le coté extrème de Luis et le voir agiter une arme sûrement chargée dans un espace aussi réduit que l'habitacle de ma vieille guimbarde me rendait extrèmement nerveux.
Je repensais subrepticement au nombre de personnes mourant chaque année, par la faute d'unebelle perdue. Je n'avais aucune envie qu'un geste maladroit achève ma pauvre vie sur le siège avant d'une voiture déglinguée, dans une ruelle mal famée de Denton.
J'étais texan de souche, tout le monde ici possédait une arme. Même ma mère. Mais je m'étais toujours tenu à l'écart de celles-ci. Elle mre rendaient nerveux.Autant vous dire que voir mon "ami" embrasser le canon de cette arme me mettait vraiment très mal à l'aise.

-Luis s'il-te-plaît, range-la, murmurais-je le plus calmement possible.

Il me lança un sourire malsain, le genre de rictus sombre et effrayant que l'on ne croise que dans le regards des fous à l'asile.

-Relax, tonto! Faut t'acheter une paire de cojones!

Cependant il rangea son arme à mon grand soulagement.

Il faisait déjà nuit quand j'arrivais chez moi le soir et en sortant de la voiture, j'aperçus le dos de Mitsy qui avait l'air de vouloir m'éviter en rentrant précipitemment dans sa maison.

Je criais:

-Mitsy!

Elle s'arrêta net, me tournant toujours le dos.

-Tu m'évites Mitsy, pourquoi? Parle-moi! dis-je d'une voix où le stress et l'angoisse pointaient bien plus que je ne l'aurais désiré.

Elle se tourna lentement vers moi, et c'est alors que je vis l'enorme ecchymose qui fermait son oeil droit à moitié.

Le coup était noir, l'oeil de Mitsy était gonflé et elle ne pouvait pas l'ouvrir.

Je m'entendis gémir:

-Oh Mitsy...

Sur ces mots, elle se jeta dans mes bras en sanglots.

-C'est cette Roxy qui t'as fait ça?

Elle rit, un rire cristallin, totalement inattendu.

-Bien sûr que non Colton, elle a bien trop peur de moi!

-Alors qui? Et pourquoi? je sentais la colère monter en moi. Mitsy je te jure que je vais déf...

Elle me coupa la parole.

-C'est lui, Colton, Derreck...

- Ton beau-père mais...

Elle reprit:

- L'autre soir, tu sais quand je me suis endormie sur la balancelle? Je me suis réveillée, le soleil se levait, j'ai eu une angoisse, il ne fallait pas qu'il me trouve là, dieu sait ce qu'il allait penser. Donc je me suis levée et je me suis précipitée chez moi, je m'appretais à rentrer à pas de loup, car je ne devais pas le réveiller, mais quand j'ai ouvert la porte, il m'attendait derrière. Il savait Colton, il m' a vue dormir devant chez toi. Il m'attendait, je ne sais pas depuis combien de temps, mais il m'attendait.

Je ne trouvais pas les mots, il avait frappé Mitsy, pour la seule raison qu'elle avait dormi dehors, il ne s'était rien passé entre nous, nous n'avions pas eu de rapport sexuel ni quoique ce soit d'autre qui justifie qu'il défigure ainsi le doux visage de cette fille.


Je me sentais hors de moi, je sentai les muscles de mes cuisses tressaillir sous mon jeans, mûs par une colère sourde. L'envie d'aller frapper à la porte et de défoncer la gueule de ce connard de toxicomane était en train de me ravager le cerveau. Mais, malgré tout, je savais que je ne pouvais rien y faire. À quoi servirait d'aller provoquer cette armoire à glace? Malgré ma colère et ma haine, il aurait facilement le dessus sur moi, mon gabarit était bien inferieur au sien, et qui plus est, il avait sans doute bien plus d'expérience que moi en matière de bagarre.

Le peu de "batailles" que j'avais livrées dans ma courte vie se résumait à des bagarres de collégiens, j'avais toujours réussi à survivre dans la rue grâce à mon intelligence et à ma capacité d'analyse qui m'avaient toujours permises de me tirer des faux pas face à plus fort ou plus dangereux que moi.
Alors que pouvais-je faire face à un monstre comme Derreck et sa masse musculaire dépassant allégrement la barre des 100 kilos....

J'en étais là de mes réflexions quand la porte grillagée de chez Mitsy s'ouvrit à la volée.

Derreck apparut sur le seuil, vêtu en tout et pour tout d'un vieux caleçon sale, la bière à la main.

-Mitsy, tu rentres! vociféra-t-il.

Je la sentis se serrer en tremblant dans mes bras.

Je m'entendis alors dire d'une voix assurée:

-Non .

Mauvaise idée,Colton, très mauvaise idée.

En une seconde il se trouva devant moi, me dominant de toute sa hauteur, d'une main il saisit le bras de Mitsy qu'il envoya valdinguer dans le décor; et, avant que j'ai le temps de réaliser ce qui se passait, je sentis mes pieds quitter le sol alors qu'il me soulevait à bout de bras, me tenant par la gorge.

Il approcha son visage rougeaud et furibond du mien, ses traits étaient déformés par la haine.

-Ecoute-moi bien grand chef, tu vas te meler de ce qui te regarde, me cracha-t-il au visage, son haleine chargée de bière et de whisky, m'empêchant de respirer, c'est bien compris?
Si je vois encore ta gueule de peau rouge approcher de ma fille, je te jure que je vais te scalper à la manière de tes ancètres sauvages, capiche?

Sur ces mots il me propulsa au sol ou j'atteris dans une flaque de boue, il emmena Mitsy en pleurs à l'intérieur de la maison, et avant que jai eu le temps de me relever, la porte se referma sur elle.

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