Chapitre 14 : La magie des rêves

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Lyia est passée en début d’après-midi pour mes derniers soins. D'après elle, je peux commencer à marcher sans risque. Je profite donc de cette autorisation pour aller me balader dans l’école. J’ai bien envie d’aller me coucher dehors, au soleil, pour me reposer et un peu me remettre les idées en place. Le réel problème est de réussir à trouver la porte menant au parc extérieur. C’est un véritable labyrinthe. Je tourne en rond et ne croise pas un étudiant pour m’aider.

Après une quinzaine de minutes, je me retrouve en face de la bibliothèque. Il doit bien y avoir des étudiants pour me montrer le chemin. À peine entré, j’hume l’odeur de livres, c’est sûr, le paradis à l’odeur des bibliothèques. Il y a des vingtaines de rangées de vieilles armoires en bois massifs remplies de bouquins. Je m’avance en regardant les panneaux de chacune d’entre elles. Histoire de la magie, voyance, invocation, ésotérisme, magies élémentaires, télékinésie, magie des rêves.

Magie des rêves ? Est-ce que mes cauchemars seraient une forme de magie ? Y aurait-il un lien ? Je rentre dans la rangée. Il y a une tonne de livres… Lequel choisir ? Soudainement, un bouquin se met en mouvement pour atterrir dans mes mains.

  • Je te conseille celui-là, dit une voix derrière moi.

Je me retourne et vois Rose en train de me sourire.

  • Comment tu as su que je voulais lire un livre sur les rêves ? lui demandé-je.
  • Je ne le savais pas avec certitude, mais on ne rentre pas dans une bibliothèque par hasard, et encore moins dans le rayon « magie des rêves ».
  • À vrai dire, je me suis perdu en cherchant le parc… Mais en voyant ce rayon, je me suis posé des questions sur mes cauchemars.
  • Ce livre est très complet. Si tu veux, je l’ai déjà lu donc tu peux me poser des questions, sourit-elle.
  • C’est un peu long, on pourrait aller se poser au parc pour en parler ? Ça me ferait du bien de profiter un peu du soleil.
  • Quelle merveilleuse idée, c’est vrai qu’il fait magnifique aujourd’hui en plus !

Elle me guide donc vers le parc. J’étais totalement à l’opposé, un jour mon sens de l’orientation aura ma peau.

  • Tu n’es pas trop perdu dans l’école ? me demande-t-elle.
  • À vrai dire, je suis perdu dans tous les sens du terme. Dans cette école, dans ma vie, dans mes sentiments, dans la vision de mon avenir…
  • Je comprends, je n’aimerais pas être à ta place. Si jamais tu as besoin de parler, nous sommes là.

Nous arrivons dans le parc et nous nous posons au soleil. La chaleur sur ma peau me fait tellement de bien.

  • Bon, je pense qu’avant de te parler de mes rêves, il faut que je te parle du décès de mon père…
  • Prends ton temps, on a toute l’après-midi, me dit-elle.

Rose est vraiment à l’écoute des gens. Elle a beau être relativement réservée, elle sait écouter. C’est agréable de parler avec elle, en temps normal. Mais ici, ça va être compliqué. Je n’aime pas parler de mon père…

  • Silu, Rose ! Qu’est-ce que vous faites ici ? crie une voix derrière une fenêtre.
  • Jake ? s’écrie Rose.
  • Oui, je peux venir avec vous ? Moi aussi je veux me dorer la pilule.
  • Il peut venir ? me chuchote Rose.
  • Ramène-toi, ça m’évitera de me répéter crié-je. Je continue en murmurant à Rose que je devais justement en parler avec Jake donc c’était l’occasion qui faisait le larron.

Il arrive en courant et s’assoit juste à côté de moi.

  • Désolé de vous avoir fait attendre !
  • Pas grave, on a tout notre temps, dit Rose.
  • Et vous parliez de quoi ? Pourquoi Silu ne devra pas se répéter si je suis là ?
  • On allait parler de mes rêves et du décès de mon père.
  • Ah… T’es sûr de vouloir que je sois là ? dit-il en baissant les yeux.

Je pense qu’il culpabilise encore à cause du rêve et de l’apparition de son père. Pourtant, il n’y est pour rien, je lui ai déjà dit. Ça me fait mal au cœur de le voir se torturer ainsi, pour une chose sur laquelle il n’a aucun contrôle.

  • Je pense qu’il faut que tu sois là étant donné ce qu’on a vu dans mon dernier cauchemar.
  • D’accord, dit-il le visage triste.
  • Je pense que pour comprendre mes rêves, je dois vous parler du meurtre de mon père… C’est assez compliqué, mais je vais tenter de vous résumer tout ça. Officiellement, mon père, Eric Mosden, a été assassiné par mon frère ainé, Chris, il y a onze ans. Il lui aurait tranché la gorge le 23 février. Je dis officiellement, car c’est ce que le rapport de police a indiqué, mais je suis persuadé que ce n’est pas le cas. Je connais mon frère et je suis persuadé qu’il n’aurait jamais pu faire ça. Notre père était le pilier de la famille, tout se passait bien avec lui, jamais un mot de travers, jamais une dispute, jamais de rancœur. De plus, l’enquête réalisée par la police était totalement bâclée. Ils ont juste trouvé que mon frère était suspect et se sont acharnés sur lui. Aujourd’hui, je suis le seul à encore croire qu’il était innocent. Ma mère et mon autre frère ont cru la police aveuglément. Avec cette histoire, ma famille a totalement implosé. Chris a fini par se suicider avant que le procès ne débute. Il ne supportait plus toutes les critiques et accusations. J’étais le seul à essayer de l’épauler, mais je n’avais que quinze ans… Je n’étais pas suffisamment mature pour le soutenir… Il m’a laissé une lettre qu’il a écrite juste avant de se pendre dans sa chambre. Il y expliquait juste qu’il était innocent, mais qu’il ne supportait plus tout ça, qu’il m’aimait et que je devais continuer à vivre, que je devais poursuivre mon rêve et devenir vétérinaire. Qu’importe ce qu’il se passerait dans ma vie, il serait fier de moi.

J’ai essayé de rester calme pendant toute l’histoire, mais c’est très compliqué. Toute cette histoire m’affecte toujours. Plus j’avançais dans l’histoire, plus mes larmes coulaient, plus ma voix était cassée. J’en ai déjà beaucoup parlé avec des psychologues ou même avec Zélia, mais je n’arriverai jamais à raconter cette histoire sans m’effondrer.

Lorsque j’ai fini mon monologue, Rose et Jake m’ont pris dans leurs bras le temps que je me remette de mes émotions. Ils n’ont pas dit un mot pendant cette accolade. Mais j’ai senti qu’ils étaient aussi très émus par mon histoire.

  • Ça n’a pas dû être facile à surmonter, mais pourtant tu as réussi. Je suis sûr que ton père et ton frère sont très fiers de toi, dit Rose, au moment où nous finissons notre accolade.
  • Je l’espère… dis-je, en essayant de me reprendre.
  • Prends ton temps pour te calmer, si tu veux j’ai un peu d’eau dans mon sac, propose Jake.
  • Je veux bien, merci.

Il sort sa bouteille et me la tend. J’ai la gorge sèche après avoir autant parlé. Je bois la moitié de sa bouteille d’une seule traite.

  • Ça y est, je me suis un peu remis de mes émotions, passons maintenant à mes rêves. Quelques temps après le suicide de mon frère, j’ai commencé à faire un cauchemar. C’était toujours le même. Dans les phases de crises, il m’arrivait de le faire plusieurs fois par nuit. Ma plus grande crise ayant duré deux mois et demi. Autant vous dire que j’ai été hospitalisé, à ce moment-là, tellement mon corps ne tenait plus. J’ai vu de nombreux psychologues, mais rien n’arrangeait mon état. Le seul moment où ça s’est calmé, c’est quand j’ai rencontré Zélia. Je ne sais pas comment elle a fait, mais je ne faisais ce cauchemar qu’une fois par mois, en moyenne. Ça a été une réelle délivrance pour moi.
  • Et en quoi consistaient tes cauchemars ? me demande Rose.
  • Il fait nuit et je suis sur les lieux du meurtre de mon père. Il est étalé sur le sol en train de se vider de son sang. Devant moi, il y a Nate qui est apparemment le cousin de Zélia. Je n’ai appris cela que récemment. Il me montre le bracelet de mon père pour me prouver que c’est bien lui qui git au sol. Il me dit ensuite, que je dois me rappeler de ce qu’il s’est passé. À la fin, je tombe dans un trou noir et je me réveille.
  • Et ce cauchemar, il a évolué dans le temps ? me demande Rose.

Je lui explique mes deux derniers rêves avec l’apparition de ma mère, du père de Jake, de Jake et de Zélia. Au fur et à mesure que je lui explique tout ça, je vois ses sourcils se froncer.

  • Jake te touchait quand il est entré dans ton rêve ? me demande-t-elle.
  • Oui, je lui tenais la main… avoue Jake.

Il m’a tenu la main pendant mon sommeil ? C’est mignon de sa part. Il devait vraiment se faire du souci pour moi.

  • Ça a l’air assez complexe… Je pense que ce sont des visions du passé qui ont été parasitées par une personne pratiquant la magie des rêves, conclut Rose. Concrètement, avec les informations que tu m’as données, ça ne peut être que Zélia ou Nate qui est responsable. Je pencherai plutôt pour Nate, comme il était le premier à apparaître dans tes cauchemars.
  • Mais Silu n’avait que quinze ans à cette époque, c’est tôt pour déclarer un don, non ? demande Jake, dubitatif.
  • Parfois, suite à un événement traumatisant, ça peut se déclarer plus tôt, répond Rose. Ça peut paraitre indiscret mais as-tu reçu un objet juste après le décès de ton frère ?
  • Oui, il portait toujours une chevalière, dans sa lettre, il m'a dit de la garder précieusement. Je la porte toujours attachée à un collier.
  • Je peux la voir ? demande Rose.

Je sors le collier caché sous mon T-shirt et montre la chevalière à Rose. J’y tiens énormément, c’est un des derniers souvenirs, si ce n’est le seul, que j’ai de mon frère…

  • Je pense qu’elle a été envoutée… Il faudrait demander à Yuna de l’examiner. Dans tous les cas, ceci nous offre un avantage qu’on ne doit pas gaspiller !
  • Pourquoi ? demandé-je.
  • Si elle a été maudite par un sort de magie des rêves, on peut retracer le sorcier derrière le sortilège. Ça nous permettrait de leur tendre un piège et d’arrêter toute cette histoire.
  • Rose, tu es un génie ! s’exclame Jake.
  • Eh eh, il ne faut jamais me sous-estimer. Les rats de bibliothèque sont toujours les plus utiles dans une équipe, se vante-t-elle. Silu, comme tes visions sont parasitées, elles ne représentent plus forcément la vérité… Tu devras attendre qu’on arrête Zélia et Nate pour que la réelle vision se réalise. Tu devras forcément y passer. Je pense que ton rêve se répète sans cesse, car la vérité n’a jamais éclaté dans ta vision… En plus, Nate doit pouvoir amplifier ou diminuer tes crises à son bon vouloir… Si j’étais toi, je me préparerais à une offensive massive dans le monde onirique pour te déstabiliser…
  • T’inquiète pas, on trouvera une solution tous ensemble pour te protéger…
  • Bon, les gars, je vous laisse, il faut que j’aille parler de tout ça avec Yuna et Mme Violane, dit Rose.
  • Ok, à tout à l’heure, dis-je.

Rose rentre dans le bâtiment, fière d’avoir résolu une énigme magique. Jake est en train de réfléchir à quelque chose, ça se voit.

  • Silu, je pense avoir compris une chose qui ne va pas te plaire…
  • Dis-moi… dis-je inquiet.
  • Clairement, tout est orchestré depuis des années… Même ta rencontre avec Zélia l’est… Tu ne trouves pas ça étrange que Zélia soit la seule personne t’ayant permis de diminuer la fréquence de tes crises ? Et si justement, elle avait utilisé ça pour que tu tombes amoureux d’elle ? Et si, depuis le début, elle organise avec Nate la fréquence de tes crises ? Et si elle avait décidé de te briser avant de te rencontrer, pour te remodeler comme elle le voulait ? Je pense que quelque chose nous échappe, et que tout ça dépasse largement une petite guerre entre mage et sorcier… J’ai peur pour toi Silu. Vraiment…

Effectivement, ce qu’il vient de me dire ne me plaît pas du tout… Si cela s’avère être la vérité, alors mon adolescence a été brisée par Zélia, l’amour que j’ai eu pour elle n’a été que manipulation et mensonge. Encore une fois, ma vie vole en éclat… Ai-je un jour fait un choix moi-même ? Ai-je un jour été moi-même ? Suis-je juste la marionnette de Zélia ? Je ne sais plus…

  • Silu, ton frère avait quel âge quand il s’est donné la mort ? me demande Jake plein de compassion.
  • 23 ans pourquoi ?
  • Et si lui aussi avait un don de voyance ? Et s’il avait aussi subi les attaques de Nate dans ses rêves ? Peut-être qu’il s’est donné la mort, car il subissait les assauts de Nate tout en connaissant la vérité sur l’identité de l’assassin…
  • Jake… Arrête… S’il te plaît… Tu vas trop loin… C’est trop pour moi… dis-je au bord de l’implosion. Pas mon frère… Autant, je peux accepter que ma vie soit un mensonge complet, mais pas ça…
  • D’accord, je suis désolé d’avoir dépassé les limites… Mais garde cette éventualité en tête… Il vaut mieux que tu imagines le pire maintenant, plutôt que cela te tombe sur le coin de l’oreille à un moment où ta vie est en danger…
  • Je sais que tu ne penses pas à mal en faisant cela, mais je ne peux pas en entendre plus…

Je me lève et pars. Je ne sais pas où, mais loin. Je veux être seul.

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