Chapitre 13 : Parlons peu mais parlons...

6 minutes de lecture

J'ai enfin pu me reposer sans être assailli par des cauchemars. Il n'y a pas photo, ça tient du miracle. Je me sens ressourcé. Par contre, j'ai toujours mal dans tout le corps, la douleur ne fait qu'un avec moi. Est-ce que je peux me soigner seul ? Ça pourrait être utile. J'essaye de me concentrer et de visualiser les mêmes fins filets bleus qui viennent se lover contre mon corps quand Lyia me soigne.

Rien ne se passe. C'est un échec total... Bon je réessayerai plus tard...

Je m'assois sur le lit et observe notre chambre. Il n’y a personne, je suis seul. Cette pièce de forme rectangulaire est assez spacieuse. Clairement, lors de mes études, j’ai vécu dans des endroits beaucoup plus petits. En plus, tout semble avoir été rénové. Il n’y a pas une tâche sur le mur, pas un accroc, pas un trou de punaise, rien.

Juste à côté de mon lit, il y a une table de chevet avec une photo de ma famille. Sur celle-ci, on peut me voir en train de sourire entouré de mes deux parents et de mes deux frères. Cette photo a été prise juste avant le décès de mon père. Nous étions encore heureux… Nous étions encore une famille unie… L’enquête liée au décès de mon père avait totalement détruit tous les liens que nous entretenions. Aujourd’hui, nous nous côtoyons encore, mais ce n’est plus comme avant… Il y a un manque et une certaine rancoeur qui se sont créés et ils rongent tout le monde.

En face de mon lit, il y a une garde-robe ouverte. Elle contient tous mes vêtements, même mes blouses de chirurgie. Elles ne vont plus me servir pour le moment. J’adore mon métier, ça va vraiment me manquer de ne plus pouvoir l’exercer temporairement. Je me demande comment ils s’en sortent à la clinique sans moi. C’était déjà complexe de gérer toute notre patientèle avec trois spécialistes en médecine interne, alors je n’imagine pas la panique actuelle.

De l’autre côté de la pièce, il y a le lit de Jake, vide. Au-dessus de son lit, il y a un petit drapeau accroché. Je pense que c’est le drapeau de la Belgique, mais je n’en suis pas sûr. Jake n'est donc pas américain ? Ça expliquerait ce mignon petit accent. Ils parlent quelle langue en Belgique déjà ?

Sur sa table de nuit, il y a un cadre aussi. Mais il est trop éloigné pour que je puisse bien le voir. Même avec mes lunettes, je n’arrive pas à distinguer les différentes personnes.

J’entends des bruits de pas dans le couloir. Ils s’arrêtent juste devant la porte. Quelqu’un toque.

  • Je pense que c’est ouvert, dis-je.

Jake entre dans la pièce, avec un plateau de nourriture. L’odeur s’étale directement dans toute la pièce. Mon ventre profite de ce prétexte pour manifester sa présence de manière délicate et raffinée. Autant dire qu’il hurle comme s'il n’avait pas eu à manger depuis 107 ans.

  • Je pense que j’ai eu une bonne intuition, rigole Jake en entendant le vacarme causé par mon ventre.
  • Je ne le contrôle pas, nous sommes deux entités séparées. Il exprime souvent son avis sans mon consentement, blagué-je.
  • Bon, il va falloir rassasier le monstre qui t’habite alors. Je ne connais pas trop tes goûts, donc j’ai pris un plat passe-partout. Si jamais quelque chose ne te plait pas, je peux aller te prendre autre chose.
  • Ne t’inquiète pas, je pourrai manger n’importe quoi.

Il me donne le plateau. Il y a une tonne de frites avec du vol-au-vent.

  • T’as pas hésité sur les frites ?! Tes origines belges te rattrapent, dis-je en commençant à manger.
  • Mon drapeau t’a tapé dans l’œil ? demande-t-il.
  • Il est quand même assez tape à l’œil en même temps. Donc tu es vraiment belge d’origine ? Tu parles d’autres langues ?
  • Oui, j’ai vécu jusqu’à mes 9 ans en Belgique. Nous avons déménagé en Amérique pour que mon frère ainé puisse intégrer cette école. Je parle encore assez bien français. C’est la langue que nous parlions à la maison.

Je continue à engloutir mon assiette tout en l’écoutant.

  • Je peux te poser une question indiscrète ? Tu n’es pas obligé de répondre si ça te dérange, demandé-je.
  • Je n’ai pas de tabous normalement, donc vas-y.
  • Depuis quand tu sais que… Enfin, depuis quand tu as remarqué que tu étais attiré par les hommes ? réussis-je à marmonner.

Il rougit et s’assoit sur son lit avant de me répondre.

  • Je ne sais pas trop en réalité, commence-t-il. C’est venu petit à petit lors de mon adolescence. Je présume qu’à cette époque, tu regardais les filles, tu commençais à les draguer, tu es surement tombé amoureux aussi. Tu rêvais de trouver la femme de ta vie, de lui tenir la main, de te marier avec elle, d’avoir des enfants ? Et bien moi j’ai vécu cela envers les garçons.
  • Je comprends. En réalité, tu te trompes sur moi… Je ne pense pas que seule une femme pourrait me rendre heureux. Pour moi, une personne unique existe quelque part dans le monde pour qu’on soit heureux, ensemble. Toutefois, ce n’est peut-être pas une femme. Après tout, pourquoi ça ne pourrait pas être un homme ?
  • Très belle manière de voir le monde. Tu es déjà sorti avec un garçon alors ?
  • Non pas du tout. La seule personne dont je suis réellement tombé amoureux pour l’instant, était Zélia…
  • C’est mieux d’avoir aimé et perdu que de n’avoir jamais aimé du tout, répond Jake.
  • Ashe, Moral of the story ? Bons goûts musicaux !
  • Plutôt le poète Alfred Lord Tennyson en réalité, se moque-t-il.
  • Ça veut dire que tu n’es jamais tombé amoureux ?

Jake baisse la tête comme s’il était gêné. Depuis le début de la conversation, il n’ose pas me regarder dans les yeux.

  • Non… À vrai dire, tu es la seule personne qui est au courant de tout ça…
  • Tu n’en as jamais parlé à personne ?
  • Non… Je ne comptais pas non plus t’en parler, mais comment dire… Ce rêve a un peu forcé les choses… Je n’ai jamais embrassé un homme que dans mes rêves… Et dans les tiens maintenant… Je n’imaginais pas que mon premier baiser serait ainsi, rit-il jaune.
  • Tu as quand même eu la chance d’avoir un premier baiser avec un aussi bel homme que moi, me vanté-je pour détendre l’atmosphère.
  • Idiot ! dit-il, en me lançant la première chose qu’il a trouvé sur son chemin, c’est-à-dire une paire de chaussettes.

J'ai quand même réussi à lui décocher un petit sourire.

  • Aie ! Mais quelle violence ! Le prince en détresse se fait sauver 2 fois et embrasse le prince charmant et il finit par l’attaquer à coup de chaussettes, quelle ironie.
  • Tu t’es cru dans un conte de fées, Quasimodo ?

Nous éclatons de rire. Mon Dieu, ça fait un bien fou de pouvoir rire bêtement sans se prendre la tête après tout ce qui s’est passé.

  • Tu sais, Jake, je pense que tu ne devrais pas avoir peur de parler de tes sentiments avec tes amis. Ils ne te jugeront jamais pour ça.
  • Je sais mais je n’y arrive pas… Peux-tu garder ça secret encore un certain temps ?
  • Motus et bouche cousue, croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer !
  • Tu en as encore beaucoup des expressions enfantines dans le genre ?
  • Hum, je peux encore en trouver, dis-je en levant les yeux au ciel.
  • Tu m’épuises déjà, prince charmant.

Je ne le pensais pas aussi timide. Au premier abord, il avait l’air sûr de lui. Il cache bien son jeu. Je préfère voir directement sa vraie personnalité. Peut-être que ce baiser volé aura des bonnes conséquences pour lui. Peut-être que ce ne sera pas notre seul baiser, qui sait ?

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 4 versions.

Recommandations

Clarys Ormane
Lena, une timide et brillante lycéenne de la banlieue ouest de Paris, endure les brimades à cause du mode de vie singulier de son père. Persuadé que le monde court à sa perte, Franck est un Survivaliste et a éduqué sa fille selon ces préceptes.

A la suite d’un mystérieux coup de téléphone, l’homme quitte précipitamment la ville et force Lena à l’accompagner en pleine forêt. Au fil des jours, Franck devient agité et violent. Craignant pour sa propre vie, Lena décide de s’enfuir.

L’adolescente va alors découvrir que le pays, tel qu'elle le connaissait, n’existe plus ! Les morts se comptent par millions. Comment une telle catastrophe a-t-elle pu se produire si vite et pour quelles raisons ?

Lena devra faire preuve de courage et utiliser toutes ses capacités pour aider ceux qu’elle aime à survivre !


* Contenus sensibles : certaines scènes décrivent des morts, de la violence, des affrontements... (effondrement société)
** Couverture : Réalisation d'Alexandra de Cornuaille ♥♥ (auteure à lire sur Scribay!)
699
840
1613
388
Lyanna Stark
Un Mur.
Deux prénoms.
Le but ? Tomber amoureux, peu importe leur volonté.

Une année auparavant, Leila Revigne, une élève du lycée Lander se suicida après avoir trompé son petit ami avec celui de sa meilleure amie. Dans sa dernière lettre, elle accusa Raven d’avoir publié une vidéo preuve de son acte, par pure jalousie. C’est ainsi que le Mur, une ancienne tradition de leur lycée, détruit les élèves les plus populaires. Personne ne sait qui inscrit les noms, ni pourquoi, mais l’établissement respecte tellement cette règle que s’en soustraire est impossible.

Mais lorsque le Mur convertit la vie de Madden, Emma, Raven, Erwin, William, Peter, Alexandre et Gabrielle en tragédies, les règles changent.

C’est maintenant à celui qui parviendra à ne pas craquer qui réussira à vaincre la vieille tradition. À moins qu’il ne s’agisse que d’un moyen pour faire éclater la vérité ?

Après tout, un mur est un mur. Une moindre faille, et tout s’écroule.
111
129
460
290
Peggy "Ladaline" Chassenet
ATTENTION, il s'agit du tome 2.

Ce début d’année scolaire a été mouvementé pour nos ados, particulièrement pour Tristan, toujours très affecté par le drame qui a touché sa famille.
Les secrets n’ont pas tous été levés. Tellement de questions restent en suspens.
Ils vont devoir apprendre à vivre les uns avec les autres, mais surtout et avant tout, à accepter le monstre qui est en eux.


___________________________________________
Contenu sensible

Club Valentine : les annotations sont les bienvenues.

Ne vous embêtez pas à corriger les accents circonflexes, je ne suis pas fâchée contre eux, mais j'utilise les rectifications orthographiques de 1990 ^_^
161
184
57
230

Vous aimez lire Siluvio ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0