Chapitre 2 - Crazy, Stupid, Love.

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Quand j’étais enfant, ma mère me disait toujours qu’avec une bonne nuit de sommeil, tout s’arrangeait. Le lendemain, ce ne fut pas vraiment le cas.

J’ouvris les yeux et les refermais aussitôt, dès le réveil, ma gorge était serrée et je dû retenir une nouvelle montée de larmes.

Ce n’était pas possible, ce n’était pas arrivé, Lucas ne m’avait pas quitté, je n’avais pas pété un plomb dans un restaurant, j’avais rêvé.

J’étais pourtant bien là, allongée dans le canapé du salon de l’appartement de Léa et de son fiancé, Antoine.

Cette dernière avait refusé que je dorme seule et m’avait ramenée chez eux. Sous prétexte que je n’avais toujours pas mangé, Antoine m’avait préparé une assiette de pâtes bolognaises, à laquelle j’avais à peine touché.

Entre deux crises de larmes, je leur avait raconté toute l’histoire du restaurant et quand on en était arrivé à l’épisode de la bouteille de vin renversée sur la chemise immaculée de Lucas, ils avaient éclaté de rire. Pas des rires narquois envers moi ou envers Lucas, non des rires francs, comme ceux de deux enfants devant une blague carambar. Cette attitude m'arracha un sourire.

Puis ils étaient allés se coucher, me laissant seule, dans leur salon.

L’appartement, situé à deux pas de la station Commerce, était paisible et bien agencé. En y entrant, on percevait, tout de suite, la passion de Léa pour la décoration intérieure. Des meubles anciens, sans doute récupérés dans la famille d’Antoine, y étaient ornés d’objets aux tons pastels et au design à la dernière mode.

Rien à voir avec mon studio limite salubre et sa vieille moquette orange maronnasse.

D’ailleurs, si j’étais un peu plus courageuse, j’aurais moi-même changé cette moquette immonde depuis belle lurette, au lieu d’attendre une hypothétique vie avec Lucas, pensais-je.

Pour tromper l’angoisse j’entrepris de longues parties de Candy Crush sur mon portable, vérifiant toutes les cinqs minutes, si Lucas n’avait pas envoyé de sms.

Je m’étais endormie, entre l’espoir d’un dénouement heureux où il m'envoyait un message pour s’excuser, et l’écran de bonbons multicolores qui me donnaient la nausée.

— Joyeux anniversaiiiiire, joyeux anniverssaiiiire, Joyeux anniversaiiire Emma…

Alors que j’étais encore dans le canapé-lit, incapable de me lever, tétanisée par le poids des évènements de la veille, Léa et Antoine entrèrent dans le salon, tenant un croissant sur lequel ils avaient piqué une bougie. J’éclatai en sanglots.

Il leur fallu une demie-heure pour me consoler.

— Tu ne devrais pas aller travailler, dit Antoine. C’est ton anniversaire, après tout, il fait beau et tu as besoin d’air, va te promener, achète-toi de nouveaux vêtements, fais-toi des petits plaisirs, tu en as besoin.

— Surtout, si ça ne va pas, téléphone moi, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Ajouta Léa.

Antoine avait raison, mes yeux étaient bouffis par les larmes et après ce que je venais de vivre, je ne me sentais pas la force d’affronter Pascale, ma manager que je surnommais le Dragon.

Sur les coups de neuf heure, il me fallut quitter mes amis, car ils devaient aller travailler. En sortant du métro, mes jambes tremblaient et je me senti dans un état de fatigue que j’avais rarement connu auparavant.

Je voulais rallier mon appartement, rue Chaligny, au plus vite, afin de pouvoir y pleurer en toute tranquillité.

Me laisser aller à la tristesse me semblait la meilleure tactique à adopter, dans l’instant. Quand on a bien touché le fond, il n’y a plus qu’à donner un grand coup de pied pour remonter, c’est ce que ma mère dit toujours.

Je montais les marches de l’escalier de mon immeuble quatre à quatre, jusqu’au cinquième étage, où se trouvait mon studio.

Une fois entrée, je branchais mon portable, dont la batterie était HS depuis plusieurs heures. Quatre nouveaux messages vocaux. Mon coeur battait, Lucas avait-il essayé de me joindre ?

J’avais vite déchanté. Lucas ne semblait pas disposé à parler. Du moins pas tout de suite.

Il y avait deux messages de Pascale, ma chef, qui faisait semblant de s'inquiéter et me demandait ce que j’avais. Exaspérée, je soupirais en l’écoutant. La vérité, c’était surtout qu’elle allait être obligée de travailler un peu, à cause de mon absence, pensais-je.

Puis, il y avait un message de ma mère, me disant de la rappeler.

Le dernier message était de Kitty, ma collègue, chantant joyeux anniversaire, à voix basse, depuis notre open space bruyant. Elle m’expliquait aussi que Pascale avait fait plusieurs réflexions à mon sujet, du fait que je n’avais pas prévenu de mon absence.

Je décidais que ma mère pouvait attendre. De toutes façons, elle ne connaissait pas Lucas, je n’avais jamais eu l’occasion de le lui présenter. Elle vivait à Montpellier et les rares fois où elle était venue me voir, Lucas avait été occupé. Il ne m’accompagnait pas, non plus, quand je me rendais dans le sud, une fois par mois.

Je pris une grande inspiration et je composais le numéro de portable de ma chef. J’avais peur de m’y confronter, mais il était onze heure du matin, et il paraissait maintenant indéniable que je n’irai pas travailler.

— Pascale Ramette, j’écoute. Dit-elle au bout de trois sonneries.

— Bonjour Pascale, c’est Emma, je suis désolée de ne pas t’avoir prévenue avant, mais je suis malade. Je viens juste d’avoir tes messages, j’étais chez le médecin.

— Ah bon ? Qu’est-ce que tu as ?

— Une petite gastro, il m’a dit de me reposer aujourd’hui, que ça irait mieux demain.

— Et bien, ça tombe mal une gastro pour le jour de ton anniversaire, soigne toi, à demain.

Je raccrochais soulagée, même si le ton de sa voix était plus ironique que compatissant.

Je notais aussi qu’elle ne s’était pas sentie obligée de me souhaiter mon anniversaire, bien qu’elle ait eu l’air d’en connaitre la date. Son impolitesse m’étonnait toujours, même après cinqs longues années passées dans son service.

J’envoyai un message à Kitty, pour la rassurer, le dragon Pascale n’avait pas craché ses flammes, j’étais tirée d’affaire.

Je pris un instant pour contempler mon appartement. Le désordre y régnait en maître. Je n’avais pas eu le temps de faire de machine depuis des semaines, des vêtements s’entassaient aux quatres coins de la pièce. Et ce n’était pas aujourd’hui que j’allais m’y mettre.

Depuis bien longtemps, je ne classais plus mes livres par auteurs, mais je les reposais, à l’horizontale, de sorte que mes étagères ne ressemblaient plus à rien. Une vaisselle de trois jours attendait dans l’évier et la poussière avait pris possession de la table basse et des quelques étagères murales.

C’est à ça que ressemblait ma vie, c’est à ça qu’elle ressemblerait toujours, maintenant que Lucas m’avait quitté : quelque chose que je n’avais pas la force de ranger.

Le reste de la journée se passa entre des crises de larmes incontrôlées et de petites siestes qui me permettaient de récupérer émotionnellement.

Quelques amis et ma mère me téléphonèrent pour me souhaiter mon anniversaire.

A chaque fois, bien que j’aurais aimé faire autrement et leur épargner mon désespoir, je sanglotais pendant dix minutes, en racontant ma rupture de la veille.

Tout le monde fût très gentil et compatissant. Ma mère me fit promettre d’aller la voir à Montpellier, le week-end qui suivait.

Le reste du temps, je consultais mon smartphone de manière compulsive . J’étais sûre que Lucas allait appeler. Par moments, j’arrivais presque à me persuader qu’il allait revenir. Il allait se rendre compte de l’immense erreur qu’il venait de faire en me quittant, et il apparaîtrait sur le pas de ma porte, un bouquet de fleurs à la main. Mais ça n’arrivait pas et lorsque je revenais enfin à la réalité, de gros sanglots secouaient mon corps et la douleur était insupportable.

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