Chapitre 25

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Bon, la première chose sensée à faire est de se procurer une carte. Je ne connais pas du tout ce monde alors ce serait idiot de partir sans s'être préparé un minimum ! Il nous faut également de la nourriture, je ne sais pas combien de temps notre voyage durera alors autant en emporter le plus possible :

- Gab, toi tu t'occupes de la nourriture et moi de la carte et du reste d'accord ? On se rejoint à l'entrée du palais.

Il hoche la tête et m'embrasse une dernière fois avant de partir et je ne perds pas de temps. La première chose que je fais est de trouver un sac de voyage en allant fouiller dans la chambre de Gabriel. Une chance que quelqu'un ai pensé à en mettre un. Je l'attrape et retourne dans la bibliothèque, il me semble avoir vu une carte du monde assez récente sur une des étagères.

Je farfouille quelques minutes avant de la trouver et de la fourrer dans le sac avec le reste. Puis je parcours le palais à la recherche de ce qu'il me faut, c'est à dire des vêtements de rechange, de quoi dormir, nous éclairer et nous chauffer ; bref, tout ce qu'il faut pour partir à l'aventure.

Une fois que j'ai fini de réunir tout le nécessaire vital, je vais comme prévu l'attendre à l'entrée du palais où je me retrouve nez à nez avec mon père.

Il me regarda comme s'il essayait de lire dans mon esprit et avant que j'aie pu dire où faire quoi que ce soit, il lâche de manière brutale :

- Qu'est-ce que tu prépares ? Où comptes-tu aller ? Des serviteurs t'ont vu, ainsi que ton compagnon, courir à travers tout le palais et préparer des sacs de voyage.

En l'entendant s'adresser à moi de façon aussi abrupte, j'ai tout de suite envie de laisser les deux hommes arriver à leur but. Je me contrôle pour ne pas divulguer tout ce que je sais :

- Je ne vois pas en quoi ça te regarde, je suis majeur et je fais ce que je veux. De plus quel mal y a-t-il à vouloir partir explorer ce monde, surtout que même si je n'y vis pas, il reste quand même le mien.

- Tu fais erreur, ce monde n'est pas le tien, car tu as refusé de me suivre il y a quinze ans ! crache-t-il avec amertume.

Je m'apprête à lui répéter le rôle qu'il a joué dans notre abandon mais je n'ai pas le temps de le faire car Gabriel arrive avec le sac de nourriture et d'eau. Mon petit ami se fige en nous voyant avant de s'approcher et venir près de moi, il doit sentir que j'ai besoin de soutien :

- Quelque chose ne va pas chaton ?

- Non tout va bien, viens Gab !

Je fusille mon père du regard tout en prenant la main de mon blondinet et je l'entraîne derrière moi. Je sens le regard de mon géniteur dans mon dos, mais je l'ignore et continue de descendre les marches du palais pour m'éloigner le plus vite possible.

Nous traversons la ville sous les regards surpris et méfiants des citoyens.

Une fois que nous sommes sortis de la cité, je sors la carte de mon sac et je compare le dessin de la montagne à celui qui se trouve sur la carte :

- Je crois que ta carte ne nous sera pas très utile chaton.

- Pourquoi dis-tu cela Gab ? demandé-je sans comprendre.

Je le regarde, assez surpris par ce qu'il vient de me dire et il me montre, avec son index, quelque chose qui se trouve derrière moi. Je me retourne et écarquille les yeux, comment ai-je pu ne pas voir une telle chose ? Au loin, une immense montagne se dresse jusqu'au ciel. Le soleil se reflète sur elle et la fait briller de mille feux. C'est elle, c'est forcément celle que l'on cherche !

- Au moins maintenant on sait où aller, et puis au pire la carte pourra toujours nous servir on ne sait jamais, énoncé-je avec amusement.

Je lui souris avant de tout ranger et de nous mettre en route. Il m'emboite le pas.

Nous commençons tout d'abord par traverser l'immense plaine qui entoure la ville tout en gardant le cap sur la montagne. Ensuite nous pénétrons dans la forêt vaste et dense aux plantes multicolores et fluorescentes :

- Killian, tu es sûr de vouloir sauver ton père ?

Je le regarde, choqué par ce qu'il vient de dire. En même temps je peux le comprendre, mon père a l'air de me détester, alors peut-être que je n'ai aucune bonne raison de vouloir lui venir en aide ?

- Je ne sais pas, j'ai beau le haïr, il reste quand même un membre de ma famille. Et puis même si je ne le fais pas pour lui, je dois le faire pour empêcher la destruction de ce monde ! Pense aux autres espèces de créatures surnaturelles, on ne peut pas les laisser être réduites en esclavage !

- Tu as raison chaton, il faut qu'on les sauve.

Il m'embrasse avant de se remettre à marcher et je l'imite rapidement. Je suis content de l'avoir emmené avec moi, je me sens tellement mieux quand je l'ai à mes côtés, j'ai l'impression que rien ne peut m'arriver. À deux, il me semble que nous sommes invincibles.

Nous marchons de longues heures dans un rythme assez soutenu et petit à petit les deux soleils disparaissent pour laisser place à deux lunes, l'une bleue pâle et l'autre noire. Étrangement, il n'y a aucune étoile dans le ciel. Je sors le cristal pour qu'il nous éclaire mais je n'en ai pas vraiment besoin car toutes les plantes se mettent à luire doucement. C'est magnifique, nous nous retrouvons dans un univers de lumière fluorescente. Cela suffit à éclairer notre chemin.

De plus il ne fait pas très froid, je n'y ai pas fait attention mais la température est assez douce depuis que nous sommes arrivés. Il ne fait ni trop chaud ni trop froid.

Nous avançons encore une bonne heure avant de trouver un terrain assez plat et dégagé pour la nuit.

J'installe les sacs de couchage avant de manger les bouts de viande, un morceau de pain avec du fromage et une pomme :

- Personne ne t'a posé de questions quand tu as fait le plein de nourriture ? lui demandé-je en croquant dans le fromage.

- Non, ils me regardaient faire, ils avaient l'air curieux de savoir ce que je trafiquais. Mais aucun ne me l'a demandé ou n'a tenté de m'empêcher de prendre des victuailles.

Je suis rassuré, au moins nul ne se doute de rien, enfin pour le moment et si nous arrivons à arrêter les deux hommes, aucun n'en saura jamais rien. Cependant si nous échouons par contre... Je me demande ce que mon père dirait s'il apprenait la vérité. Est-ce qu'il tenterait de m'aider ? Ou bien me traiterait-il de menteur avant de me faire retourner de force dans mon monde ?

J'expire bruyamment et finis rapidement mon repas avant de me déshabiller, ne gardant que mon boxer. Un sourire étire mon visage quand je sens le regard de Gabriel sur moi :

- Je rêve où tu me mates ? ironisé-je.

Je suis entouré par deux bras chauds et musclés puis serrés contre un torse ferme et dur :

- Oui je te mate, mais tu es tellement beau et sexy que c'est plus fort que moi. Et puis je sais que tu adores ça, alors ne fais pas semblant de paraître horrifié.

Je rigole et me recule doucement pour aller me glisser dans mon sac de couchage :

- Nous n'avons pas le temps pour batifoler, il faut qu'on prenne des forces car demain il faudra redoubler la cadence d'accord ? Je compte me transformer en léopard pour courir, ainsi nous irons plus vite.

- Tu comptes me laisser tout seul en arrière ?

Il me fait une fausse bouille toute triste qui le rend vraiment trop mignon :

- Tu es un déchu, je sais que tu arriveras sans problème à me suivre, et puis au pire tu pourras voler non ? Tu as bien des ailes ?

- Oui, mais je préfère quand même rester au sol près de toi. Cependant, je vais déjà essayer de te suivre.

Il se glisse dans le deuxième sac de couchage avant de s'approcher de moi en rampant à moitié sur ses avant-bras afin de me capturer contre lui :

- Bonne nuit chaton, murmure-t-il d'une voix douce et tendre.

- Bonne nuit Gab.

***

Lorsque je me réveille le lendemain matin, je panique totalement en ne reconnaissant pas l'endroit où je suis. Il me faut plusieurs minutes pour me souvenir des évènements de la veille et ainsi retrouver mes marques. Je me redresse, je suis seul et cela m'inquiète un peu :

- Gabriel ? marmonné-je en baillant.

Je sors du sac de couchage et enfile rapidement mes habits avant de regarder autour de moi, la peur commence lentement à m'envahir. Je panique une fois de plus jusqu'à ce que je le voie apparaître devant moi, nu comme un ver et le corps ruisselant d'eau :

- Je peux savoir où tu étais ! Tu m'as fichu une de ces peurs ! Ne recommence plus jamais ça !

Il écarquille les yeux car je suis en train de le secouer comme un prunier et un doux sourire finit par éclairer son visage avant qu'il ne m'embrasse, calmant immédiatement ma crise :

- Désolé de t'avoir fait peur chaton, je suis juste allé prendre un petit bain, j'ai trouvé une rivière pas loin et je pensais revenir avant ton réveil.

Cet idiot m'a causé une sacrée frayeur et je ne peux m'empêcher de me blottir contre lui, même s'il est trempé de la tête aux pieds. Il ne cherche pas à comprendre et me câline pendant quelques minutes avant de se reculer :

- Bon, il est temps de se préparer et manger avant de repartir tu ne crois pas ? dit-il en s'habillant.

Si, je suis tout à fait d'accord avec lui et je prépare de quoi manger pour ce matin ainsi que de l'eau. Le repas se déroule en silence et une fois que nous avons fini, je me déshabille avant de ranger mes vêtements dans mon sac.

Je déglutis et me transforme, c'est toujours douloureux, moins que quand j'étais petit mais ça fait quand même un mal de chien ! Les os se tordent, la peau s'étire, les poils, les crocs et les griffes poussent et les sensations qui changent.

Une fois totalement devenu un léopard, je m'étire et m'assure que tout est bien en place avant de tourner mon regard vers Gabriel qui me regarde la bouche grande ouverte. C'est la première fois qu'il me voit me transformer, la dernière fois il était trop occupé à se battre pour y faire attention :

- Tu es terriblement beau comme ça, et très mignon aussi.

Il sourit et me gratte la tête entre mes deux oreilles, ce qui a pour effet de me faire ronronner et cela semble lui plaire. Cependant un jappement de ma part semble lui rappeler que nous ne sommes pas ici pour batifoler et il m'aide à mettre le sac sur mon dos de manière à ce qu'il ne tombe pas pendant ma course.

Je renifle Gabriel, histoire de bien inscrire son odeur dans ma mémoire car si jamais je me retrouve séparé de lui, je pourrais toujours le pister pour le récupérer.

Je m'élance entre les arbres, je savoure pleinement joie de pouvoir courir librement, de sentir le vent dans mon pelage et le sol défiler rapidement sous mes pattes. Depuis le temps que j'attendais ce moment et maintenant je sens une euphorie qui prend le contrôle de mon corps.

Je cours encore et encore sans pouvoir m'arrêter, j'aime cette sensation, j'aime le fait d'être libre et de pouvoir aller où je le désire ! Je regarde derrière moi, Gabriel arrive sans problème à me suivre. Il est coriace, mais je sais que si j'utilise mon pouvoir, il ne pourrait jamais me rattraper.

Cela fait maintenant un long moment que je crapahute comme un dératé, trop euphorique de cette liberté retrouvée et pourtant mes muscles ne montrent pas le moindre signe de protestation. Je suis très résistant et j'aurais pu continuer encore longtemps, mais il faut que l'on s'arrête pour manger sinon nous allons nous vider de nos forces et ce n'est pas vraiment une bonne idée.

Soudain, j'entends un cri derrière moi et lorsque je me retourne, je vois Gabriel en train de se faire attaquer par deux énormes lions et trois lionnes. Des Thérianthropes. Je cours pour aller l'aider, cependant je me fais bloquer par d'autres lions ainsi qu'une femme et avant que je n'aie pu tenter de faire quoi que ce soit, elle me plante une fine aiguille dans la patte à l'aide d'une sarbacane.

Tout commence à devenir flou autour de moi et j'ai beau lutter, je sombre dans le néant.

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