Chapitre 10

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Je suis vraiment dans la mouise. Je ne vais pas pouvoir inventer un mensonge quelconque. Il ne me croirait pas le moins du monde. Je me vois contraint de lui raconter une partie de la vérité.

Mais pour le moment il veut surtout savoir ce qu'il se passe, notamment pourquoi je ne suis pas dans ma chambre alors que j'y étais consigné.

Je respire un grand coup et, sans lâcher le pauvre homme à qui j'ai cassé le bras, je réponds :

- Il est venu dans ma chambre et a essayé de me tuer ! Je n'ai fait que me défendre.

- Menteur ! C'est lui qui m'a agressé alors que je lui apportais à manger ! nie totalement l'Élémentaire.

Je le regarde, fou de rage, ce connard ose mentir alors qu'il est coupable ! Je lui tords encore plus le bras l'amenant à hurler de douleur :

- Tiger, ne me mens pas, j'ai horreur qu'on me raconte des histoires. De plus, c'est Aaron qui s'occupe des repas de Killian, alors n'essaie pas de me prendre pour un con.

Je souris un peu, soulagé de savoir que Gabriel me croit. Je ne pense pas que j'aurais vraiment eu d'ennuis, mais je n'ai pas envie de savoir ce qui aurait pu m'arriver dans le cas contraire. Malgré la souffrance et en haletant, Tiger s'adresse à Gabriel :

- D'accord j'avoue, je suis allé le voir et j'ai essayé de le tuer. Mais il a assassiné deux des nôtres ! Il doit mourir pour ça ! Ce sont tes règles non ? Alors pourquoi tu ne les appliques pas pour lui ?!

Gabriel fronce les sourcils et un air inquiétant et menaçant se dessine sur son visage. Ce Tiger aurait peut-être mieux fait de se taire :

- Je suis le chef, je fais ce que je veux. Tu n'as pas à prendre de décision sans me consulter est-ce clair ? Si j'ai décidé de le maintenir en vie, mes raisons ne regardent que moi. Tu n'as pas à contester cette décision. Pour cette fois tu ne seras pas puni, mais sache que si tu recommences, je serais moins clément.

Tiger hoche la tête sans rien dire et je le lâche. J'attends la réaction de Gabriel, parce que oui, je vais devoir lui donner des explications maintenant. Cependant il ne dit rien et se contente de me scruter pendant que deux de ses hommes emmènent le blessé.

Finalement Gabriel tourne les talons sans faire plus de commentaires sur ce qu'il vient de se passer :

- Suis-moi, à partir de maintenant tu dormiras dans ma chambre, avec moi.

- Quoi !!!! Pas question ! protesté-je sans bouger.

Je refuse de dormir dans la même pièce que lui ! Je ne le sens vraiment pas et en plus je suis sûr qu'il va essayer d'abuser de moi ! Non, non et non !

Il se tourne pour s'approcher de moi, son regard est très sérieux, apparemment sans aucune arrière-pensée :

- Écoute moi bien Killian, je ne pense pas que tu ais le choix. Si lui a réussi à entrer dans ta chambre pour essayer de te tuer, d'autres le feront et ils pourraient bien y arriver. Alors pour ta sécurité comme pour ma tranquillité d'esprit, tu dormiras avec moi un point c'est tout !

Il se recule et je serre les poings car malgré mon ressentiment, je sais qu'il a raison. La logique serait que je sois en sécurité dans sa chambre. Mais l'idée de partager le même lit que lui me donne envie de fuir à toutes jambes, très loin d'ici.

Tout à coup une question me trotte dans la tête, et il ne me faut pas longtemps avant d'oser la poser au Nephilim :

- Pourquoi tiens-tu tellement à ce qu'il ne m'arrive rien ? Tu as en ta possession tous les moyens pour me faire cracher le morceau et pourtant... tu ne les utilises pas.

Il me lance un regard amusé qui va parfaitement avec le ton de sa voix :

- Tu ne daignes pas répondre à mes questions, aussi je te donnerais une explication seulement si tu coopères, lâche-t-il d'un petit air victorieux.

L'enfoiré ! Il ricane un peu avant de se mettre en route. Et en le suivant, un peu contraint et forcé, je prends conscience qu'en sa présence je suis toujours transformé. Je décide donc de reprendre mon apparence humaine. Nous passons devant ma chambre et j'en profite pour récupérer mes affaires.

Puis un ascenseur nous mène au tout dernier étage du bâtiment où sont situés ses quartiers. C'est carrément une suite ! Tout ici transpire l'opulence ! Encore plus luxueuse que celle où j'étais détenu.

Nous nous retrouvons dans un petit salon décoré dans un style royal de l'époque victorienne. Cependant il y a des appareils modernes comme une télé, une chaîne hifi ainsi qu'un ordinateur.

Une porte au fond de la pièce mène, sans aucun doute à la chambre à coucher qui est du même style que le salon, avec un grand lit à baldaquin. Il y a deux armoires, une grande et une petite, avec une commode, un bureau et une majestueuse bibliothèque abritant une multitude de livres :

- Tu peux mettre tes affaires dans la petite armoire si tu veux, et la porte au fond conduit à la salle de bain, m'explique-t-il pendant que je découvre la pièce.

Je pose mon sac sur le lit pour faire un tour dans la salle de bain, qui est plus moderne, blanche et beige et largement plus spacieuse que la mienne :

- Bien, maintenant que tu as fini de visiter ma chambre qui sera aussi la tienne, passons aux choses sérieuses. Je veux que tu me dises quelque chose : pourquoi t'es-tu entêté à refuser de m'avouer que tu étais un Lycanthrope ?

Je serre les poings, je suis toujours autant réfractaire à m'expliquer, seulement je suis acculé car il a vu ma métamorphose :

- Parce que ce n'est pas ce que je suis, grogné-je en le fixant.

Il me regarde, éberlué par ce que je viens de lui dire, il ne s'attendait sans doute pas à ce que je nie :

- Comment ça ? C'est pourtant ce que sont les humains ayant des caractéristiques animales non ?

- Exact, mais je te le répète, je ne suis pas un Lycanthrope, je suis un Thérianthrope.

L'air totalement choqué qui se peint sur son visage me donne envie de rire, mais je ne le fais pas, car cette révélation pourrait être très dangereuse pour moi :

- Je ne suis pas sûr de comprendre la différence entre les deux, admet-il.

- Un Lycanthrope est un humain, qui descendant du singe, possède la capacité de se transformer en animal. Il est le résultat d'un croisement entre Thérianthrope et un humain. Un Thérianthrope est un animal capable de prendre une apparence humaine, mais qui ne descend pas du singe et dont les ancêtres étaient les Hommes-Bêtes.

- Attends une minute, les Hommes-Bêtes et les Thérianthrope ne sont pas censés avoir disparu il y a longtemps ?

- Les premiers oui, puisque ce sont nos ancêtres. Ils sont morts à cause de l'évolution. Mais les seconds : non. Ils se sont bien cachés et ont fait croire à leur disparition pour se protéger de leurs ennemis.

- De qui se cachaient-ils ? Pourquoi ? Et où sont-ils maintenant ? S'ils existent encore, comment se fait-il que je n'en ai jamais vu avant toi ? demande-t-il avec curiosité.

- Je ne répondrais pas à toutes tes questions, sauf à la dernière : je suis le seul qu'il reste, enfin le seul qui ne soit pas parti avec eux.

- Je vois, j'imagine que tu ne m'en diras pas plus ?

Je secoue la tête pour confirmer ce qu'il vient de dire et il soupire de frustration. Je trouve que je lui en ai déjà beaucoup dit, il ne faut pas qu'il pousse le bouchon trop loin :

- D'ailleurs quel animal es-tu ? s'enquérit-il

- Un Irbis, mais la plupart des gens l'appelle « Léopard des Neiges ». Puisque tu as eu tes réponses, je peux rentrer chez moi maintenant ?

- Non, mais en échange j'accepte de répondre à quelques-unes des tiennes.

Je lâche un grognement, il m'énerve ! J'ai mis ma sécurité au placard à cause de ce connard et il refuse de me laisser partir ! Je jure de le tuer dans des souffrances sans nom. Mais je vais d'abord profiter de l'occasion qu'il m'offre et le « cuisiner » un peu :

- Pourquoi dois-je rester plus longtemps ? Pourquoi veux-tu absolument me maintenir en bonne santé ? Et aussi comment tes hommes ont-ils su où je travaillais ? le questionné-je.

- Et bien je vais répondre à deux d'entre elles. Je ne peux pas te laisser partir pour deux raisons : la première est que tu m'intrigues beaucoup chaton, j'ai envie de tout savoir sur toi, de découvrir ton secret et ce qui te rend si exceptionnel. De plus si je te rendais ta liberté, il ne faudrait pas longtemps pour que mes combattants essaient de venger leurs camarades à qui tu as ôté la vie et mon frère m'en voudrait s'il t'arrivait malheur car il t'aime beaucoup. Et la deuxième : mes hommes savaient où tu travaillais tout simplement car le « Plaisir Coupable » m'appartient, j'en suis le patron.

Il me fait un grand sourire, visiblement fier de lui et je dois me maîtriser pour ne pas me jeter sur lui et le tuer. Il possède l'endroit où je travaille, je saisis mieux la présence d'Azraël dans la salle, et aussi les regards méfiants et suspicieux d'Alec. Et surtout, je comprends enfin sa question « Comment s'est passée ta nuit ? Pas trop agitée ? ». Il savait que je les avais tués, c'est pour cette raison qu'il semblait plus menaçant :

- À te voir on dirait que tu n'avais pas encore fait le lien ! C'était pourtant évident quand on y pense, dit-il avec un air de triomphe sur le visage.

Il s'approche de la porte d'entrée et je le regarde partir, impuissant, encore trop soufflé par ce qu'il vient de me révéler :

- Je dois y aller chaton, sois sage ? Oh, et fais-toi beau pour dix-neuf heures d'accord ?

- Quoi ? Pourquoi ?

Je n'ai pas le temps d'avoir une réponse car il est déjà sorti, et mince ! Pourquoi veut-il que je sois présentable ?

Ce blond est une vraie énigme et ça m'énerve ! Déjà que je suis obligé de partager son lit !

Je finis par ranger mes affaires dans la petite armoire avant d'aller dans le salon afin d'y dénicher un livre susceptible de m'intéresser. Cela me changera de la sempiternelle télévision.

Le reste de la journée passe sans embrouilles. Comme ce matin et hier soir, c'est Aaron qui m'apporte mon repas et cette fois il a l'air plus ouvert à la discussion.

Vers dix-huit heures je file sous la douche et me prépare à me faire tout beau comme me l'a demandé Gabriel. J'enfile un jean avec la seule chemise que je possède et je chausse mes baskets.

À dix-neuf heures piles, Aaron vient me chercher. Il est sur son trente-et-un, enfin si on peut appeler un pantalon, une chemise et des mocassins un trente-et-un :

- T'es tout beau dis donc, pourquoi es-tu habillé de manière si classe ? demandé-je avec amusement.

- Le Boss ne t'a rien dit ? C'est une sorte de soirée mondaine, les plus grands chefs de nos gangs alliés sont invités, alors il faut être présentable.

Je le fixe du regard, choqué. Je vais me retrouver au milieu de malfrats ? D'ailleurs que fait-on dans ce genre de soirée ?

- Mais pourquoi veut-il que j'y participe ?

Il hausse les épaules. Parfois je me demande ce qu'à ce stupide Nephilim derrière la tête. C'est vrai, je ne vois pas l'intérêt de ma présence en ce lieu !

Néanmoins, je suis sagement Aaron le long des couloirs. Je ne rencontre personne, si j'avais su j'aurais pris mon sac discrètement pour essayer de filer en douce.

Nous finissons par arriver dans une immense salle de réception, avec de grands lustres au plafond. Les murs sont couverts de tapisseries de luxe et le sol de velours rouge. De grandes colonnes en marbres sculptées s'élancent vers le haut, des fauteuils et canapés sont disposés un peu partout dans la salle.

Sur l'intégralité d'un pan du mur, un buffet est dressé. Des armes de toutes sortes, allant du simple pistolet au bazooka sont posées sur des tables éparpillées dans tous les espaces libres :

- Mais c'est quoi ce délire ?! dis-je avec stupéfaction.

Il y a beaucoup d'invités, des hommes, des femmes, des humains, des non-humains... je rêve où je vois une Fée ! Non je ne rêve pas, je vois bien un groupe de Fées dans la salle. Cependant elles sont loin des belles petites créatures des contes. Leur allure se rapproche plus de soldats et d'assassins balafrés et tatoués que de marraines toutes gentilles et douces !

Aaron m'entraîne vers le fond de la salle. De toute façon personne n'a l'air de faire attention à nous. Nous arrivons devant une petite estrade sur laquelle un trône est occupé par Gabriel. Assis, fier comme un paon il ne lui manque que la couronne et c'est bon il est le roi de la ville ! À mon avis, imposer sa suprématie relève plus du ridicule.

Bien que je le trouve très prétentieux à se pavaner comme ça sur une chaise royale, je ne peux m'empêcher de le trouver beau. Il porte un costume trois pièces et des mocassins noirs. Ses cheveux sont plaqués en arrière, découvrant ainsi ses yeux. Mon dieu, il est magnifique ! Je sais que je ne devrais pas baver ainsi devant lui, cependant, je dois admettre qu'il est très séduisant. S'il n'avait pas été un tel connard orgueilleux j'aurais pu envisager de m'amuser un peu avec lui. Mais je refuse de tomber sous son charme !

Azraël se tient à ses côtés. Il porte la même chose que son frère, mais en blanc et ses cheveux sont comme d'habitude, ébouriffés.

Les deux frères me sourient dès qu'ils m'aperçoivent :

- Salut Killian, as-tu passé une bonne journée ? demande Azraël.

Le sourire de l'Ange est tellement rempli de bonté et de joie que je ne peux m'empêcher d'y répondre et de me détendre toute de suite :

- J'ai connu mieux mais pourquoi suis-je ici ?

Il perd rapidement son air joyeux et je sais tout de suite que la réponse ne va pas DU TOUT me plaire.

Le plus démoniaque des deux frères se racle la gorge et tout le monde se tait aussitôt, c'est sans doute dû à son aura dominante :

- Mes chers amis, je suis très heureux et touché que vous soyez tous présents à cette soirée. J'espère que le buffet et la marchandise sont à votre goût et bien entendu j'écouterais les requêtes de chacun d'entre vous pour l'amélioration de notre cohabitation. Mais avant cela, j'aimerais vous présenter mon nouvel animal de compagnie.

« Nouvel animal de compagnie » ? Parle-t-il de moi ? Je le regarde et je vois à ses yeux que oui, c'est bien de moi dont il s'agit et subitement l'envie de lui arracher la langue m'envahit. Ce connard a osé me traiter d'animal de compagnie ! Animal oui mais de compagnie non ! J'ai une fierté merde !

- Je tiens donc à vous mettre en garde, vous ainsi que mes hommes, que si par malheur il vous prend le désir de vous attaquer à lui, je peux vous assurer que votre mort sera pire que l'Enfer.

Puis, sur ces mots, il m'attrape par la taille, me colle contre lui... avant de prendre mes lèvres d'assaut dans un baiser sauvage.

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