V - Gloire (Fin)

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  Assis sur mon blindé à l'arrêt, je contemplais le champ de bataille ravagé où tout venait de s'achever.

  Des soldats empilaient les corps des rebelles aux pieds du grand vestige central. Tout autour de nous, les services sanitaires relevaient nos blessés et les transportaient vers les postes de premier secours disséminés sur le site. Les plus gravement atteints étaient évacués sans attendre vers les services de l'arrière dans un ballet de brancards et de véhicules de secours. Les autres demeuraient sur place pour être pris en charge par les infirmiers et les médecins de l'avant.

  J'admirais leur travail. J’avais déjà plusieurs fois eu besoin de leurs services et je leur en étais reconnaissant. Mis à part quelques petits bouts de moi laissés sur d'autres théâtres d'opérations, je m'en étais pas mal sorti. Grâce à eux.

  Par petits groupes, des prisonniers étaient rassemblés avant d'être interrogés, ou, pour la plupart, exécutés… De temps à autre, on entendait les coups de grâce qui résonnaient de leur bruit sourd et lugubre. Une miséricorde à mon sens, et une mort plus glorieuse pour un soldat qu'une exécution.

  Sur les écrans holographiques projetés depuis les manches de ma combinaison, je prenais connaissance de l'avancée des dernières unités dans les autres secteurs de la cité. Les combats avaient cessé presque partout. Seuls quelques points d'affrontements sporadiques demeuraient actifs. Une chasse aux fuyards plutôt que de réels combats. La chute du dôme avait marqué la fin de cette rébellion futile.

  Quelques soldats des troupes d'assaut se partageaient les dépouilles des rebelles abattus, criant et chantant leur joie de la victoire. Certains tiraient en l'air abandonnant toute prudence… Je n'approuvais pas cette attitude.

  La dignité de la victoire doit demeurer dans la discipline et j'avais interdit à mes propres guerriers de tels débordements. J'avais donné mes ordres et mon escadron récupérait tout en se reconditionnant.

  L'un d’eux s'approcha de mon blindé et me tendit quelques rations énergétiques que j'acceptais avec plaisir. Je le remerciais d'un signe de tête et m'apprêtais à savourer la pâte insipide comme si c'était un repas gastronomique. J'avais terriblement faim et soif, comme toujours après les combats.

  L'excitation retombait, et mon corps réclamait les nutriments indispensables à sa récupération. Il est vrai que je n'avais rien avalé depuis des heures, depuis bien avant le début de l'assaut. Mon esprit avait été occupé à satisfaire une autre sorte d'appétit et j'avais largement puisé sur mes réserves et usé des stimulants.

  Je retirai mon casque, pour profiter de cette récompense que j'estimais bien méritée, et pris une grande inspiration en dépit de l'odeur entêtante des combats et du sang, afin de respirer à pleins poumons cet air qui annonçait néanmoins un nouveau départ.

  Je sentais les poches sous mes yeux, la fatigue commençait à me rattraper à mesure que les drogues et stimulants de combat perdaient leurs effets. Je remarquais machinalement des traces de sang séchées sur les écailles de ma peau, résultats des chocs subis dans la tourelle, certainement à l'impact du missile. Rien de bien méchant cependant, j'avais connu pire.

  De mes crocs, je déchirais l'emballage et pris une bouchée de la ration que je me mis à mâcher énergiquement. Tout en savourant mon repas, j'observais du coin de l'œil les vaisseaux survolant la cité en formation de victoire.

  J'éprouvais une grande fierté. Un sentiment de plénitude et d'accomplissement. Je pensais à ceux de nos soldats qui n'avaient pas survécu. Mais ils étaient morts en guerrier, en soldats de l'empire, et il n'y aurait pas de nostalgie.

  Mes pensées dérivèrent alors vers les morts ennemis. Je me mis à observer les vestiges alentours, ultimes lieux de leur résistance. Il est vrai qu'ils avaient été courageux et obstinés, bien que stupides de s'être opposés à nous. Finalement, des adversaires honorables. Après la décimation de la population pour la punir de sa rébellion, les survivants mériteraient certainement de retrouver leur place dans l'empire.

  Mais maintenant c'était terminé.

  Soudain, une voix retentit dans les systèmes de diffusion sonores : "Avec la fin des opérations du continent Est, la colonie de prima est désormais revenue dans le giron impérial ! Je répète, Prima est reconquise. GLOIRE, GLOIRE, GLOIRE !"

  Des milliers de voix crièrent à l'unisson, y compris la mienne, reprenant les mots du légat impérial. Je partageais cette joie qui nous unissait tous dans une même ferveur.

  Puis je me mis à observer les vestiges de la structure centrale qu'ils avaient défendue avec tant d'opiniâtreté. L'édifice colossal était coupé en deux sur la moitié de sa hauteur. Seuls ses quatre pieds massifs et ce qui semblait être son premier étage teaient encore debout. La partie à terre, écrasée et déformée, semblait par endroits avoir fondu sous les tirs, mais présentait encore les restes de deux autres étages et d'une pointe effilée.

  Imposant et voyant, l'édifice était implanté sur un terrain que je ne jugeais pas le meilleur pour organiser une défense. En dépit des nombreux bâtiments constituant le "musée", il y avait trop d'espaces à couvrir pour trop peu de combattants. Impossible à "tenir" sur la durée.

  Et pourtant, c'était là le lieu choisi par les rebelles pour leur ultime combat. Savaient-ils que c'était la fin avant même le début des combats ? Etait-ce un "baroud d'honneur", comme ils disaient dans leur folklore militaire ? Cette structure particulière avait-elle une valeur symbolique essentielle à leurs yeux ?

  Je ne saurais répondre. Mais la logique me poussait à croire que c'était certainement l'une ou l'autre de ces raisons, si ce n'était tout à la fois, car, encerclés, ils n'avaient aucune chance.

  Les réponses viendraient peut-être plus tard. Pour l'instant j'essayais de me souvenir du nom de ce vestige du passé dont ils faisaient maintenant eux-mêmes partie pour la plupart…

  Le nom m'échappait, ma dernière visite sur cette planète et en ce lieu remontant à de nombreuses années. Je fouillais mon esprit et soudain les images et le nom me revinrent en mémoire…

  Ah oui ! C’était bien ça. La tour EIFFEL.

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