Chapitre 1

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                     Chapitre 1

Thomas savait que son ami Raphaël ne rentrerait pas de vacances avant demain. Il allait devoir trouver de quoi s'occuper pendant ce temps, ses parents venant de repartir. Le petit blondinet aux yeux noisette adorait venir passer du temps à la campagne, chez ses grands-parents, surtout durant l'été. Du haut de ses douze ans, il aimait tout autant aider sa grand-mère dans la préparation de délicieux gâteaux que se promener dans le grand parc de leur ma-noir mais ce qui suscitait le plus son intérêt était les travaux de recherche de son grand-père. C’était un éminent scientifique, reconnu pour ses travaux de physique quantique et la publica-tion de nombre d'entre eux. Malgré sa retraite et son retour à la campagne, il ne délaissait pas sa passion et passait une grande partie de ses journées dans son laboratoire. Thomas lui vouait une admiration sans borne, ayant une curiosité insatiable et une intelligence précoce, et lui po-sait un tas de questions sur sa vie de physicien, mais lorsqu'il lui demandait sur quoi il travail-lait maintenant, son grand-père restait assez secret sur ses recherches actuelles. L’homme, à la dense chevelure grise, détournait souvent la conversation au bout d'un moment, les yeux mali-cieux derrière ses petites lunettes, préférant parler à son petit-fils tout en lui proposant d'aller se promener avec lui.

Le jour de son arrivée, Thomas se reposa un moment dans sa chambre après le repas car la chaleur était encore écrasante à l'extérieur et ensuite, il décida d'aller faire un tour dans le parc. Il avait toujours trouvé ce manoir magnifique, même si ces derniers temps, il entendait ses parents dire que le temps avait fait de nombreux dégâts et que des travaux de réfection seraient à prévoir dans les années à venir. Il descendit les marches du perron et se dirigea dans l'allée principale. Au bout de quelques mètres, il tourna à droite après le grand rosier blanc de sa grand-mère et s'engagea sur le petit chemin annexe qui conduisait à la partie ombragée par les marronniers. Il aimait tout particulièrement s'asseoir sur la balancelle pour lire un peu, en toute tranquillité. Il sentait juste la brise sur son visage et entendait son bruit dans les feuilles. Après une heure de lecture, Thomas décida de rentrer voir sa grand-mère. Telle qu'il la con-naissait, elle devait s'affairer dans la cuisine pour lui préparer un gâteau pour le goûter. En ef-fet, quand il passa sous les fenêtres de la cuisine, il sentit le doux fumet d'une tarte.

— Thomas ! J'ai sorti ma tarte aux mirabelles du four il y a un quart d'heure. On va attendre un peu mais tu as sans doute soif, tu veux de la citronnade ?

— Oui, merci Mamie. Que ça sent bon! Je suis pressé de la goûter! Papy est dans son labora-toire?

— Tu le connais, il n’en est sorti que pour le déjeuner tout à l'heure. Mais en ce moment, il y passe le plus clair de son temps, je ne sais pas quel projet il a en tête mais ça a l'air très prenant. Il est surexcité et semble ailleurs quand je lui parle. En fin d'après-midi, il doit aller chercher son ami Archibald à la gare, il vient passer deux jours ici avant de rendre visite à son fils. Ap-paremment, Papy souhaite lui montrer ses derniers travaux.

Ils discutèrent un moment en savourant la tarte, Thomas se remémorait les nombreux récits d’Archibald, savant renommé et passionné, qui le fascinaient tant. Il l'appréciait beaucoup et il faisait, pour lui, quasiment partie de la famille.

Il entendit soudain les pas de son grand-père sur les marches du perron puis monter à l'étage. Il descendit ensuite dans la cuisine les rejoindre et s'attabla.

— J'ai bien faim et cette tarte a l'air délicieuse ! Alors Thomas, tu t'es reposé un peu dans le parc cet après-midi ? J'espère que tu ne t'ennuieras pas trop en attendant le retour de Raphaël. Mamie a du te dire qu’Archibald n'allait pas tarder à arriver, il va rester avec nous deux jours et je suis sûr qu'il aura encore d'autres histoires à te raconter, ce soir !

— Raphaël rentre demain, ça va passer vite et puis j'aime bien passer un peu de temps avec vous aussi, je ne vous vois pas souvent.

Quelques instants plus tard, Théophile partit chercher Archibald à la gare. Pendant son ab-sence, Thomas pénétra dans le bureau de son grand-père et chercha la clé du laboratoire que son grand-père cachait à chaque fois qu’il en revenait. Il découvrit qu’un des tiroirs de son secrétaire était fermé à clé. Il chercha un peu partout dans le bureau, regarda dans un vase, souleva même le tapis puis il parcourut la bibliothèque, livre par livre. Au bout d’un long mo-ment, il allait finir par se décourager lorsqu’il en vit un dans lequel les pages semblaient ne former qu’un seul bloc. Il prit donc le livre et l’ouvrit. Il découvrit une petite clé dorée qu’il s’empressa d’aller essayer dans la serrure du secrétaire. Il s’ouvrit. Il vit alors un petit coffret avec un cadenas à quatre chiffres incrusté. Il se demanda ce qu’il pouvait contenir et chercha le code. Une année probablement…Il essaya l’année de naissance de son grand-père, rien, puis celle de sa grand-mère, rien…L’année de leur mariage, celle de ses parents, sa propre date de naissance, toujours rien. Il se dit qu’après tout, ce n’est peut-être pas une date du 20ème siècle mais une date importante pour son grand-père, peut-être celle d’une grande découverte. Il en-tendit la voiture de son grand-père revenir, il s’empressa de reposer le coffret, de refermer à clé le tiroir du secrétaire et courut remettre la clé dans le livre de la bibliothèque. Il remonta ensuite dans sa chambre, frustré.

Le lendemain matin, il y retourna. Il avait songé une bonne partie de la soirée à ce que pouvait être le code choisi par son grand-père. Celui-ci étant passionné d’histoire, Thomas était per-suadé qu’il s’agissait plutôt d’une date importante qui avait changé pas mal de choses. Il es-saya 1789, sans résultat ; Mais bien sûr, Christophe Colomb, la découverte de l’Amérique, papy est passionné par les Grands Explorateurs et en particulier celui-ci…1492…là, il entendit un petit « clic ». Il se dit que ce n’est pas possible ; aurait-il trouvé le bon code, cette fois ? Le couvercle se souleva. Là, il trouva un badge magnétique qu’il pensa être la clé de son labo. Il descendit dans la grange, s’approcha de la porte au fond de celle-ci et passa le badge dans la fente prévue à cet effet. La porte s’ouvrit, la pièce était sans fenêtre et il ne voyait pas grand-chose. Il ouvrit un peu plus la porte et aperçut l’interrupteur. Il alluma la lumière et balaya du regard le côté droit de la pièce et découvrit le laboratoire rempli d’objets de toutes sortes dont il se demanda l’utilité, des étagères entières recouvertes d’ouvrages. Puis, en arrivant au centre du laboratoire, ses yeux tombèrent sur une grosse machine. Il s’approcha d’elle, il n’avait ja-mais rien vu de tel : cela ressemblait à un gros générateur d’énergie avec une multitude de fils. Il en fit le tour rapidement et aperçut un cadran sur le devant.

— Qu’est-ce-que c’est que ce truc ?

Il s’approcha du cadran pour voir ce qu’il y avait d’écrit sur les boutons, quand il entendit des voix provenant du parc. Pris de panique, il sortit du laboratoire mais se rendit compte qu’il n’aurait pas le temps de sortir de la grange alors il chercha un endroit pour se cacher. Il repéra des grands tonneaux et s’accroupit derrière. Les deux amis arrivèrent juste après. Thomas commença à tressaillir en se disant qu’il avait le badge sur lui et que son grand-père avait du s’apercevoir de sa disparition.

— D’habitude, j’ai un badge pour l’ouvrir en plus du code mais vu qu’on arrive directement de la gare, j’utilise le badge d’urgence à usage unique, il faudra juste que je pense à en créer un autre pour une prochaine fois !

Thomas leva la tête mais ne distingua pas les chiffres. Archibald sourit en comprenant le choix de son collègue :

— Ah oui, Jefferson !

Malheureusement, il n’entendait que quelques bribes de leur conversation et faillit se découra-ger mais soudain, l’élévation de la voix de son grand-père, due à l’excitation suscitée par sa conversation, lui permit d’entendre quelques mots qui lui résonnèrent dans la tête : « la porte ouverte sur une infinité de mondes ». Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine, il commença à se demander s’il avait bien compris, s’il ne rêvait pas. Comment était-ce possible ? Son grand-père est un éminent savant, certes, mais ce genre de chose, c’est comme les ma-chines à remonter le temps, ça n’existe pas, ça se saurait !

— On sera fixés cette nuit, de toute façon. Tout est prêt.

Ils ne pensent quand même pas…

— Thomas ! Tu es là ? Raphaël est arrivé, il est pressé de te voir !

La peur au ventre, Thomas courut à vive allure sur le chemin qui menait à l’allée centrale, de peur d’être surpris par les deux savants. Il se demandait encore si tout ce qu’il avait entendu était vrai, s’il n’allait pas se réveiller d’une minute à l’autre.

Puis il se dit que si c’était bien réel, ce serait tellement…excitant.

— Ah, te voilà ! Raphaël est dans la cuisine, avec ses parents. Il est arrivé tout à l’heure mais il avait déjà envie de te voir.

Thomas était ravi de voir son ami avec qui il passait tellement de temps lors de ses vacances. Les cheveux bruns et les yeux bleus, Raphaël était de la même taille que son ami. Il habite juste à côté mais il vient le plus souvent dans le parc des grands-parents de Thomas, c’est immense et propice à tellement de jeux ! Les deux amis avaient tant de choses à se raconter que Thomas oublia un moment son aventure.

— Tu veux rester dormir ici ce soir, Raphaël ? Si tes parents sont d'accord, bien sûr, dit la grand-mère de Thomas.

Celui-ci regarda ses parents qui lui firent un grand sourire en guise de réponse. Raphaël partit chercher quelques affaires de rechange et Thomas se hâta de remettre le badge dans le bureau puis ouvrit son ordinateur portable et commença des recherches sur internet pour trouver une date correspondant au code. Archibald avait parlé de Jefferson et Thomas savait qu’il était le troisième Président des Etats-Unis de la bouche même de son grand-père. Il tomba sur sa biographie et écrivit plusieurs dates, à savoir celle de sa naissance, de sa mort et enfin celles correspondant à ses mandats, ce président ayant été élu deux fois. Il glissa le papier dans sa poche puis descendit pour le dîner.

Il aida sa grand-mère à mettre la table tout en pensant à ce qui devait se passer cette nuit, selon les propos de Théophile. Il fallait qu'il en ait le cœur net et découvre ce qu’ils mijotaient tous les deux. Devait-il mettre Raphaël dans la confidence ? C'était peut-être trop risqué, si son grand-père les découvrait, il ne lui pardonnerait pas. Il décida donc de garder le secret pour lui et de suivre son grand-père, seul, quand il se dirigerait vers la grange.

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