Chapitre 150 : jeudi 5 janvier 2006

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Comme la veille, le temps fut à la brume et au crachin ce matin-là, du moins dans la plaine, car en altitude, c'étaient de petits flocons blancs qui se posaient sur les pentes et les sommets des massifs. Mais, magie de l'Ecosse, du vent et de la mer, le ciel se dégagea durant l'heure du repas de midi. Mickaël proposa à Maureen d'aller se promener dans le parc proche du Loch Leven, un peu au-dessus du village de Glencoe. Il pensait que les allées seraient praticables. C'était effectivement le cas et ils passèrent une bonne heure à faire le tour du petit lac. Encore une fois, ils étaient seuls. Sur le retour et comme il n'était pas très tard, le jeune homme suggéra qu'ils rendent une petite visite à John, le père de Jenn.

Ce dernier fut heureux de les voir, leur dit qu'il avait reçu des nouvelles de Jenn et Sam, qu'ils étaient bien arrivés la veille à Londres. Ils avaient prévu de remonter sur Fort William dimanche et Jenn devait revenir sur Glasgow dans la semaine.

- Ca fait du bien, les vacances, n'est-ce pas, les jeunes ! dit John avec entrain après les avoir invités à s'asseoir au salon. Que voulez-vous prendre ?, ajouta-t-il. Bière ? Thé ?

- Va pour une bière, John, dit Mickaël.

- Pour moi aussi, dit Maureen.

Il les servit et Mickaël dit :

- C'est vrai que les vacances sont bienvenues. Maureen a beaucoup donné aussi ces dernières semaines.

- Ca marche bien, alors, ton affaire, Maureen ? demanda John.

- Oui, mais j'attends encore un an pour me sentir vraiment "installée", répondit-elle. Il y a des périodes creuses, d'autres avec beaucoup d'activité, mais ce qui est surtout à noter, ce sont les périodes d'activité moyenne. Elles sont plus régulières, j'ai moins de journées "vides", sans clients.

- Je comprends, dit John avec un hochement de tête. Et toi, alors, Mickaël, ça n'a pas été trop dur pour les fêtes ?

- Non, je dirais un peu comme d'habitude...

- Et pour Sam ? demanda-t-il encore. J'ai bien pensé à lui, que ça pourrait lui être difficile de reprendre juste après... enfin...

Il fit un vague geste que Mickaël et Maureen saisirent tout à fait. Le jeune homme répondit :

- Ca a été, John. La reprise un peu délicate, mais toute l'équipe l'a soutenu et j'ai bien senti qu'il avait à cœur de réussir aussi les repas de fête pour notre clientèle. Je dirais presque qu'il s'est surpassé, ça lui a fait du bien.

John hocha la tête. Mickaël poursuivit :

- Et toi, John ? Tu vas bouger prochainement ?

- Oui, je vais rester un peu ici encore, et quand Jenn repartira, dans le courant du mois de janvier, j'irai aussi jusqu'à Glasgow. Mais je n'y resterai pas longtemps. J'ai des amis à Cardiff, j'irai les voir. Puis j'irai dans le sud, chez Claudia aussi. Je ne suis pas encore descendu jusque chez elle... On ne pouvait pas bouger.

Maureen se dit que, maintenant, une nouvelle vie commençait pour le père de Jenn. Et qu'au-delà du chagrin causé par le deuil et la longue maladie de sa femme, il allait pouvoir penser à lui aussi, un peu.

**

En fin d'après-midi, le temps se couvrit à nouveau. Mickaël leur prépara un thé, puis gagna le hangar pour fendre du bois. Mummy proposa à Maureen de regarder quelques albums photos. La jeune femme était enchantée par l'idée. Elle découvrit ainsi pour commencer de vieilles photos en noir et blanc, prises en France, dans la ferme des parents de Mummy.

- Là, c'est ma grand-mère, dit Mummy. Ernestine. Elle a connu Ingrid...

Maureen fit aussitôt le rapprochement avec une photo qu'elle avait vue chez les parents de Mickaël, de cette vieille dame tenant un petit bébé sur ses genoux. C'était donc Ingrid et son arrière-grand-mère... Mais, déjà, Mummy continuait :

- Mes parents devant la ferme, une des dernières photos d'eux prise par mon frère. Là, c'est lui, Eric.

Puis défilèrent les premières images de Mummy jeune mariée, en Ecosse. Ingrid petite, puis grandissant. La ferme avec les moutons, les étendues sauvages, toujours semblables aux paysages qui les entouraient.

- Donan et Finella, expliqua Mummy en montrant une photo d'un couple posant devant la maison.

- Donan était très grand ! fit remarquer Maureen.

- Oh que oui ! Seul James, son fils aîné était aussi grand que lui. Et Steven n'était pas loin derrière. Mais oui, Donan était vraiment très grand. Une force de la nature, vu ainsi. Pourtant, c'est lui qui est parti le premier...

Maureen hocha la tête. Elle se souvenait que Mickaël avait évoqué Mémé Fine devant lui et qu'il avait gardé de nombreux souvenirs d'elle.

- Finella avait l'air très gentil..., dit-elle encore en regardant la photo.

- Elle l'était. Elle avait le cœur sur la main. Mais il ne fallait pas lui en conter. Tout le monde devait faire sa part... Elle n'aimait pas les fainéants. Mais elle adorait les enfants... Elle était vraiment heureuse quand Kathleen ou Mary nous laissaient leurs petits. Moi aussi, car, ainsi, Ingrid n'était pas toute seule. Elle a grandi en étant proche de ses cousins. Tiens, voici mes belles-sœurs, justement, avec leurs maris. Kathleen, c'est la plus jeune. Elle a pu faire des études... Mary, c'est la mère d'Helen...

- Oui, je la reconnais, dit Maureen avec émotion, se souvenant d'avoir vu la vieille dame en larmes pour l'enterrement d'Helen.

- C'est dur pour elle..., dit Mummy. Mais elle est solide... Elle a les petits-enfants et même des arrières, elle aussi. Ca va l'aider.

Les pages suivantes montraient quelques photos du mariage d'Ingrid et Henry, puis Véra et enfin Mickaël, bébé, puis petit garçon. Sur certaines, Maureen reconnut ensuite Sam qui accompagnait très souvent Mickaël en vacances ici durant l'été. Elle sourit en voyant une photo des trois enfants devant une pancarte indiquant le sommet du Ben Lomond. Elle avait très certainement été prise avant qu'ils n'entament l'ascension, car ils paraissaient tous les trois bien vaillants et même, pour les deux garçons, un peu conquérants. Elle se dit que Steven et Mummy avaient dû avoir pitié d'eux de ne pas prendre de photo au retour...

Quand Mickaël revint du hangar, il les trouva devant les albums et en sourit. Maureen lui parut passionnée par ce que racontait Mummy, les souvenirs qu'elle évoquait. Il se dit que sa grand-mère avait trouvé là une oreille attentive. Lui aussi aimait l'entendre parler ainsi, raconter les souvenirs de sa jeunesse, évoquer tour à tour ses parents, ceux de Steven. Il savait que c'était une joie pour elle de parler ainsi de sa vie.

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— Redressez-vous enfin ! insista Cole. Nous ne sommes ici qu'entre nous, personne ne vous tiendra rigueur d'un manque au protocole.
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— Je ne suis pas vexé. Au contraire, je suis plutôt d'accord avec vous. Mais... (Cole désigna le décor d'un geste ample de la main) Il n'existe aucun autre endroit près de la capitale qui me rappelle autant ma ville natale.
— Et d'où venez-vous exactement ?
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— J'aimerais beaucoup que vous me montriez à quoi ça ressemble, souhaita Ceti.
— Si l'occasion se présente, pourquoi pas.
 Ceti se retourna pour observer le paysage. Elle imagina à quoi pouvait ressembler les grandes plaines enneigées des montagnes, les hautes murailles de la ville et le Temple, célèbre lieu de pélerinnage. Dans sa vie, elle n'avait quitté Dhilia qu'à trois reprises, sans jamais voyager plus d'une demie journée. Elle n'arrivait tout simplement pas à concevoir le panorama de l'Oblihati. De ce fait, elle s'aidait des marguerites pour recouvrir son point de vue actuel d'un épais manteau blanc. Un léger sourire apparut sur son visage.
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