Chapitre 142 : lundi 19 décembre 2005

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La neige tombait lentement en gros flocons sur la foule rassemblée en cette fin de matinée dans le cimetière de Fort William. Le bras passé sous celui de Mickaël, Maureen écoutait les derniers hommages rendus à Helen. A leurs côtés se tenaient Ingrid et Henry, Mummy, et de nombreux voisins et amis. Etait aussi présent un couple dont elle avait fait la connaissance la veille, le père et la belle-mère de Sam. Devant la tombe, il y avait John, Jenn et Claudia, sa sœur. Un frère et une sœur d'Helen, ses parents, la famille. Sam tenait Jenn dans ses bras. Ils avaient tous les deux le visage très marqué. Maureen se souvenait de ce que Sam lui avait dit, des souvenirs qui remontaient. Elle était certaine qu'à cet instant, il pensait à sa propre mère, à l'enterrement de celle-ci.

Ils avaient quitté Glasgow la veille, avec Ingrid et Henry. Elle avait fermé son magasin exceptionnellement pour ce dimanche. Ils allaient rentrer tout à l'heure. Elle leva les yeux, vit se profiler les sommets blancs des montagnes alentours. "Que c'est triste de découvrir l'hiver ici, dans ces circonstances... J'espère que nous reviendrons... pour des moments plus heureux."

La cérémonie s'achevait. La foule commençait à se disperser, laissant la famille proche encore un moment devant la tombe. Mummy fut la première à sortir de cette torpeur et dit quelques mots à sa fille que Maureen n'entendit pas. Puis Ingrid se tourna vers eux trois :

- Nous allons saluer papa.

- Je viens avec vous, dit Mickaël.

Et il se détacha de l'étreinte de Maureen. Elle le vit s'éloigner en passant le bras sous celui de sa grand-mère. Henry proposa :

- Veux-tu y aller aussi, Maureen ? Sinon, on va les attendre à la voiture.

- Je ne suis jamais allée sur la tombe de Steven, dit Maureen. Oui, je veux bien. Vous venez avec moi ?

Henry acquiesça et ils suivirent Ingrid, Mummy et Mickaël de quelques pas.

La tombe de Steven se trouvait tout en haut du cimetière, dans la dernière rangée près du mur. Elle était tournée vers la mer, comme s'il avait voulu pouvoir ainsi regarder toujours les rives du Loch Linnhe et les monts d'Ardgour. C'était une tombe très simple. Mummy resta silencieuse un moment devant, puis Mickaël et Ingrid déposèrent quelques fleurs sur la pierre. Ingrid dit :

- Je viendrai nettoyer la pierre au printemps, maman.

- Oui, inutile de le faire en cette saison, dit Mummy. La neige va vite la recouvrir de toute façon. Bon, les enfants, si on rentrait à la maison ? Tu veux saluer Sam encore une fois, Mickaël ?

- Allez à la voiture, je vous rejoins, dit-il.

**

Ils étaient de retour chez Mummy. Sam et ses parents se trouvaient encore chez John. Il ne rentrerait que le mercredi ou le jeudi à Glasgow. La vieille dame était marquée par ce décès, même si elle aussi s'y attendait.

- Tu reviens avec nous, Mummy, à Glasgow ? demanda Mickaël pour parler un peu d'autre chose.

- Je crois que je vais en profiter, en effet, répondit-elle. Mes affaires sont presque prêtes. Vu le temps, ce n'est pas la peine d'obliger tes parents à revenir vendredi prochain pour faire la route. Je resterai un peu plus longtemps que prévu à Glasgow, c'est tout. Cela me fera du bien de voir la pitchoune.

Maureen sourit faiblement en pensant elle aussi à la petite fille.

- Je te ramènerai durant la semaine de relâche, Mummy, poursuivit Mickaël. Maureen fermera aussi la boutique, on pourra passer quelques jours ici, avec toi, si tu es d'accord.

- Vous allez beaucoup vous ennuyer..., fit la vieille dame.

- Oh, non, pas du tout ! intervint Maureen. J'ai envie de profiter des beaux paysages d'hiver...

- Si le temps ne se met pas à la neige et à la brume, et qu'il devient alors impossible de sortir, répondit Mummy.

- Et bien, on se réchauffera avec ta réserve de whiskys, lança Mickaël pour plaisanter, sachant que c'était ainsi qu'il pourrait le mieux redonner de l'entrain à sa grand-mère.

- Elle est là pour ça... Bon, prépare donc un thé au lieu de dire n'importe quoi, et moi, j'ai encore des paquets à faire. Ce n'est pas le tout, mais... Il faut que je m'y mette !

Deux heures plus tard, ils étaient prêts à partir. Ils burent à nouveau un thé avant de prendre la route, fermèrent les volets et préparèrent la maison pour une absence. Puis ils chargèrent tous les petits paquets de Mummy dans la voiture. Elle avait déjà commencé ses achats de Noël, les finirait à Glasgow. Mais cela prenait beaucoup de place dans le coffre.

- Heureusement que l'on reviendra à vide, soupira Mickaël en voyant le coffre rempli. Il faudra qu'on s'organise pour la voiture, mais on aura bien le temps de voir ça... Je sens qu'il va falloir qu'on en achète une plus grande.

- On pourrait laisser la mienne à Sam et en acheter une pour nous, suggéra Maureen, alors qu'ils s'installaient à l'arrière, avec Henry, Ingrid prenant le volant pour le début de la route.

- Ce serait une bonne idée, dit Mickaël. On va lui proposer...

- Je vous laisserai ma voiture pour quand vous ramènerez Mummy, intervint Ingrid. Même si vous restez ici toute une semaine, je n'ai pas besoin d'une grande voiture pour quelques jours. Si c'est juste pour récupérer Léony et faire quelques courses, celle de Maureen me suffira.

La jeune femme se blottit contre l'épaule de Mickaël. Le jeune homme somnolait. La fatigue et le chagrin des derniers jours l'avaient vidé. De plus, du fait de l'absence de Sam et même si c'était encore la période creuse d'avant les fêtes au restaurant, il avait assuré la direction de l'équipe seul. Elle songea qu'il fallait qu'il récupère car il arrivait à une période charnière de l'année durant laquelle ils allaient devoir donner beaucoup au restaurant, et que les semaines s'étaient enchaînées en étant bien remplies depuis la fin de l'été, malgré la période toujours un peu plus calme du début décembre. Harris avait bien tenté de prendre Jonathan plus tôt pour pallier l'absence de Sam, mais il était sous contrat jusqu'à ce qu'il enchaîne avec eux pour les fêtes. Au moins, Maureen se rassura en pensant que le sympathique jeune cuisinier serait en renfort de l'équipe pour une dizaine de jours.

Ils étaient maintenant en train de rouler à travers le défilé de Glencoe, les sommets étaient tout blancs, un peu de brume s'accrochait aux montagnes environnantes. Maureen écoutait d'une oreille distraite la conversation entre Ingrid et sa mère, Henry disait un mot de temps en temps. Elles parlaient de Léony, de la soirée de Noël. "Cela leur fait du bien de parler de la pitchoune. Les enfants, ça aide à passer les moments difficiles...", songea-t-elle. Puis lui vint à l'esprit que ce serait aussi une grande joie pour les trois personnes présentes avec eux dans la voiture que l'annonce d'une future naissance. "Bien sûr, ce n'est pas pour faire plaisir aux autres qu'on ferait un bébé, mais cela ajouterait au bonheur de l'avoir."

Et ce fut en franchissant le col, en haut du défilé, qu'elle prit la décision d'arrêter toute contraception.

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— Redressez-vous enfin ! insista Cole. Nous ne sommes ici qu'entre nous, personne ne vous tiendra rigueur d'un manque au protocole.
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— Il existe des jardins bien plus beaux près du château, fit remarquer Ceti avant de se rattraper. Non pas que je trouve le paysage désagréable !
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— Je ne suis pas vexé. Au contraire, je suis plutôt d'accord avec vous. Mais... (Cole désigna le décor d'un geste ample de la main) Il n'existe aucun autre endroit près de la capitale qui me rappelle autant ma ville natale.
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— Est-ce vrai qu'il y neige la moitié de l'année ?
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— J'aimerais beaucoup que vous me montriez à quoi ça ressemble, souhaita Ceti.
— Si l'occasion se présente, pourquoi pas.
 Ceti se retourna pour observer le paysage. Elle imagina à quoi pouvait ressembler les grandes plaines enneigées des montagnes, les hautes murailles de la ville et le Temple, célèbre lieu de pélerinnage. Dans sa vie, elle n'avait quitté Dhilia qu'à trois reprises, sans jamais voyager plus d'une demie journée. Elle n'arrivait tout simplement pas à concevoir le panorama de l'Oblihati. De ce fait, elle s'aidait des marguerites pour recouvrir son point de vue actuel d'un épais manteau blanc. Un léger sourire apparut sur son visage.
— Puis-je vous poser une question, Cole ? demanda la jeune femme après un bref silence. Elle pourrait vous sembler déplacée.
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 Le chevalier accusa la surprise. La servante de la princesse se retourna pour lui faire face et le regarder dans les yeux. Cole la considéra d'un regard interdit, bouchée bée. Les secondes s'écoulèrent lentement, et l'espace d'un instant, il pensa avoir compris de travers. Mais la jeune femme poursuivit.
— Les chevaliers qui jouent de leur position ne se cantonne rarement qu'à une seule servante. Et maintenant que nous sommes ici, ensemble... J'ai pensé que, peut-être, vous...
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