Chapitre 128 : vendredi 27 octobre 2005

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Jenn se rendit ce soir-là jusqu'à la boutique de Maureen pour la récupérer après le travail. La veille, les deux jeunes femmes et Shana s'étaient rendues au cinéma et avaient beaucoup apprécié le film qu'elles avaient vu. En sortant, elles avaient été prendre une bière dans un pub, mais ne s'étaient pas attardées. Si Jenn pouvait profiter de ses matinées, Shana et Maureen travaillaient. Shana avait décliné l'invitation pour les rejoindre ce soir-là, car elle avait pu terminer assez tôt au supermarché et prendre le train pour rejoindre William à Callander et y passer le week-end. Maureen et Jenn étaient donc seules alors que leurs petits amis entamaient leur soirée de travail.

Jenn se réjouissait de cette nouvelle soirée "entre filles" et elle était heureuse de profiter de l'occasion pour faire plus ample connaissance avec Maureen. La veille, elle avait évité de poser des questions trop personnelles devant Shana, toutes les trois se connaissant encore finalement assez peu et Jenn, malgré son caractère bien trempé, avait du tact.

Sam ne lui avait pas dit grand-chose au sujet de Maureen, hormis : "C'est une crème, la Princesse de Micky". Mais elle se faisait déjà une certaine opinion de la "Princesse". Elle avait apprécié la visite du jeune couple, au printemps, et percevait qu'il émanait de la jeune femme beaucoup de douceur, de gentillesse. Elle avait eu l'occasion de voir Betty plusieurs fois, quand Mickaël était avec elle, et elle avait tout de suite compris que Maureen était bien différente. Mais elle ne connaissait pas pour autant vraiment la jeune femme. L'autre midi, elle avait été heureuse de l'avoir accompagnée jusqu'à sa boutique, de découvrir où elle travaillait et s'était enchantée devant les réalisations et compositions de la jeune femme. Elle aussi trouvait charmante l'idée des petits cadres aux fleurs fraîches et aux couleurs vives. Elle avait décidé d'en ramener un pour sa mère, se disant que cela lui plairait certainement.

Elle entra dans la boutique alors que Maureen servait une dernière cliente. Le rangement se fit vite et elles partirent toutes les deux pour le centre-ville. Il y avait ce soir de l'animation, comme tous les vendredis et des airs de musique s'échappaient de nombreux pubs. Après leur soirée, Maureen avait prévu de rentrer chez elle, c'était là qu'elle avait convenu avec Mickaël qu'ils se retrouveraient.

- Vous alternez entre chez toi et chez Mickaël ? demanda Jenn en chemin.

- Oui, un peu comme ça vient, comme c'est plus pratique aussi..., expliqua Maureen. En général, en semaine, on dort chez moi, qu'il soit de criée ou pas, car moi, de toute façon, je me lève tôt tous les jours. Par contre, le samedi soir et jusqu'au lundi soir, on dort chez lui, pour qu'il récupère. Mais, parfois, cela arrive aussi qu'on ne "respecte" pas cet ordre-là, ça dépend.

- Et puis, vous n'habitez pas loin, c'est facile aussi, fit remarquer Jenn.

- Tout à fait. Je me sens bien chez lui, il se sent bien chez moi, alors, c'est l'essentiel, n'est-ce pas ?

- Oui, dit simplement Jenn.

Elles firent quelques pas en silence, puis Maureen demanda :

- Tu arrives à occuper tes journées ?

- Oui, répondit Jenn. Aujourd'hui, je suis allée au jardin botanique, il y a encore les belles couleurs d'automne dans le parc et toujours des choses intéressantes à voir dans les serres. J'imagine que vous y allez souvent, Mickaël et toi !

- C'est en effet un de nos buts de promenade, surtout depuis la rentrée, qu'on prête ma voiture à Sam pour qu'il aille te voir. Du coup, on ne sort plus de Glasgow le week-end, mais ce n'est pas très grave, car Mickaël m'emmène ainsi dans des endroits que je ne connais pas beaucoup, en ville, ou alors, on se promène le long de la Clyde, on se fait un ciné...

- En cette saison, on a parfois aussi moins envie de sortir, je veux dire, d'aller à la campagne ou sur la côte.

- C'est vrai, quoique j'aime bien me promener au bord de la mer. Et puis, un dimanche, nous sommes allés jusqu'au Lomond avec William et Shana. Je pense qu'à l'occasion, on se fera une nouvelle sortie avec eux, quand William reviendra passer le week-end à Glasgow.

- Tu vivais au bord de la mer, en Irlande ?

- J'habitais à Dublin. Il y a le port, la côte aussi. Mais j'y allais peu. J'appréciais à chaque fois, mais emmener toute la famille quelque part, hors de la ville, c'était toujours un peu compliqué... On est 8 enfants, quand même.

- Hou la ! fit Jenn impressionnée.

- C'est comme ça..., dit simplement Maureen.

- Tu n'es pas retournée à Dublin ? demanda la grande jeune femme blonde, de ce ton direct et franc qu'elle avait souvent.

- Pas depuis un an, non, dit Maureen avec une certaine gravité que Jenn perçut aussitôt. Mais j'espère y aller bientôt. Ma jeune sœur est enceinte et doit accoucher cet hiver, en janvier. Je serais heureuse de pouvoir lui rendre visite à cette occasion !

- Tu as déjà des neveux et nièces ?

- Oui plusieurs, répondit Maureen. Trois, et bientôt cinq !

- Ta sœur attend des jumeaux ? s'étonna Jenn.

- Non, mais la femme de mon frère aîné est sur le point d'accoucher. Et ils ont déjà deux enfants. Mon autre frère, plus âgé que moi, a aussi un petit garçon.

- Tes parents auront de nombreux petits-enfants, avec huit enfants ! fit remarquer Jenn.

- Il y a des chances, oui. Et toi, tu n'es pas tata ?

- Non, pas encore, dit Jenn. Nous ne sommes que deux et ma sœur aînée vit en Angleterre. Elle vient régulièrement voir maman, bien entendu, mais elle habite près de Plymouth, ça fait loin... Elle est célibataire. Enfin, elle a changé plusieurs fois de copains, sans jamais trouver le bon. Et, pour l'heure, elle vit seule. A croire que c'est un peu compliqué de se poser, pour elle, comme pour moi !

- C'est si compliqué que ça, avec Sam ? demanda prudemment Maureen un peu hésitante.

Elle trouvait presque plus compliqué d'aborder la question avec Jenn qu'avec Sam. Jenn soupira :

- Disons qu'il n'est pas forcément facile à vivre. C'est un excellent ami, pour Mickaël, pour Willy, pour d'autres aussi... Mais, au quotidien, c'est un électron libre. Et moi, je ne suis pas facile non plus, je le sais bien ! Mais, enfin, avec le temps, on apprend aussi et on mûrit, et j'ai plus d'espoir aujourd'hui qu'il y a un an...

Maureen sourit, heureuse de cette impression :

- J'espère que ça ira, Jenn. Pour vous deux. Il faut du courage aussi, pour vous remettre ensemble, malgré les difficultés. C'est une belle preuve d'amour, non ?

- C'est vrai, reconnut Jenn. Mais l'avenir le dira... Ces derniers mois, quand j'y pensais, je me demandais si ce n'était pas tout simplement suicidaire... Mais il faut savoir saisir les opportunités aussi ! Je le crois, je sais qu'il est sincère quand il me dit qu'il n'arrivait pas à "passer à autre chose", qu'il ne parvenait pas à m'oublier. Moi, je ne le pouvais pas. Mais je ne voulais pas souffrir plus. J'avais assez donné. C'est pour ça aussi que j'ai dit "stop", l'an passé.

- Je te comprends très bien, dit Maureen, avec une telle gravité que Jenn se tourna vers elle et la fixa.

Elle ne dit rien durant quelques secondes, puis fit :

- Bon, on s'installe où ? Ce soir, il va y avoir de la musique un peu partout, mais je serais plutôt tentée par un endroit calme. Et toi ?

- Cela me va, Jenn.

Elles firent encore quelques pas et trouvèrent un pub à leur convenir. Elles s'installèrent à une table. L'endroit était effectivement assez calme, même s'il y avait des clients. Elles commandèrent toutes les deux la soupe du jour, Maureen prit un thé, Jenn une bière.

- Alors, raconte-moi, toi, dit Jenn après avoir bu une première gorgée. Il n'y a pas eu que Mickaël dans ta vie, n'est-ce pas ?

- Sam t'a parlé un peu, non ? demanda Maureen avant de vouloir répondre plus précisément.

- Rien du tout... Muet comme une carpe à ton sujet, sourit Jenn légèrement.

- Cela semble difficile d'imaginer Sam muet..., fit remarquer Maureen.

Elles rirent toutes les deux et commencèrent à manger. Et Maureen se lança alors à raconter son histoire. En-dehors de Lawra, Mickaël et Sam - qui en connaissait bien plus qu'il n'avait voulu le dire à Jenn -, la jeune Ecossaise était la première personne à laquelle elle allait se confier. Cela lui parut soudain plus facile qu'elle ne l'aurait imaginé il y avait encore quelques mois. Ces dernières semaines aussi, elle avait ressenti plus profondément l'éloignement avec Lawra, le manque d'amies. Même si les échanges, les appels et les lettres avec Tara lui donnaient le sentiment d'être toujours très proche de sa sœur et de Lawra, pouvoir se confier, de vive voix, comme elle le fit ce soir avec Jenn était aussi appréciable.

Elle raconta donc assez facilement son histoire, ne s'attardant pas sur certains détails trop intimes, mais retraçant bien l'ensemble de ce qu'elle avait vécu. Jenn l'écouta avec beaucoup d'attention et d'empathie.

- Tu as bien fait de partir, dit-elle quand Maureen en eut terminé. C'était une décision très difficile à prendre, je peux le comprendre très bien. Mais tu aurais été si malheureuse... Est-ce que tu imagines, parfois, ce que tu vivrais, ce que tu serais aujourd'hui, si tu n'étais pas partie ?

- Je n'avais pas encore réfléchi à cela, dit Maureen, mais... Mais à y penser, je crois que ce serait en effet terrible. Je souffrirais énormément, je ne sais même pas comment on aurait pu "sauver les apparences" comme le voulait Brian. Cela aurait été impossible.

- Tu ne penses pas qu'il serait revenu vers toi ? Qu'il aurait accepté ces tests et tenté une solution pour que vous ayez un enfant ?

- Non... Non, vraiment non. Je ne pense pas qu'il aurait évolué. Ma sœur l'a vu, il y a quelques mois, avec Déborah. Notre divorce l'a certainement rapproché d'elle, mais, de toute façon, il ne voulait plus de moi. Il ne l'avouera jamais, c'est certain. Mais on ne peut pas se battre, seul, quand l'autre ne veut plus, n'est-ce pas ? Cela, il ne pouvait l'admettre et, pourtant, c'était lui, dans un premier temps, qui ne voulait plus... Après, j'en ai pris mon parti et j'ai compris que moi aussi, je ne voulais pas que cela continue ainsi. Pour Sam et toi, c'est différent, car vous voulez vraiment réussir. Votre séparation vous a fait comprendre que vous vous aimiez et que vous teniez l'un à l'autre.

- Ca ne veut pas dire qu'on va réussir, Maureen, fit Jenn avec une trace d'inquiétude dans la voix.

- Bien sûr, répondit-elle. Je comprends ta prudence, mais c'est un point essentiel, non ?

- Tout à fait. Bon, un petit dessert ?

- Hum, je veux bien !

Et elles dégustèrent une part de crumble. Elles se mirent d'accord pour aller écouter un peu de musique dans un autre pub et Maureen admira l'aisance de Jenn, sa façon de discuter avec les autres clients. Elles passèrent ainsi une très bonne soirée et se mirent d'accord pour renouveler l'expérience lorsque l'amie de Sam reviendrait à Glasgow, au cours des prochaines semaines.

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— Redressez-vous enfin ! insista Cole. Nous ne sommes ici qu'entre nous, personne ne vous tiendra rigueur d'un manque au protocole.
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— Il existe des jardins bien plus beaux près du château, fit remarquer Ceti avant de se rattraper. Non pas que je trouve le paysage désagréable !
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— Je ne suis pas vexé. Au contraire, je suis plutôt d'accord avec vous. Mais... (Cole désigna le décor d'un geste ample de la main) Il n'existe aucun autre endroit près de la capitale qui me rappelle autant ma ville natale.
— Et d'où venez-vous exactement ?
— De l'Oblihati.
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— Est-ce vrai qu'il y neige la moitié de l'année ?
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— J'aimerais beaucoup que vous me montriez à quoi ça ressemble, souhaita Ceti.
— Si l'occasion se présente, pourquoi pas.
 Ceti se retourna pour observer le paysage. Elle imagina à quoi pouvait ressembler les grandes plaines enneigées des montagnes, les hautes murailles de la ville et le Temple, célèbre lieu de pélerinnage. Dans sa vie, elle n'avait quitté Dhilia qu'à trois reprises, sans jamais voyager plus d'une demie journée. Elle n'arrivait tout simplement pas à concevoir le panorama de l'Oblihati. De ce fait, elle s'aidait des marguerites pour recouvrir son point de vue actuel d'un épais manteau blanc. Un léger sourire apparut sur son visage.
— Puis-je vous poser une question, Cole ? demanda la jeune femme après un bref silence. Elle pourrait vous sembler déplacée.
— Dîtes toujours, je jugerais moi-même.
— M'aimez-vous ?
 Le chevalier accusa la surprise. La servante de la princesse se retourna pour lui faire face et le regarder dans les yeux. Cole la considéra d'un regard interdit, bouchée bée. Les secondes s'écoulèrent lentement, et l'espace d'un instant, il pensa avoir compris de travers. Mais la jeune femme poursuivit.
— Les chevaliers qui jouent de leur position ne se cantonne rarement qu'à une seule servante. Et maintenant que nous sommes ici, ensemble... J'ai pensé que, peut-être, vous...
— Vous avez raison, coupa le soldat.
 Une main dans les cheveux, le chevalier se rendait compte des efforts qu'il avait produit pour cette journée, notamment le temps qu'il avait passé à se toiletter et à s'habiller. Il ne l'avait jamais fait auparavant, et il constata que cela lui était venu naturellement. Devant la stupeur que sa réponse avait provoqué, Cole enchaîna.
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