Chapitre 85 : dimanche 31 juillet 2005 (2ème partie)

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Pour la première fois depuis leur nuit à Edimbourg - et hormis les séjours chez Mummy -, ils allaient dormir ni chez l'un, ni chez l'autre. Mickaël trouvait toujours ces moments plaisants et aimait particulièrement faire l'amour à Maureen dans un lieu différent de ceux auxquels ils étaient habitués.

Dès qu'ils étaient entrés dans la chambre, pour déposer leurs sacs, avant de ressortir pour trouver un pub où dîner, il avait remarqué quelque chose d'intéressant. Il avait cette idée en tête depuis longtemps et s'était demandé s'il trouverait un jour l'occasion de la mettre en pratique. Ni chez lui, ni chez Maureen, cela n'était possible. Chez Mummy... Heu, non plus, à moins de prendre la chambre de sa sœur, mais sa grand-mère se serait vraiment demandé pourquoi, soudainement, il voulait dormir dans la chambre de Véra.

Après un dîner rapide et une petite promenade dans les alentours, pour profiter de la douceur du soir, ils regagnèrent le B&B. Pendant que Maureen passait dans la salle de bain, Mickaël s'installa. Quand elle en ressortit, elle le trouva nu, assis sur le lit, face à elle. Elle avait enfilé sa nuisette blanche, avec les fleurs bleues. Elle remarqua d'emblée la lueur amusée dans ses yeux et se demanda bien ce qu'elle signifiait... pour ce soir.

- Viens, lui dit-il en tendant les bras vers elle.

Elle s'approcha du lit, prit ses mains. Il l'attira contre lui et ajouta :

- Assieds-toi entre mes jambes et regarde.

- Comme ça ? demanda-t-elle en s'asseyant sur le bord du lit face à lui.

- Non, comme moi, répondit-il. Tourne-moi le dos, viens que je te prenne dans mes bras.

Maureen s'exécuta et se retrouva alors, appuyée le dos contre le torse de Mickaël, face à l'armoire ornée d'un grand miroir.

- Si ça te gêne, on fait pas, dit-il. Mais je voulais que tu voies comme tu es belle, combien moi, je te vois belle quand je te fais l'amour.

Maureen frissonna légèrement. Cette idée était troublante, mais le reflet dans la glace lui montra aussi, déjà, l'harmonie entre eux deux : les jambes de Mickaël entourant ses hanches, ses bras autour de ses épaules, les mains posées sur son ventre. Son visage, près du sien, et ses lèvres qui déposaient un premier baiser dans son cou.

- Tu vois tes épaules, là, et tes cheveux qui coulent dessus ?

Elle suivit du regard ce qu'il lui désignait, avant d'opiner.

- Regarde ton bras, le creux de ton coude, et ta main, jointe à la mienne.

Il accompagna ces mots d'une caresse le long du bras de la jeune femme, avant de nouer ses doigts aux siens. Puis il fit courir une série de petits baisers sur son épaule, évitant la bretelle de la nuisette. Sa main descendit ensuite le long de son autre bras pour se poser sur l'autre main. Il fit ainsi légèrement basculer ses épaules au-dessus de celles de Maureen.

Leurs regards se croisèrent dans le miroir.

- Ca va ? demanda-t-il.

- Oui, répondit-elle.

- Je continue ?

Elle lui sourit en réponse. Sa première appréhension avait disparu, la tendresse dont Mickaël faisait toujours preuve était le meilleur moyen pour qu'elle se sentît en confiance.

- Regarde tes jambes..., reprit-il. Tes petits pieds posés sur le sol. Tu vois ta cheville ? Cette jolie rondeur... Elle est trop loin de moi, pour l'instant, mais je te promets de m'en occuper tout à l'heure, je la sais très... sensible. Maintenant, tes genoux.

- L'un porte une cicatrice. Je n'ai pas de très jolis genoux. Un peu durs, un peu saillants, fit-elle remarquer en fixant son regard dessus.

- C'est vrai, dit-il. Mais cette petite cicatrice a une histoire. C'est un de tes souvenirs d'enfance, de jeux. Notre corps garde aussi nos souvenirs, pas seulement notre esprit.

Maureen opina. Ce qui était certain, c'était que son corps gardait déjà la trace des caresses et baisers de Mickaël. Il lâcha ses mains, posa maintenant les siennes sur le dessus de ses cuisses, là où le volant de la nuisette les recouvrait.

- Elles... Elles sont comme tes bras quand tu m'enlaces. Quand tu les refermes autour de mes hanches, de ma taille, je me sens comme dans un refuge, un nid. Mais c'est encore mieux que cela. Elles sont aussi ta force de vie, quand je te vois marcher, bouger, danser, tourner... Tu diras qu'elles ont moins de puissance que les miennes, mais j'aime en sentir l'énergie, la musculature. J'aime ce mélange de force et de douceur que j'y trouve. La force de tes muscles, la douceur de ta peau.

Il ferma les yeux, elle sentit peser ses mains qui n'avaient pas bougé. A son tour, elle ferma les yeux, savoura cet instant suspendu.

**

- Maintenant... Maintenant, souffla Mickaël à son oreille. Rouvre les yeux, mon amour.

Les mains du jeune homme quittèrent les cuisses de Maureen pour se poser sur ses épaules et faire glisser lentement les bretelles de la nuisette, dévoilant ainsi sa poitrine à leurs yeux.

- Donne-moi une de tes mains.

Elle leva la main gauche qu'il prit délicatement et posa près de son sein.

- Regarde ces couleurs, dit-il. Tes ongles ont le même rose que tes tétons. Depuis que j'ai remarqué ce détail, j'aime encore plus regarder tes mains.

- Je n'avais jamais fait attention à cela..., dit-elle un peu étonnée, mais constatant qu'il avait effectivement raison.

- Ils sont beaux, tes seins. Tu sais, ils m'ont plu tout de suite... la première fois que tu me les as montrés. Pas trop gros, pas trop petits, si ronds, doux, chauds... et leur pointe si sensible... Regarde comme tu peux en être fière !

Un nœud se forma dans la gorge de Maureen. Sa main reposait toujours sur le côté de son sein, enveloppée par celle de Mickaël. Elle frissonna. L'autre main du jeune homme se posa sur son autre sein et commença à le caresser. D'abord le tour qu'il dessina, puis il fit remonter ses doigts vers la pointe, mais s'arrêta près de l'aréole, traça son arrondi sans oublier les petites dénivellations qui marquaient le téton. Puis son doigt l'entoura, le fit durcir un peu plus. Maureen se mordit la lèvre. C'était une caresse qu'elle appréciait toujours, mais voir Mickaël la lui prodiguer... C'était tout simplement excitant.

- L'autre est peut-être jaloux, non ? dit-il avec un soupçon d'humour dans la voix. Aide-moi à m'occuper de lui...

Et il fit bouger la main de Maureen, posée sous sienne, guida ses gestes vers le téton. Si lui caressait le sein droit, c'était elle qui se caressait le gauche.

Nouveau frisson. Elle relâcha sa lèvre inférieure, laissa échapper un soupir, rougit légèrement. Il le remarqua aussitôt.

- N'oublie pas... On arrête ce jeu si tu veux.

- Non, répondit-elle en secouant la tête. Ca va. C'est... étonnant. Mais ça me plaît.

Il lui sourit en réponse, sourire qu'elle lut dans le reflet. Les caresses, toujours précises, faisaient naître son désir. Il l'embrassa dans le cou, puis se mit à sucer le lobe de son oreille.

La nuisette avait glissé sur son ventre, couvrant encore sa taille et le haut de ses cuisses. Maureen se cambra, puis elle tourna la tête vers Mickaël, chercha ses lèvres qu'il lui tendit. Puis elle lâcha son sein, fit remonter ses deux bras autour de leurs visages pour nouer ses mains sur la nuque du jeune homme. Elle était ainsi toute étirée, la poitrine pointant vers l'avant, les seins tendus. Elle s'était regardée, avait vu ses bras monter, ses mains se nouer, alors que Mickaël l'embrassait à nouveau dans le cou.

Elle croisa son regard dans la glace, plus sombre, avec cette lueur bleutée, quand il lui dit :

- Soulève un peu tes fesses, que j'enlève ta nuisette.

Le tissu fleuri se retrouva à ses pieds, en un bruissement soyeux.

- Ma douce, là sont tes douceurs secrètes. Ton ventre, une plaine dorée. Tes hanches, rondes et veloutées. La petite montagne de ton os. Et puis... là, dit-il en descendant ses mains sur ses cuisses, mais cette fois en les posant à l'intérieur de manière à les faire s'écarter lentement. Là, ta toison fine et bouclée qui cache ta fleur au parfum si enivrant, ta source à la saveur si fraîche et iodée, tout ce que j'aime tant et tant goûter, mais aussi... m'y perdre pour me trouver.

Ce ne fut pas un frisson, mais un vrai tremblement qui la secoua. Ses mots lui rappelèrent ceux qu'elle avait prononcés quand ils avaient fait connaissance : "Je ne suis pas venue en Ecosse pour me perdre, mais pour me trouver."

Elle contempla, troublée mais aussi excitée, ses cuisses ouvertes, son sexe rose foncé, les lèvres déjà humides, les boucles qui cachaient encore son petit bouton.

Mais pas pour longtemps.

- Mais le meilleur, si j'ose dire, continua Mickaël, le meilleur petit morceau de ta chair, de ton corps, mon amour, c'est celui-ci. Ce petit bouton si sensible que je pourrais embrasser des heures durant je crois. Ai-je jamais tenu entre mes lèvres quelque chose de si bon, de si délicat, qui éclot parfois en quelques secondes ?

Et, doucement, il repoussa quelques boucles, dégagea les petites lèvres et mit à jour la perle de son clitoris. Maureen tenta de garder les yeux ouverts, c'était le jeu, mais cela lui était difficile.

- Là, ma douce, referme-toi. C'était juste pour que tu te voies... si belle.

Et il n'insista pas, reposant déjà ses mains sur ses cuisses, pour les caresser.

- Mickaël...

- Oui ?

- C'est très... troublant. Mais... je crois que j'ai aimé. Je comprends... ce que tu voulais faire.

- Tu as été très courageuse, comme toujours, sourit-il en réponse. Tu en es consciente ?

- Oui, répondit-elle. Je peux te demander quelque chose ?

- Bien sûr ! fit-il.

- Caresse-moi encore..., souffla-t-elle un peu langoureusement.

Mickaël s'exécuta sans hésitation. Il la parcourut autant qu'il le pouvait, même s'il lui était impossible d'aller plus bas que ses genoux, mais caressant longuement ses cuisses, son ventre, sa poitrine, puis faisant remonter ses mains le long de ses bras qu'elle tenait toujours autour de sa nuque. Pas un seul instant, Maureen ne ferma les yeux, appréciant autant les caresses que le spectacle de celles-ci. Elle sentit contre le bas de son dos le sexe de Mickaël se dresser. Il lui caressa doucement les reins avec. Cela elle ne pouvait le regarder, juste le sentir. Et elle se demanda soudain si elle voudrait en voir plus.

- Veux-tu te tourner vers moi ? proposa-t-il. Que je te montre la belle ligne de ton dos...

Elle baissa les bras, Mickaël s'installa un peu plus vers le milieu du lit. Puis la jeune femme se plaça face à lui, entourant ses hanches de ses jambes, en gardant cependant toujours son visage tourné vers le miroir, mais en posant sa joue contre son épaule. Avec délicatesse, il repoussa toutes les mèches de ses cheveux sur son épaule droite, pour dégager entièrement l'autre et le haut de son dos. Du bout de ses doigts, il dessina alors l'arrondi de son épaule, puis de son omoplate et, enfin, il fit descendre deux doigts en alternance sur chacune de ses vertèbres.

- J'aime beaucoup ce petit endroit, tu le sais, dit-il en insistant sur le haut de la raie de ses fesses, puis dans le creux au-dessus. Mais tes fesses rondes sont belles aussi... n'est-ce pas ?

- Si tu me le dis... je te crois ! répondit-elle d'un ton malicieux.

Et il comprit alors qu'il avait gagné son pari : elle avait dépassé toute appréhension à se montrer ainsi, à être ainsi révélée. Il était vraiment fier d'elle. Et pas mécontent de son idée, surtout après ces moments difficiles liés à ce qui s'était passé avec Alisson et aux mauvais souvenirs que cela lui avait rappelés. Dans le reflet, le regard de Maureen était serein, tendre aussi. Elle suivait toujours les mains du jeune homme dans son dos. Puis elle commença à le caresser à son tour, d'abord sur les épaules, puis le torse, insistant sur ses mamelons avant d'en embrasser un. Il sourit, amusé, mais heureux : elle se prenait totalement au jeu et c'était maintenant elle qui allait l'entraîner un peu plus loin que ce qu'il avait pensé.

Chaque caresse, qu'elle émanât de l'un ou de l'autre, était désormais accompagnée de deux regards, mais aussi, bien vite, de soupirs, de plaintes. Aucun des deux ne voulait "lâcher" le premier, ne voulait fermer les yeux le premier, ne voulait le premier ignorer cette image d'eux deux faisant l'amour. Maureen avait soulevé son bassin et était venue s'empaler sur le sexe de Mickaël. Elle voyait son corps basculer, sa bouche s'ouvrir sur son cri, alors que lui se retenait de l'embrasser, mais que ses mains tenaient fermement ses hanches, ses fesses.

- Tes yeux... Mon amour..., supplia-t-elle. Ce sont tes yeux que je veux voir... maintenant !

Et elle tourna définitivement son visage vers celui de Mickaël, ignorant leur image dans le miroir, ne voulant plus voir que lui et non son reflet. Il posa ses lèvres sur les siennes, les picora. Ses mains la maintenaient sur lui alors qu'elle entamait un ample mouvement de balancier. La sueur se mit à couler dans leurs dos. La caresse des seins tendus de Maureen sur son corps le rendit fou.

- Mon amour... Je t'aime... Je t'aime !

Et le plaisir les emporta, libérant une énergie qu'ils avaient gardée en eux.

**

La voix, claire d'après l'amour, de Mickaël résonna aux oreilles de Maureen. Il était toujours en elle, il la tenait toujours tout contre lui, assise sur lui. Elle avait refermé fort ses jambes autour de sa taille et ses bras enserraient son torse, les mains remontées sur ses épaules.

- Ma douce... Regarde-nous, maintenant.

Elle ouvrit doucement les yeux, retrouva leur image dans le miroir. Elle voyait leurs corps imbriqués, enlacés. Elle voyait la sueur qui avait collé ses cheveux à ses tempes, qui coulait encore dans le dos de Mickaël. Elle voyait leurs traits détendus, leurs sourires heureux, leurs regards à la fois amoureux et apaisés.

- Tu es belle avant l'amour. Mais tu es très belle après, aussi, ajouta-t-il.

Maureen referma un peu plus ses bras autour de lui. Elle savait déjà qu'elle garderait en elle le souvenir de cette étreinte particulière, comme un petit caillou précieux, comme une perle rare dans sa mémoire.

Ils restèrent un moment ainsi, se regardant parfois dans le miroir, parfois non, se caressant avec tendresse, jusqu'à ce que Mickaël la soulève et l'allonge sur le lit, se couchant aussitôt à ses côtés. Puis il lui caressa doucement le visage, dessinant ses traits. Il s'était étendu de manière à tourner le dos à l'armoire, ne voulant plus maintenant que la regarder.

- Les plus grands rois du monde pourraient me présenter toutes leurs richesses, rien ne serait aussi beau, aussi précieux pour moi que ton regard. Aucun bijou, aucune pierre ne pourront avoir la valeur des paillettes dorées que j'y vois maintenant. Qu'y a-t-il de plus précieux que l'amour ? Que ton amour ? dit-elle.

Il se pencha un peu plus vers elle, pour terminer leur échange par un long baiser.

Et dans ses yeux brillants s'était allumé un éclat bleuté.

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— Redressez-vous enfin ! insista Cole. Nous ne sommes ici qu'entre nous, personne ne vous tiendra rigueur d'un manque au protocole.
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— J'aimerais beaucoup que vous me montriez à quoi ça ressemble, souhaita Ceti.
— Si l'occasion se présente, pourquoi pas.
 Ceti se retourna pour observer le paysage. Elle imagina à quoi pouvait ressembler les grandes plaines enneigées des montagnes, les hautes murailles de la ville et le Temple, célèbre lieu de pélerinnage. Dans sa vie, elle n'avait quitté Dhilia qu'à trois reprises, sans jamais voyager plus d'une demie journée. Elle n'arrivait tout simplement pas à concevoir le panorama de l'Oblihati. De ce fait, elle s'aidait des marguerites pour recouvrir son point de vue actuel d'un épais manteau blanc. Un léger sourire apparut sur son visage.
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— Dîtes toujours, je jugerais moi-même.
— M'aimez-vous ?
 Le chevalier accusa la surprise. La servante de la princesse se retourna pour lui faire face et le regarder dans les yeux. Cole la considéra d'un regard interdit, bouchée bée. Les secondes s'écoulèrent lentement, et l'espace d'un instant, il pensa avoir compris de travers. Mais la jeune femme poursuivit.
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