Chapitre 82 : dimanche 24 juillet 2005 (2ème partie)

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S'il avait été seul, après une semaine aussi intense et alors que se profilait la fin de la saison, Mickaël aurait certainement somnolé sur le canapé, s'offrant un ou deux verres de whisky qu'il aurait savourés en écoutant Pink Floyd ou Jan Garbarek. Peut-être aurait-il mis le nez dehors, pour une petite promenade en toute fin de journée, mais cela n'était même pas certain. Là, il était encore au lit, le corps blotti tout au creux de celui de Maureen. Elle avait refermé ses jambes autour de ses reins et il se sentait comme dans un cocon ou un petit nid, doux et chaud. Elle passait tendrement ses mains dans ses cheveux et les laissait descendre, de temps à autre, sur ses épaules.

Il était simplement bien et elle aussi.

- Tu sais quoi ? murmura-t-elle doucement, comme si elle avait craint de le réveiller.

- Hum ? fit-il sans bouger.

- Ce n'est pas Aphrodisiaque que j'aimerais déguster...

- Ah ?

- Oui. Je préférerais Harmonieux.

Elle le sentit sourire dans son cou. Mais il ne bougeait toujours pas et elle sourit en retour. Après tout, elle n'avait pas tellement envie qu'il s'écartât d'elle...

**

La lumière entrait encore vivement par la fenêtre. C'était à peine le milieu de l'après-midi. La soirée promettait d'être encore longue, c'était le "miracle" des soirs d'été à l'écossaise. Il songeait aux vacances qui approchaient, à la venue de Lawra et John dont il se réjouissait de faire la connaissance. Un instant, il pensa aussi à Jonathan qui allait devoir mener toute une soirée en tant que chef. Bien entendu, il interviendrait si nécessaire, mais, pour une fois, les rôles seraient inversés. Il était quasiment certain que leur jeune apprenti allait se tirer de cette mise en situation.

De penser au travail lui fit se demander ce qu'il allait proposer comme menu ce soir à Maureen. Elle était maintenant à demi allongée sur lui, une jambe passée par-dessus les siennes, le genou contre sa hanche. Elle avait posé la tête sur sa poitrine, juste là où battait son cœur. Elle avait les yeux fermés, mais il n'était pas certain qu'elle se soit endormie. Sa respiration était très régulière, sereine. Encore une fois, il se sentit admiratif d'elle, de son courage. Elle avait vaincu sa peur, dépassé ses désagréables souvenirs pour vivre et partager avec lui un moment fort et beau. Il se dit que cette dernière étreinte resterait très certainement gravée elle aussi dans ses souvenirs, comme étant celle d'une guérison, d'un dépassement de soi, d'un don d'une générosité incroyable et la preuve d'un courage admirable. La preuve, aussi, d'un acte d'amour total.

Avec tendresse, il écarta une mèche de ses cheveux qui tombait sur sa joue. Elle rouvrit les yeux, le regarda et sourit. Il lui sourit en retour, rappuya sa tête contre l'oreiller sans rien dire. La main de Maureen se fit plus légère sur son ventre, elle se mit à le caresser doucement, puis dit :

- Mickaël... Je... Je repensais à notre première fois.

- Ah ? demanda-t-il un peu étonné.

Mais des images et des impressions lui revinrent aussitôt en mémoire.

- Tu sais..., continua-t-elle, je voulais te dire que je m'en suis longtemps voulu de t'avoir dit de partir.

- Mais je suis revenu. Je suis têtu, tu sais, dit-il avec un peu d'humour.

Elle sourit.

- Oui, bien entendu, mais... Non, ce que je voulais dire, c'est que, à l'époque, je ne pouvais pas faire autrement. Je ne me voyais pas d'autre possibilité que de te demander de partir.

- Je l'avais compris, dit-il. Tu avais peur...

- Non... Non, pas du tout, dit-elle d'une voix très assurée. Je n'avais pas peur. Avant, oui, mais pas après... Après, j'avais besoin de... de digérer. D'accepter ce qui s'était passé. C'était... Est-ce que tu mesures que c'était la première fois que je pouvais vraiment mettre des impressions, des sensations sur ces petits mots "avoir fait l'amour" ? Accepter ce que cela voulait dire... alors que j'ignorais ce que c'était, que je n'avais jamais connu cela avec Brian. C'est pour cela que j'avais besoin d'être seule. Pas parce que j'avais peur. Mais après, quelques heures après, je veux dire, dans la nuit, j'ai regretté de t'avoir demandé de partir. Et là, oui, j'ai eu peur. Que tu ne reviennes pas, que je ne te revoie jamais.

- Tu pensais que j'avais menti en te disant que je repasserais le mercredi ? demanda-t-il d'une voix douce.

- Je pensais... que tu avais dit cela juste pour dire quelque chose, presque par... politesse.

Il la serra un peu plus contre lui, caressa son épaule.

- Tu croyais que j'allais te lâcher comme cela ? Hum... C'était hors de question ! dit-il en riant légèrement. Mais... Mais c'est vrai que je m'en suis posé des questions. Et le lendemain...

Il se tut un instant, revivant lui aussi ses propres souvenirs, avant de poursuivre :

- Et le lendemain, je t'avoue que je ne sais pas trop comment j'ai fait pour bosser. Je n'arrêtais pas de penser à toi, à nous, à ce qui était arrivé, à ce que nous avions partagé. Je n'arrêtais pas de penser à ton regard. Ton regard... Je le voyais danser devant mes yeux, ce gris, ce bleu, ce mélange à l'infini... Quand je suis rentré, je n'ai pas pu résister à l'envie de passer devant chez toi. Je me disais que je faisais une folie, mais que ce n'était pas la première fois que j'en faisais une, de toute façon. Que je ne risquais rien d'autre que de trouver tout éteint. Mais que si ta chambre était éclairée... Tu connais la suite.

Elle sourit. Puis elle s'étira en faisant glisser ses jambes le long de celles de Mickaël et demanda :

- Hum... J'ai une petite faim... Qu'est-ce que le grand chef a prévu pour le repas de ce soir?

- Cela dépend de ce que tu veux manger, lui murmura-t-il à l'oreille, un peu coquin.

- Tu es un affreux ! protesta-t-elle en riant. Je te parle de faim et toi...

- Moi ? Je disais juste qu'il y a des tas de façons d'avoir faim et de combler cette faim, c'est tout. Je n'ai fait aucun sous-entendu...

- Bien sûr, bien sûr, soupira Maureen.

- Et puis, tu oublies une chose...

- Laquelle ?

- Tu voulais boire Harmonieux... Or, figure-toi, dit-il en se redressant et en s'appuyant sur son coude pour la regarder droit dans les yeux, figure-toi qu'Harmonieux est aussi puissant qu'Aphrodisiaque...

Maureen éclata de rire avant de se pencher vers lui pour l'embrasser fougueusement et le faire basculer sur le dos.

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