Chapitre 81 : dimanche 24 juillet 2005 (1ère partie)

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Maureen grimpa les quelques marches qui menaient à l'appartement de Mickaël. Le plus silencieusement possible, elle glissa la clé dans la serrure, entra, puis referma soigneusement la porte. Dans l'appartement, pas un bruit. Dans la chambre, Mickaël dormait encore. Elle ôta sa petite veste, gagna la cuisine. Par la fenêtre entrait un grand et franc soleil. C'était une journée à flâner dans les allées de Kelvingrove ou sur les bords de la Clyde. C'était même une journée à aller au bord de la mer, à se baigner. Mais elle savait qu'il ne fallait pas y compter. Mickaël était épuisé de sa fin de semaine, sans compter la tension qu'il avait accumulée au fil des journées. Si, d'un côté, l'un comme l'autre étaient soulagés de ne plus avoir affaire à Alisson, Maureen devinait qu'il avait aussi craint pour elle.

"Elle aurait pu revenir dans le magasin, mais je ne crois pas qu'elle s'y risquerait. Elle n'agit pas sous le coup de la colère. Elle calcule. Elle doit être furieuse de nos réactions. Mais je la vois mal s'en prendre à nous, maintenant. Elle serait définitivement grillée. Elle ne peut pas se permettre cela..." C'était ainsi que Maureen avait réfléchi au cours des derniers jours à tout ce qui était survenu et au comportement de la jeune cuisinière. Elle avait livré ses impressions à Lawra qui lui avait téléphoné tous les soirs, même si elles ne restaient pas forcément très longtemps au téléphone. Et son amie, fine psychologue, pensait qu'elle avait, en effet, bien cerné le personnage.

Maureen prépara du thé, ainsi qu'un léger repas pour elle. Elle se doutait que Mickaël ne se lèverait pas tout de suite et qu'ils ne mangeraient pas ensemble. Elle ouvrit la fenêtre. Au-dehors, dans l'impasse, c'était calme. Elle voulait profiter du beau temps, un peu. Elle s'installa pour déjeuner en approchant une chaise du petit balcon et, son assiette à la main, elle commença son repas. Il n'y avait toujours aucun bruit à provenir de la chambre.

"Pourvu qu'il ait coupé son téléphone", songea la jeune femme. "Que Véra n'appelle pas... J'ai bien fait de prévenir ses parents, en tout cas". Ingrid lui avait téléphoné vendredi pour leur proposer de venir manger ce midi et Maureen l'avait mise au courant de ce qui était arrivé, sans entrer dans les détails. Elle avait notamment passé sous silence la visite qu'elle-même avait reçue d'Alisson, se bornant à dire que la jeune femme ne venait plus travailler, pour une raison inconnue - ce qui n'était pas totalement faux - et que Mickaël s'attendait à une fin de semaine très chargée. Maureen ne se sentait pas la force de parler plus en détails de tout cela, par téléphone, à la mère de Mickaël.

"C'est important d'en parler, d'évacuer tout cela. Mais je veux aussi regarder vers demain. Je veux penser à demain. Mickaël est là. Il est avec moi. Il est à mes côtés. Je veux continuer à construire notre histoire, à vivre des moments de plénitude et de sérénité avec lui, je veux d'autres moments de bonheur, je ne veux pas qu'on nous les gâche !"

Une fois son assiette terminée, elle se releva pour se servir une tasse de thé. Habituellement, le midi, elle appréciait Subtil. Mais, aujourd'hui, elle avait eu envie de quelque chose de différent et avait choisi Oriental, une base de Darjeeling avec un soupçon de menthe.

Elle sourit en humant les premières volutes. Elle aimait comment Mickaël ajoutait des pointes de ceci ou de cela, ces petites saveurs si légères qu'elles n'étaient parfois détectables que par un palais exercé. Mais qui enrichissaient toujours un plat, un thé. Elle termina son repas avec une part de gâteau à la fraise, qu'il avait rapporté dans la nuit. Il n'avait d'ailleurs ramené cette fois que des desserts.

Elle hésitait à sortir. Le soleil la tentait, mais elle avait aussi envie de rester avec Mickaël, même s'il dormait. Elle ouvrit doucement la porte de la chambre, il ne s'était pas réveillé, mais simplement retourné. Pensive, elle le regardait dormir, puis se décida à entrer vraiment dans la pièce. Elle laissa glisser ses vêtements au sol et le rejoignit dans le lit. Le fichu ressort grinça, mais cela ne le réveilla même pas. Elle posa sa tête sur l'oreiller, regarda le visage du jeune homme, ses cheveux en bataille, un soupçon de barbe naissante sur ses joues. Cela faisait trois jours qu'il ne prenait plus le temps de se raser.

"Je t'aime... Je t'aime !"

A cet instant, il ouvrit les yeux, cligna un peu des paupières. S'étira, puis lui sourit :

- Encore au lit à cette heure, Mademoiselle Maureen ? Quelle drôle d'idée...

- Non, répondit-elle doucement. Pas une drôle d'idée. Juste une envie d'être dans la même pièce que toi, à côté de toi. Donc au lit.

- Belle logique, dit-il en l'attirant vers lui et en plongeant son regard qui se fit soudain plus sombre dans le sien.

- Tu sais que tu as un avantage sur moi ? lui souffla-t-elle.

- Lequel ?

La voix de Mickaël s'était faite plus grave, plus sensuelle.

- Je ne peux pas résister à ton regard, répondit-elle.

- Et toi ? Tu crois que je peux résister au tien ? lui dit-il avant de se redresser pour l'embrasser et la faire basculer sur lui.

Les lèvres de Maureen étaient douces et fraîches sous les siennes, leur soyeux était un cadeau délicieux pour un réveil. Quand elle s'écarta légèrement, il fit glisser ses mains jusqu'au creux de ses reins et dit :

- Mais c'est une très belle envie que de vouloir être avec moi, dans ce lit...

- Tu ne veux pas déjeuner ? demanda-t-elle un peu coquine.

- Hum... Non... Pas tout de suite, répondit-il dans un souffle en s'emparant de la pointe de son sein dressé qui semblait le narguer depuis quelques instants. Je crois... Hum... Que j'ai mieux à faire !

**

Ils passèrent un après-midi complètement fou. Quelque chose que Maureen n'aurait jamais imaginé. Mickaël avait décrété qu'il se faisait un petit déjeuner "foutoir". Il avait préparé du thé, un grand plateau avec des tartines, de la confiture, les restes de desserts qu'il avait ramenés du restaurant. Il avait posé tout cela sur la petite table du salon, avait allumé la télé, fouillé dans ses films. Il en avait sorti un drôle, The Full Monty, et s'était affalé dans le canapé.

Maureen picora dans les assiettes, avec lui. Ils rirent beaucoup. Ce fut une bonne détente. Il n'était pas très tard quand le film se termina. Le plateau ne contenait plus que des assiettes vides, sales, les miettes de leur repas improvisé.

- Hum..., dit Mickaël en s'étirant ce qui fit remonter son t-shirt et dévoila les muscles de son ventre.

Maureen en profita pour y jeter un coup d'œil appréciateur. Il poursuivit :

- J'adore ce film. Il me fait toujours autant rire.

- Je l'avais vu quand il était sorti au cinéma, aussi, dit-elle en se renfonçant dans le canapé, les mains jointes entre ses genoux. Je ne me souvenais pas de tous les gags ! Il y en a vraiment de très bons... Mais il y a des passages émouvants, aussi.

- Oui. C'est très juste. Tu sais qu'ils auraient pu le tourner à Glasgow ? Ca aurait pu s'y dérouler aussi...

Maureen hocha la tête, puis dit en se redressant :

- Bon, allez, je suis courageuse, je fais la vaisselle.

- Non, fit Mickaël.

- Comment ça, non ? Tu veux m'interdire quelque chose ? demanda-t-elle.

- Juste que ça peut attendre. Ce n'est pas l'heure de la vaisselle.

- Et c'est l'heure de quoi, alors ?

- De la douche ! répondit-il avec un grand sourire.

- Parle pour toi ! répliqua Maureen en riant. Moi, je me suis lavée ce matin !

- Sauf... Sauf que j'ai très envie de prendre une douche avec toi, dit-il en la regardant avec intensité et en laissant son doigt glisser du long de sa mâchoire à son menton qu'il fit relever légèrement.

- Si tu commences à me prendre par les sentiments..., fit-elle avec un petit sourire mutin.

- Et puis après..., dit-il en l'entraînant doucement vers la salle de bain tout en déposant de rapides et légers baisers dans son cou.

- Après ? demanda-t-elle en levant les bras pour qu'il puisse lui ôter son débardeur.

Puis ce fut sa jupe qui tomba au sol, dans le couloir, à la porte de la salle de bain.

- Après... Hum... Que tu sens bon..., souffla-t-il en respirant le parfum qui se dégageait de la naissance de sa chevelure. Après... Je refais du thé... Aphrodisiaque...

- Non... ? gémit-elle doucement alors que les mains de Mickaël se posaient sur ses hanches et caressaient doucement ses fesses.

- Si..., dit-il en ôtant d'un geste rapide son propre t-shirt et en faisant glisser son caleçon. Je veux passer le reste de la journée à te faire l'amour... Ca te va, au moins, comme programme ?

Maureen éclata de rire alors qu'il dégrafait rapidement son soutien-gorge, puis tombait à genoux pour faire glisser sa petite culotte de dentelle blanche sur ses cuisses. Mais ce fut elle qui l'attira sous la douche en faisant jaillir le jet d'eau sur leurs visages heureux.

**

Un sifflement joyeux parvenait de la salle de bain. Mickaël était en train de se raser. Maureen avait gagné la chambre et, le corps alangui de leur étreinte, elle s'était assise sur le bord du lit et s'était laissé tomber en arrière. Elle contemplait le plafond d'un air un peu rêveur. Elle se sentait détendue et heureuse. Après les tensions, les inquiétudes des dernières semaines, après les douleurs ravivées par Alisson, l'étau de la peur qui l'avait à nouveau engluée, elle se disait que Mickaël avait encore trouvé la bonne parade. Ces quelques heures passées, tous les deux, cette détente qu'ils s'offraient et partageaient, étaient le meilleur des choix. Une balade leur aurait certainement fait du bien, surtout qu'il faisait beau, mais se retrouver tous les deux était mieux.

Ses mains glissèrent sur le drap, elle trouva sa nuisette, se rassit et l'enfila. A cet instant, Mickaël entra dans la chambre. Il lui sourit et s'approcha d'elle. Il était nu, son corps portait les parfums de la douche.

- Ca va, ma douce ? demanda-t-il en prenant son visage entre ses mains.

- Oui, répondit-elle en souriant.

Il l'embrassa alors doucement, puis se redressa et voulut se tourner pour prendre des vêtements sur les étagères, derrière lui, mais la main de Maureen se posant sur sa jambe le retint. Leurs regards se croisèrent. Le léger sourire de la jeune femme s'effaça, son visage devint sérieux quand elle le posa contre son ventre. Un peu interdit, Mickaël ne dit rien et la laissa faire. La pensée qu'elle avait besoin de réconfort, que quelque chose l'avait heurtée, lui traversa l'esprit.

Puis il comprit qu'il faisait totalement fausse route quand il l'entendit murmurer :

- Tu me laisses faire ?

Il déglutit et son "oui" ne fut qu'un souffle ému.

Les mains de Maureen se posèrent sur ses hanches, elle commença à lui caresser le dos, passant ses ongles dans le creux de ses reins. Il ferma les yeux, frémit. Il était toujours très sensible à cette caresse et elle le savait. Il se dit qu'après tout, lui avait bien su trouver ses zones érogènes, il n'était qu'équilibre qu'elle en fasse autant.

Elle avait appuyé son front contre son ventre, ses lèvres se posèrent sur son nombril, puis descendirent doucement le long de la fine ligne de poils qui menait à son pubis. Il rouvrit les yeux, la regarda. L'émotion le saisit à la gorge et plus encore quand ses lèvres effleurèrent son sexe. Il se souvenait de ce qu'elle lui avait raconté, de ce que Brian lui avait fait. Si leur position n'était pas tout à fait la même, elle était cependant similaire. Et bien différente des quelques autres occasions où elle lui avait offert ce genre de caresses, car ils étaient alors, à chaque fois, allongés.

Elle leva les yeux vers lui et il comprit ce qu'elle voulait faire : elle voulait effacer ses mauvais souvenirs.

Le regard de Maureen se vrilla à celui de Mickaël. Il se sentit incapable de lui résister, incapable aussi de l'abandonner, de fermer les yeux. Son iris avait pris une teinte bleutée magnifique, lumineuse, qui le bouleversa totalement et plus encore que les baisers et les caresses intimes qu'elle lui prodiguait et qui, pourtant, faisaient leur effet. Quand elle le prit doucement, mais totalement en bouche, il ne put retenir sa plainte, son prénom qu'il gémit et souffla.

Et ce fut comme une caresse qui effleura sa chevelure, effaçant la marque de la poigne brutale de Brian sur sa nuque.

- Maureen..., gémit-il d'une voix très rauque. Maureen...

Elle le fixait toujours, ses lèvres soyeuses refermées sur son membre, sa langue l'embrassant tendrement. Ce soyeux, cette douceur, sa tendresse, son amour... Il allait chavirer. Elle allait le faire chavirer.

- En toi..., parvint-il à articuler alors qu'une fulgurante brûlure lui ceignit les reins.

Maureen s'écarta alors doucement, achevant sa caresse buccale par un doux baiser et se laissa aller sur le lit. Mickaël l'accompagna aussitôt, la pénétra sans la quitter du regard. Il avait vraiment l'impression de se noyer en elle et il adorait cela.

- Mickaël ! cria-t-elle.

- Maureen..., gémit-il en bâillonnant sa bouche d'un baiser brûlant.

Et le plaisir les terrassa d'un coup.

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