Chapitre 78 : mardi 19 juillet 2005 (2ème partie)

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Il était près de 15h quand Mickaël quitta finalement Maureen. Elle avait rouvert la boutique, il l'avait aidée à ranger et disposer les dernières fleurs. S'il avait pu, il aurait passé l'après-midi avec elle et, quand il s'éloigna, il prit la décision de revenir plus tôt ce soir. Il quitterait le restaurant après le relais entre les deux services, le moment le plus délicat. A condition bien entendu qu'Harris acceptât. Il n'avait jamais rien demandé, même quand Betty lui faisait des crises de jalousie et qu'il espérait encore, à l'époque, pouvoir faire changer les choses.

Il effectua le chemin à un bon rythme, mais sans se précipiter non plus. Il avait besoin de réfléchir et surtout de calmer la colère qui remontait en lui dès qu'il songeait à ce qu'Alisson avait osé faire. Il ne voulait pas arriver en colère au restaurant. Mais il devait parler avec Harris, avant toute chose. Il se sentait incapable de faire comme si de rien n'était et, pour l'heure, seul son patron pouvait - peut-être - l'aider.

Quand il arriva, la ruelle était déserte, ce n'était pas l'heure de la pause. Il rangea son vélo comme d'habitude, entra dans le petit couloir, puis franchit la porte de la cuisine. Comme il s'y attendait, toute l'équipe était au complet et déjà au travail. Sam leva les yeux en le voyant arriver, ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais la referma aussitôt. Et se replongea dans la préparation des pièces de viande. Jonathan et Vincent regardèrent passer Mickaël en ouvrant des yeux ronds, car même pour Vincent, c'était inédit de voir Mickaël entrer sans s'être changé, sans porter le tablier.

Le jeune homme ne s'arrêta pourtant pas en cuisine, il fit le tour de la pièce et sortit aussitôt par la porte de communication avec la salle du restaurant. Harris était là, en discussion avec Julia qui préparait les tables.

- Ah, Mickaël ! Qu'est-ce que...

- Bonjour, patron. Je peux vous voir ? C'est très important.

- Bien sûr.

D'un pas assuré, Harris le précéda jusqu'à son petit bureau dont il referma soigneusement la porte. Impossible d'entendre ce qu'il s'y disait, il avait veillé à ce que les murs en soient bien insonorisés, car il lui arrivait d'avoir des discussions un peu difficiles, parfois, avec des fournisseurs et il ne tenait pas à ce que cela s'entendît de l'extérieur. De même, lorsqu'un de ses employés avait besoin de lui parler ou réciproquement, ils savaient que la discrétion était assurée.

- Que se passe-t-il, Mickaël ? demanda Harris. J'allais t'appeler, il se faisait tard...

- Je sais. Mais je n'ai pas pu revenir plus tôt, répondit-il. Il y a un problème, patron. Un gros problème.

Harris leva un sourcil étonné :

- Lequel ?

- Je n'ai pas voulu vous en parler avant, parce que j'estimais que cela relevait de la sphère privée et je n'ai de toute façon rien à redire concernant le travail. Mais c'est Alisson.

- Comment cela ?

Mickaël prit une profonde inspiration. Les deux hommes étaient encore debout dans le petit bureau.

- Elle m'a fait des avances, dit-il. Et là, ce matin, elle est passée voir Maureen.

Harris ouvrit de grands yeux.

- Qu'est-ce que tu dis ?

- Vous permettez ? demanda Mickaël en désignant le fauteuil des invités.

- Oui, oui, bien sûr, assieds-toi, dit Harris en faisant le tour du bureau et en s'asseyant à sa place lui aussi.

Mickaël lui rapporta alors ce qui était survenu, depuis la mise en garde de Sam jusqu'à ce matin.

- Patron, si je vous rapporte tout cela, c'est parce que je voudrais vous demander la possibilité de partir tôt ce soir, une fois que le relais sera fait entre les deux services. Maureen... Je l'ai récupérée dans un état... Heureusement que je suis passé en fin de matinée...

Il se prit la tête entre les mains, la revit recroquevillée par terre, se souvint des larmes, de son désarroi.

- Mickaël, reprends-toi..., dit Harris avec sympathie, mais fermeté.

Le jeune homme se redressa, secoua la tête.

- Encore heureux qu'Alisson ne sache rien du passé de Maureen... Je n'ose même pas imaginer ce qu'elle lui aurait dit, comment elle se serait comportée...

- Tu peux m'en dire plus ? demanda Harris avec compassion. Si ce n'est pas trop personnel...

Mickaël soupira et raconta brièvement à Harris ce que la jeune femme avait vécu. Les doigts du patron tambourinaient légèrement sur le rebord de son bureau, tout le temps qu'il écouta son chef cuisinier lui raconter cette histoire. C'était le signe d'une profonde émotion chez lui.

- Pour ce soir, tu t'arranges avec Sam, aucun souci. Mais penses-tu pouvoir tenir jusqu'à la fin du mois ?

- Non. Sincèrement, non, répondit Mickaël. Je n'ai qu'une envie, c'est de lui coller une bonne paire de claques à travers la figure, donc... Non.

- Mickaël, il reste deux semaines avant la fermeture, et la dernière sera plus calme. Tu le sais. Je peux rompre le contrat d'Alisson. On pourrait tourner à cinq pour cette dernière semaine. Avec l'aide de Jonathan, comme il l'a très bien fait jusqu'à présent. Il faut de toute façon lui donner l'opportunité de réaliser toute une soirée, comme s'il était à ta place.

- Oui, c'est vrai, dit Mickaël en levant légèrement les sourcils. Alors, il faut le faire à six. Je ne peux pas le laisser seul sans l'équipe au complet.

- Sauf si on choisit de faire cela mardi prochain, suggéra Harris. Il y aura moins d'activité, ce sera une soirée calme. On avait convenu avec lui que, de toute façon, ce serait mieux qu'il le fasse la semaine prochaine : s'il se plante, on peut toujours rattraper les choses un autre jour au cours de la semaine. Et, jusqu'à samedi, on a trop de monde pour qu'il puisse le faire dans des conditions acceptables.

- D'accord, pour Jonathan. Mais quand même...

- Mickaël, l'interrompit Harris. Je ne peux pas laisser passer cela. Pas plus que toi, même si c'est pour des raisons différentes. J'ai la responsabilité de tout un établissement, de toute une équipe. Ce n'est pas parce qu'elle est irréprochable en cuisine et que nous avons une personne en moins qu'elle doit faire la loi ! Si toi, le chef en cuisine, ne travailles pas en toute sérénité, autant fermer tout de suite et partir en vacances !

Mickaël ne répondit rien. Il se laissa aller contre le dossier du fauteuil. Harris poursuivit :

- Tiens le coup jusqu'à samedi. La semaine est entamée, elle la termine.

- D'accord, dit-il finalement. Merci pour ce soir.

- De rien.

- J'y vais, dit Mickaël en appuyant ses mains sur ses accoudoirs pour se redresser. Je n'ai déjà que trop tardé...

- Non, dit Harris. Tu as bien fait de venir m'en parler.

**

Mickaël prit le train en marche, mais sans difficulté. Puis ce fut l'heure de la pause. Il n'avait pas jeté le moindre regard à Alisson, mais devinait que Sam bouillait d'impatience de l'assommer de questions sur les raisons qui l'avaient poussé à arriver si tardivement.

Ils sortirent tranquillement dans la cour, les uns après les autres ; Mickaël était le dernier.

- T'as pas une clope, Sam ? demanda-t-il en s'arrêtant devant son ami.

Ce dernier le regarda comme s'il était un extra-terrestre. La dernière fois qu'il avait vu Micky fumer... Cela devait bien remonter à deux ans, lors d'une grosse fête. Et encore... Sam ne releva pas, lui tendit son paquet, puis le briquet. Mickaël alluma sa cigarette, rendit le tout à son ami, puis s'éloigna sans rien dire vers la rue, en tirant une première longue bouffée.

- Qu'est-ce qui lui prend, au chef, Sam ? demanda Jonathan d'un ton à la fois inquiet et surpris.

- Chais pas, gamin, répondit le grand jeune homme maigre. Mais ça m'intrigue.

Sam retint une autre remarque, mais se fit la réflexion que son ami ne perdait rien pour attendre. Il avait bien l'intention de le coincer avant de retourner en cuisine. Quitte à reprendre avec cinq ou dix minutes de retard...

Si Mickaël s'était éloigné d'emblée, ce n'était pas pour éviter la présence d'Alisson, mais tout simplement pour être tranquille. A peine avait-il tourné au bout de la ruelle, qu'il s'appuya contre un mur, sortit son téléphone. Premier appel, pour Maureen, vite fait, pour savoir comment elle allait. "Ca va. - Ok. - Je te rappelle avant le début du service. - Je t'aime. - Je t'aime aussi."

Puis il composa le numéro de Lawra, numéro qu'il avait récupéré pour l'organisation des vacances. Il ne pensait pas avoir à appeler la jeune femme si vite. Il se demanda si elle était au travail ou pas, si elle pourrait prendre son appel. Peu importait, finalement, il laisserait un message suffisamment clair pour qu'elle soit au courant et rappelle Maureen dès que cela lui serait possible. Mais elle décrocha.

- Allo ?

- Lawra ? Bonjour, c'est Mickaël.

- Mickaël ? Oh, mais... ? s'étonna franchement Lawra.

- Je ne te dérange pas ?

- Non, non. Je suis dans le bus... Ah, ça va peut-être mal passer... Je descends dès qu'il y a un arrêt, ok ?

- Oui.

- Que se passe-t-il ? demanda-t-elle.

Mickaël eut un maigre sourire : de ce que Maureen lui avait dit de son amie, il savait qu'elle ne tournait pas autour du pot et apprécia sa question directe.

- Un gros souci, répondit-il en soupirant. Pour Maureen.

- Explique-moi.

Il commença à raconter, elle l'écoutait le mieux possible, se réjouit intérieurement en voyant se profiler enfin un arrêt.

- Mickaël... Deux secondes, je descends. Là, voilà, attends, je m'installe... C'est bon. Qu'est-ce que tu me dis ?

Il reprit son récit, lui rapporta au mieux ce qui était survenu ce matin. Elle l'écouta d'une traite.

- Maureen m'a raconté..., dit-elle. Je veux dire, elle m'a fait part de ses craintes par rapport à cette fille. Mickaël, faut pas qu'elle craque, là...

- Je crains que ce ne soit déjà fait..., soupira-t-il.

- Elle n'avait pas besoin de ça... Déjà, mercredi dernier, elle m'a dit qu'elle repensait à Brian et à Déborah... Ah, merde... Merde, merde..., fit Lawra.

- Qu'est-ce que je peux faire, maintenant ? demanda-t-il. Je vais avoir besoin de toi, Lawra. Je la rassure comme je peux, mais... Je crains de ne pas réussir totalement à lui redonner confiance !

- Je vais l'appeler dès que je serai rentrée à la maison. Elle est à sa boutique, j'imagine ?

- Oui, elle a repris. Je l'ai appelée, juste avant toi. Ca allait... à peu près, dit Mickaël d'un ton encore soucieux.

Lawra soupira. Mickaël poursuivit :

- J'ai mis mon patron au courant. Je ne pouvais plus continuer à faire comme si de rien n'était. Là, c'était plus possible.

- Et il va pouvoir faire quelque chose ? demanda la jeune femme.

- La virer en fin de semaine, répondit-il. Quand on aura moins de monde, que le festival de musique sera terminé... En attendant, faut juste que j'évite de lui balancer... de lui balancer... Au choix : une paire de claques, un reste de sauce, un tas d'épluchures...

- Tu as mon autorisation pour les trois ! lança Lawra d'un ton rageur. Mais, dis-moi, tu m'appelles d'où, là ?

- C'est l'heure de la pause, expliqua-t-il.

- Ok, je ne te retiens pas. Je t'envoie un message dès que j'aurai eu Maureen.

- Rappelle-moi, plutôt. Je m'absenterai. De toute façon, aujourd'hui, va falloir que ça tourne sans moi.

- Ok, dit Lawra. Tiens le coup, Mickaël. On va réussir à lui remonter le moral, à Maureen.

- Merci, Lawra. A plus tard.

Il raccrocha, resta appuyé contre le mur. Il profita de chaque bouffée de sa cigarette, ses pensées se perdant dans les volutes qui montaient vers le ciel un peu gris de cette journée. C'était ça ou il aurait pu embarquer la bouteille de whisky de la réserve. Il était fort possible que, de toute façon, il en ait besoin avant la fin de la journée...

Il écrasa le mégot contre le mur et, songeur, revint vers le restaurant d'un pas lent. Au-dehors, Sam faisait les cent pas. Il était seul, les autres avaient déjà regagné la cuisine.

- Qu'est-ce qu'il y a, Micky ? l'apostropha-t-il dès qu'il fut à sa hauteur. Tu me lâches le morceau maintenant ou je te préviens, je remets pas les pieds en cuisine.

- Ca vaudrait peut-être mieux que tu n'y retournes pas, répondit Mickaël, sérieux.

- Comment...

- Je te la fais court, l'interrompit-il. Ce matin, Alisson est passée au magasin, a sorti quelques horreurs à Maureen. Je l'ai récupérée... effondrée. Ok ?

- Oh, putain ! s'exclama Sam en balançant ses grands bras. Mais comment ?

- Comment quoi ?

- Comment elle a pu aller chez Maureen ? Elle la connaît pas et...

- J'y ai réfléchi, mon vieux, dit Mickaël. Elle a dû entendre son prénom à l'occasion et comme elle est loin d'être idiote, elle a pu faire le rapprochement avec les fleurs que je ramène tous les jours, il a suffi qu'elle voie l'étiquette...

- Ok, oui, c'est possible..., fit Sam. C'est pour ça que t'es arrivé tard ?

- Ouais. Le temps de la réconforter. Et me sors pas une horreur, ok ?

- Tu crois que j'ai envie, là ? dit Sam en fixant son ami.

Mickaël soupira. Il se sentait tellement à cran... Il reprit, plus calme :

- Excuse-moi, vieux, mais là, je déborde.

- Je comprends, répondit Sam très sérieux.

- J'ai tout expliqué à Harris, continua Mickaël. Il va la virer. A la fin de la semaine. Je vais essayer de tenir. Ce soir, je me barre tôt. Il est ok. Mais va falloir que tu assures. Je vous aide jusqu'au pic entre les deux services, et après, je me casse. Si j'avais pu...

- Si t'avais pu, tu ne serais pas venu tantôt, termina Sam avec logique. T'inquiète, je pige. Je vais assurer. Elle lui a vraiment dit des horreurs ? s'inquiéta-t-il.

- C'est surtout que ça réveille de mauvais souvenirs pour elle, expliqua Mickaël. Son ex-mari la trompait ouvertement, Sam... Alors, imagine, la confiance, là...

Sam secoua la tête. Maureen lui avait parlé de son ex-mari, mais sans s'attarder, lui ayant juste dit qu'elle était divorcée. Il ne savait pas pour quelles raisons. Il posa la main sur le bras de Mickaël :

- On va lui remonter le moral pendant les vacances, à ta Princesse.

- Oui, mais d'ici là..., fit Mickaël

- D'ici là, tu la bichonnes, dit Sam avec aplomb.

- Tu crois quoi ? s'écria Mickaël. Que je passe mon temps au pub ?

- Ah, Micky... Vieux, calme-toi, ok...

- Excuse-moi, Sam, soupira Mickaël.

- Non, c'est moi qui m'excuse, dit son ami. Je ne devrais pas plaisanter comme ça...

- Bon, faut y retourner, dit Mickaël sans entrain. Je bosse en doublure avec Jonathan. Il faut le préparer pour le jour où ce sera à lui de tenir les commandes.

- Ouais, c'est vrai, fit Sam. Concentre-toi là-dessus, ça devrait t'aider...

- C'est bien ce que j'ai l'intention de faire, conclut Mickaël alors qu'ils s'apprêtaient à franchir la porte extérieure.

**

Maureen était occupée avec une cliente quand elle entendit résonner la discrète sonnerie de son téléphone. Elle termina son bouquet, échangea quelques mot, raccompagna, sourit. Revenir en boutique lui avait fait du bien, même si elle frissonnait toujours à chaque entrée. Elle s'était raisonnée, aussi. Alisson ne reviendrait pas ici, en tout cas, pas cet après-midi. Il y avait fort à parier que, de toute façon, la jeune cuisinière ne revînt jamais. Elle devait penser que le mal était fait et qu'elle allait maintenant avoir les coudées franches.

Une fois la cliente sortie, elle prit son téléphone et constata que Lawra l'avait appelée. "Ca, si Mickaël ne l'a pas tenue au courant...". Elle rappela aussitôt son amie qui lui demanda bien vite :

- Maureen, tu étais occupée ?

- Oui, une cliente, répondit-elle. Il est possible que je coupe par moments...

- Oui, bien sûr. Mickaël m'a appelée, expliqua Lawra. Je suis au courant de ce qui t'est arrivé ce matin. Tu vas comment là ?

- Doucement. J'essaye de ne pas y penser...

- D'accord. Ecoute, je voulais juste prendre de tes nouvelles. Tu me rappelles ce soir dès que tu en as terminé, ok ? proposa Lawra.

- Oui, promis, dit Maureen. Ce sera plus facile pour parler. Merci, Lawra.

**

Mickaël quitta le restaurant vers 22h passées. Il avait pu expliquer, séparément, à ses collègues qu'il devait partir tôt ce soir-là, un impératif familial. A son air, personne n'avait posé de question. La seule à s'étonner fut Alisson que ni lui, ni Sam n'avaient bien entendu mise au courant.

Il n'avait pas prévenu Maureen qu'il rentrerait plus tôt, pour le cas où, finalement, il devrait changer ses plans à la dernière minute. Mais il l'avait jointe une nouvelle fois, alors qu'elle s'apprêtait à fermer et que lui n'avait pas encore lancé la préparation des premières commandes.

Il avait reçu un message de Lawra aussi, en plein service. Juste pour lui dire qu'elle avait parlé un long moment avec Maureen et que ça allait. Mais, qu'en effet, s'il pouvait rentrer tôt, ce serait mieux. Cela l'avait conforté dans sa décision.

Il faisait encore bien jour quand il rentra, ce qui le surprit presque. Jamais il ne regagnait son domicile à cette heure, en tout cas, pas un jour où il travaillait. Maureen était chez elle. Quand elle entendit la porte s'ouvrir en bas, elle s'étonna.

- C'est moi ! cria Mickaël du rez-de-chaussée alors qu'il faisait passer son vélo dans l'entrée.

Maureen était sortie sur le palier et le regardait. Il grimpa l'escalier quatre à quatre, la prit contre lui, puis la fit rentrer. Devant son air interrogateur, il expliqua aussitôt :

- J'ai passé le relais à Sam. Harris était ok. J'ai pu finir plus tôt pour être un peu avec toi. Ca va comment ?

- Ca va, dit-elle en respirant un grand coup. J'allais me coucher... lire un peu.

- Je te rejoins, dit-il.

Une fois au lit, il la prit contre lui. Elle avait repris le dessus, c'était incontestable, et il adressa un remerciement muet à Lawra. Cette dernière avait certainement fait du bon boulot... Mais ce que Mickaël ignorait encore, c'était que Maureen avait pu, seule aussi, se raisonner.

Elle ferma les yeux, laissa sa tête reposer sur le torse du jeune homme, écouta battre son cœur avant de parler. Et elle lui raconta calmement, posément. Déborah, Brian. Un certain nombre de gens savaient. Parmi lesquels des amis de Brian, des voisins... Et puis, ce jour, où elle s'était sentie minuscule, moins que rien... quand elle avait croisé Déborah dans la rue, que celle-ci l'avait toisée comme Alisson l'a toisée, dans le magasin. Elle n'avait pas pensé devoir un jour affronter à nouveau un tel regard. Et quand elle avait découvert la vérité, elle en avait été si atterrée, si meurtrie... Puis il y avait eu Brian, les mots de Brian... Une vraie femme. Déborah était une vraie femme. Elle... Elle n'était même pas capable de lui donner un gosse ! Et puis quoi ? Qu'est-ce qu'elle croyait ? Elle n'était même pas bonne au lit...

- Oh, le connard... Pardon, ma douce, ça m'échappe..., fit Mickaël en serrant un peu plus fort son épaule.

- Tu peux le dire..., dit Maureen. Lawra l'a déjà traité de tous les noms d'oiseaux qui lui passaient par la tête... Et il a continué. Expliquant que c'était normal qu'il aille voir ailleurs. Mais le jour où je lui ai dit que je demandais le divorce... Ca, par contre, tu vois, il n'en était pas question ! En catholique convaincu, il s'y opposait. Il ne dormait plus que rarement au domicile conjugal, mais divorcer...

Elle marqua un temps de silence et reprit :

- Voilà, tout ce qu'Alisson a réussi à faire, ça a été de faire remonter ces souvenirs à la surface. Et puis, aussi... Pardonne-moi, mais je n'ai pas pu m'empêcher de l'imaginer dans tes bras..., dit-elle en levant les yeux vers lui.

- Sauf que c'est toi qui es dans mes bras, et qu'elle, elle n'y sera jamais, je te le jure ! dit Mickaël avec force. Et, de toute façon, elle ne va pas rester jusqu'à la fin juillet.

- Comment cela ? s'étonna Maureen.

- J'ai vu le patron, en reprenant tantôt, ma douce, expliqua Mickaël. Je lui ai exposé ce qui se passait. Que là, ça allait beaucoup trop loin et que je ne pouvais pas continuer à travailler avec elle. Il va lui faire finir la semaine, car elle l'a commencée, mais il met fin à son contrat samedi. La dernière semaine, on aura moins de monde, on pourra tenir à cinq. On n'assure plus de toute façon qu'un seul service, y compris le vendredi et le samedi. Ca ne sert à rien d'en faire deux.

- Je comprends...

- Lawra t'a appelée ? demanda-t-il à son tour.

- Oui. On a parlé un bon moment. Mais ça allait déjà un peu mieux, ce soir, avant son appel. Je sentais que je me calmais. J'avais réussi à reprendre le dessus, j'ai eu des clients, à intervalles réguliers, et j'ai préparé des bouquets ronds pour demain, refait quelques petits cadres. Je me suis concentrée sur mon travail, ça m'a fait du bien.

- Tu sais que je suis fier de ce que tu lui as dit ? C'était très juste, dit Mickaël en lui souriant.

- Lawra m'a dit la même chose. Que j'avais bien réagi sur le coup et que si j'avais flanché après, au moins, je ne l'avais pas fait devant elle. Mais c'est seulement ce soir que je peux le mesurer. Ce midi, j'en étais incapable. Je n'avais plus de force...

Il la serra doucement contre lui, embrassa son front, entre ses sourcils, puis le bout de son nez.

- Tu veux que je te fasse un thé ? proposa-t-il.

- Oh oui, bonne idée... avant de dormir, sourit-elle.

- Lequel veux-tu ?

- Tu en prendras aussi ?

- Volontiers.

- Alors... Soyeux ? Nous ne l'avons pas encore bu ensemble...

Il sourit de sa dernière remarque.

- Excellent choix, répondit-il en plongeant son regard dans le sien, la fixant quelques secondes avant de l'embrasser longuement.

Quand il rompit le baiser, Maureen garda les yeux fermés quelques secondes, puis lui demanda :

- Comment est-ce que tu peux inventer cela ?

- Cela quoi ? s'étonna-t-il.

- Les thés. Comme Soyeux. Comment est-ce que tu arrives à retranscrire dans un mélange des impressions, des images...

Il réfléchit un moment, puis répondit :

- C'est un ensemble. Comme... Enfin, je pense, comme un peintre qui mélange les couleurs sur sa palette, pour trouver la teinte exacte qu'il recherche. Dans une couleur, il y a de la lumière. Dans un plat, aussi. Le goût nous renvoie à nos plus anciens souvenirs. Le goût est l'un de nos sens les plus associés à la mémoire. C'est aussi ainsi que je cuisine. Un des plus beaux compliments que je puisse recevoir, c'est quand un convive me dit : tel plat m'a rappelé... Là, je sais que j'ai touché juste, et que j'ai offert plus qu'un moment de plaisir, un moment rare de bonheur à cette personne. C'est ce que j'espère, à chaque fois. Alors, voilà, composer un thé, c'est vouloir aussi évoquer un instant. Et pour Soyeux, c'était le souvenir que j'avais de notre premier baiser et de ce rayon de lumière qui s'était posé sur ton sein, comme une caresse... soyeuse. Je voulais vraiment retrouver cela. Peut-être que j'en créerai un autre, pour toi, un jour. Il faut du temps aussi, pour créer. Sans vécu, on n'invente rien.

Maureen sourit. Elle était heureuse que Soyeux ait une petite histoire, pour Mickaël, et que ce ne soit pas que pour lui rappeler ses lèvres, sa bouche. Comme Harmonieux avait la sienne, comme Zen également, et même Quelconque... Sans doute chaque autre thé avait-il ainsi sa petite histoire...

**

Mickaël avait préparé le thé, mais n'était pas revenu dans la chambre avec seulement la théière et deux tasses. Il servit Maureen, puis déboucha un petit flacon.

- Allonge-toi sur le ventre, ma douce. Et laisse-moi m'occuper un peu de toi. Ca va te faire du bien, ce soir.

Maureen le regarda, un peu étonnée, mais sans rien de demander de plus, elle s'allongea, lui tournant le dos. Il lui retira sa nuisette, puis commença à la masser, un peu succinctement et rapidement. Une fois son dos réchauffé, il reprit le flacon et fit couler quelques gouttes. Il étala bien l'huile, un peu épaisse, mais au parfum agréable. Maureen se dit que c'était là encore un mélange, car elle ne parvint pas à déterminer toutes les composantes de l'huile, même si elle reconnaissait la lavande et aussi quelque chose qui lui fit penser au sapin. Les mains de Mickaël étaient fermes, ses gestes sûrs. Elle ferma les yeux, se laissa aller. Il la massa longuement, précisément. Il la sentit se détendre, minute après minute, se sentant lui-même soulagé.

A un moment, il regarda son visage et la vit entrouvrir légèrement les lèvres. Ce simple petit geste le mit en émoi et lui donna envie d'y goûter. Imperceptiblement, ses mains se firent plus caressantes, et il insista un peu sur ses reins, avant de faire remonter ses doigts lentement jusqu'au milieu de son dos. Là, il arrêta le massage, et commença à tourner autour de ce petit point sensible, avec le bout de ses doigts. Un soupir, à peine audible, s'échappa des lèvres de Maureen. Il sourit, se pencha, déposa un baiser sur sa nuque. Il admira la volute formée par ses cheveux, sur son épaule et l'oreiller. Elle ne rouvrit pas les yeux.

Il poursuivit ses caresses, dans son dos, posa une main sur ses fesses, y alternant frôlement du bout des doigts et caresses du plat de la paume, pendant que son autre main s'activait toujours au milieu de son dos, lui arrachant ses premiers gémissements. Le désir montait en lui et quand elle se retourna langoureusement, elle n'eut pas besoin de lui dire "viens" qu'il s'étendait déjà sur elle et la pénétrait tendrement.

- Regarde-moi, mon amour, lui souffla-t-il en venant prendre un baiser sur ses lèvres soyeuses.

Maureen rouvrit les yeux, trouva le regard vert de Mickaël dans lequel une pointe de bleu venait de jaillir. Contre son torse, les seins de Maureen étaient si doux. Il allait et venait dans son ventre, faisant monter seconde après seconde le désir et l'excitation. Dans un cri, Maureen se cambra, l'accueillant plus profondément ; en réponse, les reins de Mickaël se creusèrent aussi, il gémit dans son cou, puis le plaisir déferla, les unissant dans la même onde, le même souffle.

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