Chapitre 77 : mardi 19 juillet 2005 (1ère partie)

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- Bonjour, Miss ! Voici votre livraison !

Il était à peine 10h du matin et la voix amicale et chaleureuse du livreur de fleurs retentit dans la petite boutique. Maureen était dans la pièce à côté, elle effectuait ses derniers préparatifs pour les recevoir.

- Bonjour, Monsieur MacLean ! répondit-elle. Entrez.

Il lui apporta les grands bacs chargés de fleurs ; en quelques minutes, ils les eurent transvasés. Elle lui régla sa course et il repartit pour une autre livraison.

Maureen retourna dans l'arrière-boutique, arrangea mieux les fleurs, en sélectionna déjà certaines qu'elle allait mettre en présentation. Elle était en train de choisir différentes roses, d'en vérifier avec soin la qualité, lorsque le carillon résonna à nouveau. Cette fois, c'était un client ou une cliente.

Elle abandonna ses roses et retourna dans le magasin. Une grande et belle jeune femme était en train de regarder les petites compositions qu'elle avait disposées sur ses étagères, au milieu. Elle avait des cheveux coupés assez courts, de couleur auburn, et un visage un peu en pointe, de ce que Maureen put en juger au premier regard. La jeune femme ne l'avait jamais vue, pas même dans le quartier. Même si elle commençait à avoir des clients réguliers, elle voyait encore souvent de nouvelles têtes.

- Bonjour, Madame, dit-elle poliment. Vous auriez voulu quelque chose ?

La jeune femme releva lentement la tête et regarda Maureen avec une certaine froideur. Une impression de malaise s'empara alors d'elle et un souvenir brutal lui revint en plein cœur. Cette jeune femme la regardait comme Déborah l'avait regardée, dans la rue. Maureen respira profondément pour calmer les battements de son cœur et chasser cette image douloureuse.

- Juste savoir à quoi vous ressembliez, répondit-elle en la fixant avec hauteur.

Maureen soutint son regard. Elle avait compris. Elle savait déjà qui était cette jeune femme.

- Je voulais aussi vous dire une chose, Maureen...

La voix s'était fait légèrement traînante, un rien méprisante, en prononçant son nom.

- ... J'ai toujours obtenu ce que je voulais. Quand j'entreprends quelque chose, je le mène à son terme. Ce que je veux, je le réussis. Alors, Mickaël, je l'aurai.

Et elle tourna les talons pour sortir de la boutique. Mais avant qu'elle ne franchisse la porte, Maureen se surprit à entendre sa propre voix, calme, assurée, répondre :

- L'échec fait partie de la vie. Ne croyez pas que vous gagnerez toujours. Un jour, vous perdrez.

Mais seul le carillon lui répondit.

**

Maureen resta figée durant quelques longues secondes, à fixer la porte de la boutique. Les petites notes du carillon résonnaient encore dans l'air, même si elles avaient cessé de tinter. Le souffle un peu court, le cœur battant la chamade, elle demeura immobile alors que la silhouette d'Alisson était déjà loin. Elle finit par s'appuyer contre le comptoir, puis par se laisser glisser au sol, car ses jambes ne la tenaient plus. La tête en arrière, elle lutta contre la peur, les larmes, les souvenirs et une image terrible qui s'imprimait dans son esprit. Cette femme dans les bras de Mickaël. Comme elle avait imaginé Déborah dans les bras de Brian. Elle ferma les yeux, replia ses jambes vers elle et serra les dents pour ne pas hurler.

Mais son cri fusa :

- Non !

Puis elle porta ses mains à son visage. Les larmes étaient les plus fortes, elles ruisselaient sur ses joues. La peur l'envahissait à nouveau.

Ce fut ainsi que, peu après, Mickaël la trouva, à son retour de la criée. Il avait terminé tôt et, sachant qu'elle recevait des fleurs ce matin-là, il voulait en profiter pour venir l'aider et déjeuner rapidement avec elle. La porte du magasin étant ouverte, ce qui n'avait rien d'étonnant car il faisait beau, il ne fit pas, pour une fois, le détour par la cour et entra directement dans la boutique. Il resta interdit une seconde, en voyant la jeune femme assise par terre, les mains devant les yeux. Puis il s'avança à grands pas et vint s'agenouiller près d'elle.

- Maureen ? Maureen ! C'est moi, qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que... ?

Elle releva la tête, essuya du plat de la main ses joues, puis se laissa aller à lui tomber dans les bras. Il était à mille lieues d'imaginer ce qui avait pu la mettre dans cet état et craignit une mauvaise nouvelle, un appel de Lawra lui annonçant une catastrophe...

- Oh... Mickaël..., hoqueta-t-elle.

- Qu'est-ce qui se passe ? Mon amour, dis-moi ce qui se passe ?

La voix du jeune homme tremblait d'inquiétude.

- Elle... Elle... est venue... ici.

- Qui ? Qui est venue ?

Il l'écarta doucement, la força à le regarder. La réponse le glaça :

- Alisson.

**

Il resta interdit, incapable de croire que cela était possible. Puis, après l'incrédulité, ce fut une colère terrible qui s'empara de lui. Et des questions qui se bousculèrent, mais il les chassa bien vite de son esprit, car l'urgence, c'était de s'occuper de Maureen. Il l'aida d'abord à se relever, à la faire s'asseoir sur l'unique chaise en arrière-boutique. Puis il retourna à la porte, la ferma, la verrouilla, se saisit d'un papier derrière le comptoir, griffonna quelques mots, attrapa le rouleau de scotch et alla apposer le papier sur la vitre. Il ne se préoccupa guère des plantes sur le trottoir. Pour une fois, elles resteraient dehors.

Fermeture exceptionnelle. Réouverture à 14h. Merci.

Puis il rejoignit Maureen, l'aida à se relever et, la soutenant, il la fit remonter chez elle. Il la conduisit jusqu'à sa chambre, elle se laissa tomber sur le lit, reprit son visage entre ses mains. Avec douceur, il les écarta à nouveau, essuya ses joues avec tendresse et lui demanda d'une voix qu'il rendit aussi calme que possible :

- Raconte-moi ce qui s'est passé. Prends le temps de le faire, mais raconte-moi ce qui s'est passé.

Avec beaucoup de difficultés, Maureen entreprit le récit de cette minute qui venait de la traumatiser. Mickaël l'encouragea du mieux possible, mais sans lui faire part de ses propres réactions. Intérieurement, il était furieux.

Quand la jeune femme lui rapporta les mots d'Alisson, il ne put retenir le grognement de rage qu'il tenta en vain d'étouffer. "Non, mais pour qui elle se prend, cette garce ! La s... ! La saloperie ! Non seulement, elle est en train de foutre ma Maureen en l'air, mais elle croit quoi ? Que je suis une poupée de chiffon qu'on va manipuler comme ça ?"

- Elle a dit autre chose ? s'inquiéta-t-il.

- Non, rien... Elle... Elle est repartie... comme ça...

- Et tu t'es effondrée ?

- Pas... Pas tout de suite..., répondit Maureen d'une voix hachée. Je... Avant qu'elle ne sorte... Mais... Je ne sais pas... Si... elle m'a entendue... Je... Je lui ai dit qu'on ne pouvait pas toujours gagner. Qu'un jour... Un jour, on perd.

Le regard de Mickaël à cet instant fut si admiratif et si aimant qu'elle se jeta à son cou et sanglota :

- Oh, Mickaël... Je t'aime... Je t'aime... Je ne veux pas te perdre...

Le jeune homme referma aussitôt ses bras autour d'elle. Au-delà de la colère, et de tout un tas d'émotions qui se bousculaient en lui, il sentit jaillir aussi une profonde admiration. Même si elle était effondrée, même si elle était là, en larmes, Maureen était non seulement parvenue à rester droite face à Alisson, mais, en plus, à lui répondre, et à lui répondre fermement quelque chose de sensé et de si vrai...

- Calme-toi, ma douce, calme-toi. Je suis là. Ca va aller. Détends-toi... Je vais nous préparer un thé. On va se poser un moment.

Ils restèrent un long moment enlacés, puis, lentement, Mickaël sentit qu'elle se reprenait. Il gagna alors la cuisine ; quelques secondes plus tard, Maureen l'entendit tirer de l'eau, mettre en route la bouilloire. Il ouvrit les placards, sortit du thé, prépara la théière, deux tasses. Il choisit Subtil, puis retourna dans la chambre avec un plateau qu'il posa sur la table de chevet. Il laissa le thé infuser alors que Maureen tentait de remettre un peu d'ordre dans ses pensées. Elle accepta finalement la tasse que Mickaël lui tendait. Puis il l'obligea à s'allonger et s'étendit à ses côtés, la caressa doucement. La voix de Maureen était redevenue posée. Mais elle s'inquiétait déjà :

- Tu as fermé le magasin ?

- Oui, et j'ai mis une petite affichette, la rassura-t-il. Pour signaler que tu rouvres en début d'après-midi. J'ai mis 14h, mais si tu veux reprendre plus tard... je changerai le mot.

- Les fleurs... dehors...

- Ne t'inquiète pas, je vais regarder régulièrement par la fenêtre. Et puis, tu sais, personne ici ne les volera. Ce n'est ni le genre du quartier, ni dans la mentalité...

- Il est quelle heure ?

- Midi bientôt. Tu es certaine de ne pas avoir faim ? Je peux te préparer quelque chose si tu veux..., proposa-t-il.

- Il va falloir que tu repartes...

- Ne te soucie pas de ça. Je peux avoir un peu de retard, pour une fois. Ca arrive. Rarement, mais ça arrive. Le pire que j'ai fait, c'était en automne. Il pleuvait à boire debout... J'ai crevé, avec le vélo. J'ai tenté de réparer, sous la flotte, ce n'était pas évident. J'ai fini à pied. Je suis arrivé, j'étais bon à passer à l'essoreuse. Sam ne m'a pas loupé... : "Hé, chef ! D'où tu sors ? T'as pris ta douche en plein air ? On dirait un épouvantail... Tu comptes passer un casting pour le prochain film avec des zombies ? Encore heureux que tu restes en cuisine, tu ferais fuir les clients..."

Elle sourit, doucement. Petite victoire.

- Mais là, il ne pleut pas. Et j'espère que ton vélo ne te posera aucun problème...

- Mais non...

Ils restèrent un moment ainsi, couchés l'un contre l'autre, leurs deux visages tournés vers la fenêtre, Mickaël ayant refermé ses bras autour de Maureen.

- Que vas-tu faire ? finit-elle par demander.

- Je ne sais pas encore exactement, répondit-il en ayant bien entendu l'inquiétude dans sa voix. Mais je ne vais pas laisser passer cela. Elle va beaucoup trop loin. Et se sent beaucoup trop sûre d'elle.

Maureen n'ajouta rien. Elle finit par accepter de manger un peu, ce qui, finalement, fut plutôt une bonne chose, car elle se sentit mieux, après. Mickaël refit du thé. A aucun moment, il ne regarda l'heure, ne s'inquiéta nullement d'arriver un peu tard. Sam, de toute façon, sauf imprévu pour lui aussi, serait tôt au restaurant. Jonathan aussi. Et... Alisson également.

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— Si l'occasion se présente, pourquoi pas.
 Ceti se retourna pour observer le paysage. Elle imagina à quoi pouvait ressembler les grandes plaines enneigées des montagnes, les hautes murailles de la ville et le Temple, célèbre lieu de pélerinnage. Dans sa vie, elle n'avait quitté Dhilia qu'à trois reprises, sans jamais voyager plus d'une demie journée. Elle n'arrivait tout simplement pas à concevoir le panorama de l'Oblihati. De ce fait, elle s'aidait des marguerites pour recouvrir son point de vue actuel d'un épais manteau blanc. Un léger sourire apparut sur son visage.
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