Chapitre 74 : mardi 12 juillet 2005 (deuxième partie)

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Note : je m'excuse par avance auprès de mes lecteurs qui manquent de temps pour lire, mais cette partie est très longue. Je ne me voyais pas cependant la couper en plusieurs morceaux, puisqu'il y a unité de temps, de lieu et de personnes...

Mais j'espère que vous la dégusterez avec plaisir !

J'en profite pour vous glisser un grand remerciement pour votre fidélité et votre lecture ! Je vous laisse en bonne compagnie...

**********

Peu après, Maureen entendit une voiture s'arrêter devant la boutique, jeta un œil par la fenêtre. La mère de Mickaël en sortit et lui fit signe de la main. Elle ouvrit le battant et dit simplement :

- Bonsoir ! J'arrive !

Elle prit sa petite veste légère et son sac à main, ferma la porte et les rejoignit. Tous les trois étaient sortis de la voiture pour la saluer.

- Bon anniversaire, Maureen ! dit Henry en la prenant par les épaules pour déposer deux baisers sur ses joues.

- Merci, Henry, vous allez bien ?

- Oh que oui ! répondit-il de son air toujours un peu faussement sérieux. Une belle soirée nous attend !

Maureen sourit avant de saluer Mummy et Ingrid, puis ils remontèrent dans la voiture. C'était Henry qui conduisait, mais il précisa d'un ton sérieux qui ne parvenait pas à cacher la note d'humour contenue dans ses mots, qu'au retour, ce serait sa femme qui conduirait car lui... ne serait sans doute pas en état de le faire. Maureen se demanda si, à cette occasion, Henry prendrait un petit verre d'un des whiskys que Mickaël avait rapportés récemment pour le compte de son patron.

Ils longèrent les quais, puis traversèrent la Clyde pour gagner la partie de la ville que Maureen connaissait peu. Il était un peu plus de 21h quand ils se garèrent dans une ruelle proche du restaurant. A cette heure, il était parfois difficile de trouver une place dans le quartier. Mais "un petit peu de marche ne nous fera pas de mal", décréta Henry. A peine cinq minutes plus tard, ils en franchissaient la porte.

L'atmosphère était telle que Maureen l'avait imaginée. Un peu feutrée, très classe, à la décoration sobre. La plupart des tables étaient déjà occupées. Ce fut le patron, Harris lui-même, qui s'avança le premier pour les saluer.

- Heureux de vous accueillir ce soir, dit-il en serrant la main d'Henry, puis en faisant un baisemain à Mummy et à Ingrid, avant de saluer de la même manière Maureen et d'ajouter à son intention : Et très heureux de faire votre connaissance, Maureen. C'est aussi, en plus, toujours un plaisir de fêter l'anniversaire d'un client. Mais venez, votre table vous attend. Ce soir, c'est Ann qui sera à votre service.

Ingrid passa la première, suivie de Maureen et de Mummy. Henry ferma la marche. Leur table se trouvait dans la deuxième partie de la salle, derrière un pan de mur qui suggérait une séparation. Un petit bouquet de fleurs fraîches décorait la table, ainsi que deux bougies. Sur les murs, Maureen découvrit de beaux dessins au pastel.

Mummy déclina l'invitation de s'asseoir sur la banquette, arguant qu'elle serait mieux installée sur une des chaises hautes et bien rembourrées. Ingrid et Maureen s'installèrent donc face à elle et Henry. Une petite table était adjointe à la leur, sorte de rallonge - ce qui était le cas pour toutes -, qui servirait à Timothy pour le vin et à Ann pour la corbeille à pain.

Ils n'avaient d'autres tables que sur leur droite, et Maureen et Ingrid tournaient le dos au petit renfoncement qui permettait l'accès à la porte de la cuisine. La table avait été choisie avec soin, de manière à ce que la jeune femme ne voie pas ce qui arriverait de la cuisine. Une fois qu'ils furent installés, ce fut Lisbeth qui vint les saluer, parla une à deux minutes avec eux. Puis Ann, la serveuse, s'approcha et leur proposa le choix du menu :

- Vous pouvez prendre à la carte, bien entendu, mais..., elle marqua une petite seconde d'arrêt avant de poursuivre : Je vous conseille le menu découverte du jour, soit viande, soit poisson.

- Pour moi, ce sera poisson, dit Mummy.

Ingrid renchérit et Maureen choisit de même. Elle savait pertinemment que c'était ce que Mickaël préférait cuisiner et elle n'hésita pas.

- Et bien, pour ne pas faire comme vous, je prendrai la viande, dit Henry pour conclure.

- Ca va être simple, pour le vin..., déclara Mummy. Henry, tu vas encore compliquer la vie de ce pauvre Timothy !

- Mais non, mais non, il aime les défis, ce garçon ! De toute façon, pour l'apéritif et l'entrée, le choix est déjà facile. Champagne !

Ann repartit avec les commandes.

- Chef ! Trois menus poissons et une viande pour la 8 !

- Ah, mon père fait encore son original..., sourit-il.

Face à lui, Sam lui lança un clin d'œil amusé. Puis commença à asticoter Jonathan. Le jeune apprenti n'était pas à la fête : c'était sur lui que Sam faisait passer son humour, pour éviter de lancer trop de piques à Alisson. Au final, cela ne changeait pas grand-chose avec les premières journées de travail de la jeune femme, mais Mickaël, lui, sentait bien que Sam se retenait, et il savait qu'une fois l'anniversaire de Maureen passé, son ami se "lâcherait".

Timothy s'était approché de la table de Maureen et des parents de Mickaël et s'enquit de ce qu'ils avaient choisi.

- Je vous lance un défi, jeune homme, dit Henry. D'autant que je ne peux guère vous aider... Menus découverte, c'est donc la surprise totale pour nous tous.

- Aucun souci, Monsieur, il n'est rien de plus plaisant que de relever des défis gastronomiques et œnologiques !

- C'était justement ce que je disais à ma belle-mère, fit remarquer Henry.

- Vous ne nous livrerez donc aucun indice sur le menu, Timothy ? demanda doucement Ingrid.

- Ah, non, Madame, je regrette..., répondit-il avec un sourire.

Ces petits échanges plaisaient à Maureen. Elle se détendait aussi au fil des minutes et se dit qu'ils formaient tous une équipe vraiment très professionnelle. La simplicité, le tact, la tenue des serveuses - elle avait pu apercevoir Julia qui passait avec une commande pour la première salle -, en faisaient des personnes à la hauteur de ce que l'on attendait d'eux. Autant du côté du patron que des convives. La jeune femme se rendit compte qu'à cette occasion, elle allait aussi en découvrir un peu plus sur Mickaël, à travers ses collègues, son milieu professionnel.

Mais déjà Henry déclarait :

- Vous n'êtes pas sans ignorer que nous sommes là pour l'anniversaire de Maureen, Timothy, alors, pour commencer, nous n'allons pas faire original.

- Champagne, Monsieur ?

- Tout à fait. Et cela pourra accompagner les entrées, non ?

- La vôtre, sans aucune difficulté. Par contre, pour ces dames... Je leur suggérerai de ne boire le champagne que pour l'apéritif, même s'il peut aussi accompagner l'entrée, mais pour l'ensemble de leur menu, le mieux, ce sera un Savennières ou un blanc de Bourgogne. Nous en avons un très bon.

- Je pense que le choix sera vite fait pour nous, dit Ingrid en regardant sa mère.

- Ah ça, si vous commencez à me prendre par mon péché mignon..., répondit Mummy.

- Donc, champagne, Savennières, dit Timothy. Pour vous, Monsieur, je peux vous proposer soit une demi-bouteille de Nuits-Saint-Georges, soit de prendre au verre, en fonction de ce que vous découvrirez.

- Le Nuits-Saint-Georges ira aussi avec l'entrée ? demanda Henry.

- Tout à fait, Monsieur.

- Alors, mettez-moi la demi-bouteille.

- Très bien, je vous amène cela tout de suite.

Le jeune sommelier partit jusqu'à la cave, traversa la cuisine, lança à Sam qu'il lui faudrait un Savennières bien frais. Et un champagne.

- Ah, lança le second, première manche pour la grand-mère ! Et un Savennières, un !

Il se retourna, croisa le regard interrogateur d'Alisson, mais ne lui dit rien, ouvrit la porte du réfrigérateur dans lequel Timothy prenait soin, chaque soir, de renouveler le stock de vins blancs et de champagnes.

- Timothy! appela Sam. Lequel, en champagne ?

- Le Vieilles Vignes, répondit Mickaël. Julia, c'est prêt pour la 3 !

- Chef, j'ai terminé les assiettes d'apéritif, dit Jonathan.

- Merci, Jonathan.

Mickaël se retourna, traversa la cuisine, ouvrit la petite réserve fraîche où il conservait les fleurs de Maureen qu'il utilisait habituellement uniquement pour les desserts. Il se saisit d'une petite rose rouge, dont il coupa délicatement le bouton à peine ouvert. Puis il revint vers les quatre assiettes que l'apprenti avait préparées, les évalua du regard, ajusta à peine une des petites bouchées, plaça la fleur et disposa les assiettes qu'Ann emporterait, puis Timothy servirait le champagne.

Dans la salle, Ann s'avança avec les quatre assiettes. Elle adressa un léger sourire à Maureen en disposant celle de la jeune femme devant elle. Le petit bouton de rose rouge émut la jeune femme. Ingrid sourit et échangea un regard complice avec son mari, assis en face d'elle. C'était la preuve concrète de la petite "touche" que Mickaël voulait apporter.

- Quelle belle idée ! s'extasia Mummy.

- Oui..., murmura Maureen. Je ne m'attendais pas à cela !

Timothy s'approcha alors et leur servit le champagne. Maureen se demanda si elle pourrait supporter de boire autant d'alcool.

- Allons, dit Henry, levons nos verres pour ton anniversaire, Maureen !

- Merci, merci beaucoup, dit la jeune femme. Je suis vraiment très heureuse d'être avec vous ce soir.

Chacun but une gorgée. Henry leva un sourcil appréciateur. Maureen goûta avec plaisir. Les petites bulles légères éclataient sur son palais. Le vin était très légèrement sucré, avec un parfum raffiné. Elle regarda à nouveau son assiette, le petit bouton de rose. Elle avait le cœur qui battait un peu vite. Jamais elle n'avait eu une telle fête d'anniversaire ! Certes, ses parents n'avaient pas les moyens d'aller dans un restaurant de la classe de celui d'Harris, mais elle se sentait entourée comme elle ne l'avait pas été depuis plusieurs années.

Les petites bouchées d'apéritif étaient délicieuses. Maureen devina aisément les mariages de plusieurs saveurs, légumes, épices, parfois un zeste de citron, ou une petite touche inattendue.

- Le champagne est délicieux, dit Mummy. Ils ont toujours le même fournisseur ?

- A priori, oui, dit Henry, en jetant un œil à la bouteille.

- C'est une cuvée spéciale, non ? interrogea encore la vieille dame.

- Le Vieilles Vignes, précisa Henry. Je le trouve supérieur encore.

- Tu aimes, Maureen ? demanda Ingrid en voyant que la jeune femme buvait peu.

- Oui, beaucoup, mais... C'est la deuxième fois que je bois du champagne. Et... Et vous avez choisi un autre vin encore après, je ne sais pas si je vais pouvoir boire tout cela. Je n'ai pas l'habitude de boire beaucoup. Mais c'est très bon, en effet.

- Le secret, c'est de boire de l'eau aussi en même temps, dit Ingrid. Ainsi, tu te désaltères avec l'eau, mais tu bois ton vin pour l'apprécier avec ce que tu manges.

- Hum, fit Henry. Parfois, c'est ce que nous mangeons qui accompagne un vin, et non l'inverse...

- Toujours à chipoter, Henry ! dit Mummy.

- C'est vous qui me parlez de chipoter ?

Maureen sourit. Ces petits échanges lui rappelaient ceux que Mickaël entretenait avec sa grand-mère.

**

Lorsqu'Ann leur apporta l'entrée, Maureen avait à peine bu la moitié de son verre de champagne, mais, déjà, Timothy ouvrait une autre bouteille.

- Laquelle d'entre vous veut le goûter, Mesdames ? demanda-t-il.

- Vas-y, Ingrid, dit sa mère.

Ingrid goûta une gorgée, fit signe à Timothy que le vin était bon.

Il les servit alors toutes les trois, puis repartit pour chercher le vin rouge pour Henry.

- Ne te fais pas de souci pour ton champagne, Maureen, dit Ingrid. Il peut accompagner aussi l'entrée. Et d'ailleurs, tu vois, Timothy nous a servi seulement un petit verre à chacune, pour laisser la bouteille au frais, et nous permettre de choisir le vin que nous apprécierons le plus avec l'entrée. J'aime continuer sur le champagne, mais il est vrai que le Savennières accompagnera aussi très bien l'entrée.

C'était un flan de légumes et de lotte, enveloppé dans une crêpe dentelle et accompagné d'une petite salade. L'entrée d'Henry était plus classique : fromage de chèvre chaud à la chapelure, avec une fine tranche de jambon cru et des tomates émincées.

- Tu me fais goûter ? demanda Ingrid d'un air innocent.

- Je ne sais pas si je vais te laisser faire, répondit son mari. Il fallait choisir le menu viande !

Henry découpa une bouchée que sa femme prit délicatement avec sa fourchette.

- Hum, très bon. Tu veux goûter le nôtre ? proposa-t-elle.

- Qu'est-ce qu'il a choisi comme poisson ? demanda Henry.

- De la lotte, dit Mummy. Je me demande avec quoi il lie la sauce...

- Du jus de tomate, non ? dit Maureen. Et de la crème, ajouta-t-elle avec un petit sourire.

Mummy lui sourit malicieusement en retour, se pencha vers elle, complice :

- Oui, mais pas trop !

Le repas, l'atmosphère du restaurant, les conversations mesurées des autres convives, les passages discrets d'Ann ou de Timothy, firent que Maureen se sentait détendue et qu'elle en avait oublié Alisson. Elle regrettait simplement que Mickaël ne puisse être avec eux, mais en regardant sa deuxième petite rose rouge, elle se dit qu'en fait, il était très présent. Ce qu'elle avait dans son assiette, c'était lui qui l'avait préparé, pour eux, pour elle.

Alors qu'ils achevaient l'entrée, Mummy demanda à Maureen si elle avait eu d'autres nouvelles de Lawra. Ingrid enchaîna en lui posant quelques questions sur son amie. Indirectement, ils en apprenaient ainsi un petit peu plus sur la jeune femme.

- Je suis vraiment heureuse de les revoir bientôt, dit-elle. Et je suis certaine qu'ils vont aimer l'Ecosse ! L'un comme l'autre. John est curieux de nature, ouvert. Et c'est un grand amateur de whisky...

- Oh là ! Il va trouver à qui parler, alors, dit Henry avec un léger sourire. Hum, ce vin est vraiment délicieux.

- Ne bois pas tout avec ton entrée, mon chéri, dit sa femme. Gardes-en pour ton plat !

- Ne te fais pas de soucis...

Harris s'avança, s'enquit de savoir si tout se passait bien.

- C'est parfait. Encore une fois, il faudra féliciter le chef, dit Henry d'un ton sérieux.

- Je pense qu'il ne faudrait pas oublier son second, intervint Mummy. On pense toujours à féliciter le chef, mais on oublie trop souvent son second. Ce garçon mérite aussi nos compliments.

- Je lui dirai de passer tout à l'heure, répondit Harris avec un petit mouvement de tête. Alors, Miss, tout se passe bien ?

- C'est parfait, Monsieur, répondit Maureen. Et le vin... Je n'ai pas l'habitude d'en boire, mais celui-ci est vraiment très riche en arômes, il a aussi un petit goût de roche... Enfin, c'est comme cela que je traduis, je n'utilise sans doute pas les bons termes. Et, en même temps, il est un peu fruité.

- C'est un tout petit cru, des bords de Loire, expliqua Harris. Quand Mickaël nous l'a ramené, il y a trois ans... même Timothy a été séduit. Depuis, nous en prenons chaque année. Il accompagne en effet très bien les poissons et les fruits de mer. Et le rouge, Monsieur ?

- Parfait. Un grand cru, là aussi. J'ai toujours aimé le raffinement du Bourgogne, soupira Henry. Mais qui n'a pas ses petites faiblesses ? Ma belle-mère, c'est le Savennières, moi, c'est le Bourgogne.

- Je vais vous laisser l'apprécier avec le plat suivant..., dit Harris en s'écartant respectueusement de la table car il venait d'apercevoir du coin de l'œil Ann qui arrivait avec les assiettes chaudes.

- Coquilles Saint-Jacques à la Normande, pour Mesdames, annonça-t-elle en déposant leurs assiettes devant les trois femmes, celle de Maureen étant, sans surprise, toujours décorée d'un petit bouton de rose rouge. Et pour Monsieur, tournedos Rossini et légumes forestiers. Bon appétit...

- Merci, Ann, dit Ingrid avec un grand sourire.

**

Le repas se poursuivit dans une ambiance détendue et très agréable. Maureen se demandait si Mickaël aurait la possibilité de venir un tout petit peu avec eux ou pas. Elle savait que, parfois, en fin de service, il venait saluer une tablée. Après le plat principal, Ann leur apporta à nouveau des petites bouchées, un peu comme à l'apéritif, mais cette fois, au fromage. Ingrid se permit de goûter le vin rouge de son mari, mais Mummy déclara que le blanc se buvait encore très bien, et notamment avec les bouchées au fromage de chèvre. Ces petits entremets leur permettaient aussi de marquer une pause. Maureen avait pris soin de boire modérément, mais elle sentait quand même les effets de l'alcool. Raisonnablement, elle ne reprit que de l'eau et déclina poliment un dernier verre de Savennières.

Ann s'avança enfin vers eux, avec la carte des desserts.

- Est-ce que vous voulez choisir les desserts à la carte ou poursuivre dans l'esprit "découverte" ? leur demanda-t-elle.

- Est-ce que Tony propose toujours sa petite idée du thé gourmand ? demanda Mummy avec les yeux brillants.

Et Maureen devina à l'air de la vieille dame que le mot "gourmand" lui convenait particulièrement bien.

- Oui, Madame, répondit Ann.

- Alors, je prendrai le thé gourmand, répondit Mummy.

- Je ne vais pas laisser ma belle-mère affronter seule ce genre de compétitions, dit Henry. Pour moi aussi, s'il vous plaît.

- En quoi est-ce que cela consiste ? demanda Maureen, intriguée.

- C'est un assortiment de plusieurs desserts, répondit Ann. Les parts sont plus petites bien entendu que pour un dessert normal, mais cela permet d'en goûter plusieurs. Et il est accompagné d'un thé ou, pour les amateurs, d'un café.

- Mais c'est assez copieux, précisa Ingrid.

- Je préfère la découverte, dit Maureen pour rester dans l'esprit de ce qu'elle avait goûté jusqu'à présent.

- Et moi, je prendrai l'Ile des Caraïbes, s'il vous plaît, dit Ingrid.

- Très bien.

Et Ann repartit, entra en cuisine et annonça la commande des desserts.

- Egalité entre ton vieux et Mummy ! lança Sam avec un sourire. Et ta mère... Elle craque pour son péché mignon ! Elle n'a pas l'air comme ça, mais elle est aussi gourmande que sa propre mère ! Allez, Jonathan, à toi !

Le jeune apprenti jeta un regard à Tony qui acquiesça et il commença à découper les desserts pour les deux thés gourmands. Pendant ce temps, Mickaël préparait l'assiette de sa mère et celle de Maureen. Il y déposa le dernier petit bouton de rose rouge, puis ouvrit un tiroir, en sortit deux bougies portant les chiffres 2 et 4. Julia emporta les commandes de desserts pour deux autres tables, Ann également. En cuisine, on sentait arriver la fin du deuxième service.

Ann revint, prit les assiettes des thés gourmands, pendant que Mickaël préparait les thés. Il avait emporté avec lui un peu de Soyeux, pour Maureen. Il tenait à le lui faire découvrir ce soir, avec son dessert. Il avait choisi pour elle le dessert aux pommes qu'elle avait aimé et qu'il lui avait fait goûter la première fois qu'elle était venue chez lui. Un temps, il avait hésité avec un dessert aux fruits d'été, mais il trouvait qu'il n'allait pas bien avec le menu des poissons, qu'il était plus adapté à la viande. Il figurait d'ailleurs dans le thé gourmand.

Ann revint, prit le plateau des thés et l'assiette d'Ingrid, pendant que Mickaël allumait les deux bougies, puis s'emparait de l'assiette de la jeune femme. Il ne lança qu'une courte phrase, sans jeter le moindre regard derrière lui :

- Sam, à toi !

Ce qui signifiait tout simplement qu'il passait le relais à son ami durant quelques minutes.

Mickaël sortit de la cuisine, attendit un instant dans le renfoncement, vit qu'Ann terminait le service des thés. Il lui avait bien expliqué que Soyeux n'était que pour Maureen. Puis, quand la jeune serveuse s'écarta de la table, il s'avança à son tour, tenant avec précaution l'assiette de Maureen pour ne pas faire s'éteindre les bougies.

Un léger mouvement parmi les convives, un changement d'atmosphère, et Maureen devina que quelque chose arrivait. D'abord, elle était la seule à ne pas avoir été servie, hormis le thé, puis les petits sourires autour d'elle lui firent comprendre qu'une autre surprise l'attendait. Quand elle vit Mickaël s'approcher, son sourire, le regard qu'il avait pour elle, elle pensa au message de Lawra : "Un de ses regards vaudra tous les cadeaux du monde". Elle en oublia tout ce qui n'était pas lui, tout ce qui n'était pas ce regard vert, tendre, amoureux, un peu amusé, heureux de sa surprise.

- Et voilà, bon anniversaire, ma douce, dit-il en déposant l'assiette devant elle et en en profitant pour l'embrasser légèrement.

Mummy s'empressa d'applaudir, discrètement, mais cela entraîna aussitôt une autre tablée à le faire, puis Ingrid et Henry se joignirent à eux. Le rouge monta aux joues de Maureen qui ne savait où se cacher et s'accrocha au bras de Mickaël qui s'était appuyé contre le mur, à côté d'elle.

- Souffle tes bougies, ma douce, avant qu'elles ne s'éteignent.

Derrière son comptoir qui lui offrait une vue sur les deux parties de la salle, Lisbeth sortit un appareil photo et prit quelques clichés. Elle savait que cela faisait toujours plaisir, car les convives n'avaient pas toujours prévu pour l'occasion ou, parfois, n'osaient pas prendre de photos dans la salle.

- Ca a été, le repas ? demanda Mickaël une fois la petite agitation calmée.

- C'était délicieux, répondit sa mère.

- Je réserve encore mon jugement, dit son père. Je ne le rendrai qu'après le dessert...

- Ta grand-mère est comblée, un peu "pompette", mais je pense que la jeune femme en face de moi est tout autant ravie, non ? ajouta Mummy.

- Oui, murmura Maureen. J'ai tout aimé ! Mais, le dessert, ce n'est pas une découverte pour moi...

- Tu en veux un autre ? proposa Mickaël.

- Non ! J'avais dit "découverte", donc je m'attendais juste à quelque chose que je ne connaissais pas. Mais je suis ravie de manger à nouveau celui-là !

- C'est un de ceux qui s'harmonise le mieux avec ce que tu as mangé avant, répondit Mickaël. Mais il y a quand même une surprise...

- Les boutons de rose ?

- Non... Goûte, tu verras.

La jeune femme prit une première bouchée de son dessert. Ingrid, Henry et Mummy attendaient son verdict. Elle secoua la tête à la négative :

- C'est bien le même que celui que tu m'avais fait goûter la première fois... Je ne trouve rien de différent ! dit-elle en le regardant d'un air un peu interrogateur.

- Tu n'as pas tout goûté..., fit-il remarquer.

- Comment ça ? s'étonna-t-elle en regardant son assiette. Ne me dis pas que les bougies sont à manger !

- Tu n'as pas qu'à manger, sourit-il.

- Oh... D'accord. Je commence à comprendre.

Et elle porta sa tasse à ses lèvres, huma d'abord le parfum.

- Thé blanc, dit-elle sans hésiter, mais... je distingue un peu autre chose...

Elle réfléchit quelques secondes, posa son regard sur la petite coupelle où elle avait soigneusement déposé les boutons de rose.

- Un peu de rose, non ?

- Tout à fait, acquiesça Mickaël. Mais pas seulement...

Maureen se décida alors à goûter.

- C'est très doux comme mélange. Très harmonieux, ajouta-t-elle en le regardant d'un air très doux. Sauf qu'Harmonieux, tu l'as déjà... C'est... Ca me dit quelque chose l'autre pointe...

Comme elle ne terminait pas sa phrase, Mickaël se pencha vers elle et dit :

- De la pêche. Car c'est le fruit le plus soyeux qui soit.

Elle hocha la tête.

- Et tu as décidé de l'appeler comment, celui-là ?

- Soyeux, comme tes lèvres, murmura-t-il toujours à son oreille.

Puis, avant de se redresser, il déposa un léger baiser dans le cou de la jeune femme.

- Je dois retourner en cuisine, reprit-il pour eux quatre. Bonne fin de repas. A tout à l'heure...

- Bonne fin de soirée à vous tous, aussi, dit Ingrid.

Et alors que Mickaël franchissait la porte de la cuisine pour reprendre sa place, Ingrid fit un petit signe à son mari.

- Nous avons aussi un petit cadeau pour toi, Maureen, dit-elle. C'est Mummy qui en a eu l'idée...

- Oh ! s'exclama la jeune femme en reposant son couvert.

Henry se leva, s'approcha du comptoir, échangea quelques mots avec Lisbeth qui se pencha et sortit le paquet, caché soigneusement depuis le milieu d'après-midi. Le père de Mickaël l'y avait déposé. Il regagna leur table et le tendit à Maureen.

- C'est très gentil..., murmura-t-elle.

- Ouvre-le, j'espère avoir fait le bon choix ! dit Ingrid. Mais j'ai suivi les conseils de ma mère...

Mummy hocha la tête avec assurance. Elle était persuadée que cela plairait à la jeune femme. Maureen défit le nœud, ouvrit le papier et découvrit un livre racontant des faits importants de l'Histoire de l'Ecosse. Avec de nombreuses illustrations, soit des gravures ou des reproductions de tableaux, soit des photos des différents lieux.

- Oh, merci ! s'exclama Maureen. Je vais adorer ! Les photos sont magnifiques... Tiens, je reconnais...

Ingrid sourit, Mummy était aux anges.

**

- Chef ! Il reste deux tables encore avec le plat principal, précisa Sam dès que Mickaël eut franchi la porte de la cuisine.

- Ok.

- Un pavé de bœuf, un suprême de volaille, trois cassolettes et deux bars ! lança le second.

- C'est parti ! Jonathan ! Va me chercher les bars ! Tu vas lever les filets ! Vincent, le suprême ?

- Prêt.

- Alisson, les légumes ?

- En cours.

- J'ai les mains dans la cassolette ! lança Sam avant même que Mickaël ait eu le temps de lui poser la question.

Et les voilà repartis. Ce ne fut qu'une fois ces dernières assiettes prêtes, et uniquement sur un signe d'Harris, que Sam quitta à son tour la cuisine.

- Mesdames, Monsieur, Princesse..., dit-il en s'inclinant très cérémonieusement près de la table de Maureen et des parents de Mickaël.

- Sam, dit Mummy d'un ton sérieux. C'était très bien. Vraiment très bien.

- Merci, sourit-il. Tu t'es laissé tenter par le poisson encore une fois... Je n'arriverai donc jamais à te faire manger de la viande !

- Tu sais très bien que, quand tu viens à Fort William, tu as tout loisir pour le menu ! Rien ne t'empêche de nous préparer quelque chose de carné à ta prochaine visite !

- J'y songerai... Mais encore faut-il que Micky me laisse faire ! Avec sa manie du poisson...

- On te voit vendredi midi, Sam ? demanda Maureen.

- Yep. Ce sera moins classe qu'ici, par contre, mais... Tout autant agréable, je l'espère. Dis-moi, Maureen, pourquoi Micky ne t'a pas préparé le même thé que pour les autres ?

- Parce que c'est mon cadeau d'anniversaire, répondit-elle avec un petit sourire.

- Il est rat, commenta Sam. T'offrir quelques miettes de thé...

- Mais c'est du très bon, tu sais !

- J'espère... Bon, je dois y retourner, il ne peut rien faire sans moi, vous savez..., ajouta-t-il en levant les yeux au plafond.

- Va, mon garçon, ne te fais pas taper sur les doigts par ton chef à cause de nous ! dit Mummy en lui tapotant gentiment le bras.

- Bonne fin de soirée !

Et il s'inclina à nouveau.

**

Avec un léger soupir, Maureen entra dans l'appartement de Mickaël. C'était là qu'ils avaient convenu de se retrouver cette nuit. Elle déposa son sac, le livre et sa veste sur une des chaises de la cuisine, prit une assiette creuse dans le placard qu'elle remplit d'eau pour y conserver quelques jours les boutons de rose, puis passa dans la salle de bain avant d'entrer dans la chambre. Elle n'alluma que la lampe de chevet et s'étonna.

Sur le lit était posé un cadeau. Papier fleuri, joli nœud rouge. Et une petite carte.

Joyeux anniversaire, mon amour. Ouvre, c'est pour toi. J'espère que tu aimeras, car moi... j'aime déjà ! Mickaël.

"Ainsi donc, je ne suis pas au bout de mes surprises..."

Elle s'assit sur le lit, défit le gros nœud, ouvrit la boîte. Elle se doutait un peu de ce qu'elle allait y trouver, car il s'agissait du même emballage que pour le déshabillé blanc et rose. Mais elle resta figée en découvrant l'ensemble rouge, tout en dentelles et en transparence. Un instant, elle n'osa pas s'imaginer le portant, puis elle songea aux petits boutons de roses et se dit que Mickaël avait placé cette soirée sous le signe de cette couleur. Elle ôta sa robe avec soin, la rangea dans la petite penderie où se trouvaient les deux costumes de Mickaël et une de ses propres robes d'été. Puis elle retourna dans la salle de bain et se changea. Ce ne fut qu'une fois totalement habillée qu'elle osa se regarder dans la grande glace, derrière la porte. Elle se mordilla la lèvre inférieure. L'ensemble lui allait parfaitement, mettant en valeur sa poitrine, ses épaules, laissant juste deviner l'arrondi de ses fesses. Le voile transparent descendait jusqu'en haut de ses cuisses.

Puis, soudain, elle éteignit la lumière, retourna dans la chambre et se glissa entre les draps. Il était près de minuit et quart et elle se demandait quand Mickaël allait rentrer.

**

Ce fut seulement une heure après le retour de Maureen chez lui que Mickaël put quitter le restaurant. Tout était en ordre pour le lendemain, la plupart des employés étaient déjà partis, hormis Sam, Tony et Julia, car c'était Tony qui assurait le rangement et le ménage ce soir-là, et Julia l'attendait toujours.

Une fois changé, Mickaël repassa dans la salle pour saluer Harris et sa femme et les remercier encore pour ce qu'il avait pu faire pour Maureen et ses parents.

- Tout s'est bien passé, n'est-ce pas, Mickaël ? demanda Lisbeth avec un sourire.

- Oui... Enfin, vous avez pu en juger mieux que moi...

- Je peux t'assurer qu'ils ont passé une bonne soirée ! lui répondit-elle.

- C'était un plaisir de faire la connaissance de Maureen, renchérit Harris. Mais nous ne te retenons pas plus longtemps...

- Merci encore, et bonne soirée à vous deux. A demain, dit-il.

- A demain, Mickaël.

Au-dehors, Sam fumait.

- Allez, preux chevalier ! Je ne te retiens pas ! Ta Princesse t'attend... avec impatience ! A demain !

- A demain, Sam, et merci aussi pour ton aide ce soir !

- Wah, de rien ! Que ne ferait-on pas pour les beaux yeux de Maureen ?

**

Il était rentré. Il avait juste traversé l'appartement, mis un peu de musique. Histoire de créer une ambiance, un peu différente encore d'Aphrodisiaque. Le choix était complexe. Entre Rouge et Soyeux, entre sensualité, tendresse et amour.

Ils étaient étendus, face à face. Lui, nu. Elle, vêtue de rouge. Il ne l'avait pas encore touchée, juste regardée. Il avait juste empli son esprit et son cœur de ses yeux, de son visage, juste apprécié du regard le soyeux de sa bouche, le velouté de sa peau, le dessin de la dentelle sur son épaule. Elle était telle qu'il l'avait imaginée, dans cet ensemble rouge. Non, peut-être même encore plus belle.

Un frisson courut sur sa peau et ce fut le signal. Après avoir éveillé son regard par les couleurs dans les assiettes, après avoir imprégné son nez de différents arômes, après avoir déposé maintes saveurs sur son palais, et l'avoir charmée avec ces airs aériens et apaisants, il voulait combler son cinquième sens : le toucher. Et lui offrir une fête charnelle à la hauteur de l'amour qu'il lui portait.

**

Le regard de Maureen se perdait au lointain. Chaque caresse de Mickaël provoquait un frisson, chaque baiser lui apportait une touche de douceur. Elle ne voyait plus les murs de la chambre, le plafond. Elle était dans leur monde, entre tendresse et volupté, entre amour et désir. Le sang courait dans ses veines et, quand il écarta le pan du déshabillé, que la dentelle glissa sur sa peau, elle laissa échapper une première plainte.

- Tu es belle, mon amour, tu es si belle..., murmura-t-il à son oreille avant d'effleurer la pointe de son sein. Que ta peau est douce... Si... veloutée... Hum...

- Mickaël..., souffla-t-elle.

- Profite..., dit-il simplement.

Et elle s'abandonna totalement, goûtant chacune des sensations qu'il éveillait en elle, s'enivrant de son odeur, de la saveur de sa peau qu'elle picorait de petits baisers, éprouvant les dessins des muscles de son dos, de son torse, se laissant bercer par ses mots et par le rythme de son cœur.

- Je suis avec toi... Tu es en moi... Nous ne sommes plus que... Nous. Viens, souffla-t-il encore alors qu'une vague puissante montait dans ses reins, envahissait le corps de Maureen et les emportait tous deux vers les rivages de leur monde.

- Mon amour, ma douce, ma vie...

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