Chapitre 60 : lundi 27 juin 2005 (1ère partie)

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Une belle lumière d'été réveilla Mickaël assez tôt. Il regarda Maureen dormir, sourit. Il aimait ces instants, paisibles, loin du tumulte du monde, de l'agitation de la vie, de la ville. Ces moments où il pouvait profiter du spectacle merveilleux de voir la femme qu'il aimait dormir. Et dormir avec sérénité. Il se leva lentement, enfila un caleçon et se dirigea vers la fenêtre de la chambre. Il écarta deux lames des stores, pour pouvoir regarder au travers. Le jardin, avec quelques tables où ils pourraient déjeuner tout à l'heure, s'étendait jusqu'à la petite route côtière. Il connaissait l'hôtel, pour y être venu avec Betty, l'année passée. Ils y étaient restés tout un week-end prolongé. A cette époque, Betty, comme lui-même, ne savait pas comment faire avancer leur histoire, ni même si elle devait avancer. La jeune femme manquait cruellement de confiance en elle, elle pouvait par moments aussi se révéler terriblement jalouse.

Mickaël repensa à la façon dont Maureen lui avait "avoué" avoir regardé dans son téléphone, avoir lu uniquement le message d'Harris, l'autre dimanche, juste après l'accident de Dan. Jamais Betty ne se serait comportée ainsi. Il ne saurait trop dire comment elle aurait réagi à l'annonce de l'accident, à son propre désarroi. Il imagina qu'elle l'aurait soutenu, mais sans doute pas de la manière dont Maureen l'avait fait. Et surtout, jamais Betty n'aurait eu l'idée de sortir Sam de son trou et de proposer un changement d'air pour tous les trois. Au mieux, elle aurait suggéré de faire un tour, mais guère plus. Quant au téléphone... elle aurait regardé tous les messages, cela, il en était certain. Mais jamais elle ne le lui aurait avoué. Seul le petit logo différent lui aurait fait comprendre que quelqu'un - Betty en l'occurrence - avait ouvert sa messagerie...

Une chose était désormais certaine pour lui : il avait été très amoureux de Betty, mais pas très longtemps, car cette jalousie et ce manque de confiance en elle avaient pourri bien vite leur relation, et il s'en était lassé. Il aimait prendre la vie du bon côté, ne pas s'embêter avec des choses qui n'en valaient pas la peine. L'accident de Dan était une chose qui en valait la peine. Le fait qu'il avait salué la voisine, un joli brin de fille, ça, ça n'en valait pas la peine. Or Betty mettait tout cela sur le même plan, et c'était épuisant. Au début, il avait argumenté, rassuré, expliqué... jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il menait là un combat perdu d'avance. Il ne savait pas si Betty avait retrouvé quelqu'un, mais il l'espérait sincèrement et que ce serait la bonne relation pour elle. Il se dit que, peut-être, il avait pu quand même lui apporter quelque chose, mais n'en était pas certain. Mais, après tout, cela était désormais secondaire pour lui. Car Maureen était entrée dans sa vie, et que tout ce qu'ils vivaient et partageaient était bien plus enrichissant que ce qu'il avait vécu auparavant, avec Betty ou avec l'autre petite amie avec laquelle il avait eu une relation un tant soit peu "aboutie", quand il était en France. Il mettait Ann-Aël un peu à part et rapprochait plus ce qu'il avait connu avec elle de ce qu'il vivait aujourd'hui avec Maureen, l'expérience et les années en plus. D'ailleurs, de ces trois précédentes petites amies, elle était la seule avec laquelle il avait gardé contact.

Aujourd'hui, il était amoureux. De Maureen. Très amoureux. Après Betty, il avait appris la patience, et le risque de s'emballer trop vite. Cela lui était utile, pour avancer avec Maureen. Mais il savait aussi que si elle n'avait pas déjà été mariée... Il songerait très certainement à un engagement plus déterminant.

Il tourna légèrement la tête vers le lit, elle n'avait pas bougé, dormait encore. Il s'absorba à nouveau dans ses pensées, fixant maintenant la mer et la bande blanche d'écume qui s'étalait sur le sable, au gré des vagues. "Rien ne sert de foncer tête baissée", avait dit Mummy. Les mots de sa grand-mère lui revenaient à l'esprit. Non, rien ne servait d'aller trop vite. Il repensa à leur court séjour à Edimbourg, que l'essentiel avait été de partager de bons moments, de ramener de beaux souvenirs. Il en serait de même ici, sur Arran. Comme au printemps, dans les Highlands.

Les Highlands.

Ils y retourneraient cet été. Il ne savait pas encore exactement comment cela s'organiserait, mais ils iraient passer une semaine avec Lawra, John et le petit Kevin là-bas. Il aimerait emmener Maureen sur l'île de Skye et jusqu'à Ullapool. Ils pouvaient faire un beau parcours en une semaine. Puis, si Maureen pouvait fermer durant deux semaines, alors ils poursuivraient sur les Hébrides. Là aussi, il envisageait un sacré parcours. Mais il devait se montrer raisonnable.

- Il fait beau, n'est-ce pas ?

Les bras de Maureen enserrèrent sa taille, elle appuya son visage contre son épaule. Il sentit ses cheveux couler dans son dos.

- Oui, un temps magnifique. On va avoir une belle journée, on va pouvoir en profiter tard. On rentrera par le dernier bateau. Ca nous fera du 23h environ à Glasgow, c'est faisable. Je veux dire, ça nous laissera quand même une bonne nuit.

- Tu crois que Sam est levé ?

- Je ne sais pas. En tout cas, il n'a pas encore pris place à l'une des tables, au-dehors, pour le petit déjeuner.

- Si on arrive après lui, il va s'en donner à cœur joie, fit remarquer Maureen avec un peu d’ironie dans la voix.

- Si on arrive avant, de même, alors qu'importe..., répondit-il avec un léger sourire en se retournant vers elle et en plongeant son regard dans le sien.

Dieu qu'il aimait ses yeux ! Surtout depuis qu'avaient disparu cet éclat de douleur, cette crainte... "Au moins... Au moins, mon amour, nous avons réussi cela..."

Il l'enveloppa de ses bras, puis très vite, ses mains se glissèrent sous la petite nuisette blanche, à fleurs bleu sombre, qu'elle avait enfilée en se levant. Juste pour le plaisir qu'il la lui enlevât.

**

Ils avaient basculé, nus, sur le lit. Couchés sur le côté, ils se regardaient et commençaient à se caresser tendrement. Puis Maureen fit s'allonger Mickaël sur le dos et poursuivit ses caresses en effleurant son torse, puis en le picorant de petits baisers pointus. Il émit une sorte de ronronnement de contentement et se laissa aller totalement. Elle lui sourit, devinant qu'elle pourrait mener leur étreinte à son rythme et selon ses envies.

Elle se sentait bien, détendue. Malgré les événements dramatiques de la semaine passée, ils étaient ensemble et faisaient face. Elle pouvait soutenir Mickaël et elle avait bien perçu combien le changement d'air lui faisait déjà du bien. Les soucis liés à l'accident de Dan étaient restés sur le quai, à Ardrossan. Cela faisait un peu, du moins c'était ainsi que Maureen le ressentait, comme lorsqu'ils étaient partis pour Fort William : elle avait laissé ses craintes derrière elle. Et là, confiante, elle se sentait prête à nouveau pour oser.

Ses longs cheveux caressèrent le ventre de Mickaël. Il ferma les yeux, appréciant les sensations que cela déclenchait en lui. Les mains de Maureen remontèrent le long de ses bras, s'arrêtèrent un moment dans le creux de son coude, là où la peau était si douce. Puis ses lèvres poursuivirent leur chemin, abandonnant ses tétons pour parcourir son ventre.

Elle sentit le sexe de Mickaël se dresser contre sa joue. Une légère crampe se manifesta dans son ventre, elle ferma les yeux, prit une longue inspiration, la fit refluer. Elle voulait chasser la peur. Elle était avec Mickaël. Mickaël qu'elle aimait et qui l'aimait. Mickaël qui l'encourageait aussi, faisait éclater les verrous nés de sa relation avec Brian, abattait les barrières qu'elle avait dû construire pour se protéger.

Elle se détendit, leva son visage vers Mickaël. Il avait les yeux fermés, un léger sourire éclairait ses traits. Elle le trouva beau et la crampe dans son ventre fut remplacée par un sentiment d'amour profond, comme si une fleur avait poussé sur une déchirure. Alors, lentement, elle tourna la tête et frôla le sexe dressé de ses lèvres.

La peau en était douce, elle y goûta sans plus de retenue, l'enveloppant du soyeux de ses lèvres. Mickaël gémit sous la caresse, se cambra.

- Maureen..., souffla-t-il. Viens, mon amour... Viens avec moi...

Elle se redressa, s'étendit sur lui et le laissa venir en elle, plongeant son regard bleuté dans ce vert lumineux et heureux.

- Je t'aime..., murmura-t-il contre ses lèvres. Je t'aime tant... Oh, mon amour !

Le plaisir déferla, l'emporta. Elle le regarda s'abandonner, avec un sentiment de bonheur intense et primitif, avec le sentiment de lui avoir offert un moment précieux et rare. Elle en oublia ses propres sensations, son propre désir latent, mais l'accompagna encore par le flux et le reflux de ses hanches.

Il soupira, la serra fort contre lui, mordilla son cou, le lobe de son oreille.

- Merci, mon amour... Oh que tu es douce...

Puis il la fit basculer et, le corps encore marqué par son propre plaisir, il glissa ses doigts en elle, effleura du pouce son petit bouton de rose éclos et déclencha son orgasme, la regardant prendre son plaisir avec la même joie qu'elle avait pu éprouver, l'instant d'avant, à son égard.

**

- Depuis quand les amoureux sont-ils aussi matinaux ? leur lança Sam depuis la table où il avait pris place à peine cinq minutes avant eux.

- Depuis qu'ils ont envie de profiter d'une belle journée, répondit Mickaël.

- Depuis qu'ils n'ont pas envie de laisser seul un ami, ajouta Maureen.

Son sourire était si doux qu'il désarma Sam. Mickaël se fit la réflexion que Maureen était peut-être une des rares personnes - avec Véra dans un tout autre registre -, et Jenn, à être capable de cet exploit.

Maureen s'assit face à la mer, Sam s'était assis sur le côté, pour lui laisser la meilleure place. Mickaël leur ramena bien vite un grand plateau avec de quoi attaquer déjà un sérieux petit déjeuner. Il faisait très beau, la température était agréable d'autant qu'ils étaient à l'abri du vent.

- Ca sent les vacances, dit Sam. On va voir les touristes débarquer. Ca va donner au restau. Et tous les soirs, surtout durant le festival.

- On va essayer d'aller jusqu'à Machrie ce matin, proposa Mickaël. On pourra voir des mégalithes, et pique-niquer dans le coin, non ?

- Surtout ni...

- Oh, Sam !

- Oups, pardon... Désolé, Maureen, mais c'est plus fort que moi !

Un grand éclat de rire général ponctua cette remarque et ils attaquèrent leur petit déjeuner.

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