Chapitre 57 : jeudi 23 juin 2005

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Cela faisait le troisième jour qu'ils tournaient seulement à cinq. Pour le début de la semaine, cela s'était bien passé. Un seul service, c'était gérable assez aisément. Cela leur avait permis de tester leur nouvelle organisation, de corriger certaines petites erreurs. Mais à partir de ce jour, cela devenait sérieux. L'après-midi, l'aide apportée par Julia, Ann et Timothy, était loin d'être négligeable. Cela les déchargeait un peu et leur permettait surtout de faire toutes les préparations dans d'assez bonnes conditions. Mais Mickaël et Harris avaient bien en tête aussi qu'il ne s'agissait pas de négliger la fin de la formation de Jonathan. Même si le jeune homme était très volontaire et voulait les aider, Mickaël lui rappela plusieurs fois, en ces premiers jours sans Dan, qu'il était là pour apprendre. Et que cela devait rester son objectif. Et le leur.

Harris avait déjà reçu trois personnes, intéressées par le remplacement. Comme l'avait fait remarquer Sam, il ne manquait pas de candidats. Mais, pour l'heure, aucun ne faisait l'affaire. La fin de semaine s'annonçait donc chargée.

Mickaël et Harris prirent le temps de discuter un peu tous les deux, en ce début d'après-midi, avant que toute l'équipe n'arrive. Seul Vincent était déjà là, à s'occuper des poissons ramenés le matin-même de la criée par le patron.

- Mickaël, ça va ? demanda Harris après l'avoir fait entrer dans son petit bureau.

- Oui. On s'en est bien sorti pour les deux premiers jours. On a pu faire quelques ajustements. Cela devrait fonctionner. Mais avec un seul service... c'était facile aussi.

- Bien entendu, fit Harris. A partir d'aujourd'hui, ça va être autre chose. Je compte sur toi.

- Je sais, patron, répondit Mickaël.

- Mais je voulais surtout te voir pour remettre les choses au clair. Tu n'as commis aucune erreur, samedi. Aucune.

Le jeune homme fit un vague geste de la main.

- Tu n'as pas à t'en vouloir, poursuivit Harris. Personne n'est responsable. Et tu le sais très bien. Et vous avez tous parfaitement réagi. Timothy m'a encore fait la remarque hier, combien les clients ne s'étaient rendu compte de rien. D'autant que les pompiers sont arrivés par l'arrière... Personne n'a rien vu. Et ça... chapeau. Vraiment.

- C'est vrai. Mais n'empêche... On a déjà connu quelques menus accidents, des broutilles... mais jamais rien de tel, patron, fit remarquer le jeune homme.

- Toi, non, mais moi, oui. Heureusement que cela n'arrive pas souvent...

Le jeune homme hocha la tête.

- Bien. Maintenant, il faut aller de l'avant. Parce que Dan s'en veut, j'en suis certain et toi aussi, de nous causer du souci. Il ne veut pas qu'on baisse les bras. Il faut prendre le taureau par les cornes et je sais que tu en es capable. Vous êtes une bonne équipe. Je vous fais confiance pour y parvenir. De mon côté, je fais de mon mieux pour trouver quelqu'un qui convienne. Mickaël, n'oublie pas, on apprend des erreurs, mais aussi des difficultés.

- Je sais, patron, lui répondit-il avec un tel regard qu'Harris se demanda soudain si ses mots n'étaient pas allés au-delà de ce qu'il avait voulu dire au jeune homme.

Mickaël se leva, quitta le petit bureau et regagna la cuisine. Entre temps, les autres étaient arrivés. Les livraisons aussi et tout le monde s'activait. Très vite, il se remit dans le rythme, prépara les accompagnements avec Harry, pendant que Sam et Vincent finissaient de découper les viandes et les poissons. Tony, quant à lui, se consacrait aux desserts, avec Jonathan. Ils ne virent pas la fin de journée arriver, déjà les premiers appels, les réservations pour le soir-même ou les jours à venir. Puis les commandes s'enchaînèrent.

- Trois livres que ce soir, il ne restera pas un seul bar ! lança Sam.

Et Mickaël comprit alors que les choses rentraient dans l'ordre, reprenaient leur place. Sam était reparti, Sam retrouvait la pêche. Et ça continua :

- Jonathan ! Reste pas à gober les mouches devant cette sauce ! Elle est chaude ou froide ?

- Heu...

- Et bien, goûte ! dit Sam. Et lave ta cuillère après !

- Oui, bien sûr, je le sais..., fit l'apprenti un rien penaud. Je ne veux pas la gâter !

- Surtout avec ton haleine de cheval ! Chef ! Les légumes sont à point !

Mickaël se saisit de la casserole, ajusta les légumes autour des morceaux de poisson qu'il venait de déposer dans l'assiette, demanda la sauce à Jonathan, laissa le jeune homme la servir délicatement. Il le félicita d'un pouce levé, fit signe à Julia qu'elle pouvait prendre les assiettes.

- Qu'est-ce que tu as dit, Ann ? Un Aligoté ? Tin, ils s'en font pas les clients de la 11... Et deux bouteilles en plus ? J'espère qu'ils ne les videront pas complètement... Qu'ils nous en laisseront un petit fond...

Et Sam continua, comme cela, jusqu'à la fin de la soirée. Mickaël se fit la réflexion que son meilleur soutien, en ces journées compliquées, c'était bien lui. La bonne humeur de Sam, l'humour de Sam, sa façon d'avoir l'œil sur tout, le moindre accroc. Il n'intervenait pas forcément, mais remarquait tout, ne laissait rien passer. Jamais rien de trop cuit - ou mal cuit -, quand Sam surveillait. Jamais une sauce qui tournait. A son tour, il lança les ordres, traduisit les nouvelles commandes.

Ils finirent rincés, mais finalement, satisfaits. Le restaurant n'avait pas fait le plein - ce n'était que jeudi -, mais il y avait eu deux services et ils s'en étaient bien sortis. Leur nouvelle organisation semblait tenir la route. C'était de bon augure pour les deux derniers jours, les plus chargés.

Aucun ne s'attarda, tous sentaient dans leurs muscles, dans leurs jambes, la tension de la soirée. Une légère pluie d'été tombait, douce, un peu chaude. Mickaël remonta rapidement sur son vélo, alors que Sam fumait une dernière cigarette avant de partir de son côté.

- Hé, chef ! l'apostropha-t-il. Surtout n'oublie pas d'embrasser bien fort Maureen de ma part !

- T'inquiète ! A demain ! Et repose-toi bien...

Et le voilà parti. Le bout de la ruelle, le grand boulevard. Les quais de la Clyde, le pont. La rive droite, puis la colline, la rue qui remontait chez Maureen. Il s'arrêta, secoua la tête autant pour en faire tomber les gouttes de pluie qui s'étaient accrochées à ses cheveux que pour marquer un léger mécontentement : la lumière était allumée dans sa chambre, signe qu'elle avait voulu veiller pour l'attendre. Il rentra son vélo dans la petite entrée, referma la porte, enleva son vêtement de pluie qu'il laissa pendre à l'escalier. Même en plein été, il partait toujours avec.

Il entra sans faire de bruit dans l'appartement. Il arrivait que la jeune femme s'endorme en oubliant d'éteindre la lumière. Il se dirigea directement vers la chambre, entrouvrit la porte. Elle ne dormait pas, assise dans le lit avec un livre ouvert sur les genoux.

- Tu n'as pas mieux à faire que lire ? demanda-t-il avec un sourire.

Elle redressa la tête.

- Ca a été ? demanda-t-elle un peu soucieuse.

- Oui, répondit Mickaël en entrant dans la chambre et en commençant à enlever ses vêtements. Oui, on s'en est bien sorti.

Il la rejoignit rapidement, referma le livre, tendit le bras par-dessus elle pour éteindre la petite lampe qu'il lui avait fixée au-dessus du lit et qu'elle trouvait plus pratique pour lire, le soir.

- Dodo, Mademoiselle Maureen, dit-il d'un ton sans appel. Je vous rappelle que vous avez un métier de jour, vous. Et demain, Sam va me demander de tes nouvelles. Et si je lui dis que tu t'es levée avec des cernes jusqu'au milieu des joues, il va m'engueuler et dire que je ne prends pas assez soin de toi et que lui ferait mieux.

Maureen éclata de rire.

- Tu crois que ça lui dirait de passer dimanche ou lundi ? demanda-t-elle.

- Je pense qu'il serait ravi de l'invitation, dit Mickaël.

- Alors, propose-lui. On pourrait faire une sortie, non ?

- Excellente idée. Ca lui fera du bien aussi.

Silence. Frôlements. Soupirs. Sourires.

- Avoue..., souffla-t-elle de cette voix chaude qui le faisait toujours frissonner jusqu'au plus profond de lui-même.

- Avouer... quoi ? demanda-t-il en laissant glisser ses lèvres sur sa tempe, son front, dessiner ses sourcils.

- Avoue... que c'est aussi bien... que je ne dormais pas...

- De toute façon... même... quand tu dors... mon amour... tu te réveilles toujours !

Et il l'embrassa profondément, ses mains se glissant sous sa nuisette. Mais ce fut Maureen qui la retira et malgré la pénombre dans laquelle la chambre était désormais plongée, il put distinguer la blancheur attirante de ses seins et leurs aréoles plus foncées. Fasciné, incapable de résister à l'attrait que son corps exerçait sur lui, il les embrassa délicatement, faisant déjà courir des frissons sur la peau de la jeune femme. Il ferma les yeux, la fatigue le taraudait, mais la douceur de Maureen et ses parfums l'envoûtaient et il avait envie de se perdre dans ses enchantements, de ne plus penser à rien d'autre qu'à elle, de ne plus faire qu'un avec elle.

A nouveau unis, maintenant réunis, Mickaël se perdit totalement dans cette fusion bienfaisante.

- Mon amour... Oh, mon amour..., gémit-il à son oreille juste avant de sombrer dans le sommeil.

Maureen ferma les yeux, l'émotion la prenait. Elle le garda tout contre elle, encore en elle, et s'endormit à son tour après lui avoir murmuré un " Mickaël, je t'aime..." des plus tendres.

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