Chapitre 48 : vendredi 3 juin 2005

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Maureen fermait sa boutique. Le soir s'étirait. La lumière était magnifique et elle regretta que Mickaël soit enfermé dans la cuisine du restaurant et ne puisse pas en profiter. De grands nuages blancs sillonnaient le ciel, le soleil lançait ses rayons à travers eux. Elle sortit par la cour, remonta chez elle. Le jeune homme la rejoindrait ici, dans la nuit. En semaine, en général, ils dormaient chez elle. Elle préférait encore passer ses soirées dans son petit appartement, où elle avait ses habitudes, ses affaires. Elle pouvait aussi y faire ses comptes, prévoir des commandes et, si nécessaire, rester au magasin après la fermeture pour préparer des compositions. Ce soir, elle s'était en effet un peu attardée. Elle n'avait plus de bouquets composés d'avance et elle avait voulu en préparer quelques-uns pour le lendemain. En général, le samedi, ils se vendaient bien.

Elle commença par faire un peu de rangement. Mickaël avait fait la vaisselle avant de partir, la cuisine était propre et rangée, presque mieux depuis qu'il était avec elle qu'avant et, pourtant, elle n'était pas du genre à laisser traîner les choses. C'était plutôt dans sa chambre qu'elle avait besoin de s'activer. Elle changea les draps, tria du linge, fit tourner une lessive. Un coup de balai, un peu de ménage aussi dans la salle de bain. La lumière commençait à décliner, elle se prépara un rapide repas. Elle était habituée à manger seule, le soir, puisqu'il n'y avait que le dimanche et le lundi qu'ils pouvaient être ensemble à cette heure. Elle regarda les belles lumières et couleurs du ciel par la fenêtre tout en mangeant. Elle n'avait pas le courage de se mettre dans ses comptes ce soir, la journée avait été bonne, elle n'avait pas à s'inquiéter à ce sujet. Cela pourrait attendre samedi ou dimanche soir.

Mickaël l'avait prévenue ce midi de la demande de sa sœur. Ainsi, elle allait avoir l'occasion de faire connaissance avec Véra et la petite Léony, qu'elle n'avait vues qu'en photos, chez Mummy. Elle savait que Mickaël cachait toujours leur relation à sa sœur, plus par amusement que par goût du secret. S'il faisait beau, ils emmèneraient la petite au parc botanique. Elle se sentait plus curieuse qu'inquiète de faire la connaissance de Véra dont elle avait déjà beaucoup entendu parler, ne serait-ce qu'à cause de cette fichue habitude qu'elle avait de réveiller son frère le dimanche midi en lui téléphonant. La rencontre avec les parents de Mickaël lui avait laissé un bon souvenir, il lui avait d'ailleurs fait part d'une invitation pour un prochain dimanche midi.

En songeant à la famille de Mickaël, et même si elle ne connaissait pas encore Véra qu'elle savait bien différente de son frère, elle pensa aussi à la sienne. Sans doute que ses parents et ceux de Mickaël pourraient entretenir des relations cordiales, s'ils avaient à se rencontrer, mais guère plus. L'autoritarisme et la rigidité des siens ne faisaient pas vraiment bon ménage avec l'ouverture d'esprit, la générosité et l'attention aux autres qui étaient les atouts des parents de Mickaël, ou du moins, ce qui l'avait frappée en premier chez eux. Quant à Mummy... Ses parents la considéreraient avec respect, celui qu'ils montraient à toute personne âgée, mais elle n'était pas certaine qu'ils sauraient apprécier ses différences. Sa mère ne supporterait pas son accent chantant, de même qu'elle ne comprendrait pas pourquoi la vieille dame ne portait plus le deuil de son mari, même de façon discrète.

Quant à Mickaël...

La jeune femme laissa échapper un soupir de regret. S'ils s'étaient connus il y avait quelques années, si c'était lui qu'elle avait rencontré à la place de Brian, que serait-il arrivé ? Elle pensa qu'ils auraient accepté qu'elle le fréquentât, mais elle doutait qu'il serait parvenu à les conquérir. Son métier, déjà, n'aurait pas paru assez "sérieux" à sa mère. Et elle n'aurait sans doute pas compris pourquoi il avait déjà une si bonne réputation. Quelqu'un qui travaillait plus ou moins la nuit - et qui n'était ni policier, ni pompier, ni médecin -, cela paraissait forcément un peu louche.

Et aujourd'hui ? Si elle se rendait à Dublin avec lui ? Serait-il accepté ? Et elle ? Etre divorcée ne permettait pas de se remarier selon les conventions religieuses et familiales. Tout au plus pouvait-elle espérer une cérémonie civile, un jour. Mais ce n'était pas cela qui comptait pour elle. Elle savait déjà que le mariage pouvait être synonyme d'enfermement et non d'épanouissement. Qu'il n'apportait pas forcément l'amour. Que cela était possible, la preuve en était ses frères aînés et sa sœur, Tara, mais aussi Lawra et John. Mais ce n'était pas systématique. Et, de toute façon, la question ne se posait absolument pas pour l'heure. Non, indépendamment de cela, ce qui la faisait réfléchir, c'était plus de se demander si Mickaël serait accepté dans sa famille en tant que personne.

**

Mickaël rentra du restaurant en sifflotant. Ce début de juin apportait douceur et beau temps, même à Glasgow. Il appréciait de pouvoir faire le trajet sans risquer une petite averse, même s'il avait toujours son imperméable dans son sac à dos. La soirée s'était bien déroulée, Tony lui avait fait quelques réflexions concernant Jonathan : le pâtissier trouvait lui aussi que le jeune apprenti se débrouillait bien et surtout, qu'il savait entendre les remarques et en tirer parti. Il avait le geste sûr, aussi, et Mickaël savait que Tony était un des membres de l'équipe avec Sam qui était le mieux à même de l'apprécier. Il fallait du doigté, de la délicatesse, mais aussi de l'assurance pour préparer les desserts. Et Jonathan n'en manquait pas.

Il remonta la rue, s'arrêta dans la cour et rentra son vélo dans le petit vestibule. En quelques pas souples, il fut à l'étage. Il entra dans l'appartement le plus discrètement possible, déposa quelques restes dans le réfrigérateur. Maureen aurait de quoi se faire un petit repas demain soir, il faudrait juste qu'il pense à lui emmener ces provisions chez lui, puisque ce serait là-bas qu'elle passerait sa soirée, comme désormais elle le faisait tous les samedis ou presque.

Alors qu'il franchissait la porte de la chambre, elle lui parla doucement :

- Mickaël ?

- Oui, tu ne dors pas ? demanda-t-il.

- Cela ne fait pas longtemps que je suis réveillée... Tu ne rentres pas trop tard. Ca a été ?

- Oui, très bien. Une bonne soirée. Tout roulait bien, on avait de beaux produits à cuisiner. Quand ça marche comme ça, j'ai le sentiment que je pourrais rester des heures en cuisine, enchaîner les services. Sans fatigue, sans lassitude.

Elle sourit. Il vint s'allonger près d'elle.

- Sam va bien ?

- Il a la super forme, rit Mickaël. Faut vraiment qu'on se fasse une petite soirée avec lui et Willy. Il me tanne pour ça, mais bon, on a été bien pris aussi ces derniers temps...

- On pourrait leur proposer de se voir dimanche ou lundi, si tu veux. Moi ça me va...

Ce fut au tour de Mickaël de sourire. Comme il appréciait la simplicité de Maureen ! Son ouverture d'esprit aussi. A sa place, Betty aurait rechigné, ou, au mieux, elle n'aurait rien proposé du tout. Même de ses amis, elle était un peu jalouse.

Il la prit dans ses bras, glissa ses mains sous sa petite nuisette. C'était une qu'elle s'était offerte il y a peu, avec juste de fines bretelles. Elle était blanche avec des imprimés fleuris mauves. Il la trouvait très jolie. Très jolie, certes, mais, pour l'heure, il préférait qu'elle ne la portât pas et la lui ôta bien vite. Elle l'enlaça en retour, souriant de le retrouver. Cela faisait deux nuits qu'ils n'avaient pas fait l'amour, elle dormait trop profondément quand il rentrait et au petit matin, quand elle se réveillait, c'était lui qui était endormi. Et elle n'avait pas envie de le réveiller.

Elle ferma un instant les yeux, savourant les caresses de Mickaël sur son ventre, ses hanches, ses premiers baisers dans son cou, sur sa poitrine. Elle aimait cette douce chaleur qui se répandait en elle et cette façon qu'il avait de l'emmener, tendrement et avec beaucoup d'attention, vers leur monde intime.

Il se redressa, se plaça juste au-dessus d'elle, se mit à butiner sa bouche, ses yeux, la pointe de ses seins tendues vers lui. Maureen se cambra, ses mains parcouraient le dos de Mickaël, revenant sur son torse pour remonter sur ses épaules.

- Tu es belle..., lui souffla-t-il. Si belle...

Ses mots l'émouvaient toujours autant, la touchaient profondément. Jamais Brian n'avait eu de mots tendres, ou si peu... Mickaël n'était avare de rien : ni de caresses, ni de baisers, ni de mots tendres, ni de sourires.

Il vint en elle lentement, frémit de la sentir si chaude et si vivante, si accueillante. Il avait envie de la faire partir, de la regarder prendre son plaisir. Mais il savait aussi qu'elle allait l'entraîner, l'emporter et qu'il ne pourrait peut-être pas lutter contre cette force de vie qui l'habitait.

- Va, mon amour, va..., dit-il encore en accélérant un peu le rythme.

- Viens... Avec moi..., gémit-elle en retour, les yeux grands ouverts pour capter son regard.

Il sourit, elle avait le don de chercher toujours leur union la plus complète, la plus harmonieuse possible. Il n'était pas loin d'abandonner, quand une plainte plus marquée, une pression plus forte de ses mains dans son dos lui fit comprendre qu'elle ne l'attendrait pas. Et il en fut heureux. Heureux d'assister à ce spectacle qu'elle lui offrait, si naturellement et simplement, celui de ce plaisir et de son abandon.

Retrouvant lui aussi ses esprits, il se redressa un peu, la regarda, heureux, amoureux. Il la contempla un long moment avant de s'écarter pour s'allonger près d'elle. Ce fut seulement à cet instant que Maureen rouvrit les yeux.

- Tes yeux, mon amour, c'est comme une aube qui se lève sur le Loch Linnhe, à l'automne... Un peu de brume, et ce bleu indéfinissable...

- Sont-ils toujours ainsi ? demanda-t-elle doucement, encore un peu essoufflée par le plaisir.

- Oui, surtout quand tu t'abandonnes totalement et que tu jouis si fort. J'adore ces moments-là..., répondit-il avec son petit sourire plein de charme.

Elle lui sourit en retour, soupira et se blottit tout contre lui. Elle aimait respirer l'odeur de son corps, plus marquée, après l'amour, et sentir le sang courir dans ses veines, et cette chaleur qui émanait de lui, se communiquant à elle. Et si Mickaël disait aimer partager tant et plus avec elle, avoir le sentiment d'être vraiment vivant, que devrait-elle dire elle aussi ?

"Il est ma vie", songea-t-elle en fermant les yeux car le sommeil la gagnait maintenant. "Il est ma vie".

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