Chapitre 46 : dimanche 29 mai 2005

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Une main douce se posa dans ses cheveux. Un parfum léger parvint jusqu'à son nez. Il frissonna en sentant des lèvres soyeuses déposer un baiser près de son oreille. Une voix lui murmura :

- Il est deux heures passées... Réveille-toi doucement, je te prépare le petit déjeuner.

- Hum... ? Maureen...

- Oui ?

- T'es adorable.

Elle sourit, s'écarta, mais il tendit la main, trouva sa jambe, remonta vers son genou. Elle le regarda avec un peu d'amusement, mais aussi beaucoup de tendresse. Son dos émergeait des draps froissés. Elle aimait le dessin de ses omoplates, quand il était allongé, les bras écartés, étendu de tout son long dans le lit. Elle fit glisser le bout de ses doigts sur les bosses ainsi formées. Il soupira.

- Hum... Surtout, t'arrête pas...

- Profiteur..., souffla-t-elle à son oreille.

- Oui, j'avoue... Je profite. Et je reconnais que je préfère me faire réveiller comme ça que par un appel de ma sœur !

- Tu vas quand même devoir te lever, fit Maureen.

- Pourquoi ? grogna-t-il légèrement. On avait prévu un dimanche cocooning.

- Pour le thé, expliqua-t-elle.

- Mauvaise excuse. Tu les connais presque tous, maintenant.

- Seulement presque.

Les doigts de Maureen avaient abandonné un temps les épaules du jeune homme pour se glisser dans ses cheveux. Nouveau long soupir. Il n'avait pas encore ouvert les yeux, mais, soudain, quelque chose l'étonna. Sous sa main, il sentait la peau du genou de Maureen. Il la fit remonter un peu, sur sa cuisse, toujours pas de tissu. Même pas celui d'une jupe :

- T'es certaine de vouloir un thé, maintenant ? Là, tout de suite ? interrogea-t-il, les yeux toujours fermés.

- Je ne suis pas affamée, mais toi, je te connais. Dans cinq minutes, tu vas me dire que tu meurs de faim et qu'il te faut un solide petit déjeuner avant d'envisager quoi que ce soit d'autre.

- Ce n'est pas faux, sauf que... Hum, continue... j'adore.

- Sauf que quoi ? reprit-elle.

- J'ai faim de toi.

Et là, il ouvrit les yeux, se redressa dans le lit, la découvrit juste en dessous, portant le déshabillé qu'il lui avait offert, la prit dans ses bras et l'attira à lui sans lui laisser le temps de protester.

**

Maureen ouvrit à demi les yeux. La lumière de fin d'après-midi filtrait à travers le rideau de la chambre de Mickaël. Ils n'avaient pas à regretter de ne pas être sortis : il pleuvait. Elle se dit que, raisonnablement, il leur faudrait s'activer un peu. Faire du rangement dans la cuisine, car ils avaient tout laissé en plan après le repas. Faire un peu de ménage aussi, ça ne ferait pas de mal dans la chambre...

Mais... Mais elle n'avait pas envie d'être raisonnable. Pas alors qu'elle se trouvait dans le lit de Mickaël, que le jeune homme s'était endormi, comme elle, après un long câlin très tendre, et qu'il reposait, la tête entre ses seins.

Elle retint un soupir, se mordit légèrement la lèvre. Un an plus tôt, elle avait reçu le jugement définitif du divorce. Elle était redevenue une femme libre. Mais elle avait été encore bien incapable d'apprécier cette liberté et de mesurer ce qu'elle pouvait vraiment en faire. Et si, très vite, encouragée par Lawra, elle avait pris la décision de partir, de s'assumer, seule, à aucun moment, à l'époque, elle n'aurait envisagé de pouvoir "refaire sa vie". Quand elle y pensait, et indépendamment du fait qu'elle pouvait redouter l'engagement avec un autre homme, elle voyait cela dans une brume lointaine. Ce serait plus tard. Pour beaucoup plus tard. Sauf qu'un dimanche matin, de ce tout début de printemps, la vie en avait décidé autrement.

Elle sentit son cœur se gonfler d'amour, songeant encore une fois combien Mickaël pouvait être différent de Brian. De caractère, d'humeur, de tempérament, d'attentions... mais aussi physiquement. "Ai-je tant changé que je sois tombée amoureuse de deux hommes aussi différents ?"

Elle pensa aussi à la façon dont ils vivaient. Sans cette rigidité que Brian lui imposait, et qu'elle s'imposait aussi. La maison toujours propre et bien rangée, jamais rien ne traînait. Jamais une vaisselle de retard, comme là, ce midi. Jamais aucun imprévu, Brian partait travailler toujours à la même heure, revenait de même, sauf réunion mensuelle. Certes, le métier de Mickaël imposait aussi ces variations, mais ce n'était pas la seule raison. Jamais Brian n'aurait eu l'idée de lui faire une petite surprise, hormis pour son anniversaire et leur anniversaire de mariage, quand il lui offrait un bouquet. C'étaient les seules attentions qu'il avait vraiment eues pour elle. Dire qu'elle s'en était contentée, au moins au début, presque avec joie ! Cela lui parut si dérisoire... Non qu'elle veuille que Mickaël la couvre de présents, mais ces petites surprises, ces attentions qu'il avait pour elle, étaient, elle le savait, sa manière à lui de lui montrer ses sentiments, mais aussi de construire quelque chose avec elle. "C'est aussi sur ce genre de petits gestes qu'une relation s'établit", songea-t-elle. Son regard se posa sur les étagères où elle avait rangé les quelques vêtements qu'elle laissait ici, aperçut la boîte dans laquelle elle repliait soigneusement le déshabillé et les dessous qu'il lui avait offerts. Jamais Brian ne lui aurait offert quelque chose d'aussi joli. Il ne lui avait de toute façon jamais acheté de dessous. "Et dire qu'il me reprochait de ne pas être une vraie femme ! Mais il ne m'a jamais laissé la possibilité de l'être, il ne m'a jamais laissée m'épanouir..." Lui revinrent alors à l'esprit les mots de Mickaël, sa déclaration : "Une vraie femme dont je suis tombé amoureux". Il avait dit "une vraie femme". Lui la voyait, la percevait, la considérait comme une vraie femme ! Oui, avec lui, elle se sentait une "vraie" femme. Elle se sentait femme.

Et de se demander si elle lui apportait autant qu'il lui apporte.

**

- A quoi tu penses ?

- Hum ?

La voix de Mickaël tira Maureen de ses pensées. Elle le croyait encore endormi, car il n'avait pas bougé.

- Je demandais à quoi tu penses, répéta-t-il en tournant très légèrement la tête de façon à pouvoir déposer un petit baiser sur l'arrondi de son sein droit.

Elle soupira et dit :

- Si je te pose une question, tu me répondras franchement ?

- Oui, bien sûr, fit-il.

- Qu'est-ce que je te donne ?

Intrigué, il tourna la tête, se redressa légèrement et la fixa. D'un regard vert très doux.

- Ce que tu me donnes ? Toi... Déjà, toi, c'est énorme..., répondit-il en plongeant dans son cou pour l'embrasser tendrement.

Elle secoua la tête :

- Non, je ne parlais pas de ça...

- Et quoi ? C'est important, pourtant..., sourit-il. Mais explique-moi, alors.

- Et bien, toi, tu as toujours plein d'attentions pour moi. Tu me laisses le choix, on décide des choses ensemble, tu fais des propositions, mais tu n'imposes pas... Mais moi ? Qu'est-ce que je te donne en échange ?

Il oublia la veine de son cou, la douceur du lobe de son oreille, et la regarda à nouveau :

- Tu me donnes le sentiment d'être vivant. Tu me donnes l'envie de profiter de la vie, d'y mordre à pleines dents, d'y goûter encore et encore. Tu me rends heureux comme jamais, car avec toi, je peux partager vraiment plein de choses que j'aime. Tu t'émerveilles, comme moi, devant le miracle de la vie. Un rayon de soleil va te rendre heureuse, moi aussi. Tu vas savoir apprécier le parfum d'une fleur, le velouté de son pétale, comme tu vas apprécier la senteur d'un thé, l'onctuosité d'un plat. Tu ressens fortement ces petits plaisirs du quotidien, sans avoir besoin de plus.

- Est-ce que... Est-ce que tu penses que je te montre assez que je t'aime ?

- Bien sûr ! N'en doute pas... D'ailleurs, rien que tout à l'heure, ta petite surprise au réveil... J'ai adoré. Je ne veux qu'une chose, Maureen, que ça continue... C'est tellement mieux d'être heureux à deux...

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