Chapitre 32 : lundi 2 mai 2005

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Un fort vent d'ouest balayait le ciel, apportant de gros nuages gris et des averses. Mais ce temps leur permettait de prendre une bonne goulée d'air frais, de les soûler aussi, mieux que les bières bues la veille.

- Ils ne t'ont pas trop effrayée, mes amis ? demanda soudain Mickaël alors qu'ils avançaient en silence sur la plage déserte, où de gros rouleaux d'écume venaient s'échouer mollement.

- Non ! répondit Maureen en secouant la tête. Sam est vraiment très drôle.

- Et encore, je pense qu'il s'est retenu...

- Comment cela ?

- Il aurait pu te déballer tout mon curriculum vitae... Je pense que tu l'as impressionné.

- Vraiment ? s'étonna Maureen.

- Oui. Je verrai bien ce qu'il m'en dira demain..., répondit Mickaël.

- Willy a l'air très gentil aussi.

- C'est une crème. Un très bon ami, aussi. Pareil, on se connaît... Pff... depuis l'enfance. On habitait dans la même rue, on a été à la même école, on a usé les fonds de nos pantalons dans les mêmes jeux...

Mickaël songea que si Sam avait été là, il aurait ajouté : "Et dragué les mêmes filles..."

- Tu te débrouillais pas trop mal, au bowling, pour quelqu'un qui n'avait pas joué depuis longtemps, reprit-il. Mais on aurait dit que tu étais gênée de ne pas bien jouer. C'était juste un jeu...

- Non, ce n'est pas ça..., commença Maureen avant de laisser sa phrase en suspens.

Il attendit. Il avait déjà une petite idée concernant la vraie raison qui avait fait basculer l'humeur de la jeune femme, mais il aurait voulu que ce soit elle qui le dise. Parce qu'il voulait aussi la rassurer.

Ils marchèrent encore un peu en silence, leurs pas s'enfoncèrent dans le sable humide. Ils remontèrent de quelques mètres vers le haut de la plage. Mickaël tenait Maureen par la taille. Elle finit par dire :

- Je ne me suis pas sentie à l'aise avec Miranda, reconnut-elle. Je ne me sentais... aucun point en commun avec elle. Elle dégageait tellement d'assurance, de pêche, de...

- De rien du tout, l'interrompit Mickaël, sérieux. C'était juste une allumeuse et son attitude "rentre dedans" pouvait très bien cacher une grande angoisse.

Maureen le regarda, étonnée. Il continua :

- Je ne sais pas si c'était son cas, mais ce n'est pas rare, comme comportement.

- Je n'ai pas l'impression d'avoir beaucoup confiance en moi, dit Maureen. Et pourtant, il ne me viendrait pas à l'idée d'être comme elle.

- Tu crois que tu n'as pas confiance en toi, mais je pense que c'est faux. Tu es capable de faire beaucoup de choses, de prendre des risques.

Maureen ne répondit pas, mais les paroles de Mickaël la marquèrent : elles rejoignaient celles de Lawra et de John, leurs encouragements. Le jeune homme s'arrêta de marcher et la regarda :

- Oui, je sais, elle me draguait ouvertement. Mais, Maureen, j'en avais rien à battre de cette fille. Et quand je t'ai dit que je la trouvais quelconque, c'était certes pour te faire rire, mais aussi parce que c'était la vérité. Moi, je préfère une jeune femme aux grands yeux gris-bleu de mer, dont je n'arrive d'ailleurs toujours pas à décrire précisément la couleur, qui cache des trésors que je me plais à découvrir petit à petit. Et Miranda pouvait toujours m'aguicher avec ses bas, son décolleté plongeant et sa jupe ras-la-touffe comme dirait Sam, elle m'a laissé totalement indifférent, parce que je préfère ta beauté, ta simplicité, et que c'est ton corps qui m'inspire et pas un étalage de chair plus ou moins fraîche !

Maureen baissa les yeux. Le regard de Mickaël à cet instant était trop fort pour elle.

Elle fit quelques pas vers la mer, le vent soulevait ses cheveux. Il ne la quittait pas des yeux, fine silhouette vêtue d'un long manteau sombre qui se détachait sur le gris-vert de la mer. Oui le gris, le bleu et le vert pouvaient s'épouser. Ils le faisaient ici, au cœur de son pays. Puis il s'approcha d'elle, mais resta à deux pas en arrière. Au bout d'un moment, elle commença à parler :

- Elle m'a rappelé quelqu'un, dit-elle. Quelqu'un que... que j'ai eu à affronter. Quelqu'un qui... Enfin... On disait d'elle qu'elle était une femme. Une vraie femme. Miranda m'a vraiment fait penser à cette personne.

Mickaël attendit quelques secondes, puis demanda doucement :

- Et ce "on" t'a comparée à elle.

- Oui.

Mickaël franchit les deux pas qui le séparaient encore d'elle et posa ses mains sur ses épaules. A son attitude, il savait déjà qu'elle ne lui ferait pas plus d'aveux. Mais, petit à petit, il découvrait des pièces du puzzle de sa vie, de son passé. Rien ne pressait. Ce n'était pas écrit dans ses objectifs qu'il devait aller vite. Il était des plats qui mettaient plusieurs jours à se cuisiner, à se préparer. Des saveurs que l'on n'appréciait que lorsqu'on leur avait laissé le temps de s'épanouir. Il pensa à sa Mummy qui disait toujours qu'un plat était meilleur quand il avait été réchauffé plusieurs fois. Et songea à la blanquette de veau qu'elle préparait quand ils étaient petits, Véra et lui, et qu'il trouvait toujours délicieuse quand ils finissaient la marmite, alors que Véra n'avait vu aucune différence entre les différents repas qu'ils avaient pu faire avec.

- Maureen, dit-il avec douceur, pour moi, tu es unique. Je ne te compare à personne d'autre. Même pas à mes autres copines. Pour moi, les êtres humains sont tous différents. On peut comparer des paysages, des plats, estimer si l'un était plus salé ou plus sucré que l'autre, on peut comparer des couleurs, plus sombre, plus clair... Mais comparer des gens, c'est délicat. Et quand je dis que tu as plus de confiance en toi que tu ne le perçois, je dis la vérité. Je le crois sincèrement. J'ai vécu un temps avec quelqu'un qui n'avait vraiment pas confiance en elle, que cela en devenait maladif. Et je peux t'assurer que tu es très différente d'elle.

Il se tut. Elle continua à fixer la mer. Par-là, vers l'ouest, au-delà des îles qui jalonnaient la côte, c'était la mer d'Irlande. Et au-delà de la mer d'Irlande, c'était son pays. Qu'elle avait quitté. Pour autre chose. Une autre vie. Et dans cette vie, il y avait des fleurs, une autre ville. Il y avait Glasgow, Edimbourg, les Highlands. Il y avait d'autres gens, une autre façon de vivre. Et il y avait Mickaël.

Elle se retourna alors lentement vers lui, trouva ses yeux sans les avoir cherchés. Ce regard vert, un peu sombre, sérieux, duquel s'effaçait difficilement une lueur qu'on aurait pu appeler "joie de vivre". Elle porta sa main vers la joue du jeune homme, ses doigts frôlèrent les premières mèches de ses cheveux.

- Mickaël... je t'aime.

**

Il la regardait dormir. Sa poitrine se soulevait légèrement, mais régulièrement. Son visage était serein dans le sommeil. Grâce à la lueur du réverbère qui éclairait la chambre de la jeune femme, il pouvait distinguer assez nettement le fin dessin de ses sourcils, l'ombre de ses cils sur sa joue. Son regard se porta sur ses lèvres. Soyeuses. C'était vraiment le mot qui leur convenait le mieux.

Il se sentait profondément bouleversé, plus qu'il n'aurait pensé l'être, parce qu'elle lui avait enfin avoué ses sentiments. Pour être franc, il s'y était un peu attendu, mais s'était surtout demandé quand elle le ferait, ce qui l'amènerait à les dire, mais, enfin, on ne pouvait jamais être totalement sûr... Il avait fait de son mieux, depuis leur escapade à Edimbourg et ses propres aveux, pour lui offrir des conditions favorables aux siens. Mais il n'aurait pas imaginé que ce serait une rencontre plutôt désagréable qui les aurait provoqués.

Cependant, si Maureen n'avait pas paru aussi marquée par l'attitude de Miranda - et au-delà de la révélation de ses sentiments pour lui - il aurait sans doute considéré l'incident comme quantité négligeable. Or Miranda avait réveillé chez la jeune femme qui dormait à ses côtés de douloureux souvenirs. Qui était cette femme à laquelle elle lui avait fait penser ? Qui était ce "on" qui les avait comparées ? Un ex-petit ami ? Quelqu'un dont elle était amoureuse, mais qui ne partageait pas ses sentiments ? Qui avait pu se permettre de la juger ? De la rabaisser au point de nier sa féminité ? Il n'était pas loin de considérer cela comme un crime.

Des trois relations durables qu'il avait eues dans sa vie jusqu'à présent, aucune ne revêtait à ses yeux l'importance de celle qu'il avait avec Maureen, même s'ils n'en étaient qu'au début. Avec Ann-Aël, il avait surtout partagé la même passion pour la cuisine. Avec Lilou, à Paris, cela avait été très passionnel. Il ressentait aussi à l'époque un puissant sentiment de liberté : diplôme en poche, il venait de prendre son premier travail dans un bon restaurant parisien. Il apprenait encore, se perfectionnait. Mais elle l'avait plaqué au bout de quelques mois, incapable de supporter la vie en décalé qu'il menait. Et sans doute attirée aussi par un autre jeune homme plus disponible. Il avait fallu à Mickaël un petit séjour chez Mummy pour s'en remettre. Il était resté à Paris quelques temps, hésitant à s'y installer. Mais son pays lui manquait, même s'il était à l'aise et heureux en France. Il lui manquait quelque chose. Quelque chose qu'il était difficile d'expliquer, de nommer. Ce lien particulier qu'il entretenait avec ses montagnes, ses lochs, ses vallées. Il s'était rapproché, travaillant à Londres dans un restaurant français, avant de pouvoir revenir à Glasgow. C'était là qu'il avait rencontré Betty, après avoir vécu quelques aventures qui n'avaient pas vraiment compté.

Betty... S'il avait été au bowling avec elle et non avec Maureen, la soirée aurait été un enfer. Elle aurait été capable de lui faire une scène en pleine partie, lui reprochant de regarder Miranda, de s'intéresser à elle. Elle aurait été capable, aussi, d'invectiver la jeune fille, de l'insulter. Il aurait fallu partir assez vite. Certes, là, hier soir, ils n'étaient pas restés, mais aussi parce qu'il en avait marre de l'attitude de Miranda et pas seulement parce qu'il avait deviné qu'elle mettait Maureen mal à l'aise. Il ne voulait pas non plus s'attarder parce qu'il voulait aussi profiter de la soirée avec Maureen.

"Mon amour", songea-t-il avec tendresse en la regardant toujours. "J'espère que tu auras un jour assez confiance en moi, en toi, pour me dire tout ce qui t'est arrivé. Je devine des blessures, profondes. Mais je sais que tu as du courage, de la volonté. Je vois déjà comment tu travailles, combien aussi tu tiens à ton indépendance financière et cela, je le comprends parfaitement. Je suis heureux que nous partagions les mêmes sentiments. Mais je sais aussi déjà que nous partageons certains goûts, certains regards sur le monde et la vie. J'aime ta curiosité, pour ce que je te fais découvrir. Qu'il s'agisse de mon pays, d'un whisky ou... d'un jeu amoureux. Je peux me tromper, bien sûr, mais... Sans vouloir me vanter, je ne crois pas qu'il y ait eu beaucoup d'hommes dans ta vie avant moi et pas beaucoup qui t'aient rendue aussi heureuse au lit. Et je suis presque certain que l'un d'entre eux t'a blessée ou choquée. Moi, en tout cas, je me sens très heureux. Et si bien. Avec toi. Maintenant... Maintenant, je crois qu'il serait temps que j'aille te faire découvrir les Highlands..."

Et sur ce rêve, cette espérance, il s'endormit, le sourire aux lèvres.

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— Redressez-vous enfin ! insista Cole. Nous ne sommes ici qu'entre nous, personne ne vous tiendra rigueur d'un manque au protocole.
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— Vous venez souvent ici ? demanda Ceti après un instant.
— J'ai découvert cet endroit peu de temps après mon arrivée à Dhilia, il y a cinq ans.
— Il existe des jardins bien plus beaux près du château, fit remarquer Ceti avant de se rattraper. Non pas que je trouve le paysage désagréable !
 Le soldat laissa s'échapper un rire.
— Je ne suis pas vexé. Au contraire, je suis plutôt d'accord avec vous. Mais... (Cole désigna le décor d'un geste ample de la main) Il n'existe aucun autre endroit près de la capitale qui me rappelle autant ma ville natale.
— Et d'où venez-vous exactement ?
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— Est-ce vrai qu'il y neige la moitié de l'année ?
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— J'aimerais beaucoup que vous me montriez à quoi ça ressemble, souhaita Ceti.
— Si l'occasion se présente, pourquoi pas.
 Ceti se retourna pour observer le paysage. Elle imagina à quoi pouvait ressembler les grandes plaines enneigées des montagnes, les hautes murailles de la ville et le Temple, célèbre lieu de pélerinnage. Dans sa vie, elle n'avait quitté Dhilia qu'à trois reprises, sans jamais voyager plus d'une demie journée. Elle n'arrivait tout simplement pas à concevoir le panorama de l'Oblihati. De ce fait, elle s'aidait des marguerites pour recouvrir son point de vue actuel d'un épais manteau blanc. Un léger sourire apparut sur son visage.
— Puis-je vous poser une question, Cole ? demanda la jeune femme après un bref silence. Elle pourrait vous sembler déplacée.
— Dîtes toujours, je jugerais moi-même.
— M'aimez-vous ?
 Le chevalier accusa la surprise. La servante de la princesse se retourna pour lui faire face et le regarder dans les yeux. Cole la considéra d'un regard interdit, bouchée bée. Les secondes s'écoulèrent lentement, et l'espace d'un instant, il pensa avoir compris de travers. Mais la jeune femme poursuivit.
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