Chapitre 12 : dimanche 20 mars 2005 (1ère partie)

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Il était revenu. Et elle était venue.

Pour une balade vers les sources de la Clyde, quelques dizaines de kilomètres au sud-est de Glasgow. Le temps était incertain, les nuages chargés de pluie étaient poussés par un vent soutenu, mais qu'importe. Il voulait l'emmener ailleurs que dans la ville, dans un autre endroit que leur quartier, en pleine nature. L'idée lui avait plu, elle avait accepté, avec une certaine réserve cependant. Il était bien conscient qu'il ne fallait pas brûler les étapes et se promit de ne pas aller trop vite. Sa propre expérience avec Betty devait lui servir.

La promenade était agréable, la rivière était gorgée de l'eau de la fonte des neiges et les cascades étaient très belles. Ils cheminaient tranquillement le long du sentier aménagé. Maureen n'était jamais venue à Lanark. Pour la mettre à l'aise, Mickaël avait décidé de parler de lui, de son travail, de ses origines aussi. Elle était curieuse, lui posant des questions sans être intrusive. Il appréciait ce doigté qu'elle possédait, autant dans la parole que dans les gestes, lui rappelant sa façon de faire les bouquets, d'assembler les fleurs. Maureen était une jeune femme délicate, à n'en plus douter.

- Alors, est-ce que tes clients d'hier ont aimé les fleurs ? demanda-t-elle avec intérêt.

- Les plus exigeants sont ceux du vendredi, répondit Mickaël, mais hier soir, nous avions quelques habitués et cela les a étonnés. Mais, dans l'ensemble, cela plaît vraiment. Les gens aiment être surpris, surtout au restaurant. Ils viennent pour retrouver des choses qu'ils apprécient - je veux parler des habitués, bien entendu -, mais un peu d'originalité, de différence, cela les attire aussi. Il faut savoir doser tout cela, ne pas tout changer d'un coup, plutôt apporter des touches subtiles, petit à petit, au gré des idées, des envies.

- Comment cela t'est venu ? Tout cela ? Tu n'as pas l'air de manquer d'idées ! souligna Maureen.

- J'ai toujours aimé cuisiner. Toucher les aliments, les manipuler. C'est très physique, la cuisine. Ce n'est pas que du goût et des idées. Ce n'est pas que de la connaissance et du savoir-faire. C'est tout un ensemble. Petit, je m'amusais à faire des formes avec la pâte, la farine... Et puis, j'ai un avantage : l'une de mes grands-mères est française.

- Ah oui ? s'étonna la jeune femme.

- Oui. Elle vit près de Fort William, au pied du Ben Nevis.

- Je ne suis jamais allée là-bas encore, je n'en ai pas eu le temps.

- Tu es arrivée depuis longtemps à Glasgow ? demanda cette fois Mickaël.

- A la fin de l'été dernier. Je cherchais une petite boutique à louer, pas trop cher, expliqua Maureen. Et finalement, c'est là que s'est porté mon choix, sans rien connaître de la ville, du quartier, des habitudes... C'est un pari. Mais, comme cela, ta grand-mère est française ? Comment est-elle arrivée jusque-là ?

- Par une raison des plus simples : par amour. Elle est tombée amoureuse d'un Ecossais... puis de l'Ecosse. Mon grand-père a fait partie des soldats qui ont débarqué en Normandie, en juin 1944, expliqua Mickaël avec un soupçon de fierté dans la voix. Il a été blessé, soigné à côté de Saint-Lô. Ma grand-mère était une fille de la campagne, elle et son jeune frère apportaient du ravitaillement... Ils se sont connus comme ça. Une fois soigné, il a rejoint son régiment pour la campagne en Belgique et, au retour, avant de rentrer en Ecosse, il s'est arrêté par la Normandie. Et il est reparti avec elle.

- Elle ne voulait pas rester en France ? s'étonna Maureen.

- Non. Mon arrière-grand-père écossais était éleveur de moutons, mon grand-père a pris la suite... et ma grand-mère est restée une fille de la campagne. Sauf qu'elle trouvait plus belle la campagne écossaise que la normande, mais pour y être déjà allé, je trouve que la normande est aussi très jolie. Mais différente, répondit Mickaël.

- C'est d'elle que tu tiens tes talents de cuisinier ?

- Oui et non ! dit-il en riant. Elle m'a appris des choses simples, de base, oui, mais j'ai fait des études pour cela. Disons plutôt que, grâce à elle, j'ai trouvé ma voie très tôt...

- Je comprends, dit Maureen en hochant doucement la tête.

- Et toi ? Pourquoi les fleurs ?

Maureen demeura silencieuse un moment. A part Lawra, elle ne s'était jamais vraiment confiée à quiconque. Et Mickaël, il y avait encore une semaine, elle ne le connaissait pas. Alors, elle hésitait, forcément. Faire confiance... Faire confiance, pour elle, ce n'était pas encore comme cette rivière qui bondissait et chantait sur les cailloux : cela ne coulait pas de source. Elle se décida cependant à répondre :

- J'ai grandi près d'un grand parc arboré. C'était un des rares lieux de promenade proche de chez moi. Il y avait beaucoup d'arbustes aux couleurs variées, notamment des azalées magnifiques. Mais il y avait aussi de très grandes serres, un peu comme au parc de Kelvingrove. J'y allais très souvent. C'était aussi un centre de formation. C'est là que j'ai appris certaines choses, un peu "par hasard". Il m'arrivait de suivre un groupe d'étudiants et d'écouter... Je profitais ainsi des conseils des chefs jardiniers ou des professeurs. Et, les derniers temps, à Dublin, j'ai suivi une formation en gestion, en comptabilité... Je me suis formée au commerce. Oh, une formation de base seulement, mais qui me permet de tenir ma boutique pas trop mal.

- C'est ton premier commerce ? demanda Mickaël.

- Oui, répondit-elle simplement.

Il devina qu'elle ne lui disait pas tout, loin de là. Qu'elle restait secrète, pudique peut-être. Pourtant, elle ne semblait pas mal à l'aise avec lui.

- Je ne suis jamais allé en Irlande, reprit-il pour que la conversation ne retombe pas. J'ai bossé un peu à Londres, pas longtemps. Les Anglais sont les pires mangeurs de la Terre, avec les Hollandais. J'aurais pu rester en France, à l'issue de mes études, j'ai hésité un temps... J'ai fait cette étape à Londres, puis finalement, je suis revenu à Glasgow. Je crois que l'Ecosse m'aurait trop manqué. Mais, peut-être qu'un jour, j'irai en Irlande. Ta famille est là-bas ?

Maureen se taisait.

- Excuse-moi, dit Mickaël. Je te pose des questions indiscrètes.

- Non, ce ne sont pas des questions indiscrètes, répondit-elle en relevant un peu la tête. C'est juste que je préfère ne pas en parler.

- Ok.

Il la regarda de côté, se dit que de profil aussi, elle était jolie. Indéniablement, elle avait du charme, mais il n'aurait su comment le qualifier. Et, quelque part, cela l'agaçait un peu. Il aimait bien décrire les choses, trouver le mot précis, pour parler d'une saveur, d'un plat, d'un arôme. Mais trouver les mots pour dire ce que lui évoquait Maureen, pour l'heure, il n'y parvenait pas.

Le temps était gris, un peu brumeux. Il allait pleuvoir, il en était quasiment certain. Un léger vent soulevait ses mèches châtain, qu'elle portait mi-longues, sur ses épaules. Au magasin, elle les attachait souvent. Il n'aurait su dire s'il préférait quand ses cheveux étaient libres ou pas. Elle était différente et il aimait cette différence. Ses yeux, à la couleur si particulière qu'il ne parvenait toujours pas à définir, étaient en harmonie avec la rivière, le ciel et la lumière de cette journée. Il y décela une trace douloureuse. Il aurait voulu l'effacer et y voir de la joie.

Mickaël leva les yeux vers le ciel, vit les nuages plus sombres remonter de l'ouest.

- On devrait retourner à ta voiture. On va se prendre une averse.

Ils firent demi-tour, mais il se mit à pleuvoir à une centaine de mètres avant le petit parking où ils s'étaient arrêtés. Ils coururent et s'affalèrent en riant sur les sièges.

- Ca te dit de goûter un dessert de ma composition ? proposa Mickaël quand leurs rires se furent calmés.

- Pourquoi pas ? répondit Maureen.

- J'ai rapporté des restes du restaurant...

- C'étaient des restes aussi pour le gâteau de ta maman ?

- Non ! rit-il. Je l'avais préparé la veille. Par contre, ce que j'ai ramené d'hier, ce n'est pas la même chose. C'est un dessert à la pomme. Et au caramel. Mais il y a autre chose dedans, on verra si tu trouves.

- J'aime bien les devinettes ! répondit Maureen en souriant.

- J'aime bien aussi, sourit Mickaël en retour.

Et Maureen remit la voiture en route et ce fut sous une averse fournie qu'ils regagnèrent Glasgow.

**

Maureen avait pris place dans la grande cuisine, ouverte sur le petit salon. Elle se disait que n'importe qui d'autre aurait fait l'inverse dans la disposition de la pièce. Assez grande, plutôt carrée, elle offrait en effet la possibilité de différents aménagements. Elle devina, en regardant le plafond, qu'il avait fait tomber un pan de mur qui coupait la pièce en deux et que l'ancienne cuisine devait être toute en longueur, mais assez étroite, faisant plutôt la part belle à la pièce de vie. Lui avait dû vouloir se contenter d'un coin salon un peu "cosy", vieux canapé en cuir très certainement confortable, avec en face une télévision qui prenait la poussière et une bonne chaîne HI-FI. Mais la cuisine...

C'était vraiment son domaine. Un long plan de travail, entre l'évier et un grand placard devant lequel se tenait le jeune homme, le four en hauteur. Au mur, un tableau magnétique où était suspendue une impressionnante collection de couteaux. Une très large fenêtre, avec un balcon étroit, apportait beaucoup de lumière à l'ensemble de la pièce, même si le salon était plus dans l'ombre, car il avait séparé les deux espaces avec un demi-mur contre lequel se trouvaient là aussi des placards. La cuisine avait une forme de L, le petit côté prenant sur le salon. Dans ce recoin se trouvaient le réfrigérateur et un autre plan de travail qui rejoignait le demi-mur. La table, petite, carrée, était au milieu, devant la fenêtre.

Elle s'était assise, dos au couloir de l'entrée qui desservait aussi deux autres pièces, sans doute sa chambre et la salle de bain. Elle le regardait et sourit, amusée. Il lui tournait le dos, plongé dans une profonde réflexion. Elle en profita pour le détailler un peu plus, maintenant qu'il avait tombé le blouson (elle ne l'avait encore jamais vu sans). Il portait un sweat léger de couleur beige clair, des jeans avec une ceinture en cuir marron foncé. Elle le devinait sportif et se disait qu'il devait l'être en effet s'il se déplaçait quotidiennement à vélo. C'était peut-être pour des raisons pratiques, mais sans doute cela l'aidait-il aussi à maintenir une bonne hygiène de vie, car, avec son métier, elle imaginait que cela ne devait pas être forcément tous les jours facile.

Le placard ouvert devant lequel se tenait Mickaël laissait deviner une quantité surprenante de boîtes hermétiques, toutes identiques, mais portant chacune une étiquette avec un seul mot d'écrit dessus, mais dont la particularité était que la première lettre était en majuscule.

- Avec ce que j'ai ramené, commença-t-il en réfléchissant à voix haute, je préconiserais... Hum... Non, fit-il finalement, on ne va pas faire comme ça ! Dis une lettre !

Surprise, Maureen laissa échapper :

- Euh...

- E ! Parfait !

- Ah, mais non, je n'ai pas eu le temps de choisir...

- T'as dit "e". J'ai entendu "e", argumenta Mickaël sans se retourner.

- Je n'ai pas dit "e", j'ai dit "euh..." ! protesta-t-elle.

- Ah, mais c'est très bien "e". Vraiment très bien. Voilà, celui-là, c'est vraiment parfait.

Mickaël se saisit d'une boîte, Maureen ne parvint pas à lire le mot écrit dessus car elle était trop loin. Il ouvrit un tiroir, sortit une cuillère à thé, prépara l'eau.

- Elle est bizarre ta bouilloire, fit-elle remarquer.

- Je l'ai trafiquée, répondit-il. C'est un modèle unique. Elle s'arrête avant que l'eau ne se mette à bouillir. C'est une hérésie de faire chauffer l'eau jusqu'à ébullition pour le thé. Au Japon, tu serais décapitée pour un tel crime, lança-t-il d'un air menaçant, la cuillère à la main comme si c'était un sabre katana.

Elle éclata de rire devant sa mimique et ses yeux révulsés.

- Je suis sérieux, sourit Mickaël. La nourriture, c'est sérieux. Le thé, c'est sérieux. C'est comme le whisky.

Il ouvrit le réfrigérateur, sortit la boîte dans laquelle il avait rapporté les restes de desserts. Il les disposa dans deux assiettes blanches, pendant que le thé infusait. Puis il sortit deux tasses, blanches aussi.

- Tiens, goûte et essaye de deviner ce qu'il y a dedans, dit-il en faisant glisser une des assiettes devant Maureen.

Cela se présentait avec un biscuit en fond de tarte, une mousse au milieu, de couleur crème, et des morceaux de pommes caramélisées dessus. La jeune femme fit tourner l'assiette, observa et, avant de goûter, elle renifla, cherchant déjà à deviner ce qui composait le dessert via les odeurs. Mais le froid les avait un peu cassées et elle dut s'en remettre à ses papilles et à ses yeux pour résoudre l'énigme.

Mickaël s'était assis, les coudes posés sur la table, face à elle. Il l'observait. Elle commença par goûter uniquement un petit morceau de pomme. Il attendait, sourit à sa surprise. Elle fronça légèrement les sourcils, en prit un autre. Le regarda.

- Pomme revenue dans du beurre, non ? fit-elle.

- Oui.

- C'est salé ou je me trompe ?

- C'est salé. Beurre salé.

- Du beurre salé ??? s'étonna Maureen en ouvrant de grands yeux.

- C'est français, expliqua Mickaël. Enfin, dans certaines régions uniquement. Bretagne et Normandie essentiellement. Ailleurs, non. Je l'utilise avec parcimonie, pour surprendre. Mariage salé-sucré. Cela ne se fait pas qu'entre des fruits et de la viande.

- Hum, hum, fit-elle simplement.

Elle prit alors, toujours séparément, une cuillérée de la mousse. Caramel. Cela, c'était facile, mais... pas seulement. Il y avait quelque chose d'autre. Forcément. Elle secoua la tête, réfléchit, mais ne trouva pas. "Quelles épices peuvent-elles bien se marier avec du caramel ?", pensa-t-elle.

Mickaël jeta un œil au thé, remua la cuillère, estima qu'il était bon et la servit. L'odeur du thé lui parvint aux narines. Elle s'étonna un peu. Là aussi, un parfum inconnu.

- Je ne trouve pas, dit-elle.

- Des pistes ? demanda Mickaël.

- Pas vraiment... C'est léger. J'ai droit à un joker ?

- Oui, mais peut-être préfères-tu le garder pour le biscuit..., fit-il.

- Ah...

Et elle goûta enfin le fond de tarte.

- Ce n'est pas du caramel... Mais c'est sucré aussi... Un truc de ta grand-mère ?

- Non ! rit-il.

- Trop dur, soupira-t-elle.

- Pourtant, rien que des choses simples...

- Oui, peut-être, mais trop dur.

- Tu étais bien partie pourtant. Je vais t'aider. Tout est question d'équilibre et d'harmonie entre les éléments. Un dessert, c'est sucré par définition. Mais il ne faut pas que cela le soit trop, sinon, c'est écœurant. J'ai choisi une variété de pommes douces, mais qui supportent bien la cuisson pour rester en morceaux. Elles sont revenues en effet, comme tu l'as deviné, uniquement dans du beurre salé. Rien d'autre. Et surtout pas de sucre. La mousse, c'est une crème fouettée avec un coulis de caramel. Mais, en proportion, plus de crème que de caramel qui, lui, est facilement trop sucré. Mais pour ajouter une saveur, j'ai mis de la bergamote.

- Ah... C'était ça..., fit Maureen.

- Oui. Et le biscuit, il est fait à base de sucre et de farine, d'eau et de spéculos. Un biscuit. La base est donc assez sucrée, mais plus tu remontes vers le haut du dessert, moins ça l'est... Essaye de goûter les trois étages en même temps, maintenant. Et dis-moi sincèrement ce que tu en penses.

Maureen s'exécuta, très concentrée. Il aimait la façon dont elle avait goûté, tentant de séparer les éléments. Mais, maintenant, il fallait qu'elle essaye l'ensemble, pour l'explosion des saveurs sur son palais.

Elle reposa sa cuillère après deux bouchées, fit un geste des mains, repoussa une mèche de ses cheveux derrière son oreille.

- Harmonieux. Equilibré. Hum, oui, c'est ce que je dirais, fit-elle.

- Alors, c'était réussi, sourit Mickaël. Tiens, prends un peu de thé, maintenant.

**

Puis, à son tour, Mickaël attaqua le dessert. Ils dégustèrent quelques bouchées en silence, appréciant. Enfin, Maureen lui demanda :

- C'est quoi toutes les petites boîtes dans ton placard ? Du thé ?

- Oui. Rien que des variétés différentes. Il y en a une, parfois deux, pour chaque lettre de l'alphabet. Sauf les dernières. Je n'ai pas encore trouvé d'adjectif pour elles.

- Seulement des adjectifs ? Même le K ?

- Oui : Kaléïdoscopique. Mais pour W, X et Z, c'est plus compliqué...

- Hum, je vois, fit Maureen. Et le Q, aussi ?

- Oui : Quelconque. C'est comme pour le whisky. Il faut toujours avoir un Quelconque dans son placard. Pour les gens qui n'ont pas de goût et pour l'hypothétique fois où tu te retrouves avec un Américain à table qui te demande un whisky-coca... Et un Oban noyé dans le coca, franchement... Ca fait mal, grimaça-t-il.

- Tu as le même jeu avec le whisky ? demanda encore Maureen qui allait de surprise en surprise depuis qu'elle avait franchi la porte de l'appartement de Mickaël.

- Non, répondit-il. D'une part parce que je n'ai pas autant de bouteilles, de variétés de whisky dans mon bar que de variétés de thé dans le placard. Et, ensuite, parce que c'est plus poétique de garder les noms. Ca fait voyager. Mais pour le Q, c'est Sam, mon second en cuisine et ami, qui l'a trouvé. C'est un blagueur de première et, un jour qu'il passait à la maison, je lui ai fait un thé. J'avais déjà une belle collection de lettres, même si ce n'était pas aussi complet qu'aujourd'hui, et il me dit : "Micky, t'es vraiment le dernier des derniers, t'as même pas le Q dans ta liste...". Je lui réponds que je n'ai pas trouvé d'adjectif, et il me dit : "Quelconque, comme le mien !"

Maureen éclata de rire, tant qu'elle ne put s'arrêter. Mickaël aussi. Elle avait un rire léger, vraiment agréable à l'oreille. Pas de ces grands rires pointus et sonores, vite exaspérants. Elle respira un grand coup, tenta de calmer les hoquets qui l'agitaient, repartit à rire en le regardant. Elle finit en essuyant des larmes qui avaient coulé de ses yeux. Il lui tendit un paquet de mouchoirs.

- Pfiou... C'est un marrant, ton copain, réussit-elle à articuler.

- Terrible, confirma Mickaël.

- Si un jour, je le croise, je crois que je ne pourrai pas m'empêcher...

- Ca pourra être marrant...

Et les voilà repartis à rire. Ils retrouvèrent un peu de calme, en buvant une gorgée. La voix encore légèrement chevrotante, Maureen reprit :

- Donc, j'ai "choisi" E. E comme...

- E, j'ai triché. Il y en a deux. Exotique et... Envoûtant. J'ai choisi Envoûtant, dit-il en désignant la théière fumante.

- Envoûtant... Han, han... Et pourquoi celui-là et pas Exotique ?

- Je pourrais te raconter des craques, en te disant qu'Exotique n'allait pas avec le dessert. Ca n'aurait pas été le meilleur des choix, mais ça aurait pu passer. Non, dit-il en tendant la main par-dessus la table pour prendre la sienne avec douceur, simplement parce que je trouvais que c'était plus harmonieux avec l'instant présent et avec ton regard.

Maureen fixa les yeux verts. La main sur son poignet était douce, chaude. Envoûtante. Les yeux, le sourire de Mickaël aussi. Mais elle, elle était grave. Pas prête à s'emballer. Ni à se laisser emballer. Puis un flash lui vint à l'esprit. Lawra.

Quel risque tu veux prendre, ma belle ? Celui que Brian te détruise ? T'as mieux à faire... Fous le camp ! Fous le camp, loin ! Va là où il ne te trouvera pas... Un endroit où il ne mettra jamais les pieds. Prends le risque de vivre, putain ! Maureen, prends le risque de vivre !

Doucement, elle retira sa main, pour boire une gorgée, mais fixait toujours Mickaël. Il avait fait exactement ce qu'il fallait : il ne l'avait pas retenue.

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— J'aimerais beaucoup que vous me montriez à quoi ça ressemble, souhaita Ceti.
— Si l'occasion se présente, pourquoi pas.
 Ceti se retourna pour observer le paysage. Elle imagina à quoi pouvait ressembler les grandes plaines enneigées des montagnes, les hautes murailles de la ville et le Temple, célèbre lieu de pélerinnage. Dans sa vie, elle n'avait quitté Dhilia qu'à trois reprises, sans jamais voyager plus d'une demie journée. Elle n'arrivait tout simplement pas à concevoir le panorama de l'Oblihati. De ce fait, elle s'aidait des marguerites pour recouvrir son point de vue actuel d'un épais manteau blanc. Un léger sourire apparut sur son visage.
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— Dîtes toujours, je jugerais moi-même.
— M'aimez-vous ?
 Le chevalier accusa la surprise. La servante de la princesse se retourna pour lui faire face et le regarder dans les yeux. Cole la considéra d'un regard interdit, bouchée bée. Les secondes s'écoulèrent lentement, et l'espace d'un instant, il pensa avoir compris de travers. Mais la jeune femme poursuivit.
— Les chevaliers qui jouent de leur position ne se cantonne rarement qu'à une seule servante. Et maintenant que nous sommes ici, ensemble... J'ai pensé que, peut-être, vous...
— Vous avez raison, coupa le soldat.
 Une main dans les cheveux, le chevalier se rendait compte des efforts qu'il avait produit pour cette journée, notamment le temps qu'il avait passé à se toiletter et à s'habiller. Il ne l'avait jamais fait auparavant, et il constata que cela lui était venu naturellement. Devant la stupeur que sa réponse avait provoqué, Cole enchaîna.
— Vous commencez à me connaître, Ceti. Maintenant que vous posez le doigt dessus, je vous considère bien plus que comme une simple domestique.
 La servante se remit à jouer avec ses doigts. Le chevalier la regarda faire un instant avant de lui tendre sa main. Ceti hésita puis y glissa la sienne. Ils se rapprochèrent l'un de l'autre lentement, jusqu'à ce que leurs lèvres se touchent. Pour la première fois, Cole n'avait envie de rien de plus que ce simple baiser.
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Défi
HemlocK
Tout le monde fait des cauchemars et notre héro sans emploi, Maxwell Green, ne fait pas exception à la règle: Voici donc un petit aperçu d'une de ses nuit quelque peu agitée.

Si les différents protagonistes de cette histoire ne vous sont pas encore familier, je vous suggère de consulter le premier chapitre de "The Green House" où tout vous sera révélé, cher lecteur !

N.B: j'espère avoir au mieux respecté les termes de ce défi et l'on me pardonnera, je l'espère, de tempérer quelque peu l'horreur par l'humour, et ce n'est certes pas Max Green qui s'en plaindra.
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