Chapitre 8 : lundi 14 mars 2005

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C'était effectivement une belle journée qui s'annonçait et Maureen put mettre à exécution son projet d'aller sur Great Cambrae Island. Le temps était clément et si le vent faisait courir de gros nuages blancs dans le ciel, le soleil brillait aussi.

La jeune femme était heureuse du retour du printemps. Non seulement pour les journées qui rallongeaient, la douceur de l'air qui chassait le froid de l'hiver, les couleurs qui revenaient dans les paysages, mais aussi parce qu'elle allait pouvoir varier ses commandes, recevoir des fleurs différentes, envisager de nouvelles compositions. Avec un peu de chance, elle aurait aussi à honorer des commandes pour des fêtes, des mariages. Ce serait du travail en plus, mais cela lui permettrait aussi de faire de meilleures recettes. Pour l'heure, elle parvenait tout juste à l'équilibre et ne pouvait vraiment pas faire de folies. Mais quelques meilleures ventes lui donneraient surtout l'esprit plus tranquille et un peu plus confiance en elle et en son avenir, en ses choix.

Elle ne regrettait pas d'avoir quitté Dublin, partir était vraiment ce qu'elle devait faire. Pour rien au monde, elle ne serait retournée en arrière. Elle s'était très vite habituée à Glasgow, aux différences comme aux similitudes entre la façon de vivre écossaise et irlandaise. Elle n'était pas perdue, même si elle se sentait encore "autre". Elle était toujours irlandaise, mais ne le ressentait pas aussi intensément qu'auparavant. Mais elle savait aussi qu'elle n'était pas - ou pas encore - écossaise. Un peu entre deux mondes, encore entre deux vies. Bien sûr, on remarquait tout de suite son accent, bien différent de celui des gens de Glasgow. Mais c'était comme si elle se trouvait en famille. A la fois inconnue, mais pas perdue.

Elle n'avait pas réentendu la voix qui lui intimait de partir. Elle n'avait pu l'identifier. Etait-ce son inconscient qui lui envoyait ainsi un message ? Etait-ce un ange qui veillait sur elle ? Cette idée la faisait sourire avec tendresse. Elle avait été élevée dans la foi catholique, avec une certaine rigueur et une grande morale. Elle n'avait pas renié son Dieu, même s'il lui semblait que ce dernier n'avait pas beaucoup veillé sur elle. Et que si les principes religieux étaient une chose, la vie quotidienne en était une autre et, parfois, ils ne s'y appliquaient pas vraiment. Oui, le divorce était contraire à sa religion. Mais devait-elle se conformer à ses principes et être malheureuse toute sa vie ? Il n'était nullement écrit dans la Bible que c'était le sort qui lui était réservé.

Bien entendu, elle aurait aimé être comprise par sa famille, à défaut d'être soutenue. Le plus dur pour elle avait été l'attitude de Tara qui lui avait battu froid quand elle avait annoncé son intention de divorcer. Certes, Tara venait de se marier... Et que Maureen veuille quitter son mari était difficile à imaginer pour elle. Elle n'avait pas voulu s'obstiner à convaincre sa sœur, ni expliquer pourquoi elle partait, dévoiler des détails qu'elle jugeait trop intimes. Lawra lui avait dit d'être patiente et que, certainement, un jour, Tara comprendrait. Maureen avait d'ailleurs choisi de ne pas rompre le contact avec les siens. Mais elle avait été triste de ne recevoir qu'une courte lettre polie de Kenneth en guise de carte de vœux, en début d'année. Gary ne lui avait pas répondu et ses parents non plus. Quant à ses autres frères et sa petite sœur, ils étaient plus jeunes et habitaient tous encore chez leurs parents. Elle n'avait omis aucun anniversaire depuis son départ. Si la rupture devait se faire avec sa famille, ce ne serait pas de son fait à elle, mais de leur fait à eux. Cela, elle y tenait. Au fond d'elle-même, avec elle-même, elle avait été bien claire : c'était avec Brian qu'elle rompait, pas avec les siens. Pas avec son pays non plus, même si elle avait fait le choix de le quitter.

Non, elle ne regrettait pas son départ, car l'Ecosse lui avait ouvert la porte et, pas à pas, elle y retrouvait le goût de vivre. Elle aimait ce rythme de vie, plus accordé au rythme de la nature encore qu'à Dublin et, pourtant, elle habitait aussi dans une grande ville, animée, populaire.

"Maintenant que je commence à me sentir à l'aise ici, ce serait bien que je me fasse des amis aussi. Pas comme Lawra, bien sûr, mais que je rompe un peu ma solitude. J'espère que Lawra et John pourront venir l'été prochain et que je pourrai fermer quelques jours. Nous pourrions aller dans les Highlands... J'aimerais tant les découvrir ! Quand je vois les photos qui sont accrochées au mur du pub, cela donne envie..."

C'était à tout cela qu'elle songeait alors que le bateau avançait tranquillement sur les flots et que les contours de l'île se dessinaient de plus en plus nettement. L'air était doux, le printemps devenait chaque jour plus présent. C'était son premier printemps depuis qu'elle avait quitté Dublin, depuis qu'elle reprenait vraiment sa vie en main. Non, plutôt qu'elle la prenait en main, tout simplement. Qu'elle agissait et décidait pour elle-même et non plus soumise à des parents, des dogmes et... un ex-mari.

Une chose la fascinait par ici et encore, elle savait qu'elle n'avait pas vu le plus extraordinaire, mais c'étaient les découpes du paysage, comme une dentelle fine entre mer, lochs et montagnes. Au détour d'une route, derrière une colline, on croyait voir un loch, et puis, non, c'était la mer. On croyait arriver sur l'océan, et non, ce n'était qu'un loch qui s'étirait. Les lumières de cette saison étaient somptueuses. Il y aurait des averses, certainement, mais derrière, le soleil ferait miroiter l'eau, les collines. Dieu que ce vert était apaisant, reposant...

Et lui revint à l'esprit le regard du jeune homme, hier.

"Il a bien les yeux de son pays", pensa-t-elle un peu amusée en regardant vers le nord, vers les Highlands.

Le bateau arrivait et elle observa avec attention la manœuvre d'accostage. Elle suivit les trois autres véhicules qui avaient embarqué, puis prit la route côtière pour pouvoir faire le tour de l'île.

Elle pique-niqua au soleil, sur la plage de Milport, à l'abri du vent. Il faisait bon. Elle était bien. Puis elle s'engagea sur un petit chemin qui longeait la grève pour se promener. Le printemps naissant imprimait sa marque un peu partout : les collines commençaient à reverdir, perdant leur gris-jaune hivernal, ça et là, les fleurs sauvages illuminaient le paysage de leurs tendres couleurs : crocus, jonquilles, primevères. Elle suivit du regard le lent vol d'oiseaux.

Au loin, elle voyait se dessiner les monts des Highlands, comme un lieu attirant, sauvage et merveilleux. Ici, elle se sentait bien. Ce pays, d'où émergeait une force tranquille, l'apaisait, lui redonnait le goût de vivre après un lent et douloureux cheminement.

Ici, peut-être, elle pourrait trouver le bonheur. Mais, déjà, la paix était précieuse et elle l'appréciait et y goûtait chaque jour avec un plaisir infini.

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