Chapitre 5 : Mickaël, dimanche 13 mars 2005

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- Bonsoir, Mickaël, bonsoir, Sam ! Reposez-vous bien, la semaine a été chargée...

- Merci, patron, bon week-end à vous ! lança Sam.

Les deux jeunes hommes se trouvaient dans l'impasse, à l'arrière du restaurant. Il était plus de deux heures du matin et la semaine s'achevait pour eux, dans cette nuit entre samedi et dimanche. Ils étaient contents de leur soirée, deux des tablées étaient présentes pour fêter un anniversaire et c'était toujours un moment de réjouissances. Même en cuisine. Sam avait le sentiment de s'être surpassé, Mickaël était heureux d'avoir fait plaisir. Les remerciements et compliments des convives lui restaient en mémoire.

- Bon, fit Sam alors qu'ils s'engageaient dans la ruelle. On va se vider la tête ?

- Vider quelques verres ? suggéra Mickaël. Je préférerais autre chose. Demain, c'est repas de famille pour l'anniversaire de maman, donc j'aimerais autant ne pas trop picoler.

- Ok. Alors, on va lever une donzelle... Allons en boîte.

- Va pour la boîte...

- Et la donzelle aussi, fit Sam avec sérieux.

Mickaël ne dit rien, mais il eut une pensée fugace pour Jenn. Il n'était pas convaincu de la stratégie mise en œuvre par son ami pour l'oublier, mais enfin... cela en valait une autre. Lui s'était finalement bien remis de sa rupture avec Betty, l'effilochage de ses sentiments l'ayant beaucoup aidé. Il ne l'avait pas revue au cours des derniers mois, mais William l'avait croisée une fois, courant janvier, et elle avait l'air d'aller assez bien. Elle ne lui avait rien dit de spécial, sauf que "ça allait". Le fait qu'elle n'ait pas fait de récriminations à son sujet était plutôt un bon signe.

Cela dit, il avait apprécié les mois écoulés, le fait de se retrouver en célibataire, de pouvoir vivre à son rythme et surtout, de ne plus avoir à supporter des crises de jalousie fréquentes qui n'étaient que la manifestation la plus visible du cruel manque de confiance en elle que ressentait Betty. Il lui était arrivé de croiser des jeunes femmes timides, d'avoir dû s'employer un peu pour briser la glace, mais de là à se retrouver avec une personne comme Betty... C'était vraiment un cas. Il eut un mince sourire en se remémorant une rencontre, un dimanche soir, dans un pub où Sam, Willy et lui-même avaient passé la soirée. Elles étaient deux, installées à une table voisine. Sam avait aussitôt engagé la conversation, mais entre la gouaille de son ami et la belle gueule de Willy, ses airs d'éternel poète à la Arthur Rimbaud, c'était finalement lui qui avait emporté la mise avec la plus discrète des deux. Ils s'étaient revus une ou deux fois, mais cela n'avait pas été plus loin. Néanmoins, c'était une belle rencontre et un beau souvenir pour lui. De quoi le remettre sur les rails après cette histoire brinquebalante avec Betty et lui rappeler qu'une femme pouvait être simple et agréable. Et pas chiante et insupportable.

Sam interrompit ses réflexions :

- Bon, tu m'conduis ?

- Ca marche...

Et ils roulèrent, comme bien souvent, Sam sur le porte-bagage et lui poussant fort sur les pédales, jusqu'à une boîte de nuit située vers l'ouest de la ville. Ce n'était pas trop loin de chez lui, et il se doutait que Sam se débrouillerait pour rentrer par ses propres moyens. Quitte à prendre un taxi pour pouvoir commencer à peloter tranquillement une fille qui aurait été séduite par ce grand échalas dont il était difficile d'interrompre le flot de paroles, une fois qu'il était lancé.

A peine la porte franchie, la musique les happa, les entraînant vers la piste. Les morceaux, bien rythmés et dansants, s'enchaînaient. Cela allait être une nuit de folie, mais Mickaël n'oubliait pas qu'il n'aurait pas toute sa journée de dimanche pour "comater". Contrairement à Sam. Seulement, cela faisait du bien aussi de relâcher la pression et il en avait tout autant besoin que son ami.

Il quitta finalement la boîte de nuit un peu avant 5h du matin, laissant Sam quasiment dans les bras d'une jolie blonde, mais abandonnant sur le carreau une autre jolie petite blonde. Il ne voulait pas rentrer accompagné ce matin-là et, d'ailleurs, il n'était pas vraiment attiré par les blondes. Même si celle-ci, il le reconnaissait, était plutôt jolie, sans être aguicheuse. Il lui était arrivé d'avoir une ou deux aventures avec des jeunes filles blondes, mais toutes ses histoires sérieuses s'étaient déroulées avec des brunes. Devrait-il revoir sa copie à ce propos puisqu'aucune de ces histoires n'avait finalement tenu sur la durée ? Il doutait que la couleur d'une chevelure soit un critère objectif.

Il fut saisi par la fraîcheur de la fin de nuit. L'aube était encore loin et il rentra prudemment, même si la circulation était encore faible. Il remonta la rue en pente en zigzaguant. Peu à cause de l'alcool, plus de la fatigue. Mais il fut bien content de tourner dans la ruelle où se trouvait son petit appartement. C'était en fait comme une maison, mais sans jardin, uniquement l'impasse dans laquelle on ne pouvait stationner que sur deux emplacements et la placette qui faisait office de cour. Il rangea son vélo dans le sous-sol, grimpa les quelques marches jusqu'à la porte. La clé lui échappa des mains, il étouffa un grognement, la ramassa et entra finalement chez lui. A peine la porte refermée, il se débarrassa de ses vêtements sans prêter attention à l'endroit où ils tombaient et se jeta dans son lit en poussant un soupir de bienheureux.

Il s'endormit aussitôt, sans se douter que le jour à venir allait être l'un des plus marquants de sa vie.

Il allait rencontrer la femme de sa vie.

Maureen.

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— Redressez-vous enfin ! insista Cole. Nous ne sommes ici qu'entre nous, personne ne vous tiendra rigueur d'un manque au protocole.
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— J'aimerais beaucoup que vous me montriez à quoi ça ressemble, souhaita Ceti.
— Si l'occasion se présente, pourquoi pas.
 Ceti se retourna pour observer le paysage. Elle imagina à quoi pouvait ressembler les grandes plaines enneigées des montagnes, les hautes murailles de la ville et le Temple, célèbre lieu de pélerinnage. Dans sa vie, elle n'avait quitté Dhilia qu'à trois reprises, sans jamais voyager plus d'une demie journée. Elle n'arrivait tout simplement pas à concevoir le panorama de l'Oblihati. De ce fait, elle s'aidait des marguerites pour recouvrir son point de vue actuel d'un épais manteau blanc. Un léger sourire apparut sur son visage.
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