Chapitre 2 : Mickaël, été 2004

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- Mummy ? Tu vas bien ?

- Ah, Mickaël. Oui, et toi ?

- Ca va... Je voulais savoir, je peux débarquer quand ?

- Ah, mais quand tu veux, mon grand, quand tu veux...

- Ok. Alors, dès le lundi qui suivra la fermeture, je viendrai. Sors ton livre de recettes, je t'embauche pour cuisiner...

- Ce ne seront pas des vacances pour toi !

- Si, t'inquiète.

- D'accord. Ca va, sinon ?

- Oui, oui... Bon, je te laisse, car Sam trépigne et il va être temps qu'on reprenne le fil.

- Embrasse ce grand dadais pour moi et dis-lui que s'il veut manger une bonne tarte aux pommes, il connaît le chemin...

- Je le lui rappellerai, mais je crois qu'il a d'autres projets pour les vacances... Je t'embrasse sur tes joues de pommes rouges !

- Moi aussi, mon grand. A bientôt.

Et il raccrocha. Il n'avait pas dit à Mummy qu'il avait rompu avec Betty trois jours plus tôt. Mais entendre sa grand-mère lui avait fait du bien. D'ici moins d'un mois, il pourrait se retrouver dans les Highlands et c'était vraiment tout ce qu'il lui fallait.

Bien entendu, Betty avait pleuré, crié, l'avait incendié. Pour tout avouer, c'était la première fois de sa vie aussi qu'il quittait quelqu'un, qu'il rompait vraiment. Avec Ann-Aël, les choses s'étaient passées sans heurts, car ils avaient fait l'un comme l'autre le même constat. "Et pourtant, on était jeunes, des ados pas encore vraiment dégrossis...", songeait-il ce soir-là en rentrant chez lui. D'un côté, il se sentait soulagé de retrouver son appartement sans qu'elle y soit - elle venait souvent dormir en semaine chez lui, même sans s'être vraiment "installée" -, de l'autre, il se souvenait de la crise que ses mots avaient provoquée. Mais c'était cela ou lui. Il regrettait de lui avoir fait du mal, mais il avait été clair : il ne pouvait pas continuer ainsi, il ne pouvait plus supporter sa jalousie maladive. Il avait même été jusqu'à dire que cette jalousie avait fini par détruire les sentiments qu'il avait pour elle, et c'était la vérité.

"Finalement, le week-end à Arran n'aura été qu'un coup d'épée dans l'eau... Mais, si je ne l'avais pas fait, j'aurais eu des regrets de ne pas avoir tout tenté. Là... A elle de faire son chemin, maintenant, et à moi de tracer le mien."

Pour l'heure, celui qui s'ouvrait devant lui était rempli de perspectives qu'il jugeait plutôt réconfortantes : une quinzaine au travail très chargée qui lui occuperait bien l'esprit, avec le festival de musique qui venait de débuter. Il pourrait même s'offrir un ou deux concerts avec Sam et Willy, et se dit avec un petit sourire qu'il n'allait pas manquer celui de Karen Matheson, dont il était le "chouchou". "Ca amusera Sam, et même Harris, mais... Elle est la plus belle voix de l'Ecosse, nom de Dieu !"

Et puis, il y avait la perspective de ces trois semaines de vacances chez Mummy. Il ne savait pas encore s'il resterait à Fort William tout ce temps, très certainement qu'elle finirait par le mettre à la porte et l'envoyer se promener plus à l'ouest. "Peut-être que j'irai sur Mull... Skye, je vais éviter, trop de monde en cette saison. Mais Mull, pourquoi pas... ou Lewis... Ca fait un moment que je n'y suis pas retourné."

**

C'était un soir qui ne voulait pas tomber. Un soir qui n'en finissait pas de s'attarder sur les pentes du Ben Nevis et des Monts d'Ardgour. Le soleil venait à peine de disparaître derrière les hautes montagnes, mais sa lumière illuminait encore tout l'horizon et pour plusieurs heures encore.

Mickaël était arrivé la veille. La maison sentait bon la tarte aux pommes et la soupe aux légumes d'été. Il en avait souri. Mummy ne changerait jamais... et c'était un bien. Il étendit un peu ses jambes et soupira d'aise. Il n'y avait pas à dire, mais cette maison était sans doute l'endroit au monde où il se sentait le mieux. Et quoi de mieux que cette vue ? Que ce morceau de tarte fondant dans son assiette, arrosé d'un léger trait de crème ? Que ce thé, Fantasque, qui s'harmonisait parfaitement avec cette lumière du soir ? Oui, quoi de mieux ? Peut-être juste lui manquait-il une présence féminine. Quelqu'un d'autre que sa grand-mère avec laquelle il pourrait partager ce bonheur-là, bonheur qu'il n'était pas loin de qualifier de "primitif".

- Je vais te donner du travail, mon grand, fit soudain Mummy. Il y a toutes les haies à tailler. Et les noisetiers sont vraiment hauts, mais on attendra la fin de ton séjour pour s'en occuper. Cela laissera le temps à Léony de ramasser les noisettes.

Elle avait parlé avec un vrai sourire dans la voix. Mummy adorait son arrière-petite-fille. Elle était vraiment la joie de ses vieux jours. Et il se dit que sa sœur avait bien fait les choses en devenant mère finalement assez jeune. "A mon âge, elle était déjà maman..."

- Tu es bien songeur, Mickaël, fit-elle remarquer avec à la fois douceur et finesse.

- Hum, je pensais à Léony..., répondit-il en se tournant vers elle.

- Je suis contente que Véra m'amène un peu la pitchoune cet été, dit-elle. J'étais contente de la voir au printemps, mais qu'est-ce qu'elle grandit et change vite !

- C'est parce que tu ne la vois pas assez souvent, répondit-il. Tu devrais venir plus régulièrement à Glasgow. Ce n'est pas compliqué : tu montes dans le train ici, et hop, on te récupère à la gare là-bas.

- Comme si je ne le savais pas mieux que toi ! J'ai pris plus souvent le train pour Glasgow que toi !

- En attendant, je profiterais bien d'avoir loué une voiture pour aller voir Al. Tu viendrais avec moi ?

- Tu veux y aller demain ?

- Non, pas forcément... En fait, je n'ai pas tellement réfléchi au programme de mes vacances. Hormis squatter ta cuisine, bien sûr. Et t'aider au jardin.

- C'est gentil. Mais tu devrais en profiter pour te promener un peu. Ma compagnie risque de vite devenir ennuyeuse.

- Tu es la personne la moins ennuyeuse que je connaisse, Mummy. Mais oui, j'irai peut-être sur les Hébrides... Cela fait un moment.

- Tu ne voulais pas y emmener Betty ?

Aïe, la question qui tue. Enfin, presque. Mummy, toujours aussi fine psychologue. Qui pose les bonnes questions sans avoir l'air d'y toucher, mais qui a déjà tout compris. Et encore, il était certain que Véra et ses parents n'avaient pas vendu la mèche : le connaissant, ils savaient pertinemment qu'il préférerait annoncer lui-même la nouvelle à sa grand-mère. Mais à question indirecte, le mieux était une réponse franche. De toute façon, avec Mummy, pas la peine de tourner autour du pot : elle seule se le permettait, avec ses réponses à la "normande".

- C'est fini avec Betty, Mummy. C'est moi qui ai rompu. Je n'en pouvais plus. Trop jalouse, trop prise de tête. J'arrivais plus à gérer. Mais bon. C'est un échec quand même...

- Tu t'es vite enflammé, aussi. Elle a pris cela comment ?

- Pas bien, mais je m'en doutais.

- Tu as été clair, au moins ?

- Oui. Maintenant, je ne sais pas si elle aura pu ou voulu m'entendre...

- Mais cela est son problème à elle.

Mummy, vraiment toujours aussi fine...

- Oui, je sais. Mais, enfin, ce n'est pas facile quand même... C'est la première fois que cela m'arrive aussi. Mais... Mais je me suis rendu compte que je ne partageais plus rien avec elle. Et, qu'en plus, je n'étais plus amoureux d'elle. Enfin, je te dis ça comme ça, mais... je te laisse deviner ce que Sam en a dit.

- Que c'était retombé comme un soufflé ?

- Exactement...

Mummy eut un petit sourire triste. Au moins, Mickaël semblait prendre les choses avec une certaine philosophie. Elle se promit d'appeler Ingrid et Henry dès qu'elle serait seule un moment, pour voir avec eux ce qu'ils en disaient et en pensaient, voire les rassurer. Mickaël ne lui semblait pas du tout dans le même état que lorsque sa précédente petite amie, à Paris, l'avait quitté. Mais ses parents devaient quand même se faire du souci, voire sa sœur aussi, bien que Véra soit assez confiante en son frère.

**

Finalement, il partit sur les Hébrides, quatre jours plus tard. Il monta tranquillement jusqu'à Ullapool, pour prendre le bateau. Il aurait pu passer par Skye, mais la route était plus longue. En revanche, une traversée plus longue ne lui faisait pas peur : il n'avait pas le mal de mer.

Là, sur Lewis et Harris l'attendaient les grands espaces, les soirs à n'en plus finir, encore plus éternels qu'à Fort William ou à Mallaig. Et la mer, partout présente.

Il prit vraiment tout son temps pour parcourir l'île dentelée. Il s'arrêtait quand il en avait envie. Là où il en avait envie. Parfois, juste pour contempler le vol des grands oiseaux de mer. Ou pour s'amuser des herbes folles des dunes soulevées par le vent. Ou juste pour sentir le vent caresser son visage. Il profitait. Pleinement.

Ou presque.

Parce que c'était beau, diablement beau, sauvage, mais qu'il était seul pour en profiter. Et cela, il trouvait que c'était vraiment dommage.

Quand il repartit, il songea que, peut-être, la prochaine fois qu'il viendrait sur les Hébrides, il ne serait pas seul. Et que cela pourrait être tout simplement bien.

**

En cette fin d'après-midi de la fin août, au volant de la voiture de location, Mickaël remontait la passe de Glencoe en sifflotant. Il prit son temps pour admirer les lieux, sauvages et désertiques, parmi les plus beaux et les plus emblématiques d'Ecosse. Ceux qui éveillaient toujours en lui un écho particulier. Il ne pouvait oublier qu'il fut un terrible jour de février où ses lointains aïeux y furent décimés. Il laissait derrière lui le Loch Linnhe et Fort William, sa grand-mère et ses trois semaines de vacances. Il était tôt, encore, mais il ne voulait pas arriver à Glasgow trop tard. Un temps, il avait hésité à rentrer par la route côtière, mais ne pas voir Glencoe... C'était impossible.

Devant lui s'annonçaient la reprise du travail, les retrouvailles avec des amis proches, Sam et William, notamment, avec sa famille, avec ses collègues. Il allait aussi se retrouver seul chez lui et, en cela, il ressentait un vif soulagement. La rupture avec Betty n'avait pas été facile, la décision était venue de lui, mais, après quelques semaines, il se réjouissait de la liberté qu'il allait retrouver, car leur relation houleuse l'avait laissé vidé, épuisé. Y mettre fin était vraiment la meilleure décision qu'il avait pu prendre ces derniers mois.

Ces vacances dans les Highlands lui avaient fait le plus grand bien. Il avait été bichonné, chouchouté par Mummy. Puis cette semaine de balade en solitaire sur Lewis et Harris avait été fantastique : il avait fait du camping sauvage, avait dormi à la belle étoile, s'était arrêté dans quelques pubs et distilleries. En revenant à Fort William, il avait retrouvé sa sœur, Véra, son beau-frère, Jimmy, et sa nièce, la petite Léony qui avait fêté son cinquième anniversaire au printemps. Ils étaient arrivés quelques jours plus tôt et ils avaient profité de belles journées tous ensemble. Mickaël avait gardé plus d'une fois Léony avec Mummy pour permettre à Véra et Jimmy de s'offrir quelques moments en amoureux. Puis ils étaient repartis et lui était encore demeuré quelques jours à Fort William. A nouveau, il avait arpenté les lieux, mais s'était aussi occupé de l'entretien du jardin de Mummy.

Et, bien entendu, il avait fait un petit tour sur les rives de la Spey pour entendre Al dire qu'il allait bientôt arrêter.

Il ne le croyait guère.

Comme à son habitude, il remonta la passe tranquillement, n'hésitant pas à s'arrêter régulièrement pour profiter de la vue, à s'emplir les yeux de ce paysage qu'il connaissait depuis l'enfance et auquel il était si attaché.

Deux heures plus tard, il arriva à Glasgow. Une nouvelle saison de travail l'attendait. Une nouvelle vie, aussi.

Il allait avoir 25 ans. Il était libre, maintenant, et il se disait qu'il avait la vie devant lui.

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— J'aimerais beaucoup que vous me montriez à quoi ça ressemble, souhaita Ceti.
— Si l'occasion se présente, pourquoi pas.
 Ceti se retourna pour observer le paysage. Elle imagina à quoi pouvait ressembler les grandes plaines enneigées des montagnes, les hautes murailles de la ville et le Temple, célèbre lieu de pélerinnage. Dans sa vie, elle n'avait quitté Dhilia qu'à trois reprises, sans jamais voyager plus d'une demie journée. Elle n'arrivait tout simplement pas à concevoir le panorama de l'Oblihati. De ce fait, elle s'aidait des marguerites pour recouvrir son point de vue actuel d'un épais manteau blanc. Un léger sourire apparut sur son visage.
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— M'aimez-vous ?
 Le chevalier accusa la surprise. La servante de la princesse se retourna pour lui faire face et le regarder dans les yeux. Cole la considéra d'un regard interdit, bouchée bée. Les secondes s'écoulèrent lentement, et l'espace d'un instant, il pensa avoir compris de travers. Mais la jeune femme poursuivit.
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