Chapitre 31 : L'envol du corbeau.

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Mes mains virevoltaient sur les touches du piano, laissant mon corps s’éprendre de la mélodie, pendant que je fredonnais un air. Eglantine, appuyé contre le couvercle du piano à queue, me regardait d’un air apaisé. Je la vis rougir quand je lui lançais un sourire en coin.

  • Quel dragueur tu es devenu ! me lança-t-elle, déstabilisée.
  • Eh bien, ça suffit ! s’exclama Michael qui venait d’entrer dans la classe en compagnie d’Elliot.
  • Que se passe-t-il ? leur demandais-je en voyant leurs yeux pétillants.
  • Il s’est réveillé, sourit Elliot, Louis s’est réveillé !

Je les regardai un instant, la bouche entre ouverte, buvant ces mots comme s’ils étaient les plus improbables que je n’avais jamais entendu. Et pris d’un rire, je me retournais sur le piano pour y déposer l’air le plus joyeux que je connaissais.

***

Depuis trois semaines, il n’y eut pas un jour où Alicia ne rendit pas visite à Louis. Après chaque journée de cours, son père qui séjournait dans un hôtel à proximité venait la chercher pour la conduire à l’hôpital. La vie aisée qu’il menait lui permit de faire une pause dans sa carrière pour s’occuper de sa petite fille. Il avait proposé de lui-même ce plan pour que Kimi soit le plus souvent possible au côté de sa mère et inversement. Alicia qui voulait passer autant de temps avec son bébé qu’avec Louis ne put qu’accepter cette solution éphémère. “Quand Louis se réveillera”, ils prendraient le temps de réfléchir à une autre stratégie.

Les infirmières reconnaissait la petite famille et s’apitoyait presque de leur sort. Ils étaient si jeunes, un bébé déjà en route et le papa dans le coma : une tragique histoire. Mais notre blonde gardait toujours le sourire et ne perdait jamais espoir. Elle berçait sa fille dans le fauteuil à côté de Louis et leur racontait ses aventures à l’école :


  • Tonton Chuck et Tata Katerina lui ont dit qu’elle devait arrêter de venir en cours, mais Blear les a envoyé balader. Dossan ne lui a toujours pas reparler, mais j’ai bien cru qu’il allait le faire cette fois-ci.
  • Elle ne compte pas prendre d’arrêt ? Pour quand est prévu l’accouchement ? lui demanda son père.
  • Pour le trente avril, dit-elle en remontant Kimi dans ses bras pour lui donner le biberon.
  • Mais c’est dans deux semaines ? Et elle reste encore à l’école ?
  • Je crois que c’est à cause de ses parents, ils l’obligent certainement à suivre les cours, mais Blear est comme ça de toute façon, c’est une dur à cuir ! Cela dit, nous lui avons tous dit de prendre une pause, même à l’insu de ses parents, mais elle refuse. Hop là, tu n’en veux plus ma chérie ? s’arrêta-t-elle soudainement quand elle se mit à chouiner.
  • Laisse-moi la prendre pendant que tu ranges, viens dans les bras de papy princesse, fit-il d’une douce voix quand elle lui tendit.
  • Merci papa, je suis vraiment contente que tu sois là...

Le père et la fille partagèrent un doux regard et Alicia s’enquit de ranger toutes les petites affaires de Kimi dans la trousse prévue à cet effet. Elle changea ensuite le vase des fleurs qui résidait en abondance de sa table de nuit jusque sur l’appui de fenêtre. Marry était très généreuse et lui apportait un bouquet à chaque fois qu’elle venait le voir. Cet élan de gentillesse la fit sourire, autant que les mots de rétablissement qu’ils lui avaient laissé.

Elle commença à lui réciter le dernier en date, déposant sa main sur son avant-bras pour le caresser gentiment. Elle glissa ses doigts entre les siens, les regarda tristement, priant pour qu’elle en ressente à nouveau la caresse. Quand ouvrirait-il les yeux à nouveau ? Quand rencontrerait-il Kimi ? Elle rêvait du moment où il se réveillerait, espérant revoir son doux sourire. Bien qu’elle s’était promis de rester forte, voir son amoureux allongé, inerte, jour après jour, lui donna l’impression de s’adresser à un homme mort. Cette pensée la bouleversa, lui retourna l’estomac et fit monter l’émotion. Elle ne voulait pas pleurer devant son père et encore moins devant sa fille, mais elle se sentit faible face aux jolis mots que lui adressèrent ses amis. Son père se leva pour la prendre dans ses bras, tandis qu’elle gardait sa main dans la sienne. Elle souhaitait tellement qu’il se réveille que son esprit lui jouait des tours, lui donnant l’impression de sentir ses doigts bouger. Cela semblait si réel qu’elle en releva la tête pour y jeter un œil de sa vision floue.


  • Qui a-t-il ? s’étonna son père.
  • Je… j’ai eu l’impression que, hésita-t-elle en s’essuyant les yeux, qu’il a boug… HAAAA !

Alicia hurla de peur quand elle sentit qu’on lui empoigna le bras. D’un coup sec, Louis releva le buste, respirant à plein poumon d’un air exorbité. Son père sursauta, ébahis et plissa le visage en entendant les cris du bébé.

  • Louis ? Louis ?! Tu es … tu vas bien ? L’infirmière, je vais l’appeler…

Mais il ne répondait pas, serrant son poignet d’une force étonnante, à lui en faire mal. Elle essaya de s’en dégager, l’appelant, mais il semblait coincé, comme si son esprit résidait ailleurs. Pendant que son père courrait auprès des infirmières, il se mit à hurler, comme s’il était pris de douleurs atroce. Il ferma compulsivement les yeux, apportant ses mains à son crâne, les réminiscences de ces dernières images remontant à la surface. Il revoyait le sang gicler, couler sur les corps, comme bloquer dans un cauchemar. Suffoquant, il agrippait ses cheveux qu’il n’avait jamais connus aussi long. Le père d’Alicia la tira par les épaules pour laisser place aux médecins qui lui demandait de reprendre son calme. Il ressemblait à un éberlué, repoussant violemment l’infirmière, lui criant de ne pas le toucher. Cette scène brisait le cœur de sa chérie qui ne put s’empêcher de revenir aux mauvaises habitudes. Elle s’avança entre les blouses blanches, dégageant le chemin de gestes vifs, agrippant le visage de Louis entre ses mains. Celui-ci rechigna, mais ralentit la cadence, sans doute troublé par ses grands yeux le fixant.


  • Je suis là, Louis ne regarde que moi, je suis là et tout va bien, tenta-t-elle de l’apaiser.
  • Mademoiselle…
  • Laissez-moi ! Vous êtes trop brusque ! Qu’est-ce qu’il se passe mon amour ? De quoi te souviens-tu ?
  • Le sang, souffla-t-il, le sang, partout, dit-il dramatiquement, agrippant les avant-bras d’Alicia. C’était moi qui…
  • Non, ce n’était pas toi, mais le père de Dossan, tu te souviens ?
  • Dossan, répéta-t-il confus.
  • Son père est devenu fou et sa mère n’y a pas survécu, mais nos professeurs vont bien ! Tout le monde va bien maintenant ! Dossan, moi et notre fille, lui sourit-elle.
  • Notre fille ? Mais ? s’interloqua-t-il en abaissant ses yeux sur son ventre, mais quel jour sommes-nous ? Quand ? Je, s’arrêta-t-il en entendant les pleurs de Kimi que son père lui présentait.

Le personnel médical sembla hésitant, voulant s’interposer, mais la lueur dans les yeux de Louis l’en empêchèrent. Il admira la petite fille, reprenant son calme, essoufflé. Quand il voulut la déposer dans ses bras, ses mains tremblèrent et hésitant il chercha le regard d’Alicia. Elle lui fit un grand sourire, l’invitant à la prendre d’un petit mouvement de tête. Un soupir de soulagement général se fit alors entendre quand il l’eut enfin pour lui tout seul. Un rire lui échappa alors, apaisé de toute souffrance. Alicia lui présenta alors sa fille, Kimi, lui racontant l’accident, la césarienne et les aventures qui suivirent. Couper dans ses récits par les médecins qui s’attaquèrent directement au passage de divers examens, elle fut soulagée de le savoir en “parfaite” santé. La maladie n’avait pas disparu, mais il n’avait aucune séquelle découlant du coma. Le seul “hic” dans l’histoire s’avéra cette crise à son réveil qu’il n’osait expliquer seulement par le choc, sachant qu’il tendait à devenir fou. Matière à surveiller, il le garderait encore quelques jours à l’hôpital où il eut droit à des visites, cette fois, éveillé. Ce fut les grandes eaux lors des retrouvailles avec ses parents et pas moindre avec chacun de nos amis. Il s’époustoufla du ventre de Blear quand elle vint à son tour.


  • Tu ferais mieux de rester à l’hôpital, plaisanta-t-il.
  • Louis ! le reprit Alicia, mais il n’a pas tort, gloussa-t-elle directement.

Blear rigolait de bon cœur et s’apprêtait déjà à partir quand j’arrivai dans la chambre suivit de Chuck. Nos regards se croisèrent, puis s’abaissèrent directement. Doucement, je relevai les yeux d’abord sur son énorme ventre, puis dans les siens. Si on lui avait demandé, elle aurait expliqué le rouge sur ses joues par une montée d’hormone, mais personne n’osa lui posé la question. Elle sembla s’agacer de sa propre timidité et s’échappa de la pièce après un au revoir furtif. Mes trois amis présents me lancèrent un regard de compassion.


  • Allons mon fils, ne fais pas cette tête ! s’exclama Chuck en m’attrapant par le cou.
  • Ton fils ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire encore ? rit Louis de bon cœur.
  • Disons, que tant que ce jeune homme n’a pas atteint les dix-huit ans, il est à ma charge, fit-il en s’amusant à me décoiffer.
  • Ne pose pas plus de question, ça vaudrait mieux, répondis-je en amenant mon index contre mes lèvres.

Je ne pus rester longtemps ayant un concert de prévu le soir même. Alors que j'étais monté sur scène des dizaines de fois depuis un an, j'eus l'impression de la découvrir pour la première fois ce soir-là Je me saisis de sa vue qui m'apparue nouvelle, éblouissante et apaisante. Chantant les paroles ou j'avais gravé ma douleur, elles me blessèrent moins qu'à leur habitude. Je ressentais l'énergie de Lewis, en pleine forme, qui l'accompagnait dans les cœurs. De notre batteur, tabassant avec folie les symboles et les caisses pendant que la contrebasse résonnait lourdement depuis son petit nuage. Je ne m'étais jamais senti aussi connecté à leurs esprits, à leurs instruments qui s'accordaient à ma voix. Explosif, j'envoyais valser les mots dans la foule que j'affrontais pointant mon doigt au ciel pour ma mère. Toute la haine et tous les scénarios de vengeance disparurent avec l'idée qu'il pourrirait en prison pendant qu'elle se reposerait au paradis. Un repos bien mérité, je voulais qu'elle soit fière de moi. J'entendis les fans hystériques hurler quand je leur adressais sans m'en rendre compte un sourire sincère pour la première fois. Il n'avait vu que la face damnée du corbeau, dont les ailes refusaient de guérir. Et je les sentais derrière mon dos, se déployer fièrement, libéré des poids qu'elles devaient porter. Lewis s'approcha avec sa guitare, me défiant d'un solo, nous faisions le show et j'envoyais un long cri d'encouragement dans le public. Murmurant l'avant-dernier refrain pendant que je m'agrippai au coup de mon compatriote, déposant mon front sur le sien pour lui sourire avec insolence. Je m'approchais ensuite de l'avant de la scène, jetant des regards dans la foule où j'y reconnus quelques têtes dont celle de Madame Karen. Et pendant que je draguais les filles en leur jetant des regards affriolants, jouant mon rôle de sex-symbole à la perfection, l'image de Blear m'apparut dans mon esprit. Je n'avais bu d'alcool, mais j'étais ivre de son souvenir. Envoyant ma plus belle note pour la fin de la chanson, je finis en aigu celle qui parlait du corbeau.

L'improvisation se voulait être là plus grande arme de notre groupe et serrant ma Gibson entre les doigts, je lançais les quelques accords que je leur avais toujours interdits de jouer. Mes trois compagnons me regardèrent avec étonnement, puis se lancèrent dans la quête de mon approbation. Un hochement de tête suffit à les faire remettre en position. Au claquement des baguettes, je leur présentai cette chanson en exclusif : "Makes me fall in love".

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