2. Alan

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Je pouvais voir maintenant à quoi elle ressemblait : petite et menu, une peau très blanche, des cheveux noirs et lissent coupés en un carré qui lui arrivait au dessus des épaules, une frange, de grands yeux d’un brun réconfortant, un petit nez et de petites lèvres roses. Elle ressemblait plus à une poupée japonaise qu’à un être humain.

Chae s’est subitement évanouie et suite aux mots que nous venions d’entendre j’aurai été ravi d’en faire tout autant mais j’avais comme l’impression que si c’était moi, ça passerait beaucoup moins bien.

Peut-être à cause de la différence de nos propriétaires, appelons un chat, un chat. Un jouet ne s’appartient pas.

Le sien ressemblait en effet plus à un gros nounours qu’au sadique qui m’avait roulé une pelle avant de me frapper.

Ils étaient grand tous les deux, plus que moi, je n’étais pas petit mais je n’étais pas grand non plus, un mètre soixante-quinze : la moyenne nationale.

Gros Nounours était certes plus petit de cinq bon centimètres que Voix Nasillarde mais plus trapue aussi, tellement musclé que j’avais l’impression qu’il pourrait la briser en deux d’un simple mouvement du poignet.

« -Une pause, se contenta t-il de d’annoncer en transportant Chae sur l’un des deux canapés en tissus gris de la partie salon.

-Ils ont peut-être un peu forcé la dose, mon jouet aussi semble avoir du mal à tenir debout. On leur fera visiter le reste de la maison plus tard. »

Avec une grâce que je ne m’attendais pas à voir venant de quelqu’un à la personnalité aussi horrible, Voix Nasillarde alla s’asseoir sur le deuxième canapé avant de tapoter la place à côté de lui.

La douleur de mon œil enflé me rappela qu’il valait mieux obéir pour le moment.

« -Bois, m’ordonne t-il après avoir attrapé l’une des deux bouteilles qui étaient posées sur la table basse en verre. »

Je m’exécute, le goût du liquide qui coule dans ma gorge n’est pas le même que celui de l’eau : il est plus sucrée. Je me rends compte de la soif qui me tenaillait seulement lorsque je repose la bouteille entièrement vide sur la table basse.

« -C’est bien, me sourit Voix Nasillarde, et maintenant masse-moi les pieds. »

Ses jambes sur mes genoux, je me décale pour pourvoir y mettre ses pieds et lui retire ses chaussures. De très jolies chaussures en cuirs, de très bonne qualité et surtout très cher.

D’un geste maladroit je commence à lui masser les pieds par-dessus ses chaussettes, l’idée de toucher sa peau me répugne au plus au point.

Pendant ce temps là, Chae semble reprendre ses esprits, complètement paniquée elle se relève vivement de Gros Nounours contre lequel elle était appuyée. Celui-ci lui attrape le bras pour qu’elle se calme mais toujours désorientée elle se débat pour lui faire lâcher prise, d’un geste sec, il l’entoure de ses bras et l’immobilise.

Je vois ses bras bougé dans tous les sens, puis petit à petit, leurs mouvements se font moins vif, plus lent avant de s’immobiliser complètement.

Durant un instant j’ai peur qu’il l’ait tuée.

J’ai peur de me retrouver tout seul face à eux.

Je ne souhaite à personne de vivre ce que nous sommes en train de vivre, ce que nous allons vivre, mais surtout je ne souhaite à personne d’être seul dans cette situation.

C’est peut-être horrible à dire et même à penser mais au moins nous sommes deux à traverser cet enfer.

Il finit par ouvrir la prison que formait ses bras et je vois une Chae, les cheveux en bataille et le souffle court, avachie sur Gros Nounours, si petite comparé à lui, c’est à peine si tête arrive au niveau de son abdomen, si fragile.

« -Ne la regarde pas ! Tu ne dois regarder que moi et uniquement moi, m’ordonne Voix Nasillarde en m’attrapant le menton avec ses yeux fixés dans les miens. Il vous est interdit de tomber amoureux l’un de l’autre. Les derniers qui ont osés faire ça sont morts, lentement et douloureusement. Vous n’êtes plus des personnes, vous êtes des jouets. C’est compris ? »

Je hoche la tête incapable de vraiment pouvoir parler. J’ai l’impression que si j’ouvre la bouche je ne pourrai que hurler encore et encore jusqu’à ce que ma voix s’éteigne.

Nous ne sommes pas les premiers.

Combien y en t-il eu avant ?

Combien y en aura-t-il encore après nous ?

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