Chapitre 1 : Une nouvelle quête

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Une brise glaciale s’était accaparée de mon cou, puis tout du long de ma colonne vertébrale, à mesure que celle-ci me frigorifiait la peau, je reprenais doucement conscience. J’étais allongée, là, sur un sol terreux, à moitié nue. Lorsque j’avais enfin repris suffisamment de force pour ouvrir mes yeux, je découvris d’immenses haies vertes ternies qui m’entouraient. Des milliers de questions se mirent à virevoltaient au fond de mes pensées, mais elles furent très brusquement interrompues par une voix rauque qui retentit derrière moi.

« Tu ne sembles pas venir d’ici. Qui es-tu ? »

Son ton était calme et posé, et m’avait presque rassuré. Je me relevai d’une lenteur infinie, je sentais mon corps se dégourdir successivement, je vins alors cacher machinalement ma poitrine dénudée lorsque je me retrouvai face à cet homme imposant. Il semblait être plus âgé que moi d’une dizaine d’années, il faisait bien trois têtes de plus que moi, ses cheveux étaient ébène, et il arborait une barbe assez fournie qui semblait cacher un début de cicatrice. Ce qui m’avait immédiatement frappé lorsque je l’ai vu, n’était d’autre que ses yeux. Ses yeux d’une couleur presque indescriptible, jumelant le vert et l’or. Instinctivement, je me suis mise à baisser la tête, me demandant où j’avais bien pu atterrir. La lumière pâle de la lune ne reflétait que sur la moitié de son visage, venant endurcir ses traits. Voyant que j’avais ignoré sa première question, il se rapprocha d’un pas et d’un ton plus agressif il m’adressait une nouvelle interrogation.

« Qu’est-ce que tu nous veux ?! »

Une pression se fit ressentir au creux de ma poitrine, tandis que mon myocarde tambourinait dans celle-ci. Sans doute l’angoisse d’une acerbité aussi inattendue. Je cherchai avec nonchalance les mots pour répondre à cette masse de muscles plantée devant moi.

« Je m’appelle Elenwë, et je suis moi-même perdue. Je ne demande que de l’aide pour rentrer chez moi, nous sommes loin du village de Cartétoile ? »

Son visage se métamorphosa à l’annonce de mon prénom, il se mordait doucement la lèvre inférieure comme un gosse qui venait de faire une énorme bêtise. L’immense homme se pencha délicatement vers moi, il décrochait sa cape violette et me la tendait.

« L’étoilée… »

C’était tout ce que j’ai pu comprendre de ce qu’il venait de prononcer. Que voulait-il dire ? Parlait-il de moi ? J’attrapai avec précaution ladite cape et couvrais mon anatomie de celle-ci. Désormais présentable, je me relevai d’un bond, et une fois sur mes pieds, je me rendis compte de la taille gigantesque de ce titan. Il s’est passé un long moment avant que je ne vienne l’interroger à nouveau.

« Excusez-moi, j’aimerais vraiment savoir où nous sommes. J’habite dans le village de Cartétoile, et je n’ai jamais visité cet endroit. Sommes-nous loin ?

- Le labyrinthe de Morninghound. Nous nous situons à l’ouest de Mivaar. »

J’ai senti comme de la foudre s’abattre sur moi à cet instant précis. L’ouest de Mivaar ? Je me retrouvais à l’opposé de mon habitation. Comment avais-je pu me réveiller ici, en pleine nuit ? Il faudrait approximativement quarante jours pour atteindre l’ouest de l’île d’après ce que j’avais pu en conclure sur l’étude de ma carte. C’est physiquement impossible, et je n’ai aucun souvenir. Même pas une bride. Tout ce dont je me souviens à ce jour, c’est mon quotidien au sein de la forge de mon oncle Rybald et… Loïs. Ou était-il ?

Je m’étais mise à chercher tout autour de moi, mais aucun signe du petit homme. Je relevai mon regard vers cet homme et d’un air paniqué, je lui demandai :

« Suis-je la seule personne que vous avez trouvée ici ?

- Oui, je suis le gardien de ces lieux. Vous êtes bien la seule personne que j’ai pu côtoyer depuis des mois. Je vais vous emmener au village, le prince devrait savoir quoi faire de vous.

- Comment ça ? »

N’ayant pris le temps de répondre à ma question, il m’attrapa par le bras et me tirait de force dans ces allées vertes. Refusant d’aller plus loin avec cet inconnu, je me débattais de toutes mes forces pour me dégager de sa puissante emprise mais il s’accapara de mon corps entier pour me poser sur son épaule. Je n’avais plus aucun moyen de m’en dégager, j’étais prise au piège. Loïs devait se trouver là quelque part, il avait besoin de moi, et je ne pouvais plus rien faire.

La masse ne faisait qu’émettre de petits grognements presque inaudibles pour me faire taire dès que je lui posais des questions. Après tout ce que mon oncle m’avait appris sur l’art de se défendre, je n’étais même pas capable de me sortir de cette affaire. Un sentiment d’oppression se faisait ressentir dans ma poitrine à mesure qu’il avançait dans ces couloirs interminables. Ce labyrinthe semblait vraiment être gigantesque. Comment allais-je retrouver mon cousin là-dedans ?

Quelques longues minutes de marche après, il semblerait que nous étions arrivés dans un village. Comme à mon habitude, je me suis sentie épiée, chaque regard était tourné vers moi. C’était vrai qu’à Cartétoile, les villageois réagissaient de même. Ma marque, me rendait différente, certains avaient peur de moi, d’autres vouaient une haine sans nom contre moi et voulaient me faire brûler vive. J’ai toujours interrogé mon oncle à ce sujet, mais il avait toujours évité la discussion. Je suis différente, je ne suis pas comme eux et je le sais. Mais que me cachait-il ? Pourquoi toutes ces messes basses à mon sujet ? Pourquoi ne rien me dire ?

Dans ce village, les réactions étaient presque les mêmes, les mères faisaient rentrer leurs mômes chez eux, d’autres chuchotaient entre eux, certains même, abandonnait leurs occupations pour se concentrer sur mon passage.

Le bonhomme me fit rentrer dans une sorte de maison de bois et me déposait enfin sur le sol, j’arrangeai ma cape afin de me vêtir le plus grandement possible. En relevant ma tête, je vis un grand homme légèrement pâle, il était mieux vêtu que les villageois que j’avais pu croiser avant d’arriver ici, sur sa tête était posée une sorte de tiare argentée, avec en son centre une belle pierre émeraude. Ce qui m’avait tout de suite frappée chez lui, n’était d’autre que ses longues et fines oreilles qui dépassaient de sa soyeuse chevelure blonde. Je n’avais jamais vu de telles oreilles auparavant, cela m’avait quelque peu chamboulée.

« Bonjour mademoiselle, vous êtes le bienvenu dans notre noble petit village. Laissez-moi d’abord me présenter à vous, je suis le prince Daeron. On m’a fait parvenir votre prénom, il nous semble familier… D’où nous venez-vous ? »

Sa voix était douce et apaisante, il voulait me rassurer et cela se faisait ressentir. C’était bien l’une des seules personnes qui ne m’avait pas donné l’impression de déranger jusqu’ici. Cependant, je n’étais pas entièrement rassurée. Je me retrouvais seule, entourée d’inconnus et tout cela en l’espace de quelques minutes, et Loïs… qu’est-ce qui a bien pu lui arriver ? Où se trouvait-il ? Je me devais d’absolument le retrouver, c’était de mon devoir de prendre soin de lui et de le ramener à Oncle Rybald.

Je relevai la tête vers cet individu des plus étranges, mais bizarrement, j’avais envie de me confier à lui. J’avais comme une impression de le connaitre, ce qui me perturbait quelque peu. C’était bien impossible, que je puisse l’avoir déjà rencontré, je ne me suis jamais éloignée du village et puis je m’en serais rappelée, un visage aussi singulier cela ne s’oublie pas.

« Je m’appelle Elenwë Fidgerald, je viens du village de Cartétoile. Excusez mon impolitesse, mais je n’ai pas beaucoup de temps. Je n’étais pas seule, mon cousin a disparu et je dois le retrouver !

- Elenwë… je suis navré mais tu devras rester ici. Du moins pour quelques jours, je dois m’entretenir avec l’oracle. Ta présence ici est loin d’être anodine. Cependant, j’enverrai quelques guerriers à la recherche de ton cousin, si cela te tient tant à cœur. »

Le couronné se retournait vers un des soldats qui se tenait près de lui et lui ordonnait de rassembler certains de ses hommes, par la suite il s’était adressé au bougre qui m’avait conduite jusqu’ici.

« Quant à toi, je te remercie de l’avoir ramenée ici. Tu peux y retourner, nous avons besoin que tu surveilles le périmètre des moindres menaces, les orques en ont après l’œuf depuis la mort du dernier dragon. Retournes-y vite. Je m’occuperai personnellement de notre invitée. »

Après cela, on m’avait escortée dans une petite pièce recouverte de tapisseries, et de toiles d’exceptions, une grande table était dressée avec tout ce qui se faisait de mieux à Mivaar. Certains de ces plats me semblait complétement inconnu, une immense pièce de viande trônait au centre de la table, et des centaines de petits plats l’accompagnaient. Mais je n’avais qu’une seule idée en tête : m’enfuir d’ici. J’avais beau avoir cette drôle d’impression avec ce dit prince, je ne le connaissais pas réellement, lui et ses intentions. Je devais retrouver Loïs et le ramener à Cartétoile, une fois cela fait je pourrais enfin profiter pleinement de cette nouvelle liberté.

Une petite femme aux oreilles pointues, faisait son apparition au même moment durant lequel je calculais mon plan d’évasion. Elle tenait dans ses mains, une jolie petite robe de soie verte brodée au fil doré ainsi que des sandalettes marron. La jeune elfe s’approchait pas à pas de moi, laissant une certaine crainte apparaître. Elle semblait gentille, alors je brisais le silence qui régnait.

« Bonjour, qui êtes-vous ?

- Oh… bon...bonjour ! Je suis Laureline, je suis la couturière du prince Daeron. Il m’a confié de vous habiller pour votre repas avec lui. Madame est bien chanceuse.

- Un repas ?

- Oui, le Prince à demandé de préparer un grand festin pour votre arrivée. C’est très rare que le prince veuille diner en tête à tête avec une personne. Madame doit être très spéciale… »

Je sentais une certaine tristesse dans le ton de sa voix, qui me faisait presque de la peine. Elle s’approchait d’un nouveau pas vers moi, avant de venir me découvrir de ma cape. La petite femme au teint pâle ramena ses mains tremblotantes vers mon buste pour y enfiler le morceau de tissu brodé. Pendant quelques secondes, le silence se faisait maître des lieux. Je la laissais faire, elle venait serrer les fils du corset, manquant de m’étouffer à mesure qu’elle tirait dessus. Reprenant mon souffle, je m’écartai d’elle. Je ne suis pas une princesse, je sais m’habiller seule. Dans un petit sourire, je lui dis :

« - Cesse donc, je vais continuer. Merci Laureline.

-Mais… Madame, le prince m’a dit de vous habiller d’une de mes plus belles créations.

- Je… »

J’hésitai quelques secondes avant de finir ma phrase, cette jeune femme avait l’air digne de confiance. Je finissais d’ajuster mon vêtement, avant d’ajouter :

« - J’aimerais partir Laureline, mon cousin est probablement en danger. Ce n’est qu’un enfant, il ne pourra pas s’en sortir seul. Saurais-tu comment sortir d’ici ?

-Mais Madame ! Je ne peux pas faire ça, je risquerais de contrarier le prince !

-Laureline, je t’en prie. »

La femme aux longues oreilles se mordit nerveusement les lèvres, laissant place à une longue réflexion. Je ne cessais de penser à Loïs, à ce qu’i pouvait endurer en ce moment même. Je ne pouvais rester plus longtemps sans rien faire, et puis même si cet homme a envoyé ses hommes le chercher, c’est à moi de le faire, et je doute qu’il ne soit vraiment rassuré en voyant une bande de soldats à sa poursuite. La douce voix de la jolie Laureline brisait mon moment de cogitation.

« -Je vais vous aider.

-Merci Laureline, mer… »

Un énorme fracas se fit entendre en dehors, on se précipitait vers l’une des fenêtres de la pièce afin d’observer au mieux l’action qui se produisait. À travers la vitre, je ne pouvais voir qu’une partie de la scène. Deux grandes masses de muscles vertes se tenaient debout, ils avaient une drôle de tête laissant apparaître deux défenses, qui semblaient avoir été coupées, hors de leurs gueules. Je n’avais jamais vu de créatures pareilles, ils avaient un regard féroce et rempli de haine, et leurs voix étaient rauques. L’un d’entre eux brandissait un énorme marteau de fer, et l’autre s’avançait vers une personne que je n’arrivais pas à apercevoir de là où j’étais située. J’arrivais à peine à distinguer leurs voix, et je n’entendais qu’une bride de conversation. Les seules choses que j’arrivais à comprendre n’étaient d’autre que les mots « œuf », « dragon » et « guerre ». Ces créatures semblaient être hostiles, une aura de haine et de barbarie émanait de ces monstres, répandant dans le village de la peur. Les habitants s’étaient enfermés chez eux, seuls quelques courageux observaient encore la scène. Je me retournai vers Laureline, perplexe.

« Qui sont-ils ?

-Les grands orques de Morgrunt, ce sont nos ennemis jurés. Depuis des siècles, nos clans sont rivaux. Mais cela à empiré depuis quelques mois… la mort de notre roi Adresyn s’est accompagné de celle du dernier dragon Deymois, qui nous à laissé un dernier cadeau. Un œuf. Le prince Daeron a juré de protéger corps et âme cette descendance, mais la nouvelle à fuité. Les orques ont appris la nouvelle et depuis ils brûlent nos parcelles de blés et d’avoine, ils tuent nos enfants, et menacent sans cesse de nous envoyer une armée si nous ne nous avouons pas vaincus. Ils veulent cet œuf, coûte que coûte. Madame devrait se cacher, le prince ne voudra pas qu’il vous arrive un malheur. »

Je l’écoutais tout en épiant les barbares qui se montraient de plus en plus avenant, j’avais pu remarquer un petit garçon qui s’apprêtait à courir. « Non ne fais pas ça ! » pensais-je. Trop tard, le monstre au marteau l’avait vu avant qu’il n’atteigne son habitation, il attrapa le jeune marmot d’une main et se mit à grogner doucement. Je restai figé pendant une dizaine de secondes, avant de me ressaisir. Je ne pouvais pas le laisser faire, il fallait que j’intervienne. Je me précipitai vers un couloir, me faisant courser par la petite couturière qui m’hurlait de ne pas le faire, que j’allais mourir, et qu’ils n’hésiteront pas à me torturer. Mais je ne l’écoutais plus, tout ce que j’avais en tête ; sauver cet enfant.

La porte de sortie faisait son apparition au bout du couloir, et je parvenais à entendre les cris sourds du jeune garçonnet. Une sorte de rage étrange s’empara de mon corps, un sentiment que j’avais auparavant déjà ressenti, mais cette fois-ci, c’était décuplé, j’avais cessé de réfléchir. À peine avais-je eu le temps de sortir que je me précipitai déjà vers ces muscles sur pattes. Le tortionnaire reculait d’un pas à mon arrivée, sans doute surpris de mon apparition si soudaine.

« Relâche-le, immédiatement. »

Lançais-je dans un ton colérique qui ne m’était pas habituel, un silence d’or pris place au centre du village avant que ne retentisse le rire rauque et éraillé de la brute. Il se pencha doucement vers moi, un large sourire se dessinai sur sa grande gueule.

« Il semblerait qu’il y ait au moins une courageuse dans ce clan de mauviettes. Que penses-tu donc faire ? Nous battre ?

- Je vous le répète, relâchez cet enfant. Tout de suite ! »

Il s’exécutait et jetait le môme sur le sol, avant de rigoler en s’avançant de nouveau vers moi. Il pointait son arme titanesque contre mon buste et me poussait doucement avec celle-ci.

« Alors, maintenant que tu as pris sa place. Que comptes-tu faire ? Tu viens nous défier, et tu n’es même pas armée... Hm, j’ai rarement vu autant de courage. Comment tu t’appelles ?

- Elle s’appelle Elenwë, cela te dit peut-être quelque chose Tulcán ? »

Le prince s’avançait alors vers moi et fit lui-même face à ces féroces masses vertes, une sorte d’énergie blanche régnait autour de sa corpulence ; comme des petites étincelles et de la brume. Un nouveau grognement retentit hors de l’immense gueule du dénommé Tulcán. Il croisait ses bras, avant de venir passer sa langue noire sur une de ses défenses.

« Elenwë ? Tu sais très bien que c’est impossible, tu es comme ton idiot de père. Toujours à croire aux oracles et aux prophéties, c'est ce qui lui a couté la vie d'ailleurs. Toute la famille a été décimée, et tu le sais très bien.

- Pourtant, elle est là. Donc retourne proclamer à votre roi que l’étoilée est de retour, et que votre fin approche. »

De quoi parlait-il ? C’était la deuxième fois que l’on m’appelait « l’étoilée ». Le jeune blond à la tiare d’argent, s’accaparait de moi, déposant ses mains d’une part et d’autres de mes épaules, et me retournai brusquement, il venait relever ma longue chevelure brune laissant ainsi apparaitre ma différence aux yeux de tous. J’avais cessé de me couper les cheveux, depuis que j’avais compris que ma marque effrayait les autres. Depuis je l’ai toujours caché, à l’aide de ma longue crinière.

« Regarde Tulcán, cette marque en est la preuve. Annonce sa venue à votre roi, ne perds plus de temps. »

Les deux orques grognèrent en rythme, et s’éloignèrent dans un raffut assourdissant, détruisant au passage quelques abreuvoirs et plantations. Lorsqu’ils firent assez loin, je me retournais subitement vers ce fameux prince.

« Vous n’aviez le droit de me toucher sans que je vous y autorise ! Qu’est-ce qu’il vous a pris ?

- Toutes mes excuses, Elenwë. Cependant, c’était l’unique moyen de les faire fuir, du moins, pour un temps.

- Pourquoi ont-ils fuient ?

- Tu n’es donc pas au courant ?

- Quoi donc ?

- Tu es celle que nous attendions depuis si longtemps, notre souveraine. »

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