Flagellation

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Lorsqu'elle revint à elle, la jeune femme avait la tête lourde et douloureuse. Du sang séché lui collait à la joue. Elle grimaça et voulut tâter la blessure mais ses poignets étaient liés. Elle se redressa péniblement et se rendit compte qu'elle était étendue dans la rue, entourée des autres disciples, également immobilisés et en piètre état. Une foule de curieux se pressaient tout autour, maintenus à bonne distance par les hommes de Magnus.

Le vieux maître d'armes était lui aussi immobilisé par des liens, du sang coulant de son nez et souillant sa barbe poivre et sel. Malgré les éclairs que lançaient ses yeux, il gardait un visage de marbre. En face de lui se tenait le capitaine Magnus, l'air triomphant. Le maître d'armes s'adressa à lui avec froideur.

— Tu me fais honte, Magnus.

— Et toi tu fais honte au peuple nain. Notre savoir martial n'appartient qu'à nous, tu n'as pas à le partager avec les humains.

Il se tourna vers Thahild.

— Sans compter que tu perds ton temps avec celle-là. Je n'en ai fait qu'une bouchée.

Il se pencha vers elle avec un grand sourire ironique.

— C'est bien plus difficile avec un nain adulte n'est-ce pas ?

La jeune femme baissa le regard, ravalant tant bien que mal la honte de la défaite.

— Tu n'es pas chez toi ici. Je vais te passer le goût de te mêler des affaires des autres. ATTACHEZ-LA !

Deux gardes la remirent brutalement sur pied et l'attachèrent à un poteau. L'un d'eux déchira sa tunique, dénudant son dos.

Thahild inspira lentement. Elle n'avait pas besoin de se retourner pour voir Magnus décrocher un fouet de sa ceinture. Cette punition, elle l'avait vue des dizaines de fois au château. Justifiée ou non. Mais jamais elle n'aurait cru être à la place du supplicié.

Elle serra les poings et attendit la douleur dans l'angoisse. Bien sûr, elle pouvait toujours supplier pour qu'on l'épargne mais sa fierté était plus forte que sa peur. Ce soir-là, dans la ruelle, elle avait fait un choix. Il était temps d'en assumer les conséquences.

Le claquement retentit et la douleur lui vrilla la peau. Elle s'était promise de ne pas crier, mais elle en fut incapable. Un cri lui échappa. Son dos était en feu et son corps tremblait sous la souffrance. Elle serra les dents, prête pour la suite. Autour d'elle, la foule encouragait son bourreau, hilare.

"Il faut tenir."

Kurgann et ses disciples l'observaient en silence, le visage grave. Magnus leva son fouet avec jubilation et l'abattit une nouvelle fois. Thahild s'affaissa un peu plus contre le poteau, couverte de sueurs. Elle ferma les yeux en gémissant.

"Eldingar, donne-moi la force."

Elle entendit un crépitement familier et ses tatouages se mirent à luire progressivement. Son instinct lui dictait de foudroyer le nain sur place mais elle était incapable de contrôler son pouvoir. Comment être sûre de ne pas toucher un innocent ?

Le fouet lui mordit une nouvelle fois la peau. Ses jambes l'abandonnèrent et elle s'écroula sur les dalles de pierre. La corde lui entaillait les poignets mais elle ne pouvait se relever. Chaque coup semblait pire que le précédent.

Magnus était un professionnel, il aimait prendre son temps. Dans les cachots de torture, la flagellation faisait office de préliminaire. Mais il devait se contrôler, il y avait trop de témoins et si les coups infligés étaient trop nombreux, ils pouvaient entraîner la mort de la gueuse. Il s'approcha de sa victime et lui murmura à l'oreille.

— Je peux me montrer magnanime tu sais.

À bout de souffle, Thahild lui jeta un regard de défi.

— Supplie-moi et tu ne subiras que dix coups de fouet.

Thahild ricana, ce qui contraria grandement le capitaine.

— Qu'est-ce qui te fais rire, chienne ?

— Finissons-en Magnus. Je n'ai pas toute la journée.

Le sang monta aux joues du capitaine. Il fit demi-tour, fou de rage. Une fois qu'il fut à bonne distance, il leva son fouet. Il savait comment punir l'insolence. Cette fois, il ne fit pas dans la finesse. Il lacéra sa victime de coups secs et rapides, ne lui laissant pas le temps de souffler.

Intérieurement, Thahild maudissait son impertinence. Les coups pleuvaient sur elle et la douleur l'envahissait. Elle se recroquevilla sur elle-même, priant pour que ça s'arrête. Les éclairs palpitaient au rythme des coups qu'elle subissait, de plus en plus nombreux. Mais Magnus ne comptait plus se montrer raisonnable. Il avait le visage rouge et le regard meurtrier. Ses hommes se regardaient avec crainte, sachant qu'il allait franchir la limite. Une fois de plus.

La foule, excitée par la sentence, criait de plus belle. La plupart ne connaissaient même pas la suppliciée mais souhaitaient déjà sa mort. Les badauds se bousculaient, voulant sentir de plus près l'odeur du sang. Kurgann ferma les yeux, le goût amer de l'impuissance dans la gorge. Il priait pour que Thahild succombe bientôt. Ses disciples détournèrent également le regard.

Alors que Magnus brandissait son fouet, une terrible détonation rententit dans la montagne. La foudre s'abbatit sur le capitaine, le projettant au loin. Un grondement sourd résonna aux alentours. La foule se figea, sans comprendre. Une haute silhouette apparut.

Roderick Poings Sanglants bouscula les manants, ses tatouages rayonnant avec éclat. Ses yeux brillaient de lumière et des éclairs crépitaient autour de lui. Il observa son apprentie attachée au poteau et son regard se durçit.

Magnus, toujours à terre, l'aperçut.

— Tu viens de commettre une terrible erreur Roderick !

— Il suffit Magnus. Détache-la immédiatement ou je déchaîne ma fureur sur la ville.

Le capitaine lui lanca un regard mauvais. Dans sa jeunesse, les fils de la foudre étaient encore nombreux. Il savait qu'il ne fallait pas sous-estimer leur pouvoir. Il jeta un coup d'oeil à la silhouette qui pendait lamentablement au poteau. Un sourire illumina son visage dur. La borgne en avait eu pour son compte. Il se releva péniblement et aboya ses directives.

— Emmenez les disciples d'Eldingar aux cachots !

Les gardes entourèrent prudemment Roderick. Un instant, il sembla sur le point de les foudroyer sur place. Mais contre toute attente, il se laissa emmener.

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