La sécurité de la lumière

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Si la mission était un succès en termes d'éradication, la plupart des mercenaires avaient payé de leur vie cette intrusion dans les profondeurs. C'est avec soulagement que Thahild aperçut Fjori dans les maigres rangs des survivants. Dans le silence morbide de la caverne, la troupe se remit en chemin sans perdre de temps car d'autres Gobelins pouvaient les attaquer à tout moment.

Le second trajet parut bien plus court que le précédent à la jeune femme, qui resta perdue dans ses pensées tout le long, marchant aux côtés de son maître. Roderick ne se plaignait pas mais il suffisait de lui jeter un coup d'œil pour remarquer à quel point il était épuisé. Malgré la fraîcheur des tunnels, il transpirait à grosses gouttes et avançait bien plus lentement que d'habitude. Bientôt, maître et disciple se retrouvèrent en queue de peloton. Leurs compagnons ne prêtaient pas attention à eux, bien trop impatients de rejoindre la sécurité du premier Royaume Nain.

Roderick posa soudain sa grosse main sur l'épaule de sa disciple et grogna dans sa barbe.

— Vois la limite de nos pouvoir, Thahild.

Cette dernière releva la tête tandis que le maître affichait un sourire sardonique.

— Même après tout ce temps, un tel déchaînement de foudre me coûte beaucoup d'énergie.

Il désigna les mercenaires qui marchaient devant eux, parlant bruyamment.

— Les gens nous prennent pour des demi-dieux mais nous restons de simples mortels. Le pouvoir qu'Eldingar nous a offert a bien une limite : notre corps.

— N'y a-t'il aucun moyen de la repousser, maître ?

Roderick fronça les sourcils et ressera douloureusement son étreinte.

— Ne t'engage pas sur cette voie, Thahild. Beaucoup des nôtres sont morts d'un excès de confiance.

Thahild grimaça et baissa le regard.

— Compris, maître.

Roderick hocha la tête et se détendit.

— Si tu veux devenir un Maître de la Foudre, tu dois apprendre à écouter ton corps. Et ne te servir de ta maîtrise qu'en dernier recours.

D'un geste rageur, il pointa du doigt la roche qui les cernait de toute part.

— Le terrain est également un élément important à prendre en compte. Sous terre nous sommes bien plus vulnérables qu'en plein air. La foudre que tu as vue tout à l'heure était artificielle.

— Mais comment cela est-il possible ?

— Grâce à nos émotions.

Thahild resta bouche bée tandis que son maître lui tapotait l'épaule en souriant.

— Je te montrerai comment le moment venu, Thahild. Encore un peu de patience.

***

Finalement, les survivants aperçurent la chaude lumière des torches de la cité naine au bout du tunnel. Avec soulagement, ils s'engouffrèrent dans cette ambiance aussi agréable que rassurante, oubliant leur craintes dans la noirçeur des galeries. Les blessés furent prit en charges par des soigneurs Nains qui déambulaient parmis les mercenaires, distribuant de la bière fraîche et examinant les blessures.

Thahild s'assit sur un muret pour se désaltérer tandis qu'un vieux soigneur tentait bien que mal d'examiner Maître Roderick. Ce dernier ne l'entendait pas de cette oreille et se montra si désagréable que l'honorable Nain perdit patience. Tandis que le ton montait, Fjori, dont le bras gauche était en écharpe, s'approcha d'elle.

— Il est toujours comme ça ?

Thahild éclata de rire.

— C'est la personne la plus désagréable que j'ai connu à ce jour. Mais sans lui, nous ne serions pas là pour nous en plaindre.

— Vous avez raison. Quelle force ! C'était la première fois que j'assistais à ce genre de démonstration... Est-ce que vous êtes capable d'en faire de même ?

— Pas encore. Il ne m'a pas encore appris à contrôler mon pouvoir.

Le mercenaire la désigna du doigt.

— Mais il vous a appris à vous défendre, vous êtes presque indemne.

Thahild haussa les épaules en souriant avec lassitude.

— J'ai eu de la chance.

L'obstination de Roderick fini par faire fuir le soigneur nain, qui s'éloigna en l'insultant copieusement dans sa langue natale. Une fois que les autres soigneurs eurent terminé, Ildhard distribua le salaire de chacun. Assis derrière le comptoir, le genoux disparaissant dans un épais bandague, il avait le teint pâle et les yeux cernés.

Thahild déversa le macabre contenu de son sac sur la table, où il fut minutieusement compté par le chef de l'expédition. Ce dernier hocha la tête et ouvrit sa bourse.

— Voilà, 29 pièces d'or pour un total de 58 oreilles. J'en rajoute une de ma poche car sans votre ami, je ne m'en serais pas sorti.

La jeune femme encaissa l'argent et serra la main du nain.

— Merci, prenez soin de vous.

Elle ramena la cagnote auprès de maître Roderick. Ce dernier ouvrit la bourse et lui tendit 5 pièces d'or.

— Pour toi, gamine.

Thahild leva un sourcil dubitatif en rangeant le butin dans sa propre bourse.

" Je suis certaine d'en avoir tué bien plus mais bon... Je devrais déjà m'estimer chanceuse qu'il ai partargé avec moi."

Le maître se remit péniblement debout.

— Après avoir échappé de peu à la mort, la plupart des gars vont chercher du réconfort dans les bras d'une femme. Mais je doute que cela marche de la sorte pour une femme... Alors va te changer les idées comme bon te semble.

Roderick se détourna et s'éloigna d'un pas lent et douloureux. Thahild soupesa sa bourse en réfléchissant à la façon dont elle pourrait bien dépenser cet argent. Finalement, elle soupira et se tourna vers Fjori.

— Je me sens épuisée. Je crois que je vais simplement retourner à l'auberge et m'enfiler quelques bière. Tu m'accompagnes Fjori ?

— Volontiers, dame Thahild.

Le retour se fit dans un silence pensif mais loin d'être pensant. Il était étrange à la jeune femme de côtoyer à nouveau un membre de son Clan si loin de leur montagne. De part son statut, Thahild était plus amenée à fréquenter les intendants et les domestiques que les guerriers. Si elle avait reconnu Fjori, c'était uniquement car il était l'un des derniers amants de son amie Sigrid.

Elle ressenti un pincement au cœur en pensant à la camériste. Où pouvait-elle bien se trouver en ce moment ? Arrivait-elle à vivre décemment ? Et surtout, la reverrait-elle un jour ?

C'est chacun perdu dans leurs pensées qu'ils arrivèrent à l'auberge où logeaient les disciples de la Foudre. Il était impossible de dire l'heure qu'il était sous la montagne, probablement que la nuit était avancée et que le matin n'allait point tarder.

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