Dans les ténèbres

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Le Nain à l'armure de skinnende se tenait face au groupe de mercenaires, dans une posture de militaire, les mains nouées dans le dos. Son acolyte à la coule richement décorée était à ses côtés, l'air blasé.

— La plupart d'entre vous connaissent les règles. Pour les bleus, voilà tout ce que vous devez savoir. Le gobelin seul ne représente pas un grand danger pour un guerrier entraîné. Par contre, une troupe de gobelins dissimulés dans la noirceur des galeries représente une sérieuse menace. C'est pour cela qu'il vaut mieux rester groupé. Pour toucher votre prime, vous devrez ramener ceci.

Il agita devant eux un colier de cuir duquel pendait une multitude de grandes oreilles racornies.

— Une pièce d'or par paire d'oreilles gobelines. Ni plus, ni moins.

Une marmonement approbateur parcouru l'assemblée tandis que Thahild resta bouche bée devant un tel tarif. Pour sûr, les Nains payaient rubis sur l'ongle pour se débarrasser des nuisibles !

— Pour ceux qui ne me connaissent pas encore, je me nomme Ildhard. Je serais le chef de cette expédition. En signant le contrat, vous avez accepté d'encourir tous les risques. Je ne serais donc pas responsable de votre sort. Mais pour ceux qui veulent s'en sortir vivants, je vous conseille d'obéir à mes ordres. Nous serons accompagnés d'un maître de la terre pour nous guider dans les profondeurs terrestres.

Il désigna d'un mouvement de la main son camarade et se retourna vers le régiment avec autorité.

— Préparez-vous, le départ est imminent.

Les mercenaires s'activaient, aiguisant leurs armes et préparant leur sac. Roderick était déjà prêt à l'action et patientait appuyé contre un mur. Thahild était assise à côté de lui et caressait machinalement le manche de sa hache. Une voix claire l'arracha à ses pensées.

— Dame Thahild ?

Face à elle, un mercenaire humain aux longs cheveux blonds sales et arborant une cuirasse d'acier. Elle scruta son visage barbu avec surprise, persuadée d'avoir déjà vu quelque part ce nez busqué et ce regard vert mais étant incapable de se rappeler où. Le jeune guerrier semblait aussi surpris qu'elle, voir froissé.

— Vous ne me reconnaissez pas ?

Roderick décroissa les bras d'un air menaçant.

— C'est qui celui-là ?

Thahild analysa ses cheveux tressés et son visage sale et mal rasé. Le mercenaire avait le visage et les mains couturés de nombreuses cicatrices, apparement récentes. Lorsqu'elle le reconnu, elle sauta sur ses pieds et grimaça un sourire peu convainquant à Roderick.

— Oh c'est un ami de ma famille, on ne s'est pas vu depuis une éternité !

Elle attrapa le mercenaire par le bras et s'éloigna des oreilles indiscrètes du maître. Une fois suffisament loin, elle se pencha vers son interlocuteur.

— Par les Dieux, Fjori c'est bien vous ? Mais que faites-vous ici ?

— Qu'est-ce que vous faites chez les Nains ?

— Je suis l'enseignement de mon maître.

Fjori la dévisagea sans comprendre, les lèvres entrouvertes.

— Quoi ?

Thahild soupira en baissant les yeux.

— C'est une longue histoire...

Ils se mirent à l'écart du groupe et elle lui conta qu'elle avait quitté leur pays et son statut social et comment elle était devenue une disciple d'Eldingar. Fjori écouta son histoire, ébahi. Étrangement, cela soulagea Thahild de parler à quelqu'un qui savait qui elle était et d'où elle venait. Fjori désigna Roderick qui ne les lâchait pas du regard un peu plus loin.

— Il ne sait pas qui vous êtes vraiment alors ?

Thahild hocha négativement la tête.

— S'il l'apprend, il me ramènera à Fjellmor par la peau du cou.

Fjori hocha lentement la tête.

— Probablement. Votre père est un homme puissant.

À l'évocation de Thorod, la jeune femme ressenti un pincement au cœur. Son interlocuteur la scrutait avec une expression perplexe.

— Je ne vous aurais jamais cru capable de faire ça. Je veux dire, de quitter votre confort de vie, votre famille... En fait, vous êtes très différente du souvenir que j'avais de vous. J'ai bien failli ne pas vous reconnaître.

Thahild haussa les épaules avec ironie.

— Se faire calciner la figure par un monstre de feu ça change les gens. Même les filles de Jarl.

Fjori acquiesça lentement, une lueur naissant au fond de ses pupilles.

— Vous affrontez l'avenir avec courage, dame Thahild. Je respecte cela.

La disciple lui sourit. Elle aimait cette éclat dans son regard, signe d'un respect fraîchement acquis. C'était grâce à cette étincelle que des guerriers suivaient un Jarl et mourrait pour lui. Sans elle, un homme n'était rien. L'or et le pouvoir ne pouvait l'acheter, lui conférant une puissance inégalable.

Elle se levait chaque matin en ce promettant qu'un jour, cette lumière brillerait dans les yeux d'émeraude de son père.

— Et vous Fjori, pourquoi vous êtes parti ?

Le mercenaire se crispa très légèrement mais cela n'échappa pas à Thahild.

— Car la femme que j'aime ne voulait plus de moi.

Thahild se pinça les lèvres, mal à l'aise, sachant pertinement de qui il parlait. Visiblement, impatient de changer de sujet, Fjori désigna l'entrée des galeries.

— Vous êtes prête pour la purge ?

— Pas vraiment.

— Vous avez déjà... tué ?

— Non...

— Mais vous savez vous battre ?

— Je me débrouille.

La voix autoritaire d'Ildhard résonna.

— On se met en route ! Secouez-vous !

Fjori posa une main rassurante sur l'épaule de Thahild.

— Écoutez dame Thahild, j'ai participé à plusieurs expéditions comme celle-ci. Une fois là-bas, restez à mes côtés et je vous protégerais de mon mieux.

— Merci, Fjori.

— Ne me remerciez pas. Même en vadrouille, je reste un guerrier du Clan du Bélier.

***

Ils empruntèrent un large tunnel, Ildhard et le maître de la terre en tête.

Petite silhouette entre Roderick et Fjori, Thahild avançait à bon rythme, les mains crispées sur le manche de ses armes. Dans les galeries, l'air était lourd et sec et elle se mit rapidement à transpirer sous sa pesante cotte de maille.

La plupart de ses compagnons avaient le visage fermé. Certains semblaient préparés, d'autres paraissaient déjà regretter leur décision. Parmis les visages, elle vit de très jeunes hommes encore imperbes. La majorité n'avait pas encore remarqué qu'il y avait une femme parmis eux. Malgré la présence d'une bonne trentaine de personnes, il régnait un silence pesant.

Le maître de la terre s'arrêtait régulièrement pour leur ouvrir la voie. Il adoptait une posture stable, les pieds écartés et bien campés sur le sol. Dans ces moments-là, Thahild se dressait sur la pointe des pieds pour l'observer. Contrairement à la maîtrise du vent, ses gestes étaient lents et rigides. En aperçevant ses veines saillantes, on pouvait deviner l'effort que cela lui coûtait.

Le front luisant et les sourcils froncés, le Nain ouvrait de lourdes portes de pierre gravées de runes. La troupe s'avancait alors et le portail se refermait derrière eux dans un grondement sinistre. Thahild déglutit avec angoisse. Sans la maîtrise de la terre, il était tout simplement impossible de sortir d'ici.

Sans soleil et sans étoiles, il était bien difficile de mesurer le temps qui passait. Ils avançaient dans les profondeurs, épaules contre épaules, à la lueur vacillante des flammes.

Au début, la route était large et éclairées par des torches disposées à distance régulière. Sur les murs de nombreuses runes indiquaient le chemin ainsi que de nombreux bas-reliefs. Il y avait beaucoup de représentations de la déesse Mää, divinité de la terre. Elle étaient représenté comme une femme-montagne à la généreuse poitrine et ses bras enlacaient le peuple Nain dans un geste protecteur.

Mais plus ils progressaient, plus le chemin étaient pentu, preuve qu'ils s'enfonçaient profondément sous la montagne. Bientôt, il n'y eut plus de torches pour éclairer leur chemin et ils durent en allumer d'autres. Les murs qui les entouraient étaient également plus naturels, sans la moindre fioriture. Par endroits, les galleries étaient si étroites qu'ils ne pouvaient se faufiler qu'un par un par l'ouverture. Creusées par le petit peuple, elles étaient également assez basses, forçant les plus grands mercenaires à s'abaisser.

Thahild se sentait de plus en plus mal, écrasée par toute cette roche autour d'elle. Elle avait parfois l'impression de manquer d'air et respirait avec difficultée. Ses compatriotes semblaient souffrir du même mal, peu habitué à être sous terre. Les Nains quand à eux étaient dans leur élément et se mouvaient aisément. Leurs pupilles étaient adaptées à l'obscurité et ils n'avaient guère besoin de la lueur du feu.

L'itinéraire ne cessait de tourner aussi bien à gauche, qu'à droite, il s'enfoncait et s'élevait, tel un long serpent dans un lac. Ils passaient par de nombreux carrefours où plusieurs portes se dressaient face à eux. La jeune femme était complètement déboussolée, loin de ses repères. Quand bien même elle aurait voulu faire demi-tour, qu'elle n'aurait pu retrouver son chemin.

Piégée par la roche des Monts d'Ymirin et s'avançant au cœur des profondeurs terrestres elle suivait son groupe, les dents serrées et la peur au ventre.

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