Illumination

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L'impact fut si violent que Thahild en eut le souffle coupé. Son corps fut propulsé dans le vide, bras et jambes écartées. Tel un pantin désarticulé, elle semblait flotter, impuissante. Brusquement, le temps reprit son cours et tout s'accéléra.

Elle bascula dans le gouffre, son cœur lui remontant dans la gorge. Le maître disparut bien vite de son champ de vision et plusieurs lieues de roche défilèrent devant son regard horrifié. Le vent la faisait tournoyer comme une feuille morte. Elle cria comme elle n'avait jamais crié de toute sa vie. Tout se passait trop vite. Elle était complètement dépassée. Dans sa panique, elle battit frénétiquement des bras et des jambes, se déséquilibrant de plus belle. Son regard se posa sur le fond de la brèche.

Au fond du gouffre s'étendait un lac gelé. S'il était assez profond, elle aurait une chance de survie... Mais l'épaisse couche de glace qui le couvrait réduisait à néant ce maigre espoir. Une terreur sans nom l'envahit à l'idée de son corps se brisant avec violence sur l'eau solidifiée. Elle hurlait si fort que sa voix se brisa. Dans sa tête, une seule pensée.

" JE NE VEUX PAS MOURIR ! "

Elle se rapprochait de plus en plus vite de sa funeste destination. La jeune femme se débattait vivement, son instinct lui hurlant d'agir. Dans un geste désespéré, elle projeta ses bras en avant.

Dans ses entrailles, quelque chose se réveilla, s'intensifia. Une énergie pure et primitive. Elle remonta le long de son torse, parcourant ses nerfs et ses veines. L'ardeur se divisa dans chacun de ses bras, brûlant ses muscles et réchauffant son sang. De chacune de ses mains jaillit une lumière vive et instable, qui crépitait. Elle saillit si violemment que les paumes de Thahild semblèrent se consumer de l'intérieur. La douleur lui remonta jusqu'aux épaules mais le jet continua. Sa puissance était telle qu'elle expulsa Thahild en arrière. Quand les rayons entrèrent en contact avec la glace, celle-ci se brisa, projettant d'énorme éclats aux alentours. Un grondement sourd retentit pendant que le flux lumineux éventrait le lac. Ce dernier se fissura de part et d'autre en gémissant et de larges sillons d'eau noire apparurent.

L'énergie mourut comme elle était venue, sans prévenir.

Thahild se sentit soudainement épuisée, ses pensées prisonnières d'une brume de confusion. Sa chair endolorie se détendit et sa vision se troubla.

La jeune femme fut engloutie par les flots. Elle ressentit à peine le plongeon, coulant comme une pierre vers le centre du lac, ne ressentant ni peur, ni douleur. L'obscurité l'enveloppait et elle se laissa aller paisiblement. Elle n'avait plus conscience de son propre corps. Les battements de son cœur ralentissaient, ses poumons se vidaient et son esprit s'élevait.

Au fond du lac, parmis de nombreux squelettes, deux immenses visages de pierre reposaient. Inconsciente, elle ne vit pas leurs yeux et leurs bouches s'ouvrir, illuminés de l'intérieur.

Elle continua de sombrer de plus en plus profondément. C'est là, à la frontière de la vie et de la mort, qu'elle franchit le domaine des Dieux.

***

Pendant que son enveloppe charnelle mourait, son âme s'éleva vers un autre monde. Son être traversa l'eau, les nuages et les étoiles. Askiel s'étendait sous elle, immense et sauvage. Elle atteignit un endroit étrange où le temps n'existait pas. Elle flottait dans les airs, des aurores boréales serpentant autour d'elle, aux nuance émeraude et améthyste. Thahild n'était plus un être de chair et de sang, juste un esprit translucide. L'étincelle d'une conscience.

Elle n'était pas seule. Ils se tenaient devant elle. Immenses. Inimaginables.

Bien loin des représentations guerrières du sanctuaire, deux vieillards la fixaient de leur regard transperçant. Chacun assis sur un trône aussi grand que l'univers. Celui de droite arborait une tunique bleue et celui de gauche en portait une d'un blanc aveuglant. Bien qu'ils fussent vêtus avec richesse, leurs habits semblaient vieux et défraîchis. Leurs visages ridés étaient en tout point identiques, sans leurs vêtements, il aurait été impossible de les différencier. Leur visage et leur torse étaient tatoué des mêmes runes. Ils avaient les mêmes cheveux longs qui cascadaient jusqu'aux pieds des trônes. Leurs barbes étaient interminables et leurs yeux fatigués. Les échos d'une ancienne puissance émanaient des patriarches. Pourtant, à les observer de plus près, Thahild ressentait leur lassitude au plus profond de sa chair.

Cependant, leur simple présence était écrasante pour l'esprit d'un mortel. La jeune femme se sentait comme un insecte face à une montagne. Elle les observa, bouche bée. Vindur, vêtu de bleu, tendit la main et l'attira à lui. Elle atterrit au creux de sa paume, aussi insignifiante qu'un flocon de neige. Le Dieu du Vent l'approcha de son visage parcheminé et la sonda. Son regard plongea dans le sien. Ses yeux étaient incommensurables et éblouissants. Aucune pupille et aucun iris n'était visible. Ils étaient composés d'une lumière surnaturelle, à la couleur indéfinissable.

Elle sentait sa prunelle transpercer son âme, la mettre à nu. Ce regard divin n'épargnait nul secret. Une sucession d'images assaillirent son esprit. Des bribes de souvenirs, trop fugaces pour qu'elle puisse les assimiler. Quand l'image fuyante d'un dragon blanc s'imposa à elle, elle comprit que c'était sa vie que le Dieu examinait. Le dragon sembla particulièrement intéresser le créateur. Pendant qu'il faisait défiler son existence, la jeune femme se sentait terriblement mal. Le supplice sembla durer une éternité. Enfin, Vindur se redressa. Une fois le contact visuel rompu, Thahild vacilla, déstabilisée.

Le Dieu du Vent se tourna vers son frère et lui parla d'une voix grave. La jeune femme ne comprenait pas ce langage et le visage du vieillard était indéchiffrable. Le petit esprit observa les divinités converser, anxieux. Eldingar considéra la nouvelle venue avec un intérêt nouveau. Les Dieux paraissaient avoir conclu un accord.

Avec brusquerie, le dieu de la foudre l'attira à lui et toucha son front du bout d'un index colossal. Quand le doigt d'Eldingar entra en contact avec l'esprit de la jeune femme, des milliers d'étoiles explosèrent sous ses paupières. Son âme vibra violemment. Un torrent de pouvoir irradiait de l'Ultime Défenseur, la consumant de l'intérieur. L'esprit de l'humaine devint argent et lumière, illuminant les alentours. Thahild se sentait envahie par un sentiment de puissance inégalable. Son être se gorgea d'énergie divine, assoiffé.

Eldingar se retira, affaibli, mais l'âme de Thahild resplendissait toujours. Sa vision se brouilla, éblouie par sa propre lumière. Elle ne sentait pas le monde matériel qui l'appelait. Son corps avait atteint la limite. Son esprit devait retourner là d'où il venait.

Thahild se sentit chuter en arrière, inexorablement. Les Dieux se détournaient déjà, Eldingar s'affaissant sur son trône titanesque.

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