Les difficultés d'apprentissage

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Thahild éternua bruyamment. Cela faisait maintenant trois jours qu'elle était malade, sa gorge était douloureuse, sa tête lourde et elle devait sans arrêt se moucher. Le confort de son ancienne vie ne l'avait pas préparée à un tel climat. Les longues séances de maître Mildthra, à rester immobile dans la neige, n'arrangeaient rien. Marcher toute la journée était éprouvant, dormir dehors était pénible et supporter le mépris de Sven était harassant. Mais rien n'était aussi terrible que les séances de méditation.

Pour le plus grand malheur de Thahild, son maître ne jurait que par cela. Elle lui répètait sans cesse que c'était là que se trouvait la clé.

Chaque matin, à l'aube, Mildthra la réveillait en lui secouant doucement l'épaule. Pendant ce qui semblait être une éternité, elles méditaient ensemble, ainsi que Sven. Ses compagnons de route fermaient les yeux, le dos bien droit et paraissaient se perdre dans un univers parallèle tandis que le soleil montait dans le ciel. La séance se terminait quand Mildthra ouvrait les yeux.

Pour Thahild, c'était le pire moment de la journée. Elle essayait vraiment de suivre les conseils de son maître, mais cela semblait inutile. Elle avait froid. Elle avait faim. Et elle s'ennuyait fermement. Son esprit semblait incapable de cesser de réfléchir. Les pensées fourmillaient sous son crâne en un flot incessant.

Le nez bouché, elle sortit son mouchoir pour se soulager. Sven soupira avec impatience en l'entendant se moucher à nouveau. Mildthra, quant à elle, ne semblait pas l'entendre. Thahild rangea son mouchoir et se remit en position, les yeux larmoyants. Elle semblait bien lointaine la vie d'aventure vue d'ici. Qui aurait cru que le contrôle du vent dépendait de la méditation ? Elle était allée trop loin pour faire marche arrière, pourtant certains jours, elle regrettait amèrement sa décision.

Mildthra ouvrit les yeux, annonçant la fin de la séance.

Sven se remit debout en s'étirant tandis que Thahild restait avachie dans la neige, le regard baissé. Son maître tourna un regard plein de compassion à sa nouvelle apprentie.

— Je sais que c'est dur, Thahild. Mais tu dois persévérer.

— Je fais de mon mieux. Mais j'ai l'impression que cela ne me mène nulle part...

— Ton esprit est encore sauvage, tu dois apprendre à le dompter.

Mildthra leva la main gauche et effectua une série de gestes rapides et précis. De minuscules flocons de neige se soulevèrent avec délicatesse et s'agitèrent devant elles. Thahild observa leur danse avec fascination.

— Le vent est un élément particulièrement subtil à maîtriser. Tu dois faire preuve de concentration et de précision. Être aussi légère que la brise.

Elle referma le poing et les flocons retombèrent doucement.

— Ce ne sera pas facile. Cela prendra du temps. Mais avec de la persévérance, tu y parviendras.

— Vous en êtes vraiment sûre ?

Le maître haussa les épaules.

— Peu importe les certitudes. L'épreuve sera décisive.

— Maintenant qu'on en parle... En quoi consistera cette épreuve ?

Mildthra détourna le regard et se releva.

— Tu le sauras le moment venu. Maintenant, vient déjeuner.

En farfouillant dans ses poches à la recherche de son mouchoir, l'apprentie suivit son maître.

***

Les disciples de Vindur longèrent la grande route commerciale à l'abri des regards et bifurquèrent vers le Nord. Son sommet disparaissant sous les nuages, la montagne natale de Thahild se dressait derrière eux. Son ombre inquiétante engloutissait des pans entiers de forêt. Malgré les nombreuses lieues qu'ils parcouraient chaque jour, la distance qui les séparaient d'elle s'étendait à peine.

Toute la journée, la nouvelle apprentie avait la peur au ventre. Tant qu'elle serait sur les terres de son père, elle craignait que ses hommes la retrouvent et la ramènent de force chez elle. Quand ils croisaient d'autres voyageurs, Thahild prenait grand soin de se dissimuler sous sa profonde capuche et de ne rien dire. Avec son visage brûlé et son œil borgne, elle était bien trop identifiable. Si l'un d'entre eux la reconnaissait, le Jarl risquait d'envoyer ses guerriers à leurs trousses.

Par prudence, ils dormaient toujours à la belle étoile, évitant soigneusement les auberges et les lieux fréquentés. Quand ils étaient chanceux, ils trouvaient une grotte déserte ou un endroit protégé du vent. Mais la plupart du temps, ils s'installaient à l'endroit même où ils avaient cessé de marcher.

Dormir sur le sol gelé était une épreuve en soi. Ayant toujours vécu près d'un bon feu, Thahild n'avait jamais connu la difficulté de s'endormir quand on avait froid et qu'on tremblait incessamment, couché sur le sol dur. Elle s'emmitouflait dans son épaisse cape en laine et couvrait son visage douloureux pour dormir d'un sommeil peu profond. Rien ne semblait pouvoir réchauffer ses pieds et ses mains. Chacun à leur tour, ils montaient la garde. Laissant les deux autres se pelotonner l'un contre l'autre pour se tenir chaud. Avec le maître, c'était un réflexe de survie logique. Mais avec Sven, c'était un véritable supplice. Les deux apprentis ne se supportaient pas. Un tel contact physique leur répugnait. Mais la rudesse de l'hiver ne leur laissait pas le choix, alors ils se tournaient le dos et partageaient avec résignation leur chaleur corporelle.

Elle qui n'avait connu Askiel qu'à travers des cartes, le découvrait à présent en lieux et constatait à quel point le monde était vaste. Maintenant qu'ils avaient quitté la montagne pour les plaines, ils parcouraient plus de lieues par jour. Ils traversaient de profondes forêts blanches où les arbres disparaissaient sous la neige et contournaient de petits villages où ne vivaient que quelques familles.

Ses compagnons marchaient vite et longtemps. Elle les suivait comme elle pouvait, sans se plaindre. Les premiers jours, elle eut plusieurs cloques et ses jambes étaient douloureuses, ses muscles n'ayant jamais été aussi sollicités.

Maître Mildthra se révélait être une personne très silencieuse, semblant sans cesse perdue dans ses pensées. Quand à Sven, il se comportait comme si Thahild n'existait pas la plupart du temps. Quand il réagissait à sa présence, c'était pour montrer tout son mépris ou pour l'attaquer verbalement. Ce comportement énervait la jeune femme, mais étant la dernière venue, elle n'osait pas protester. Quand il dépassait une certaine limite, Mildthra lui lançait un regard sévère et il cessait. Mais il finissait toujours par recommencer. Thahild en était venue à la conclusion que c'était un imbécile et qu'il ne fallait pas qu'elle se préoccupe de lui. Elle l'imita et nia son existence.

Leurs repas étaient frugaux et se déroulaient en silence. Le repas du matin était froid tandis que le soir ils mangeaient chaud pour se préparer au mieux à la nuit glaciale. Mildthra et Sven n'étaient pas des cuisiniers hors pairs, tout ce qu'ils préparaient était insipide. Les quantités étaient maigres et Thahild n'avait jamais l'impression d'être rassasiée. Pendant qu'elle mâchait sans grande conviction son repas, elle repensait à la grande salle du château. Elle n'était jamais silencieuse, résonnant toujours de voix, de rires et de chants. Ce brouhaha jovial lui manquait terriblement.

Le froid, la faim et la fatigue la rendaient plus sombre. Elle n'était jamais isolée, mais cela ne l'empêchait pas de se sentir seule parmi ses compagnons de route. Même s'ils parlaient peu, Mildthra et Sven semblaient très proches. Les hivers passées ensemble avaient créé un lien puissant entre eux. Comme s'ils n'avaient pas besoin de se parler pour se comprendre. L'arrivée de Thahild avait suscité un déséquilibre dans leur harmonie.

"C'est peut-être pour cela que l'autre idiot me déteste..." se disait Thahild en fixant le dos de Sven.

Il était dur de garder le moral dans de telles conditions. Mais Thahild avait tout misé dans cette aventure, elle ne pouvait se permettre d'abandonner. Le temps des lamentations était révolu. Quoi qu'il lui en coûterait, elle irait jusqu'au bout.

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