Prise de décision

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Une fois qu'elle eut reprit ses esprits, Sigrid la raccompagna au sommet de la tour et la fit asseoir dans le fauteuil près du feu. Thahild était épuisée d'avoir tant pleuré et se prit la tête dans les mains. La servante lui proposa d'aller chercher un peu d'hydromel mais son amie hocha négativement la tête.

— Père m'a interdit de continuer à boire.

— C'est pour cela qu'il t'a convoquée ?

— Pas que pour cela...

Elle inspira profondément et raconta à Sigrid la conversation avec le Jarl. Avant même qu'elle pût terminer, cette dernière s'emporta.

— Comment a-t-il pu te dire de telles horreurs ?

Thahild eut un haussement d'épaules blasé et Sigrid fronça les sourcils.

— Orgnolf... Je ne me rappelle plus lequel c'était... Ce n'était pas le grand maigre ?

— J'aurais préféré..., soupira Thahild. C'était son cadet, le petit gros.

Sigrid fit une moue dégoûtée.

— Passer d'Arnald à un balourd dans son genre, c'est assez cruel... Mais peut-être que ce sera un mari charmant ?

— Selon mon père, je devrais m'estimer heureuse que le Jarl Odrav daigne me laisser épouser l'un de ses fils...

La jeune femme remonta ses genoux et appuya son menton dessus, les sourcils froncés.

— Il a honte de moi. Je le sens. Il ne voit que mes erreurs. Tout le reste lui importe peu.

Elle se releva, et se dirigea vers le grand miroir dans le coin de la pièce. Elle observa sa peau mutilée, son orbite vide. C'était une sensation bien étrange que de ne plus rien ressentir là où autrefois une joue avait été embrassée et caressée. Elle promena ses doigts sur les profondes craquelures avec aversion.

— Il attend de moi que je sois présentable pour l'hiver prochain. Comme si on pouvait m'arranger cela...Tout ce que je peux faire, c'est camoufler les dégâts.

Ne supportant plus de voir son reflet, elle remit son bandeau.

— Avec un visage pareil, je ne connaîtrai plus jamais l'amour...

— Ne dis pas ça. On ne sait pas ce que l'avenir te réserve.

— Tu parles d'un avenir... Avant la fin de l'hiver, je me serai ouvert les veines.

— Thahild ! Le suicide est la pire des morts ! la réprimanda Sigrid, l'air choqué.

— Je m'en fiche complètement Sigrid. Je VEUX mourir. Je veux échapper à cette vie.

La jeune femme se laissa tomber sur son lit.

— Je n'ai plus la volonté de continuer.

— Tu ne dois pas dire des choses comme ça.

— Ce n'est que la vérité.

"Et il n'y a aucun mal à la dire..." pensa-t-elle avec amertume.

Son regard se posa sur la marque de la fille du Vent. Sa brillance s'était estompée dans la nuit, mais l'oiseau était encore bien visible. Elle repensa à la proposition de Mildthra. Sigrid suivit son regard et sut immédiatement à quoi elle pensait. La servante vint vers elle et s'assit à ses côtés sur le matelas.

— Je pense que tu devrais le faire.

— Je ne sais pas si j'ai assez de courage...

— Tu en as envie, je me trompe ?

Thahild prit le temps de réfléchir avant de lui répondre. Ces histoires de Dieu, elle n'y croyait qu'à moitié. Mais elle était incapable d'expliquer de façon rationnelle, ce qu'il s'était produit avec l'encre bénie. Ce ne pouvait être un tour de passe-passe, car la marque était toujours bien présente dans sa chair. Si l'encre était magique, peut-être qu'il existait dans ce monde toutes sortes de phénomènes dont elle ignorait jusque-là l'existence ? Cette perspective était assez excitante. Elle repensa à sa discussion avec le Jarl et ressentit une joie féroce à l'idée de faire quelque chose d'inattendu et mieux que cela, quelque chose de défendu.

— Non tu ne te trompes pas. Je veux partir.

— Alors ne te laisse pas ralentir par quelques craintes. Mais tu dois te hâter, sinon elle risque de partir sans toi !

— Je ne peux m'enfuir en plein jour. On risque de me voir.

— Attendons le souper, la majorité du château sera dans la Grande Salle et tu pourras te faufiler sans être vue.

Thahild approuva, excitée.

— Bonne idée ! Ainsi j'aurai le temps de me préparer.

Elle se leva et commença à faire les cents pas.

— Il me faudra des vêtements de voyage, de la nourriture,...

Un doute l'assaillit soudain et elle s'immobilisa.

— Sigrid... Si j'arrive à m'enfuir, Père te tiendra responsable.

— Ne t'inquiète pas pour ça, je compte partir avec toi, lui répondit avec assurance la servante. Je t'accompagnerai jusqu'à l'auberge et ensuite je partirai de mon côté.

— Mais où vas-tu aller ? demanda Thahild, surprise.

Sigrid haussa les épaules.

— Probablement dans les terres du Clan de l'Ours. Je comptais m'y rendre après ton mariage. Mais suite à l'attaque du dragon, j'ai décidé de rester à tes côtés. Cependant si tu t'en vas, plus rien ne me retiens.

Thahild l'observa sous un jour nouveau.

— Tu as reporté ton départ pour moi ?

— Oui. Qui d'autre aurait pu te supporter ? soupira la servante, une lueur d'ironie dans le regard.

— Pas grand monde, lui dit Thahild en souriant.

Les deux jeunes femmes échangèrent un sourire complice.

***

Peu de temps après, Ulin vint la voir. Il rentra dans la pièce, l'air sincèrement inquiet.

— Le Jarl m'a raconté votre discussion.

Thahild, assisse dans son fauteuil, serra les poings, la simple évoquation de son père la mettant en colère. Ulin poursuivit avec objectivité.

— Thorod n'a jamais été très compréhensif. Et ce n'est pas à son âge qu'il va le devenir. Je ne cherche pas à excuser sa brusquerie, mais essaie de te mettre à sa place. Il ne le montre pas, mais la perte de ses jambes le ronge cruellement. Laisse-lui un peu de temps. Ses paroles ont dépassé sa pensée...

— Peut-être, pourtant elles contiennent une part de vérité. Je ne suis pas dupe Ulin. Je le connais aussi bien que toi.

— Il est en colère mais ce n'est pas contre toi.

— Tu mens. Il me tient responsable de ce qui lui est arrivé. Et dans un sens, il a raison.

— Quand il aura accepté son handicap, il ne pensera plus de telles choses, tu verras.

— Quelle ironie... Je dois lui laisser du temps et me montrer compréhensive, alors qu'il déplore ma faiblesse ? C'est hors de question. C'est toujours moi qui doit me plier à sa volonté. Lui ne se met jamais à ma place.

— Thorod ne s'abandonne jamais au désespoir, alors j'imagine qu'il a du mal à comprendre que d'autres le fassent.

— Je ne suis pas comme lui. Je n'étais pas préparée à tous ces évènements horribles qui me sont arrivés...

— Personne n'est préparé à de telles choses Thahild.

Parler calma quelque peu la colère de la jeune femme, elle se retourna et posa sur le conseiller un regard triste.

— Est-ce que tu penses comme lui Ulin ? Ai-je fait honte au Clan ?

— Je pense que n'importe qui aurait besoin de temps pour s'en remettre. Mais maintenant, tu dois tourner la page. Tu ne peux pas rester éternellement cachée dans tes appartements. Le Clan a besoin de toi.

— Le Clan a Père, mon oncle... Et toi. Il n'a pas besoin de moi, soupira Thahild avec indifférence.

— Peut-être pas dans l'immédiat, mais un jour c'est toi qui les guideras, lui assura Ulin avec fermeté. D'ici là, tu apprendras à être plus forte.

Thahild baissa les yeux sur la marque d'argent.

— Oui... Je vais être plus forte.

Elle redressa la tête.

— Je vais me reprendre en main, je te le promets.

Le conseiller parut surprit par une telle promesse mais un franc sourire illumina bientôt ses traits.

— J'en suis certain. Un jour, il sera fier de toi.

Prise de remords devant le regard honnête du vieux conseiller, elle se leva et le prit dans ses bras. Surpris par cette démonstration affective, il lui rendit maladroitement son etreinte. Elle ferma les yeux, sentant l'émotion monter.

— Je suis heureuse que nous ayons pu parler.

Elle se dégagea et essuya une larme. Ulin lui passa une main épaisse dans les cheveux, la décoiffant et lui promit de tout arranger avec son père.

La jeune femme l'observa quitter ses quartiers, un goût de regret dans la bouche. Elle s'en voulait de partir sans lui dire au revoir, mais elle ne pouvait se permettre de lui en parler. Il l'empêcherait de partir coûte que coûte et serait tenu d'avertir le Jarl. Si Thorod apprenait qu'elle comptait lui désobéir... Un frisson la parcourut.

"Je n'ose imaginer à quel point il serait furieux."

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SG
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