Le masque de la souffrance

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Les jours s'écoulèrent, chacun d'eux plus long que le précédent. Thahild ne quitta plus sa tour. Son œil gauche était emprisonné sous les pansements et restait clos. Plusieurs fois par jour, le désespoir déclenchait une crise de larmes si longue qu'elle en ressortait épuisée, le visage enfoui sous l'oreiller.

Il n'y avait pas si longtemps, elle respirait le bonheur et était promise à un avenir radieux. Aujourd'hui, il ne lui restait plus rien. La fatalité avait creusé un gouffre où son esprit s'enfonçait de plus en plus chaque matin.

Le clan entier était en deuil. Ce qui devait être un jour de fête s'était transformé en massacre à ciel ouvert. Sur les quatre-vingt personnes présentes ce jour-là, une cinquantaine avaient péri sous le feu du dragon. Parmi lesquels guerriers, serviteurs et nobles. C'était un véritable miracle que le Jarl et sa fille aient survécu. Dans les moments de lucidité, cette pensée l'obsédait.

"Pourquoi avons-nous survécu ? Nous étions seuls face à lui. Que s'est-il passé quand je me suis évanouie ?"

Quand son oncle vint à son chevet, elle lui posa la question.

— Ce qu'il s'est passé ? La plupart des survivants encore vaillants étaient trop loin de la bête pour venir vous aider. La situation semblait déséspérée... Le dragon a observé le carnage et a paru... satisfait et il a pris son envol. Quand il a disparu de mon champ de vision, j'ai remonté la colline et je vous ai trouvés tous les deux dans la neige...

Il serra les poings et la regarda avec insistance.

— Pourquoi étais-tu là Thahild ? Pourquoi n'as-tu pas fui ?

Elle baissa la tête, honteuse.

— J'étais en train de le faire. Mais j'ai aperçu Père, accroché au cou du dragon. Je l'ai vu chuter dans la nuit. Je ne pouvais pas l'abandonner...

Elle cacha son visage dans ses mains et au contact de l'épais bandage, fondit en larmes.

— Je sais à quel point c'était stupide...

Thorgod s'assit sur le rebord du lit et prit sa nièce dans ses bras en la berçant doucement.

— Allons, allons... C'était très courageux de ta part.

Il lui caressa maladroitement les cheveux, cherchant vainement à la rassurer.

— Tu nous as fais gagner un temps précieux en t'interposant...

Il garda le silence un moment, les yeux perdus dans le vide.

—Je crois même que tu as sauvé la vie de Thorod.

D'une voix étranglée, Thahild lui répondit.

— Mais à quel prix ?

Elle pressa son visage contre la froide cotte de maille de son oncle et se laissa aller à son désespoir. Ils restèrent là un long moment, se raccrochant l'un à l'autre pour ne pas sombrer.

***

Chaque matin, Agata lui rendait visite pour changer son pansement. À l'aide d'un petit couteau, elle raclait sa joue gauche pour enlever les parties nécrosées. Si la jeune femme n'avait pas été rassurée à la vue de l'instrument, elle n'avait pourtant ressenti aucune douleur quand la guérisseuse s'était mise au travail.

Ensuite, la vieille femme désinfectait la blessure et la pansait avec du tissu propre. Thahild était déchirée entre l'envie de voir son visage et la peur de découvrir la vérité. Elle n'était pas guérisseuse, mais l'absence de sensation la terrifiait. La brûlure devait être extrêmement grave. Dans un premier temps, elle se contenta de laisser travailler Agata, se bornant à éviter le sujet et à ignorer le miroir de sa chambre.

Un matin, elle se sentit capable d'affronter la vérité. Elle leva une main tremblante et caressa ce qui était il n'y a pas si longtemps, une joue douce et charnue. Mais la peau qu'elle touchait maintenant était craquelée, sèche et dure. À son grand désespoir, elle ne sentait pas les doigts posés sur cette joue. Malgré l'absence de pansement, le côté gauche de la pièce resta dans l'obscurité. Elle tenta d'ouvrir sa paupière, en vain. Incapable de se retenir, elle se leva brusquement et se dirigea vers le seul miroir de la pièce. Agata l'osberva sans dire un mot. Un terrible choc secoua la jeune femme quand elle aperçut son reflet.

"Les Dieux n'ont-ils donc aucune pitié ? " se dit-elle avec horreur.

Le feu du dragon avait brûlé la face gauche de son visage et malgré les cataplasmes de la vieille guérisseuse, le résultat était monstrueux. Du milieu de son front au coin gauche de sa mâchoire, son visage n'était plus qu'une croûte blanchâtre. Par endroits, on devinait la forme du crâne. Son oreille s'était liquéfié et n'était plus qu'un vague amas de chair recroquevillée. Une partie de ses cheveux avait brûlé, dénudant sa tempe. Mais le pire était à venir. Son oeil gauche semblait avoir fondu, laissant derrière lui un orbite noir et profond, où le contour blanc de l'os se dessinait clairement. Elle resta figée un moment, la bouche entrouverte, à observer le morbide reflet qui était désormais le sien.

"Si je n'avais pas chuté au dernier moment, c'est tout mon visage qui aurait flambé." Se dit-elle, dans une tentative désespérée d'optimisme.

Mais une pensée sarcastique brisa ce vain effort.

"Si tu n'avais pas chuté tu serais morte. Et tu n'aurais pas à vivre défigurée."

Sans réfléchir, elle projeta son poing serré dans le miroir en hurlant. La glace se brisa sous l'impact, plusieurs morceaux volant dans la pièce. Mais Thahild continua à cogner, insensible aux élancements douloureux de ses mains. Elle entendit au loin Agata appeler des gardes en renfort. Plusieurs mains l'empoignèrent avec force et l'immobilisèrent. La guérisseuse attrapa fermement son menton et lui fit boire quelque chose. Elle se débattit violemment en hurlant des paroles incompréhensibles mais le calmant la fit rapidement sombrer.

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Sacha G.
Bonjour,

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SG
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-wandis
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