Le Clan du Corbeaux

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Le Jarl Odrav avait apporté avec lui bien plus que ses enfants et ses hommes, il avait également suscité un élan de vie dans la forteresse si paisible en temps normal. Les puissants guerriers de son clan se pavanaient partout avec un air supérieur. Thahild les observait les sourcils froncés car, à les voir ainsi, ils paraissaient en territoire fraîchement conquis. Qu'ils se comportent de la sorte sur les terres de son père l'agaçait profondément. Pourtant, le Jarl Thorod ne semblait pas s'en soucier, comme la plupart des habitants du château, qui les traitaient avec respect et admiration.

Ces hommes étaient les héros du Nord. La plupart d'entre eux n'étaient même pas nés sur les terres du Jarl Odrav et venaient d'un peu partout. Mais leurs aptitudes au combat ou leurs exploits leurs avaient permis de faire partie du Clan le plus puissant de tout Askiel. Chaque garçon rêvait d'en faire partie une fois devenu homme. Être un guerrier ours signifiait honneur et prospérité.

Cette présence rendait l'air fébrile et joyeux autour d'eux. Les femmes célibataires leur tournaient autour en groupe leur lançant des regards aguicheurs, avant de s'en retourner à leurs activités en gloussant.

Quand le soleil se couchait, les guerriers allumaient des feux aux alentours et chantaient toute la nuit. Les repas se prenaient dans la bonne humeur et où que l'on soit dans la forteresse, on pouvait entendre le rire puissant du Jarl Odrav. Seuls les chasseurs gardaient leurs distances avec les guerriers ours. Les deux clans se jugeaient avec froideur quand ils étaient dans la même pièce mais ne se permettaient aucun commentaire par respect pour leurs hôtes.

Contrairement aux Ours, les fils du Corbeaux arrivèrent aux premières lueurs de l'aube. Sittar, l'héritier, était très élégant, tout de noir vêtu et de longues plumes brillantes brodant sa cape. Ses fins cheveux noirs étaient attachés par un ruban de soie et un bouc tentait tant bien que mal de dissimuler son menton pointu. Ses yeux gris et vifs entouraient un nez aquilin. Il était accompagné de son cadet, Sigfred. Tout comme son frère, il avait le visage émacié, le menton pointu et les cheveux longs. Mais si son aîné affichait un visage inexpressif, Sigfred arborait un air narquois, comme si tout cela n'était qu'une plaisanterie. Sa tunique était d'un pourpre provocant et un anneau d'argent brillait à son doigt. Sittar descendit avec agilité de cheval et serra l'avant-bras de Thorod.

— Jarl Thorod. Nous venons représenter le Clan du Corbeau.

— Sittar, Sigfred, merci d'être venus.

— Nous ne pouvions pas rater de telles festivités.

Il tourna lentement ses yeux gris vers Thahild, qui attendait aux côtés de son père.

—Thahild, j'espère que vous serez heureuse.

—Merci Sittar.

Les yeux pâles du jeune esclavagiste ne cillaient pas et elle était persuadée qu'ils n'avaient pas cillé une seule fois depuis qu'il était descendu de cheval. D'un pas souple, il s'avança vers Arnskar et Arnald et tendit la main au Jarl.

Ce dernier le considéra quelques secondes, avant de la lui serrer brièvement. Les deux hommes n'échangèrent pas un mot. Sittar salua ensuite Arnald d'un bref hochement de tête. Sigfred s'avança à son tour et salua tout le monde. Il détailla Thahild avec tant d'impertinence que Arnald se rapprocha d'elle, menaçant. Le jeune esclavagiste recula avec un air narquois.

Son frère lui lanca un regard peu amène et claqua des doigts sans même se retourner.

Ses hommes s'écartèrent pour laisser apparaître cinq Orcs massifs, avec pour seul vêtement une tunique de lin en piètre état. Les Orcs étaient des forces de la nature, mesurant au moins sept pieds et pesant dans les 600 livres. Leurs bras étaient si longs que le bout de leurs doigts effleuraient leurs genoux. Leur peau était laiteuse et leurs cheveux aussi blancs que la neige. De nature carnivores, leurs dents étaient tranchantes et proéminentes. Les Orcs possèdaient une visage plus allongé que les Hommes, de larges narines et que des yeux plus petits et plus rapprochés.

Les esclaves étaient enchaînés les uns aux autres par une chaîne d'acier qui leurs meurtrissait les poignets et les chevilles. Du sang noir s'écoulait lentement entre les maillons de la chaîne. Malgré la neige, ils allaient pieds nus.

"S'ils le voulaient, ils pourraient aisément la briser..." pensa Thahild.

Sur leur torse puissant, ils portaient la marque des esclavagistes. À l'aide d'une fine lame, on découpait la chair des jeunes orcs. La cicatrice qui apparaissait ensuite avait la forme d'un corbeau aux ailes déployées.

En observant leurs yeux fixant le sol avec soumission, elle ne se fit pas d'illusions.

"... Mais ils ne le feront pas."

Elle qui avait toujours vécu au contact d'esclaves orcs, se sentit presque coupable à la vue de ces géants brisés. Dans le Clan du Bélier, les esclaves travaillaient principalement dans les mines. C'était un travail éprouvant mais s'ils travaillaient bien, ils étaient bien traités. Ils étaient vêtu convenablement, étaient aussi bien nourris que les guerriers et passaient l'hiver au chaud. Néanmoins, ceux qui se tenaient devant elle n'avaient plus aucune fierté, ils n'étaient que des carcasses vides et silencieuses.

Sittar les désigna avec désinvolture, comme s'il s'agissait de simples objets.

— Un cadeau de notre clan pour votre mariage.

Thahild hocha respectueusement la tête.

—Nous sommes honorés de votre présent, fils du Corbeau.

Sittar inclina lentement la tête.

— C'est la moindre des choses.

Lorsque les Jarls accompagnèrent les deux frères à l'intérieur du château avec leurs suite, Thahild resta sur les marches de pierre à contempler les cinqs orcs frissonnants qui attendaient dans la cour. Désormais, elle était leur maître.

Elle fit appeller un contremaître. Lorsqu'il arriva, elle lui donna ses instructions.

— Veille à ce que ces orcs soient nourris et abreuvés. Je veux aussi qu'ils aient de nouveaux vêtements et qu'on leurs enlève ces chaînes. Demain, tu leur donneras du travail.

L'homme s'inclina gracieusement.

— Il en sera fait comme vous le désirez, ma dame.

Il se tourna vers les géants silencieux et leurs ordonna de le suivre. Le mince tissu que portait l'un des esclaves glissa, découvrant la peau épaisse de son large dos. Chaque parcelle de son épiderme était marquée de cicatrices. Thahild se demanda le nombre de coups de fouet qu'ont avait bien pu lui infliger au cours de sa triste existence. Elle souleva un pan de sa robe et rentra à l'intérieur du château, préférant penser à des sujets plus agréables.

Tous les clans étaient désormais présents pour le mariage. Mais il manquait encore quelqu'un d'important à l'appel. Et il n'était pas réputé pour sa ponctualité.

"J'espère qu'il arrivera à temps... " se dit-elle en s'enfonçant dans les entrailles de la forteresse.

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