Prologue

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Akunir planait lentement au-dessus des nuages, dans la blanche lumière du matin, sa silhouette reptilienne était imperceptible. En contrebas s'étendait une forêt de sapins balayée par les vents tandis que les flocons de neige tourbillonnaient dans la tempête. C'était une immense étendue sauvage et désolée, oubliée du monde. La terre des Géants.

Le sang tiède du cerf coulait dans son gosier, attisant sa faim. Pourtant, il résista. Uxria l'attendait, leur futur blottit entre ses pattes.

Dans ces contrées, donner la vie était un exploit. Même pour les dragons.

Il suffisait de quelques instants d'inattention pour que le froid ne fissure les coquilles, gelant à jamais le cœur des dragonneaux. Pour que les petits survivent, il fallait protéger les œufs avec la chaleur de leur ventre.

Le mâle et la femelle alternaient les rôles, l'un réchauffant les petits corps tandis que l'autre chassait. Il était pénible pour un dragon de rester enfermé sous la glace et la roche, eux qui vivaient en chevauchant les vents. Mais il fallait mettre les dragonneaux à l'abri.

Akunir était bien placé pour le savoir.

Les œufs de dragon étaient faits d'une coquille brillante comme le diamant et depuis toujours, elle attirait la convoitise des autres races.

Autrefois, la tanière où il avait vu le jour avait été la cible d'une attaque.

Quelle ironie. Akunir était le plus faible de la portée, sa mère et son père craignaient qu'il ne passe pas l'hiver. Pourtant, il avait été le seul à s'en sortir. Sa petite taille lui avait permis de se glisser dans une brêche de la paroi et de s'y cacher, tremblant de peur. Malheureusement, ses frères et soeurs étaient trop larges pour pouvoir faire de même.

Il se souvenait encore du regard terrifié de sa soeur tandis qu'on enfonçait un poignard entre ses écailles encore tendres. Ce jour-là, il avait vu la mort pour la première fois.

Une fois le massacre accompli, les humains avaient mutilé les dépouilles, emportant tout ce qu'ils pouvaient transporter, les écailles, les yeux, les griffes... Ils avaient décapité sa mère et emporté sa tête comme trophée. Son crâne devait reposer quelque part, dans les sombres entrailles d'une forteresse.

Jamais il n'oublierait l'odeur du sang des siens.

Malgré le peu que la nature lui avait donné, il avait survécu. Il avait rampé, se nourrissant de petits animaux. Akunir évitait soigneusement tous les bipèdes qui croisaient sa route, qu'ils soient humains, nains ou elfes.

Lune après lune, il était devenu un gigantesque dragon blanc, certes pas aussi imposant que l'était son géniteur ni aussi fort que l'aurait été ses frères en grandissant, mais suffisament pour prouver sa valeur.

Le temps avait passé et les meurtriers n'étaient plus que poussière.  Mais jamais il ne pardonna.

Parmis les siens, Akunir était respecté et craint. Après des siècles de solitude, il avait rencontré Uxria, une jeune dragonne aux écailles pâles comme la brume.

À ses côtés, il était prêt à fonder sa propre famille.

Lorsqu'elle fut pleine, il l'emmena dans le Grand Nord, sachant qu'aucun homme ne serait assez fou pour s'y aventurer. Là-bas, la portée y serait en sécurité.

Akunir battit des ailes et accéléra la cadence, impatient de retrouver sa famille.

***

Alors que le soleil était haut dans le ciel, il arriva à destination. Après avoir jeté un regard prudent aux alentours, il s'enfonça sous la glace grâce à un tunnel abrupt, le passage se rétrécissant sur la fin, il se glissa gauchement dans la tanière. Uxria ouvrit un œil doré à son arrivée. La voûte de la caverne était humide sous la chaleur du corps de la dragonne. Une goutte d'eau tomba sur le museau d'Akunir et s'évapora aussitôt.

"Mon bien-aimé."

Il déposa son butin devant elle et frotta ses cornes contre les siennes, s'enivrant de son odeur.

"Je suis de retour."

Elle lui lécha les écailles avec tendresse et se tourna vers son repas, affamée. Tandis qu'elle se sustentait, il renifla les coquilles avec affection et d'un geste protecteur, les enveloppa de sa chaleur.

Fatigué de son long voyage, il s'étira en grognant. Il concentra son ouïe sur les alentours. Il distinguait les hurlements du vent qui s'accentuaient. Les gouttes d'eau qui s'écrasaient contre le sol. La faible respiration d'une famille de rongeurs qui hibernait sous terre. Le cœur de sa compagne, battant à l'unisson avec le sien. Rassuré, le sommeil ne tarda pas à gagner le grand reptile.

***

Akunir avait mal aux ailes. Il était épuisé d'avoir tant volé mais ne pouvait s'arrêter.

Terrifié, il sillonait les cieux à la recherche de son fils.

Il sentit l'odeur de la mort bien avant de la voir.

La forêt était en feu. Le ciel était d'un noir de jais et grondait avec menace. Un orage approchait. Pourtant il n'avait rien de naturel.

Son dernier enfant gisait dans l'herbe, ses yeux blancs fixant le ciel.

Akunir atterit lourdement à ses côtés, fou de douleur. Une plaie déchirait le poitrail de son fils, exhibant les os et les muscles. Au plus profond de la blessure, une absence. Son cadet n'avait plus de cœur.

Son gosier était brûlant, ne demandant qu'à cracher un torrent de flammes vengeresses. Partout, l'odeur des hommes. Akunir releva la tête vers l'ouragan et poussa un grondement terrible. La terre trembla sous la puissance de sa peine.

C'est alors qu'il le vit.

Un humain bardé de métal, face à lui. Les éclairs se reflétaient sur son armure noire.

Derrière lui, un blason d'argent claquait violemment sous les bourrasques, représentant un animal aux cornes imposantes.

Le guerrier le toisait, semblant l'attendre. Il était sereinement assis sur un rocher, les gantelets rougis sur le pommeau de ses armes.

Akunir montra les dents et arqua le dos. Il gonfla les ailes pour intimider son minuscule adversaire.

Nullement effrayé, l'homme se mit debout et dégaina.

Le dragon blanc plissa les yeux et chercha la lueur de son regard sous le heaume gravé. Brillant dans l'ombre, il ne trouva qu'un œil unique.

***

Le grand reptile se réveilla en sursaut, de la fumée sortant des naseaux et les cornes vibrant douloureusement. Uxria le contemplait, inquiète.

"Encore le même rêve ?"

Akunir hocha sa lourde tête avec angoisse. Il se blottit contre le flanc brûlant de sa compagne.

"J'ai peur Uxria. J'ai peur pour nos petits."

Elle posa sa tête contre la sienne, rassurante.

"Nous les protégerons, mon bien-aimé. Personne ne leur fera de mal."

"Tu te trompes."

Il lança un regard inquiet vers sa progéniture.

"Un jour, il viendra pour eux."

Uxria eut un reniflement sceptique. Il lui lanca un regard courroucée.

"Tu ne me crois pas ? Ce n'est pas un rêve ordinaire Uxria ! Il me hante depuis plusieurs lunes !"

"Tu es trop superstitieux..."

"Je sais que c'est un mauvais présage ! Je le sens au plus profond de mes veines."

Uxria poussa un long soupir.

"Supposons que tu aies raison, les humains vivent moins longtemps que nous, Akunir. Ton mystérieux guerrier n'est peut être même pas encore né."

"Qu'importe. Je le trouverai."

Le dragon blanc plongea son regard dans celui de sa compagne avec détermination.

"Je ne laisserai pas cette tragédie se produire."

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