Solas et Dorchadas

Une minute de lecture

Au commencement, il n'y avait qu'ombre et lumière.

Immenses et infinies, les divinités créatrices ne connaissaient ni la bonté, ni la cruauté.

Divinité de l'été, Solas était l'impulsion vitale du commencement.

Divinité de l'hiver, Dorchadas était l'impulsion destructrice de la fin.

Ils étaient les Jumeaux, aucun d'eux ne pouvant exister sans l'essence de l'autre. Le frère et la sœur étaient étroitement enlacés.

Pour concevoir l'univers, les Jumeaux devaient se séparer. Avec souffrance, ils s'arrachèrent à cette étreinte. L'une s'enfonça de plus en plus bas et l'autre s'éleva de plus en plus haut.

De Solas, naquit le spirituel et de sa main dorée, il modela la voûte céleste. Ses premiers enfants furent la lune, le vent et la foudre.

Dorchadas engendra le matériel et les profondeurs terrestres. Ses premiers enfants furent la terre, l'océan et la mort.

Le pouvoir des descendants était grand, mais moindre que celui des créateurs. Pour continuer d'exister, ils avaient besoin de la foi.

Alors ils donnèrent la vie. Différentes races naquirent, à l'image des divinités mineures.

Le monde était jeune et les Dieux étaient puissants.

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Défi
PM34

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Défi
M.P
Réponse au défi de touna. Écrire une histoire avec des paroles de chansons :)
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Patrick Peronne















Mon grand-père est mort le seize juillet deux mille douze , de vieillesse bien sûr , mais de solitude , de guerre lasse , de cette absence d'envie qui appelle tous les abandons.
Il s'est éteint pendant son sommeil , comme me l'a expliqué le médecin référant de la maison de retraite les Floralies , dans laquelle il séjournait depuis deux ans , après la première attaque cérébrale qui lui avait fait comprendre qu'il était temps de rendre les armes et de se constituer prisonnier.
-Il n'a pas souffert , m'assura l'élève appliqué d'Hippocrate !
-Qu'en sais-tu ? aurais-je voulu répliquer à ce médecin malgré lui.
Je restai seul avec le gisant dans la petite chambre où ses derniers rêves s'étaient brisés contre les murs indifférents d'une cellule d'à peine quinze mètres carrés.
La mort l'ayant faite sienne , il était normal qu'il ressemblât à présent à un mort.
Il n'avait jamais été croyant.
Il eût été déplacé pour l'agnostique que je suis de manifester un geste ou un signe témoignant de l'appartenance à l'une ou l'autre secte.
Je me contentai d'un : - Adieu grand-père , et l'abandonnai à ce lieu qui n'attendait que le suivant.
Au secrétariat , après les condoléances formelles , une charmante jeune femme me remit une somme de papiers en échange desquels , je lui remis la dernière somme correspondant aux derniers frais d'hôtellerie du défunt.
De retour chez moi , je vis au milieu de la paperasse une enveloppe à mon nom.
Je l'ouvris.
C'était une lettre que m'avait écrite mon grand-père.
J'entrepris de la lire.


« Fiston (c'est ainsi qu'il m'appelait)...tu ne reconnaîtras pas mon écriture , mais pour ménager l'effort auquel tes yeux vont consentir , j'ai demandé à une voisine dévouée , que je tiens en grande estime , d'être la main que je n'ai plus .
J'en viens au fait.
Le quinze juillet mille neuf cent quarante-deux , j'habitai avec mon père , ma mère et mes deux sœurs dans le Xe arrondissement près de la porte Saint-Martin.
Ce soir-là la famille Bloch luttait comme elle le pouvait contre le couvre-feu et l'impossibilité de sortir pour prendre l'air . Elle luttait contre une chaleur étouffante et contre le confinement lié à l'exiguïté de notre petit deux-pièces.
C'était un soir d'été qui aurait ressemblé à tant d'autres soirs d'été si des uniformes verts de gris , des miliciens et des gendarmes serviles ne l'avaient transformé en été d'occupation.
Ma mère avait arrangé notre petit appartement de telle sorte que chacun des membres de notre famille pût disposer d'un minimum d'intimité.
Mon petit matelas était à l'abri des regards derrière un paravent.
Nous nous souhaitâmes bonne nuit vers dix heures , et je laissai les membres croyants des Bloch sacrifier au rituel des prières juives du coucher.
Je ne fermai pratiquement pas l'oeil de la nuit , mais sursautai à l'aube de ce seize juillet lorsque la police française initia ce que les livres d'histoire qualifient aujourd'hui de «  Grande Rafle » ou de «  Rafle du Vel' d'Hiv ».
Je te passe les hurlements , les arrachements , les cris déchirants , les larmes , les coups de poing , les coups de crosse , les coups de feu...Tout ça ,tu ne l'ignores pas.
Je fus séparé des miens et me retrouvai dans un fourgon avec d'autres garçons de mon âge encadré par les cerbères de Belzébuth.
Nous ignorions notre destination.
Nous ne parlions pas.
Les regards que nous échangions ne pouvaient dissimuler la conscience que chacun avait de la tragédie qui avait décidé de nous écraser.
Le fourgon filait comme s'il avait voulu échapper à lui-même , refuser le rôle qu'on l'obligeait à jouer, déjà se fondre dans l'oubli et nier toute mémoire de ce jour.
Soudain , pour je ne sais quelle raison...la vitesse , un obstacle , le manque d'expérience du chauffeur ,le véhicule fut pris d'embardées , et avant de verser sur la chaussée nous envoya dans les bras des uns des autres … fraternité accidentelle oblige !
Je retrouvai ma conscience sous deux corps inanimés et une odeur de fumée et un instinct de survie me précipitèrent hors de cette carcasse menaçante.
Nous n'étions plus que trois lorsque le fourgon s'enflamma.
Trois qui nous regardâmes hébétés.
L'un de nous s'exclama :
-foutons le camp les gars... chacun de son côté !
Je déguerpis, arrachai mon étoile de shérif et disparus.
Je réussis par mille prouesses , par chance et par la volonté de quelques justes à rejoindre un groupe de maquisards dans le Limousin. 
Nous menâmes la vie rude aux Boches.
La division das Reich se vengea sur Oradour.
À la fin de la guerre , je fis tout ce qu'il me fut possible de faire pour retrouver ma famille.
J'appris qu'après la Rafle on les avait mis dans des trains qui avaient pris la direction de la Pologne ...un lieu appelé Auschwitz d'où jamais ils ne revinrent.
Moi le train je l'ai loupé,fiston.
C'est pour ça que tu peux lire la lettre de celui qui jamais ne prit le train.
Je tenais à te faire connaître mon histoire et la tienne avant de prendre le dernier , celui que cette fois , je ne manquerai pas.


Prends bien soin de toi fiston » 


À cet instant , j'imaginai mon grand-père dans ce train , soixante-dix ans jour pour jour après avoir échappé à celui qui l'attendait ce matin du seize juillet mille neuf cent quarante-deux.


FIN





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