Hottée du Diable

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Rocher vénérable

La bruyère t'offre son lit

Paisible chaos.

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Une petite maison vide. On ne sait rien de la présence ou non d'anciens locataires. Ce qui compte, c'est ce présent emmuré. Et les objets, qui ont l'air d'essayer de faire vivre quelque chose qui n'est pas eux. Une seule incertitude, que le sublunaire viendra peut-être - à moins que ce ne soit les objets qui se mettent à exister.

(En cours d'écriture et de postage)
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Je m’appelle Aiden. Et je suis un addict.
- Bonsoir Aiden !


Un témoignage sur fond de Cold Wave.
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Il est 15h30. L'embarquement va bientôt commencer. Nous marchons d'un pas de condamné à mort vers l'échafaud que plus rien ne trouble. Ni les épaules des voyageurs pressés qui nous bousculent, ni les valises étourdies qui nous roulent sur les pieds. Nous nous affalons, pensifs et silencieux, sur le banc faisant face à la salle d’embarquement. Nous savons qu’une fois partie, rien ne sera plus comme avant. Nous l’avons pourtant décidé ensemble il y a quelques semaines après de longues délibérations. Nous avons décidé qu’il en serait ainsi. Mais pourquoi cette Décision nous semble aujourd’hui lourde et absurde ?
Ulysse avait demandé à ses compagnons de l’attacher au mat du navire pour qu’il puisse écouter le chant envoutant des sirènes sans succomber à leur appel mortel. Il leur avait demandé de se boucher les oreilles avec de la cire et de ne surtout pas lui obéir s'il leur demandait de le libérer.
Bien évidemment une fois proche des sirènes et sous l’influence de leur chants ensorcelant, Ulysse avait changé d’avis et criait jusqu’à perdre voix pour qu’on le libère afin de rejoindre les belles sirènes envoutantes. Mais le pacte était conclu et les compagnons se pliaient aux consignes.
A cet instant je me sens comme Ulysse attaché au mat. Je crie et je me débats pour que mon corps fasse un geste ou que ma bouche prononce un mot. Mais presque tout en moi est programmé pour accomplir une mission décidée dans le passé par une haute autorité. Tout en moi s’exécute et suit les consignes du « pacte ». Tout sauf ce regard « Ulyssien » hagard et impuissant devant le poids écrasant de la Décision. Pourquoi une décision du passé peut contrôler le présent ?
Je détourne péniblement mon regard vers toi. Tu sembles meurtrie mais pétrifiée et finalement résignée. La scène est tragiquement belle. Ulysse attaché au mat qui se débat, regrettant son pacte, à côté de Jésus crucifié, attendant jusqu’au désespoir une intervention divine qui tarde à venir en murmurant un « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ».
- Tous les passagers du vol TX540 à destination de Paris Orly sont priés de se présenter immédiatement en salle d’embarquement.
Tu te lèves solennellement, exécutant jusqu’au bout « la mission » comme un soldat engagé qui n’a plus la possibilité d’avoir des états d’âme.
- C’est le moment pour moi de partir.
J’arrive inespérément à balbutier :
- Attends, je veux te dire que…
Mais je suis tout de suite glacé par :
- Ce n’est plus la peine, tout a été dit. Tout est bien comme ça. Adieu.
Seul ton regard plein de larmes que tu essayes pourtant de contenir, trahit ta révolte et ta déception. Avec tes larmes débordant chaudement sur ses joues glacées, jaillissent plein de nos souvenirs ensemble, nos rires béats, nos ballades sans destination la nuit près des quais, nos discussions rhétoriques interminables, « nos promesses de l’aube », nos rêves naïfs mais aussi nos déceptions, notre frustration, notre chagrin, nos pleurs et notre profond désespoir. Effectivement tout a été dit dans ce regard mais que faire de tout ça ?
Non il n’y a pas eu de Deus Ex Machina. Ni Dieu ni personne n’est venu détacher Ulysse de son mat ni décrocher Jésus de sa croix.
Dans la mythologie grecque, les Moires ces divinités du destin dont l’une tisse le fil de la vie, l’autre le déroule et encore une autre finit par le couper, semblent parfois plus puissantes que les Dieux eux-mêmes. Œdipe n’a pas pu fuir son destin malgré tous ses efforts. Spectateur passif de l’accomplissement fatal de son destin il finit par se crever les yeux.
Je te vois embarquer sans te retourner une seule fois et hésite à me crever les yeux devant ce spectacle mortifère.
Je pense au graff de Banksy où la petite fille regarde avec effroi et désespoir son ballon rouge partir loin après l’avoir lâché. Elle aurait aimé qu’il reste à coté d’elle après l’avoir abandonné un instant. Winnicott pensait que les objets dignes d’amour sont ceux qui survivent à une tentative de destruction. La petite fille avait décidé de faire le test de Winnicott. Au moment où elle s’apprête à lâcher le ballon elle regrette sa décision et change d’avis. Mais c’est trop tard. Le pacte est déjà conclu et elle est désormais attachée au mat du navire à côté d’Ulysse. Le ballon s’éloigne fatalement devant son regard meurtri. Désespérément elle court après lui pendant qu’il disparaît dans les nuages.
Ulysse a pourtant survécu à cette terrible expérience grâce à l’aide de ses compagnons comme Jésus a « survécu » à sa mort par la grâce de Dieu et Œdipe a lui aussi survécu à son terrible destin grâce à sa fille Antigone qui a guidé son père aveugle dans le désert. Mais comment la petite fille de Banksy arrivera-t-elle à survivre à la perte de son ballon ?
Tu t’envoles devant mes yeux incrédules et disparait dans les nuages.
Dois-je attendre la résurrection ou l’ascension ou encore me crever les yeux et errer dans le désert ?
J’aimerai apporter un nouveau ballon à la petite fille de Banksy. Il ne remplacera jamais son ballon perdu mais cela la consolera un peu je l’espère. Maudit soit Winnicott !

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