Chapitre 7

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A pas feutrés, Ely grimpa les marches qui menaient jusqu’au porche de l’auberge. La porte était grande ouverte. Elle saisit doucement le poignard dans la besace et, lorsque ses doigts effleurèrent la pierre noire, un long frisson parcourut son corps. L’incendie avait progressé et la bâtisse était désormais en proie à d’immenses flammes, consumant l’étage à une vitesse folle. Le réez de chaussée était envahi d’un épais nuage de fumée noire, irrespirable. Elle inspira une dernière bouffée d’air frais et pénétra à l’intérieur du foyer.

— Melia ? appela-t-elle timidement en entrant. Tu es là ?

Personne ne répondit. Elle fit quelques pas de plus en avant et se rapprocha des escaliers, craignant qu’à tout moment les planches de l’étage cèdent et tombent sur elle. Comme pour se rassurer, elle pressa la besace contre elle et resserra sa prise sur le poignard. Des braises pleuvaient ça et là, éclairant de temps à autre le nuage épais. Son pied buta soudain contre quelque chose. Une masse. Un pressentiment atroce lui tordit le cœur. Méfiante, elle s’accroupit et comprit qu’il s’agissait d’un corps, celui de Melia. L’arme et la besace lui tombèrent des mains et elle poussa un hurlement déchirant. Elle était incapable de reprendre son souffle. La douleur et la fumée lui donnèrent l’impression que ses poumons se remplissaient de verre.

Ses yeux brûlants s’inondèrent de larmes et elle attrapa Melia par les épaules pour la secouer de toutes ses forces, espérant qu’elle réagisse enfin à sa détresse. Mais elle restait là, immobile, les yeux et la bouche grands ouverts.

— Gamine, sors de là ! Hurla Melkar, resté dehors.

Ely l’ignora, s’écroulant sur le corps de sa mère. Dévastée, elle réalisa que comme les autres victimes, elle avait été éviscérée. Sa peine se mua immédiatement en haine et elle hurla à nouveau.

Un craquement retentit et Melkar comprit que l’étage était sur le point de s’effondrer. Il entra et agrippa Ely par les épaules. Celle-ci se débâtit de toute son âme mais il la souleva aisément et la projeta vers la sortie. Dans un dernier espoir, il fouilla le sol et vit le sac au moment où une pluie de braise et de débris enflammés s’abattu sur lui. Le guerrier hurla à Ely de courir, mais celle-ci resta sidérée dans l’encadrement de la porte, incapable de bouger.

Trop tard. Le souffle de l’explosion les frappa de plein fouet. Elle clôt ses paupières et se laissa emporter. Lorsqu’elle les rouvrit, elle se sentit complètement dissociée de la réalité. La brûlure la plus douloureuse n’était pas celle qui se répandait sur sa peau, mais celle qui s’insinuait en elle, tel un poison. Elle était en vie. C’était impossible.

Sonnée, elle bascula doucement sur le côté. Un acouphène insupportable se mit à tourmenter ses oreilles, et le monde se mit à vaciller autour d’elle. L’auberge et les chaumières voisines n’étaient plus qu’un tas de ruines, et la rue qu’elle avait toujours connue était désormais défigurée. Elle aurait voulu mourir là elle aussi, et ne plus être en proie à cette vue insupportable. Un sentiment de gratitude l’envahit lorsqu’elle remarqua que des créatures l’encerclaient. Personne ne viendrait la sauver cette fois. Elle se laissa tomber en arrière, ferma les yeux, et tout devint calme. L’odeur nauséabonde qui s’intensifia lui laissa deviner qu’elle ne tarderait pas à se faire lacérer, comme sa mère. Une dernière larme roula sur sa joue, et l’image du corps de Melia lui revint à l’esprit. Malgré elle, sa résignation se dissipa et elle sentit ses yeux se révulser. La douleur devint lancinante et attisa la haine qui oppressait sa poitrine. Les paroles de Reggan raisonnèrent en elle. « Vivre ou périr ».

De l’air, elle avait besoin d’air. Elle serra les poings et se redressa subitement, hurlant aussi fort qu’elle le put. Une onde de choc traversa Colcourt. Autour d’elle, les créatures s’embrasèrent et des flammes jaillirent violemment de leurs carcasses. La mâchoire serrée, le souffle court, elle les regarda se décomposer dans un ballet de cendres et de charbons ardents.

Quelqu’un se mit à courir vers elle. Logan. Sa colère se dirigea vers lui et une barrière de feu se dressa subitement entre eux. Freiné brutalement dans sa course, le soldat plongea ses yeux vairons dans les siens et, pour la première fois, elle ressentit le besoin d’y rester accrocher. Il s’était mis à lui parler, mais elle ne comprenait pas ce qu’il disait. Elle devinait quelques mots sur ses lèvres, et lorsqu’il prononça son nom, les flammes s’atténuèrent. Il s’avança doucement, à la façon dont on apprivoise un animal sauvage, et tendit une main vers elle. Exténuée, elle ne réagit pas lorsqu’il toucha sa peau meurtrie. Suspendue à la caresse qui parcourut son visage, elle ferma les yeux et s’effondra contre lui.

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