87 - Non deum

5 minutes de lecture

28.11.2088 – Journal d’Oracio

— Non ! C’est impossible ! Cela ne se peut pas !

L’homme marche vers moi d’un pas décidé. Je suis totalement déboussolé.
— Est-ce que c’est réel ou est-ce que je suis en train de rêver ?
— Peut-être ne suis-je que la représentation de tes désirs les plus profonds, Oracio, réplique l’homme qui est tout près de moi à présent.
Sa barbe drue, son regard si perçant, il n’y a pas de doutes possibles: c’est bien lui.
— Père… Comment est-ce possible ?
— Je lis en toi comme dans un livre, me réplique père avec un sourire.
Son visage se désagrège. Il se transforme en tigre en moins d’une seconde.
— Je peux être ce que je veux. Je peux être ce que les gens attendent de moi, répond la chose avant de reprendre les traits de mon père.
Il me fixe en dodelinant de la tête avant :
— Et si nous discutions ailleurs ? propose-t-il en claquant des doigts.
En un instant, nous nous retrouvons projetés dans un endroit inconnu, hors du gouffre et hors de Mars.
Nous atterissons sur un sol rugueux et froid. Devant moi se dresse un paysage apocalytique, fait de roches sombres et menaçantes. Je m’interroge:
— Où est-ce que l’on est ?
— Sur un astéroïde. Au moins ici, on ne sera pas dérangés, me dit père en allant s’asseoir sur un rocher, je crois qu’on a peu de temps, n’est-ce pas ?
— Comment ça ?
Il se touche la tête avec son index.
— Ta carte mémoire se détériore très vite, constate-t-il.
— Qui êtes-vous ?
Il tend les mains, m’invitant à regarder autour de moi.
— Je suis né il y a une éternité, commence-t-il, je serai bien incapable de te donner mon âge. Nous nous sommes déjà parlés toi et moi.
— Ah bon ?
— Oui. Et nous avons eu de longues conversations ensemble. Tu m’as expliqué la raison première de ta venue ici : moi.
— Vous ?
— Et, optionnellement, sauver les gens de « Breath for Mars », je sais, lâche-t-il sur un ton plus ou moins exaspéré.
Il dessine un cercle avec ses doigts, qui devient la Terre version miniature en une seconde.
— Je me considère personnellement comme un architecte, continue-t-il, je voyage de galaxies en galaxies et je crée des mondes, comme celui-ci. J’expérimente de nouvelles formes de vie. Après avoir créée des planètes comme Jupiter et Saturne, j’avais pour idée de bâtir quelque chose de différent et plus complexe. Je voulais donner la vie à des créatures. J’ai intégré un nouvel élément, l’eau et j’ai attendu de voir ce qui allait se passer. La vie est née et des espèces animales et florales sont apparues. J’ai vu de l’évolution, mais je n’étais pas satisfait. Mars n’était pas assez grosse pour ce que je voulais accomplir.
Le globe terrestre se volatilise. Père se tourne vers moi.
— La première fois que nous nous sommes rencontrés, je t’ai dit que l’on m’appelait Dieu, m’explique-t-il. Je ne voulais pas rentrer dans les détails.
— Ah bon ?
— Une grande partie des humains considèrent qu’il y a un Dieu sur Terre et qu’il est peut-être une réponse à leurs peurs et leurs attentes. Je ne me suis jamais considéré comme tel. J’ai voulu que les humains soient plus intelligents que les autres pour une bonne raison : je souhaitais qu’ils me prouvent qu’ils pouvaient être capables de sublimer ma vision initiale et c’est ce qu’ils ont fait… Mais pas dans le bon sens du terme. Ils ont dégradé ce que j’avais mis tant de temps à construire. Dégrader est un euphémisme. Toi qui es une machine, je pense que tu saisis l’idée qu’il ne faut pas trahir les aspirations qu’un concepteur place dans ses inventions. Je ne dis pas que je voulais contrôler l’espèce humaine, au contraire, je pense que j’ai même fait preuve d’une certaine clémence à leur égard. Ils ont pu jouir d’une liberté plus grande qu’aucune autre espèce n’en a jamais eu. Il n’aura fallu que 300 000 ans pour précipiter cette planète au bord de l’extinction. Même les dinosaures, que j’ai délibérément détruits, n’ont pas fait pire.
Il se lève et soupire profondément :
— La destruction de l’espèce humaine est une solution acceptable, lâche-t-il d’un ton convenu. Je préfère qu’ils s’entretuent, même si cette méthode est un peu barbare. Cela leur laisse le temps de réaliser l’immense erreur qu’ils ont commise en ne respectant pas la planète où ils vivent. Lorsque nous nous sommes quittés la première fois, tu m’avais promis que tu ferais tout pour empêcher les humains de s’emparer de ma source d’énergie. Cette source est indispensable à l’équilibre de cette galaxie et elle ne doit en aucun cas tomber entre les mains des hommes. D’ailleurs, elle est vouée à disparaître, tout comme Mars bientôt. Je vais la transporter ailleurs, en sécurité sur une autre planète.
— Est-ce que je peux me permettre de vous demander d’épargner les humains ? Je pense qu’avec tous ces morts sur la Terre, le message a été compris. Ils sont en train de changer.
Père hoche la tête négativement :
— Non, je ne pense pas… Les humains sont très fourbes. J’ai été bien trop clément avec eux. Ils doivent tous mourir ou la Terre s’éteindra. Malgré tous tes efforts, l’un de ces humains t’a délibérément trahi et a volé une partie de mon énergie pour la ramener sur Terre. Ceci est inacceptable et c’est une nouvelle preuve qu’on ne peut pas leur faire confiance.
Il me tourne le dos, faisant mine de nous ramener vers Mars. Je suis déterminé à honorer ma mission, coûte que coûte.

— Attendez, s’il vous plaît ! Permettez-moi, au moins, d’essayer de vous convaincre une dernière fois d’épargner l’Humanité. Vous ne voyez que les mauvais côtés de votre création. Rodrigue Martos, mon père, était pareil. Il était toujours insatisfait. Pour lui, je n’étais pas à la hauteur. Je n’étais pas assez « humain », je n’étais pas assez « vivant ». Il voulait atteindre la perfection, comme vous, mais celle-ci n’existe pas. J’existe grâce à lui, mais je suis prisonnier de ma condition, condamné à lui prouver qu’il avait tort, que je suis bien plus qu’une simple machine. J’ai acquis cette certitude que je pouvais moi aussi commettre des erreurs quand j’ai dû prendre certaines décisions qui ont mis en danger des personnes qui comptaient sur moi.
Père fronce les sourcils, tout en touchant sa barbe. Il a l’air de se raviser. Je conclus :
— Je ne suis pas si différent des humains, au final.

Il grogne et croise les bras, sceptique :
— D’accord. Je veux bien faire cet effort, parce que tu as été conçu dans le seul but de m’approcher, mais je ne pense pas que tu me feras changer d’avis.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 3 versions.

Recommandations

Défi
Sterc


Je vis au sein d'une monarchie, comment est ce possible?
Monarchie démocratiquement inégalitaire,
Totalitaire à tout type d'évasion,
Imposant appareil répressif, censurant au maximum les "libertés",
Mélange incompatible entre le totalitarisme extensif fondé sur une incommensurable forme de conservatisme à en perdre la raison,
Et entre soupçon de démocratie surveillée
Toute forme d'expérience nouvelle est anticonservatisme, donc anticonstitutionnel, donc illégal.
Cette illégalité est un délit sanctionné par l'annonce de sanctions pouvant y découler.
Je cherche malgré tout un moyen de renverser le régime et de planter le drapeau français, symbole de toute les libertés

4
9
0
0
Défi
phillechat
Agglutination et rimes féminines
11
13
0
0
Défi
Calypso Dahiuty
Rêve...
Mot enchanteur qui révèle en nous les pensées les plus folles, les fantasmes inassouvis, les envies, les idées, et toutes ces choses inachevées...
Rêve...
Ne suffit-il pas de fermer les yeux, après tout ?
Pour vivre, rire et pleurer, bâtir sa vie par procuration ?
Rêve...
Un rêve. Un simple rêve, pour oublier, pour changer, remettre en place cette vie que l'on a pas su bien façonner.
Un rêve, juste un rêve... pour tout changer.
17
6
1
1

Vous aimez lire The Creator ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0