13 - Cerebrum

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03.11.2087 – Journal de Lisa


Ne vous inquiétez pas...

Si jamais vous ressentez la moindre douleur, nous arrêterons tout...

Notre but est de connaitre la vérité, pas de faire de vous une victime collatérale...

C'est Don Sewn qui nous intéresse...


— Prenez  ce verre, dit le lieutenant Gilbert.

— Qu'est-ce que c'est ?

— Un  tranquillisant. Cela va vous permettre d'appréhender la douleur plus sereinement.

— Je n'en veux pas.

— Comme vous voudrez, allons-y.

Pourquoi ai-je cette désagréable sensation d'être la drosophile de ces types ?

Le lieutenant m'accompagne dans une salle où se trouve la machine censée m'aider à retrouver mes souvenirs perdus. C'est un appareil en forme de cylindre en géométrie fermée avec un tunnel à l'intérieur duquel un lit d'examen surgit. Je m'allonge dessus, stressée. On me sangle les poignets et les pieds pour éviter que je ne me blesse.


— Putain, je vous jure que si vous me...

— Du calme, essayez de vous détendre, agent Martos.

— Ce n'est pas simple, je ne peux plus bouger ! C'est vraiment nécessaire ?

— Oui.

Le lieutenant Gilbert s'approche alors de moi.

— Lorsque les premiers effaceurs sont apparus sur le marché de manière illégale il y a un peu plus de cinq ans, les autorités du monde entier se sont affolées, je ne vous apprends rien, me dit-il, les effaceurs s'avèrent être un véritable fléau pour la police. A cause d'eux, on peut perdre des témoins clés lors des procès. Plutôt qu'employer les bonnes vieilles méthodes d'intimation, les criminels préfèrent maintenant effacer la mémoire de leurs victimes et s'évitent donc des poursuites inutiles. Un vrai cataclysme dans l'exercice de la justice. Depuis, la vente d'effaceurs est sévèrement réprimée sur l'ensemble des pays de l'Union européenne. Nous nous sommes engagés à trouver une parade. Le résultat de nos recherches a été l'invention d'un engin ayant la capacité de synthétiser le chainon manquant dans les souvenirs. Officiellement, il a été nommé R.M.C ou Récupérateur de Mémoire Cérébrale, mais, personnellement, je l'appelle l'Attrape-Souvenirs. Le cerveau n'efface jamais vraiment une donnée, il la stocke lorsque celle-ci n'est plus utilisée. L'effaceur, lui, force le cerveau à diluer les souvenirs les plus récents, sans parvenir néanmoins à les supprimer définitivement. C'est là que le R.M.C intervient en faisant remonter ces réminiscences en première position dans l'esprit humain. Seulement, comme je vous l'ai dit, cette technologie n'en est qu'au stade du prototype, même si certains tests déjà effectués sur des chimpanzés s'avèrent déjà très satisfaisants. Nous ne pouvons être sûrs à cent pourcents que cela réussisse pour vous ou que vous ne soyez pas affectée par des effets indésirables...

Je regarde les ceintures qui me lient les bras et les pieds.

— Je suis déjà attachée, alors balancez la sauce qu'on en finisse.

— Nous restons en contact avec vous par radio. Si vous ressentez le moindre malaise dites “Stop” et la procédure s'arrêtera. Je vous le répète, voulez-vous du tranquillisant ?

Je soupire.

— Quand je dis non, c'est non. Maintenant, mettez-vous au boulot !

Le lieutenant sourit puis fait signe à son collaborateur, derrière la vitre opaque, d'actionner la mise en marche. Le R.M.C ronronne puis je me sens glisser lentement vers l'intérieur de l'anneau. Ce dernier, étroit, ne me permet pas de redresser ma tête. Heureusement que je ne suis pas claustro !

— Cela durera trente minutes environ, dit le lieutenant dans l'interphone, début de la séquence dans trois... Deux... Un...

À ce moment, une lumière rouge jaillit au-dessus de moi et balaie mon front de son rayon. Ce mouvement de va-et-vient se répète pendant plus d'un quart puis tout s'arrête.

Je suis légèrement étourdie, mais ça va, ce n'est pas bien méchant en fait...

Soudain, un bruit sourd retentit. Je ressens les ondes magnétiques me submerger et transpercer ma boite crânienne. La douleur est fulgurante. Je me ressasse les coups de perceuse de grand-père Georges dans ma chambre durant mon enfance. J'ai, aujourd'hui, la même sensation... En dix fois pire. C'est comme si on me frappait à coups de marteau dans la tête. Je ferme les yeux et serre les dents. Je transpire. J'étouffe. J'ai comme un début d'évanouissement...

Après un long moment de supplice, les yeux toujours fermés, j'entrevois une image, puis une autre. Tout cela parait irréel. Les fragments de souvenirs semblent apparaitre puis s'évaporer comme de la fumée. Puis ils reviennent, de manière aléatoire, plus nets, plus réels... Ils défilent si vite que je n'ai pas le temps de tous les décrypter avec clarté.


Agent Martos, j'ai toujours eu confiance en vous, mais vous êtes sur la mauvaise pente...

...


Tu es du côté de la loi, moi de l'autre. Est-ce que ça fait de nous des ennemis pour autant ?


...


C'est un meurtre. On ne voulait pas qu'il parle...


...


Lisa, il y a beaucoup de choses que tu ignores sur papa...


...


Si tu t'engages avec nous, ce n'est pas rien. Tu devras renoncer à ta carrière. A ta vie d'avant. Tu seras considérée comme une criminelle.


...


Je l'accepte...


...


La première chose que tu dois apprendre, c'est tromper le détecteur de mensonge.


...


Je t'aime, sœurette, on est ensemble maintenant.


...


J'ouvre les yeux d'un coup, haletante.


— STOP !


On me fait rapidement sortir du tunnel. Le lieutenant accourt.


— Ça va ? Vous allez bien ?, demande-t-il en m'examinant minutieusement.

Je reprends péniblement mes esprits.

— Oui, ça va, mais je ne pouvais plus supporter les effets des ondes.

— Je comprends... Est-ce que votre mémoire vous revient, à présent ?

Je le regarde droit dans les yeux avec aplomb.

— Non, pas que je sache.

Il réprime une grimace de déception.

— Si cela ne vous dérange pas, nous allons tout de même le vérifier en vous soumettant à nouveau au détecteur de mensonge.

— Très bien, mais je veux un verre d'eau avant.

— Ok.


J'ai encore du mal à marcher, mais les hommes de la DGSE viennent à ma rescousse. L'interrogatoire dure environ trois quarts d'heure. À la fin, écoeuré, le lieutenant jette l'éponge. Il fulmine et perd légèrement son sang-froid.

— Est-ce que je peux enfin partir, maintenant ?

— Oui, vous pouvez récupérer vos affaires, réplique le lieutenant d'un ton sec, mais sachez que vous êtes suspendue. Vous êtes sous le coup d'une enquête et vous n'avez pas le droit de quitter Paris. Nous nous reverrons bientôt.

— J'espère le plus tard possible.


Je m'empare de mes quelques effets personnels ; mes clefs, mon smartphone, mes écouteurs et ma montre.

— Je suis censée faire quoi, maintenant que je n'ai plus de boulot ?

— J'en sais rien, mais ne faites pas de vagues, répond le lieutenant, vous êtes toujours suspectée. Tenez-vous tranquille le temps de l'enquête. Je vous rappellerai.


Je ne réponds rien et m'éloigne en silence vers la sortie, raccompagnée par un agent. Au fond de moi, je sais que le lieutenant est convaincu que je mens, même s'il ne peut pas encore le prouver. Un jeu dangereux commence.

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      C'était un non lieu qu'était le monde des dieux. Un endroit où règnent les divinités. Ces êtres cosmiques étaient regroupés en factions ou royaumes et se partageaient le monde divin qui s'étendait à l'infini. Des édifices gigantesques jouant avec des proportions inimaginables et exagérées se dressaient dans les contrées mystiques du monde divin. Les architectures étaient variées selon les royaumes. L'immensité de leur orgueil se manifestait par la grandeur de leurs créations et rien ne laissait croire qu'ils pourraient être un jour rassasiés de cette mégalomanie divine. Chacune des factions avait un dieu créateur qui avait participé à la création du monde. Et l'un d'eux, Olodumare, se languissait de ses privilèges en tant que l'un des rois suprêmes du royaume des Orishas. Ces dieux avaient le contrôle de la majorité de l'Afrique. Portion du monde pour laquelle les divinités se sont longtemps fait la guerre jusqu'à un commun accord. C'était un dieu chic et fier, et il était toujours vêtu de blanc, symbole de pureté. Son animosité infinie semblait éclairer l'univers et son rire faisait trembler le monde des hommes. Ses larmes arrosaient l'Afrique, continent de la richesse. Il ne manquait jamais de s'en vanter auprès des dieux des royaumes des autres régions.
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– Ô mon Seigneur, veuillez bien m'excusez d'avoir interrompu votre méditation, cependant une réponse du seigneur Olokun m'a été envoyé et c'est avec un réel plaisir que je vous la fais parvenir.
– Bien, poursuis donc mon très cher Ellegua, ordonna-t-il en lui souriant.
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– Fichtre, toujours ces fanfarons d'olympiens ! Lorsqu'il s'agit de se faire assister, il ne manque jamais une occasion mais quand nous, Orishas, auront besoin d'eux en retour, nous entendrons que les chants de leurs maudites sirènes. Bien, qu'il reste donc et qu'il me prévienne de son arrivée. Nous festoierons à ce moment de joie.
     Ellegua s'inclina avant de se retirer de la salle du dieu. Lorsqu'il parcourut le couloir du palais des trois rois suprême il tomba nez-à-nez avec Eshu, le dieu de la discorde et de la tromperie. Il semblait profondément concentré dans la contemplation de ces énormes statues à l'effigie des dieux orishas qui longeaient les murs. Elles étaient soit en obsidienne, en or ou en argent. Ellegua le vit dérober une plus petite avant de la glisser dans la poche de sa longue tunique en tissu rouge et noir, avant de s'arrêter net devant le regard accusateur du dieu messager, Eshu lui jeta un regard sournois. Il coiffait son chef d'un joli chapeau noir et rouge également comme le reste de ses habits.
– Comment vas-tu, mon cher Ellegua ? Demanda le malin tout en sachant que le dieu messager ne l'appréciait guère, comme la plupart des dieux Orishas. Pourrais-tu m'apporter dans mes quartiers de quoi me remplir la panse ?
– Je suis un messager et non un serviteur, lui répondit le dieu vexé de cette demande...et puis de toute façon si vous voulez vraiment vous faire plaisir de quelques mets, Il vous suffit tout simplement de faire apparaître une niche de pain bien garnie, espèce de paresseux !
– Je suis au courant, petit insolent faiblard, mais ce serait beaucoup plus jouissif de te voir dandiner avec un plateau remplis d'avocats, soumet toi à moi Ellegua afin de me donner l'occasion de rigoler un peu. Ce qui est rare dans ce palais ennuyeux. En rétorquant cela, le dieu de la discorde coupa le passage au messager et ce dernier baissa la tête. Sa faiblesse était visible et puis en même temps que pouvait faire ce pauvre Ellegua face à la puissance de persuasion du dieu malin. Eshu sourit devant la faiblesse de sa victime et lorsqu'il retourna dans ses quartiers il fut ravi d'y découvrir à coté de son amante, un panier remplis de fruits succulents avec du pain de mil.
      Il s'approcha de Yemoja, sa douce et tendre amante envers qui il éprouvait un amour profond. Elle ne portait qu'un léger tissu violet qui couvrait uniquement le bas de son corps. Les yeux d'Eshu lorgnèrent sur sa poitrine généreuse dont les tétons étaient entourés de paillettes dorées, mais le corps de son amante n'était rien en comparaison de son visage d'ébène parfaitement lisse et resplendissant. Ses yeux noirs obsidiennes étaient tellement profonds et hypnotisant que le malin s'y perdait. Ses cheveux tressés en deux nattes noires et violets retombaient derrière elle dans le bas du dos. La déesse de l'eau était parfaitement au courant des sentiments qu'avait Eshu envers elle. Mais elle feignait l'ignorance. Ses lèvres rencontrèrent les siennes et leurs corps se rapprochèrent. La chaleur qui naissait entre eux était toujours aussi ardente et passionnante. La déesse le poussa sur son lit avant de se lancer dans un excitant ébat avec le dieu malin.
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      La scène lui fendit le cœur. Gênée, Yemoja ramassa un pan de la longue tenue d'Olodumare pour couvrir sa nudité.
– Mais que fais-tu là, mon cher Eshu. Demanda à la fois gêné et énervé. Ce dernier ne savait pas que le dieu de la discorde avait des ébats passionnés avec la même concubine que lui. Mais cela ne suffit pas à le calmer, alors il envoya un sort de cécité en direction des deux divinités. Eshu retira un poignard de sa ceinture et l'enfonça dans le cœur de son amante après avoir réduit la distance qui les séparait.
– Je t'aimais...lui dit-il simplement en tenant sa tête entre ses mains, tandis que son corps glisser lentement sur le sol.
      Alors qu'il s'apprêtait à poignarder le dieu aveugle qui venait de s'écrouler, une lance perfora le corps d'Eshu. Mais son cœur resta intact. Eshu s'écroula et s'évanouit juste après avoir aperçu le visage froid et terrifiant d'Ogun, le dieu de la guerre qui venait de le neutraliser.

Note d'auteur. 
J'espère que ce prologue vous a plu. Si c'est le cas n'hésitez pas à me laisser un commentaire et un vote.
Cette partie ne semble pas très prometteur, je l'avoue mais il sert simplement à introduire une scène qui va entraîner à son tour une succession d'événements importants dans la suite de l'histoire.
on se retrouve dans le premier chapitre. 
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