11 - Spem

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05.06.2086 – Journal de Gloria Spinoza, secrétaire générale des Nations Unies


Je suis appuyée sur mon pupitre. Je suis prête. Je regarde l'hémicycle autour de moi et focalise l'image dans mon esprit. L'assemblée des Nations Unies m'impressionne toujours autant, solennelle, imposante. Au-dessus de moi, l'emblème éternel, le planisphère entouré d'une couronne de laurier.

Cent quatre-vingts dix-sept dirigeants du monde m'observent, les yeux pendus à mes lèvres. Le moment est historique. J'en suis consciente et mon col me serre.

— 17 milliards. C'est le nombre de personnes vivant actuellement sur Terre. 17 milliards. Un chiffre qui fait réfléchir. Nous sommes actuellement en état d'explosion démographique. Je ne vais pas vous raconter d'histoires, c'est une situation intenable. Le surpeuplement écrase les individus, exacerbe les tensions entre communautés, augmentant ainsi les risques de conflit, de maladie, de famine. Oui, il s'agit bien d'un surpeuplement généralisé qui touche tous les continents à différents degrés.

Depuis sa création en 1945, l'ONU a connu des victoires et des échecs. Mais ces dernières années, nous avons été considérablement affaiblis. Incapables d'intervenir lorsque la Corée du Nord a déclaré la guerre aux Etats-Unis en 2035. Incapables, non plus, de peser pendant les accords de reddition lorsqu'elle s'est terminée quatre ans plus tard. Plus de soixante mille morts et une victoire amère des Américains pour une paix fragile.

Aujourd'hui, le monde est plus instable que jamais. Nos interventions au Congo et au Mali n'ont rien donné. Idem au Viêtnam. Tous ces éléments mis bout à bout me poussent à une réflexion qui, je l'espère, fera écho aux vôtres. Ayant retourné la question dans tous les sens, il m'apparaît de plus en plus évident que nos jours sur Terre sont comptés. Oui, certains d'entre vous sont coupables. Oui, certains d'entre vous, si ce n'est tous, sont corrompus mais bénéficient d'une certaine légitimité qui les rend “intouchables”. Tout cela aurait pu en rester là si les pays arborant fièrement les couleurs de la liberté et de l'égalité ne s'étaient pas remis à pratiquer de manière pernicieuse la torture, la répression, la propagande. Je pense à l'Allemagne, je pense à la France, à l'Italie, à l'Espagne... Mais il y en a forcément d'autres. Ne vous méprenez pas. Je ne suis pas juge et ce n'est pas un tribunal. J'énonce juste des faits... Étant incapables de trouver de solution durable, je prône un changement radical.

Darwin disait : “ Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements.”

En tant qu'espèce dominante, nous nous devons de nous adapter. Mes yeux sont tournés vers Mars. Cette planète est devenue légitimement le réceptacle de mes plus grands espoirs. Depuis des années, nous avons travaillé main dans la main pour faire en sorte que la première colonie humaine puisse voir le jour sur la “planète rouge”. Oui, cette collaboration internationale doit nous rendre fiers. Nous en sommes les heureux dépositaires. Si notre génération est d'ors et déjà condamnée, la suivante, par nos actions, a peut-être trouvé son salut. Grâce au programme “Genesis” tous les états membres se sont engagés à construire au moins une base de lancement spatial sur leurs sols et c'est maintenant chose faite. Les vols habités pourront bientôt se multiplier et des vies pourront être ainsi sauvées dans le futur. Un futur que j'espère radieux.

Mais tout ceci n'aurait pas été possible sans un homme, et sans la formidable entreprise qu'il dirige. C'est la première fois que nous accueillons un chef d'entreprise parmi nous. Il faut donc une première à tout. Cet homme n'est pas n'importe qui. Il détient les clefs de notre survie et je le remercie infiniment d'avoir accepté mon invitation. Je vous demande d'accueillir chaleureusement celui sans qui rien de tout cela n'aurait été possible, monsieur Carpenter, CEO de Google !

Monsieur Carpenter s'avance vers moi sous les applaudissements dithyrambiques de l'assemblée. Il m'embrasse, puis s'empare de la tribune telle une rock star. Il est auréolé d'une aura presque messianique.

— Merci, merci à tous, dit-il, je suis très honoré d'être ici parmi vous.

Après un long moment, l'ovation cesse enfin.

— Vous savez, commence-t-il, Google n'est pas le sauveur de l'Humanité. Nous essayons juste d'apporter des solutions alternatives aux maux de notre époque. Les faits évoqués par madame la secrétaire générale ne nous poussent pas à l'optimisme. Certes. Mais j'aimerais répondre ceci : concentrons-nous sur le Bien. Faisons le Bien. Développons le Bien.

Nous pouvons changer si nous le souhaitons vraiment. Nous pouvons créer un monde meilleur, ce n'est pas une utopie, CE N'EST PAS UNE UTOPIE. C'EST POSSIBLE !

Applaudissements à tout rompre.

— J'irai sur Mars moi-même et je rapporterai l'Espoir sur Terre, dit monsieur Carpenter, je vous le promets.

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