79 - Et ardebit usque Mundi

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05.11.2088 – Journal de Lisa

Allocution du president de la République :

« Mes Chers Compatriotes,

Nous traversons actuellement une crise sans précédent dans l’Histoire. Il y a deux jours de cela, nous avons subi une cyber-attaque d’une ampleur jamais égalée à ce jour. Notre administration, nos infrastructures, ainsi que notre économie ont été frappés de plein fouet. Le groupe terroriste la Nueve, que je ne vous présente plus, a lance plusieurs vers informatiques qui ont frangilisé les plus grandes entreprises françaises et des milliers d’autres par delà le monde. Plusieurs documents étayant l’hypothèse de la corruption de plusieurs membres de mon gouvernement, y compris moi-même, se sont répandus sur la toile. Je tiens à préciser un point : j’ai une confiance totale envers mes conseillers. Si, d’aventure, il s’avérait que les accusations portées contre eux s’avèrent vraies, je vous promets que je n’entraverai pas le travail de la justice. Quant à moi, mon immunité présidentielle ne me dispense pas de rendre des comptes : je suis prêt à me défendre contre toutes les allégations qui seront portées contre moi et je serai le plus transparent possible. J’ai commis une erreur : j’aurais dû accorder plus d’importance au projet Genesis. Mon désintérêt pour Mars a sûrement joué en ma défaveur. Je n’ai rien su des tractations secrètes qui se tenaient au sein même de l’ONU. C’est quelque chose que je ne me pardonne pas.

Suite à ces récentes cyber-attaques, des centaines de milliers d’entre vous ont perdu leur travail et se retrouvent aujourd’hui démunis. Je m’assurerai qu’ils soient indemnisés.
Le climat de défiance envers la politique et le mécontentement du peuple suites aux révélations de la video de ce hacker ont atteint un paroxysme. J’en conviens et je l’entends. Mais je demande à chaque concitoyen de garder son sang-froid et de ne pas céder à la colère «facile». N’oubliez pas les intentions de tout groupe terroriste : créer l’insécurité et diviser la nation dans ce qu’elle a de plus cher et de plus pur. Ne laissons pas un groupe d’extrémistes déterminer ce que nous sommes. Ne les laissons pas distiller les graines du doute envers nos institutions, nos valeurs, notre démocratie.

La Nueve, ce groupe terroriste que nous pensions avoir affaibli conjointement avec nos partenaires européens, s’est révélé plus coriace que nous le pensions.

Néanmoins, par cette attaque, ce groupe s’est mis à découvert et sait que ses jours sont maintenant comptés. La coopération internationale s’est renforcée et une à une, les cellules disparaissent. Inexorablement, nous remontons la chaîne de décisions. La fin de ce groupe terroriste est proche, c’est maintenant une certitude.
Par ailleurs, plusieurs manifestations anarchistes ont éclaté un peu partout dans le pays. Des casseurs ont pillé et incendié des magasins, ainsi que bravé les forces de l’ordre. Ce genre de comportement est inacceptable.
En de pareilles circonstances, je suis dans l’obligation de faire appel à l’armée en renfort des policiers déjà mobilises sur le terrain. Un couvre-feu va être instauré et les déplacements des personnes seront désormais limités. L’ordre doit régner afin que la sécurité de chacun soit préservée… »

Chaine télévisée : vingt-deux.

«La question que nous devons tous nous poser face à cette terrible pandémie qui ravage le monde est : est-ce que c’est la fin du monde ? N’est-ce pas, comme certains le disent, un signe divin venu des cieux pour punir les Hommes de leurs mauvais agissements ? Je laisse le prêtre Hervé répondre…»

Chaine télévisée : six.

« Les gens ont peur à la fois des terroristes et du virus. Ils dévalisent les magasins. Ils s’agressent entre eux. Par leur panique, ils font plus de dégâts et de victimes. »

Chaine télévisée : treize.

« Les journalistes, je vous le dis clairement, je veux voir chacune de ces pourritures tomber avant que je ne meure. Je jure que ce sont eux qui nous ont foutus dans cette merde sans nom ! Il faut avoir leur peau avant de foutre le camp ! »

« On est gouvernés par des assassins. Des gens qui n’ont que du mépris pour le peuple. On s’est assez laissés bernés par leur rhétorique. Il faut prendre le pouvoir comme au temps de la Bastille ! C’est une nouvelle révolution qui se prépare ! Les vrais patriotes avec moi ! »

Chaine télévisée : cinq
« Regardons les choses telles qu’elles sont : cela peut-être également l’occasion de repenser entièrement notre système économique et social. On peut avoir une approche plus globale et se dire qu’il est grand temps de nous réinventer. »

Chaine télévisée : quatre.

« Le monde que nous connaissons est peut-être en train de changer. Tout ce que nous prenons pour acquis a disparu. Peut-être que par leurs actions, et je les condamne du plus profond de mon être, ces terroristes ont révélé notre sottise, notre arrogance et notre égoïsme envers le monde, mais surtout envers nous-mêmes. »

Il pleut des trombes. Dehors, l’air est glacial.
— Est-ce que tu peux arrêter de zapper sur les chaînes de télévision, s’il te plaît ?, me demande David sur un ton cinglant.
— J’ai faim… se lamente Steve, est-ce quelqu’un peut se dévouer pour sortir chercher à manger ?
— Je peux y aller, cette fois-ci, répond Hélène.
J’éteins la télévision et interviens :
— Ça n’est pas prudent. Il y a une chasse à l’homme contre nous.
— «Nous» ne signifie pas tout le monde, réplique Hélène, nous savons tous qui «ils» veulent en priorité.
— Cette fois-ci, il ne s’agit plus pour eux de nous arrêter. Désormais, ils vont tirer à vue.
Cette affirmation laisse Hélène et Steve dans l’expectative. Je développe ma réflexion :
— Révonnaissance est en passe de devenir une réalité. Les résultats sont bien plus encourageants que nous ne l’aurions imaginé. Votre rôle au sein de la Nueve n’a désormais plus lieu d’être. Votre dernière paye vous a été remise. J’espère qu’elle vous permettra de ne plus travailler jusqu’à la fin de vos jours. La Nueve est ruinée. Nous ne sommes plus en mesure de protéger quiconque. Le mieux que vous pourriez faire, à présent, c’est de disparaître. TheCreator pourrait encore vous aider, je l’espère. J’attends encore de ses nouvelles…
— Peut-être qu’il a été arrêté ?, suggère Steve, lui aussi, il est devenu vulnérable.
— Je ne l’espère pas…
David s’avance vers moi.
— Tu as un autre problème, Lisa : cet «Oracio» qui n’en est pas un et qui est dans la nature. Personne ne sait qui il est vraiment et il est fort possible qu’il s’en prenne à toi, prévient-il.
— Ce dont on est sûrs c’est que la vidéo provient bien du vrai Oracio, car elle est à charge contre Google, affirme Steve. Je l’ai visionnée plusieurs fois et il n’y a aucun doute possible. De plus, je…
— «Je» quoi ?, demande Hélène.
Les yeux de Steve s’écarquillent en se souvenant de ce qu’il avait vu.
— Il y a la séquence dont tout le monde parle : celle de la salle où des humains sont dans des caissons remplis d’un liquide étrange. Des clones. Et si cet Oracio était l’un d’eux ? S’il était aux ordres du CEO de Google ?
— Je pensais la même chose, acquiesce Hélène, s’il s’est enfui ce n’est pas un hasard. Il faut savoir ce qu’il veut. Personnellement, je pense que, constatant que le premier plan (celui de la vidéo) a échoué, il va effectuer le deuxième : venger son maître.
— Donc, s’en prendre à Lisa ?, s’empresse de demander David.
— Pas forcément… Il y a peut-être autre chose…
Je rassemble mes idées avant de demander à Steve une énième fois s’il n’a pas reçu un email de la part de TheCreator.
— Nom de Dieu ! jure-t-il, quand on parle du loup… J’ai enfin de ses nouvelles.
Nous nous agglutinons autour de lui.

« Mes chers amis,

Je suis ravi que vous ayez pu arriver à la planque saine et saufs. Révonnaissance est un franc succès et, dans le monde entier, des révoltes éclatent un peu à partout. Elles sont parfois réprimées dans le sang, mais elles ne faiblissent pas pour autant. Il semble que le désespoir et la colère du peuple soient plus grandes que les forces maléfiques déployées par les tyrans. Nous avons ouvert la voie et tous ces efforts acharnés ont maintenant payé : l’ancien monde est aux abois et cette pandémie, si terrible soit-elle, nous sert plus qu’elle nous dessert. Si un changement brutal de système économique et social doit opérer, je ne vois pas de plus belle opportunité que maintenant. Je suis confiant quant à une révolution mondiale. Celle-ci s’opérera dans quelques temps et pour la seule et unique fois de son histoire, le peuple aura entièrement le choix de revenir à l’ancien système ou d’embrasser, avec audace et pugnacité, les fondations d’un nouveau monde. Le choix appartient au peuple et nous sommes du peuple. Chacun, dans son individualité, pourra juger en pleine conscience selon son propre prisme.
Je vous ai trouvé cette planque, mais, comme vous le devinez, il vous faudra partir pour protéger la Nueve et vos vies. Toutes les cellules sont maintenant dissoutes. Vous êtes la dernière encore en activité. Il est temps pour vous aussi de vous séparer. Vous trouverez des Effaceurs et des montres connectées dans le coffre situé dans le salon. Vous devrez détruire les ordinateurs avant de quitter les lieux. Je vous remercie tous du plus profond de mon cœur. J’ai également vu les informations. Je suppose que le hacker qui a diffuse la vidéo n’était pas l’humanoïde. Il s’agit très probablement d’un clone envoyé par monsieur Carpenter. Je sais déjà pourquoi il a été envoyé. Cela te concerne en premier lieu, Lisa. C’est pourquoi, exceptionnellement, j’aimerais que nous nous en rencontrions en privé. Tes amis ne pourront pas t’accompagner. C’est un voyage que tu devras faire seule. »

Soudain, une explosion retentit à l’extérieur et nous surprend. Nous nous précipitons à la fenêtre. Un accident de voiture. Les deux chauffeurs se chamaillent, mais constatent par eux-mêmes que les feux disjonctent. Partout, le long de la rue, les accidents s’enchaînent. Steve n’en revient pas.
— Les vers informatiques n’étaient pas censés s’attaquer aux serveurs dédiés à la gestion des feux tricolores. Cela va provoquer une belle pagaille et des accidents mortels à répétition !, s’écrie-t-il.
— Soit, les vers sont devenus hors de contrôle, soit c’est autre chose…, suggère Hélène.
— Ils ont été conçus justement dans le but d’être totalement incontrôlables, mais pas à ce point-là. On avait été très clairs là-dessus : ils ont des cibles bien spécifiques. Le temps qu’il faudra pour que les gouvernements décryptent la bulle et cassent le code est le temps qu’il nous reste pour disparaître.
— C’est ce que veut TheCreator, en tout cas, murmure David, que l’on devienne des fantômes… Sauf Lisa.
Je fuis son regard désapprobateur et réfléchis :
— Quelque chose cloche. Il est clair que nous avons sous-estimé la puissance de ces vers… Néanmoins, l’ampleur que cela prend me fait penser qu’une tierce personne a profité de notre cyber-attaque pour attaquer à son tour.
— Une puissance étrangère ? D’autres hackers ?, questionne David.
— Nous avons été en relation avec les cellules tous les jours, intervient Hélène, chaque membre nous a toujours été loyal. Je doute qu’il y ait un traître parmi nous.
— Comment peux-tu en être si sûre ? Des milliers de kilomètres nous séparent les uns des autres. Il est impossible d’espionner tout le monde, lâche David d’un ton amer.
— Je t’ai bien fait confiance, non ? Pourtant, tu n’as jamais été des nôtres !, tempête Hélène.
— Allons, du calme !, intervient Steve.
Je fais part de mes pensées :
— Je dois découvrir ce qui se trame derrière tout ça. Des forces extérieures ont frappé simultanément. Ils savaient comment, où et quand on allait lâcher nos vers. Si ce n’est pas une taupe, qui est-ce ?
— On a de nombreux ennemis, cela ne facilite pas la tâche, réplique Steve en s’asseyant devant l’ordinateur, cela pourrait être d’autres hackers, les services secrets, un gouvernement qui voudrait tirer profit de la situation, n’importe qui, en somme… Je peux entamer une veille et éliminer des probabilités.
—Non.
Les autres me dévisagent, les yeux ronds, mais je demeure inflexible.
— Vous avez lu le mail de TheCreator tout comme moi. La Nueve n’est plus votre priorité. Vous devez disparaître en lieu sûr.
— Mais on pourrait t’aider, Lisa, intervient Hélène, à nous quatre, on pourrait…
— J’ai dit : non. Vous avez déjà pris tous les risques pour l’organisation. Concentrez-vous sur vos propres vies, désormais. Je dois rester seule.
Cette dernière phrase finit de les décourager de m’aider. Tous sauf David.
— On ne peut pas être sûrs que ce n’est pas un piège, émet-il, qu’est-ce qui nous dit que ce mystérieux TheCreator n’est pas lui-même tombé entre les mains de la police ?
— C’est pourquoi tu ne peux pas m’accompagner, David. Je ne veux pas avoir ça sur la conscience.
— Je ne peux pas te laisser tomber maintenant !
— Il le faudra bien, pourtant.
À ces mots, David prend une profonde inspiration. C’est comme si je venais de lui planter un couteau en plein cœur. Il regarde tour à tour Hélène et Steve preparer leurs affaires avant de se tourner une derrière fois vers moi, les yeux embués de tristesse.
— C’est seulement pour cela que tu m’as sauvé, Lisa ? Me sauver et ensuite m’abandonner ?, balbutie-t-il.
— C’est donc ce qui te ronge depuis plus d’un an… Tu te demandes pourquoi nous t’avons sauvé cette nuit-là.
David se braque :
— Si ce n’est pas l’amour, quelles étaient tes motivations ?, s’interroge-t-il avec une pointe d’énervement, tu avais forcément un interêt !
Je fronce les sourcils et tourne les talons :
— Cette conversation n’a aucun sens…
Je préfère prendre le temps de dire au revoir aux autres et les féliciter du travail remarquable qu’ils ont accompli. Je les questionne sur leurs intentions alors qu’ils enfilent leurs manteaux, afin de ne pas sombrer dans la peine.
— J’aimerais revoir mes parents, mais je sais que c’est impossible, alors je vais essayer de me mettre au «vert» quelques temps, répond Steve en essayant de dissimuler son émotion.
— Pour ma part, plus loin je serai de Paris, mieux je me porterai, enchaîne Hélène, j’irai là où personne ne cherchera à me descendre.
Nous éclatons de rire tous les quatre une dernière fois puis Hélène ouvre la porte, suivie par Steve. David se tient en retrait. Je sens qu’il veut me parler.
— Je ne sais pas si je te reverrai, declare-t-il d’une voix chevrotante, alors, je te serre dans mes bras que tu le veuilles ou non.
Je me laisse faire, mais je ne l’embrasse pas. Je me contente de maintenir mes distances pour faciliter notre séparation et lui confie :
— Tu m’as apporté bien plus que ton soutien. Grâce à toi, j’ai pu vivre quelques temps dans l’insouciance.
Il soupire longuement, retenant ses larmes.
—Je sais que tu n’as pas chassé tous tes démons, dit-il, je sais que tout ça, c’est personnel. J’ai compris que c’était personnel. Je… Je veux plus te juger pour tes actes, Lisa. Je me suis efforcé d’essayer de te comprendre. Je pense que j’ai échoué et je m’en veux terriblement. Je t’…
Je le coupe en mettant ma main sur sa bouche, tout en lui murmurant à l’oreille :
— Tu n’as pas à te sentir coupable de quoi ce soit. Comme je te l’ai dit, c’est en moi, c’est ma vie. C’est quelque chose de sombre dont je ne pourrai jamais me débarasser.

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– Ô mon Seigneur, veuillez bien m'excusez d'avoir interrompu votre méditation, cependant une réponse du seigneur Olokun m'a été envoyé et c'est avec un réel plaisir que je vous la fais parvenir.
– Bien, poursuis donc mon très cher Ellegua, ordonna-t-il en lui souriant.
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     Ellegua s'inclina avant de se retirer de la salle du dieu. Lorsqu'il parcourut le couloir du palais des trois rois suprême il tomba nez-à-nez avec Eshu, le dieu de la discorde et de la tromperie. Il semblait profondément concentré dans la contemplation de ces énormes statues à l'effigie des dieux orishas qui longeaient les murs. Elles étaient soit en obsidienne, en or ou en argent. Ellegua le vit dérober une plus petite avant de la glisser dans la poche de sa longue tunique en tissu rouge et noir, avant de s'arrêter net devant le regard accusateur du dieu messager, Eshu lui jeta un regard sournois. Il coiffait son chef d'un joli chapeau noir et rouge également comme le reste de ses habits.
– Comment vas-tu, mon cher Ellegua ? Demanda le malin tout en sachant que le dieu messager ne l'appréciait guère, comme la plupart des dieux Orishas. Pourrais-tu m'apporter dans mes quartiers de quoi me remplir la panse ?
– Je suis un messager et non un serviteur, lui répondit le dieu vexé de cette demande...et puis de toute façon si vous voulez vraiment vous faire plaisir de quelques mets, Il vous suffit tout simplement de faire apparaître une niche de pain bien garnie, espèce de paresseux !
– Je suis au courant, petit insolent faiblard, mais ce serait beaucoup plus jouissif de te voir dandiner avec un plateau remplis d'avocats, soumet toi à moi Ellegua afin de me donner l'occasion de rigoler un peu. Ce qui est rare dans ce palais ennuyeux. En rétorquant cela, le dieu de la discorde coupa le passage au messager et ce dernier baissa la tête. Sa faiblesse était visible et puis en même temps que pouvait faire ce pauvre Ellegua face à la puissance de persuasion du dieu malin. Eshu sourit devant la faiblesse de sa victime et lorsqu'il retourna dans ses quartiers il fut ravi d'y découvrir à coté de son amante, un panier remplis de fruits succulents avec du pain de mil.
      Il s'approcha de Yemoja, sa douce et tendre amante envers qui il éprouvait un amour profond. Elle ne portait qu'un léger tissu violet qui couvrait uniquement le bas de son corps. Les yeux d'Eshu lorgnèrent sur sa poitrine généreuse dont les tétons étaient entourés de paillettes dorées, mais le corps de son amante n'était rien en comparaison de son visage d'ébène parfaitement lisse et resplendissant. Ses yeux noirs obsidiennes étaient tellement profonds et hypnotisant que le malin s'y perdait. Ses cheveux tressés en deux nattes noires et violets retombaient derrière elle dans le bas du dos. La déesse de l'eau était parfaitement au courant des sentiments qu'avait Eshu envers elle. Mais elle feignait l'ignorance. Ses lèvres rencontrèrent les siennes et leurs corps se rapprochèrent. La chaleur qui naissait entre eux était toujours aussi ardente et passionnante. La déesse le poussa sur son lit avant de se lancer dans un excitant ébat avec le dieu malin.
      Leurs activités étaient très fréquentes et discrètes. Mais Eshu était naïf, le comble pour un dieu de la tromperie. Alors qu'il croyait avoir Yemoja rien que pour lui, il fut surpris de ne pas la retrouver un soir dans sa couchette comme à son habitude. Il ne lui en voulut pas mais quelques jours plus tard, il l'a surprise au moment où elle pénétrait dans les quartiers d'Olodumare. La jalousie lui monta au nez. Il se précipita donc vers la porte du roi suprême et l'ouvrit.
      La scène lui fendit le cœur. Gênée, Yemoja ramassa un pan de la longue tenue d'Olodumare pour couvrir sa nudité.
– Mais que fais-tu là, mon cher Eshu. Demanda à la fois gêné et énervé. Ce dernier ne savait pas que le dieu de la discorde avait des ébats passionnés avec la même concubine que lui. Mais cela ne suffit pas à le calmer, alors il envoya un sort de cécité en direction des deux divinités. Eshu retira un poignard de sa ceinture et l'enfonça dans le cœur de son amante après avoir réduit la distance qui les séparait.
– Je t'aimais...lui dit-il simplement en tenant sa tête entre ses mains, tandis que son corps glisser lentement sur le sol.
      Alors qu'il s'apprêtait à poignarder le dieu aveugle qui venait de s'écrouler, une lance perfora le corps d'Eshu. Mais son cœur resta intact. Eshu s'écroula et s'évanouit juste après avoir aperçu le visage froid et terrifiant d'Ogun, le dieu de la guerre qui venait de le neutraliser.

Note d'auteur. 
J'espère que ce prologue vous a plu. Si c'est le cas n'hésitez pas à me laisser un commentaire et un vote.
Cette partie ne semble pas très prometteur, je l'avoue mais il sert simplement à introduire une scène qui va entraîner à son tour une succession d'événements importants dans la suite de l'histoire.
on se retrouve dans le premier chapitre. 
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