77 - Emundetur a fluxi seminis ancipitia

7 minutes de lecture

22.11.2088 – Journal du lieutenant-colonel Ferguson

Il y a six mois, une guerre a éclaté à «Breath for Mars» et a bien failli compromettre l’entièreté de notre mission.

Le colonel Williams a grièvement blessé monsieur Carpenter, puis s’est suicidé et avec lui une épidémie mortelle a décimé un quart de nos effectifs. C’était une catastrophe et il fallait agir vite.
L’état-major m’a tout naturellement désigné comme le nouveau chef des opérations. J’ai d’abord désarmé les militaires. Puis j’ai orienté les scientifiques vers la recherche des origines de l’épidémie et l’élaboration d’un vaccin. C’était devenu la priorité numéro un. Notre survie en dépendait.
Nous avons donc confiné les infectés, effectué des prélèvements et tout le monde a travaillé jour et nuit pour trouver une solution viable qui permette de nous protéger les uns, les autres.
Donc, pendant tout ce temps, l’extraction du gouffre a été reléguée au second plan. Pendant tout ce temps, il n’y a pas eu de nouveaux cas d’infection.


Il fallait savoir ce qu’on faisait des infectés. Devaient-ils rentrer sur Terre ? Et dans ce cas, la manœuvre était très dangereuse. Devaient-ils être tenus à l’écart, le temps que l’on trouve un vaccin ? Ce qui pourrait prendre des mois, voire, des années. C’était une question délicate.
En me concertant avec l’état-major, nous sommes arrivés à la conclusion que les ramener sur Terre représentait un risque trop élevé. Pendant cinq mois, nous les nourrissions et tentions de traiter leurs symptômes, sans résultat.


Aucun des tests cliniques ne fut concluant et l’échec de ne pas trouver de vaccin mettait en péril non seulement la réussite de la mission, mais nos propres vies.
Je dus prendre la terrible décision de les tuer. Ca n’était pas facile et cela a été compliqué à faire comprendre à la communauté, mais je l’assume.
Ils étaient une menace réelle.
Cinquante personnes exécutées par les militaires en pleine nuit. Un massacre nécessaire.

Après cela, l’extraction de la matière extra-terrestre s’est opérée dans la douleur. Les clones ont été d’une grande aide, mais, privés de leur leader, leur motivation s’en est retrouvée grandement affectée.
Peu importe, la matière récoltée est incroyable. Dans les échantillons de minerai récoltés, nous avons obtenu des résultats saisissants : monsieur Carpenter et le colonel Williams s’étaient bien gardé de nous révéler qu’ils avaient déjà utilisé quelques pierres pour cultiver leur propre potager dans les locaux même de «Breath for Mars».

Ils n’ont fait que développer des choses simples, néanmoins. Les scientifiques me certifient que l’on peut aller beaucoup plus loin dans l’expérience, comme créer de nouvelles espèces florales et animales. Les possibilités sont infinies.
Lorsque nous aurons ramené ce minerai sur Terre, il sera la convoitise de tous, et toutes les puissances mondiales voudront se l’approprier. C’est pourquoi je mets un poing d’honneur à poursuivre le travail entamé par le colonel Williams et à faire en sorte que les intérêts américains prédominent sur tous les autres. Il est vital que nous conservions notre avance.

Le bureau de monsieur Tim Carpenter et sa bibliothèque d’un temps révolu.
Tous ces livres sont bien plus vieux que moi. Certes, il est instruit et éminemment cultivé. Mais c’est surtout un homme condamné, désormais. Je m’approprie son bureau, tout comme l’avait fait le colonel avant moi.

Un homme fait son entrée. Il fait partie de ceux que je respecte le plus ici.

— Bonjour, lieutenant-colonel Ferguson, me lance-t-il en me saluant.
— Bonjour, monsieur Baldwin.
Greg Baldwin est astronaute et ingénieur. Il est arrivé il y a quelques jours avec son équipage afin de rapatrier les quarante premières personnes de «Breath For Mars». Il a besoin de moi pour organiser cela dans le calme. Mais, étonnamment, ce n’est pas ce qui l’intéresse en premier lieu :

— Alors, quels ont été les premiers mots de monsieur Carpenter ?,demande-t-il en ne dissimulant rien de sa curiosité.
— Il ne semble pas avoir subi de séquelles neurologiques importantes. Pas de trous de mémoire, manifestement. Mais il tient un discours inquiétant.
— Inquiétant, dites-vous ?
Greg Baldwin en profite pour jeter un œil à la bibliothèque.
— Oui, il parle de Dieu comme l’ont fait tous les contaminés avant lui. Pour quelqu’un que je sais athée, c’est très étonnant. Il pense que tous les malheurs qui sont survenus ici sont l’œuvre de Dieu.
— Et vous pensez qu’il a tort ?
Je fronce les sourcils et réplique :
— La question n’est pas là… Il est clair qu’il ne pourra jamais reprendre le contrôle de «Breath for Mars». Je limite la casse du mieux que je peux.

— Est-ce que vous l’avez mis au courant du scandale mondial et des investigations judiciaires qui sont actuellement faites en son encontre ?
— Il venait de se réveiller d’un long coma… Je souhaitais le ménager.
Greg s’assoit enfin en face de moi et prend une profonde inspiration :
— Le nom de Google est conspué dans le monde entier suite aux révélations de la vidéo du hacker. Monsieur Carpenter doit maintenant répondre de ses actes devant un juge. Il doit rentrer au plus tôt et je souhaite qu’il soit parmi les premiers à partir, avec tout le respect que je vous dois.
Son culot me surprend. Cela me pousse à lui poser la question.
— Avez-vous une animosité particulière avec lui pour être aussi direct ?
Il rit à l’idée, puis se reprend rapidement :
— Pas particulièrement, non. Mais je suis très déçu… Comme des millions de personnes, j’avais cru, naïvement, que la conquête de Mars serait l’occasion de mettre à contribution les connaissances de tous les pays dans un but louable. En tant qu’astronaute, je nourrissais beaucoup d’espoirs dans cet endroit et maintenant que j’y suis, je n’y vois que vanité, profit et égoïsme.
Je me sens froissé par ses paroles. Si tout cela ne l’enchante pas, que fait-il ici ?
— Pour le moment, nous ne savons pas si monsieur Carpenter est contaminé ou pas. Je ne préfère pas prendre de risques. Attendons d’avoir la certitude qu’il est sain.
Greg Baldwin se gratte le menton.
— Cela veut dire différer le départ à une date ultérieure ?
— Oui. S’il est guéri, je convoquerai la Commission et lui ferai part de l’enquête qui pèse sur lui.
— Vous avez éliminé cinquante personnes. Néanmoins, il y a un risque qu’il y ait d’autres contaminés. Ce mal frappe actuellement la Terre. Plus on attendra, plus le danger deviendra grand pour nous tous.
Je me lève, irrité. Ne sait-il pas que je suis conscient des risques ?
— J’ai bien entendu votre mise en garde, monsieur Baldwin, et je vous en remercie. Cependant, je ne reviendrai pas sur ma décision. Il est de mon devoir de prendre les précautions qui s’imposent.
Greg Baldwin ne parait pas avoir saisi le message et reste obstinément assis.
— Je me dois de vous mettre dans la confidence, lieutenant-colonel, m’explique-t-il avec défiance, même si je ne suis pas un militaire, la Commission m’a doté de pouvoirs spéciaux, comme le pouvoir décisionnel sur qui peut rentrer en priorité et qui ne le peut pas.
Il sort un papier officiel de sa poche.
— Ce document en atteste, renchérit-il en me tendant la feuille, les derniers rapports de certains membres de l’état-major ont alerté la Commission sur la gouvernance de «Breath for Mars». Il est clair qu'il y a eu des abus et des agissements inacceptables que ce soit de la part du colonel Williams ( dont je dois rapatrier le corps) que de monsieur Carpenter. Constatant cela, la Commission m’a chargé de m’assurer que monsieur Carpenter serait l’un des premiers à partir. Cette affaire est devenue politique et l’urgence de la situation sur Terre fait que nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre davantage. Contaminé ou pas, monsieur Carpenter doit répondre de ses actes. Ceci est ma priorité. En second temps, je dois veiller à ce que la tuerie qui a été perpétrée ici ne soit pas étalée sur Terre dans la presse. En conséquence, il me faut vos rapports détaillés expliquant les raisons pour lesquelles vous avez dû en arriver là. Il est fort possible que vous soyez traduit en justice à votre tour, mais de manière totalement confidentielle. Il est donc crucial que, tout comme monsieur Carpenter, vous ne divulguez rien qui compromettre les Etats-Unis d’Amérique. Les personnes qui vont rentrer doivent passer au détecteur de mensonges afin de s’assurer qu’elles ne diront rien. Sur ce point, je ne suis pas regardant. Utilisez les méthodes d’intimidation classiques que vous connaissez. Toutes les personnes présentes ici seront mises sur écoute à leur insu dès qu’elles mettront le pied sur Terre. Quant à vous, vous serez mis aux arrêts avec interdiction de parler aux journalistes. Une histoire a été montée de toutes pièces pour vous permettre de vous défendre en public, néanmoins. Ce sera la seule vérité officielle. La seule qui prévaut.

Voilà donc le fin mot de l’histoire. Cet astronaute prétentieux est mon égal hiérarchique. Dans quel monde vivons-nous ? Je ravale légèrement ma salive avant de conclure :
— Bien, je suppose que ma carrière militaire est terminée.
— Vous toucherez vos pensions de retraite normalement, mais vous n’aurez plus aucun lien avec l’armée. Vous vous êtes sali les mains pour votre pays. La Commission tient à vous témoigner son plus profond respect.
Il se lève enfin, me salue et avant de sortir, me dit :
— Nous savons tous les deux que les longs voyages spatiaux peuvent rendre fous certaines personnes. Si ce que vous dîtes est vrai, alors monsieur Carpenter est soit devenu fou, soit contaminé. Dans les deux cas, vous n’avez plus aucune raison de le garder en observation, surtout s’il devient un boulet pour l’accomplissement de cette mission. Laissez-le rentrer et vous serez auréolé de gloire. Je vous attends dans le grand hall dans une heure pour commencer la sélection des quarante premières personnes, lieutenant-colonel. À tout à l’heure.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 3 versions.

Recommandations

Défi
Beatrice Luminet-dupuy
Si seulement j'étais....
7
7
0
1
FearandWriting .
Je suis tombé sur cette musique, un jour : https://www.youtube.com/watch?v=2XSDDmKOzQM
L'adapter et la réécrire pour une personne précise, m'a tout de suite parue une évidence, je devais lui chanter enfin lui rapper en face-à-face, mais je n'ai jamais pu et plus jamais je ne pourrais.



Adaptation et réécriture d'une musique existante : The All Might Dubstep Rap par None Like Joshua
(Je ne suis pas propriétaire du contenu de cette vidéo, et n'ai pas l'intention de violer le droit d'auteur)
1
0
2
3
Mister Writer
C'est l'histoire d'une discussion sortie de nulle part.
4
13
11
1

Vous aimez lire The Creator ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0