73 - Nulla sese

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22.10.2088 – Journal de David

Non ! Je vous en supplie ! Ne la tuez pas ! Non ! Lisa !
Coup de feu. Deuxième coup de feu. Silence.
Je me réveille en sueur, en suffoquant presque. Toujours ce maudit cauchemar qui me hante chaque semaine.
Je me lève, le souffle court et me dirige vers la salle de bain en marbre.
Je fais couler l’eau et me lave le visage ainsi que la barbe abondamment. J’ai des cernes profonds.
Je passe un moment à inspecter les dégâts sur mes rides, puis je m’essuie en essayant de me redonner un peu de contenance. Il fait déjà très chaud, presque trente degrés.
Je m’empare de ma chemise de nuit, la mets, puis je quitte la chambre et descends les escaliers avec une nonchalance non retenue. Dans le grand salon, il y a déjà Hélène et Steve qui prennent leur petit-déjeuner, servis par des H3G. Un énorme écran 3D projette les informations en temps réel. Ils ont l’air particulièrement captivés, et il y a franchement de quoi !

« Comme nous le vous le disions il y a cinq minutes, le célèbre terroriste Don Sewn, qui avait effectué un voyage illégal sur Mars a été interpellé dès son retour de Mars, sur le tarmac du site de lancement de Beauvais », commente le journaliste.

Steve, qui m’aperçoit, me lance :
— On va bientôt rentrer à la maison, le plan commence…
— Il était temps, rouspète Hélène, je n’en pouvais plus de rester ici.
— Ça fait la Une de tous les journaux du monde, continue Steve qui me balance le journal alors que je prends place à leur table, ça eclipse même l’épidémie.

Je revois les images à la télévision. Des dizaines de milliers de personnes s’entretuant tout autour du globe. Le phénomène, que personne n’explique, inquiète de plus en plus la communauté internationale.
— Où ça en est ?, j’interroge.
— Hum, pas bon… Dans certains pays, ils mettent déjà les gens en quarantaine dans des camps, répond Steve tout en sirotant son café, on n’est pas l’abri que ça nous impacte aussi.
Hélène le frappe gentiment :
— Ne dis pas de bêtises !, réprimande-t-elle.
— L’émir va venir. Je suppose qu’il est au courant pour Don Sewn, m’annonce Steve.
Hélène soupire :
— Je regarde tout ce qu’on a fait, tout ce pourquoi on s’est battus et je constate que l’on touche au but. Mais où est Lisa ?
Steve et moi gardons le silence.
— C’est un fantôme, termine Hélène d’un ton maussade, c’est comme si elle avait totalement disparu cette nuit-là…
Je me lève de table.
— Je vais lui parler. Où est-elle ?
Hélène ricane d’un rire jaune :
— Tu sais très bien où elle est. Elle est là où elle passe le plus clair de son temps, maintenant.
— O.K. Je reviens.
Au fond, Hélène ne fait qu’exprimer un sentiment que nous partageons tous : l’amertume. L’impression que Lisa nous a menés en bateau depuis tout ce temps. Je descends au sous-sol, aménagé en immense salle de sport. Alors que je franchis le seuil de la porte, j’entends les coups frappés contre un sac de frappe, ainsi que les respirations saccadées de Lisa qui se donne de la peine. Puis je l’aperçois, en sueur, portant un débardeur et un jogging gris, les cheveux attachés en queue-de-cheval, la mine dégoulinante de sueur. En garde, elle ne cesse de frapper de toutes ses forces avec ses gants de boxe. Je m’approche à pas feutrés.

— Je t’ai déjà dit de ne pas me déranger lorsque je suis ici !, beugle-t-elle entre deux uppercuts.
— Les autres te cherchent, Lisa, tu restes ici toute la journée.
— Et alors ?
— C’est comme si tu fuyais quelque chose…
Lisa s’arrête, reprenant son souffle.
— J’en ai peut-être assez que tu cauchemardes sans cesse de ce qui s’est passé dans le désert cette nuit-là, me rétorque-t-elle d’un son sec, je t’ai déjà dit que c’était ce que je devais faire pour qu’ils me croient morte. Cela nous a permis de survivre ici.
Je ne réponds pas, vexé. Lisa baisse les yeux, contrite.
— Je suis désolée, c’était blessant… s’excuse-t-elle, je sais que tu te sens toujours coupable de tout ce qui s’est passé. Mais encore une fois, je te le répète, ce n’est pas ta faute.
— Hélène… Elle m’en veut toujours pour la mort de Pierre.
— Tu te trompes. Celle à qui elle en veut, c’est bien moi et je ne l’en blâme pas. C’est la vérité. C’est un fardeau que je dois porter seule.
Elle reprend son exercice en y mettant toute sa fougue. Je me dévoue et lui tiens le sac. J’ai quelque chose en tête que je dois exprimer :
— Tu sais, je t’entends aussi parler pendant la nuit…
— Ah, oui ? Et qu’est-ce que je dis ?
— Tu parles à ta mère…
Elle s’arrête à nouveau et me dévisage, l’air sombre, comme si je venais de révéler un lourd secret.
— Ces derniers temps, effectivement, je la vois souvent dans mes rêves, admet-elle, c’est comme si…
— Comme si quoi ?
— Comme si elle essayait de me parler de l’au-delà.
Elle me demande de retirer ses gants, puis s’essuie et bois une bonne rasade d’eau minérale.
— Toute ma vie, j’ai élevé mon père au rang de héros. Je l’idolâtrais. Mais je n’ai jamais eu les mêmes égards pour ma mère. Je n’ai que de très vagues souvenirs d’elle, raconte-t-elle.
— Tu penses que cela t’a manqué ?

— Quelque part oui, je ressens un vide…
Elle semble soucieuse. Je ne l’avais jamais vue dans cet état. Mal à l’aise, je change de sujet.
— Tu sais, Don Sewn a été arrêté ?
— Ne l’appelle pas comme ça.
Je me reprends :
— Oracio est en France. Tu penses qu’il a pu diffuser ses vidéos avant d’être menotté ?
— Je ne sais pas, mais nous le saurons bien assez tôt.
— L’émir arrive.
— C’est une bonne chose, nous devons avoir une discussion sur la suite à donner.
Nous quittons la salle de sport pour rejoindre les autres. J’ose demander :
— Est-ce que cela signifie que nous allons rentrer en France, comme Steve le dit ?
— C’est très probable.
— Tu oublies un détail…
— Lequel ?
— Le lieutenant Gilbert, le gouvernement… S’ils apprennent que tu es en vie, nous sommes perdus. Tu n’es pas assez bête pour te jeter dans la gueule du loup, si ?
Lisa a un rictus.
— Cela fait un an déjà. Je soupçonne le lieutenant Gilbert d’avoir baissé sa garde. De toute façon, pour que le projet Révonnaissance arrive à son terme, je dois parler à The Creator. Ce n’est pas en restant ici que les choses se feront.
— Tu vas donc vraiment le faire ? Tu vas plonger ce monde dans le chaos, juste parce que c’était la volonté de ton père ?
Lisa me jette un regard noir.
— Qu’est-ce que tu insinues ?,s’insurge-t-elle, que je ne suis qu’une marionette manipulée par ma famille ?
— Ce que je dis c’est que je ne te reconnais plus, Lisa ! Tu es devenue froide, calculatrice…
Je sens qu’elle bout de l’intérieur, mais elle se retient de me frapper. J’ose rajouter :
— Sans pitié…
Elle s’approche à quelques centimètres de moi et murmure à mon oreille :
— Tout ça, c’est ce que je suis, et si tu ne l’acceptes pas, tu n’as rien à faire ici. Encore une fois, je te le dis, je ne te retiens pas.
Alors qu’on se fait face, Hélène nous interrompt, gênée :
— Hem ! Désolé de vous déranger en pleine scène de ménage, les tourtereaux, mais l’émir Hazamani vient juste d’arriver et il vous entend…
Lisa lève le menton avant de rejoindre les autres dans le salon. L’émir est assis, flanqué de deux gardes du corps.
— Salam Aleykoum, prononce-t-il d’une voix paisible.
— Aleykoum salam, répondons-nous à l’unisson.
— Vous avez eu les nouvelles ?, demande-t-il en pointant le journal des yeux.
— Oui. Notre ami est rentré de Mars et il s’est fait arrêté. Tout se passe comme prévu, réplique Lisa en se voulant rassurante.
L’émir la dévisage longuement avant de répondre :
— Je ne suis plus en mesure d’assurer votre protection, désormais, il va falloir que vous partiez, annonce-t-il sans ambage.
— Je m’attendais à ce moment, ne vous en faîtes pas, votre Altesse.
L’émir secoue la tête.
— Je ne parlais pas que de ça, explique l’émir toujours aussi paisible, pendant un an, j’ai veillé sur vous. Je vous ai fourni les ressources nécessaires pour synchroniser vos efforts avec toutes les cellules. Vous avez eu les meilleurs ordinateurs disponibles, ainsi qu’une totale liberté de mouvement sur mes terres. Mais, désormais, le monde entier sera au courant de vos agissements et je serai le premier suspecté. Je dois partir en exil et vous ne pourrez pas m’accompagner.

— Ce n’était pas notre but, nous allons bien rentrer dans notre pays.
— Je veux ce que vous m’avez promis : la mise en faillite des investisseurs étrangers et la chute du régime pour un retour à un état islamique fort.
Lisa se rapproche de lui, l’œil perçant :
— Nous avons fait de cet objectif notre priorité et nous avons hâte de vous voir sur le trône, Votre Altesse, répond-elle à notre place.
L’émir sourit, satisfait de cette réponse. Moi, je suis très mal à l’aise.
— Le monde a changé. Les menaces sont multiples, déclare l’émir avec tristesse, particulièrement ce cannibalisme de masse. Il y a plus de décès que de naissances, mais j’ai bon espoir que les choses reviennent dans l’ordre bientôt.
Il se tourne alors vers chacun de nous et rajoute avec fierté :
— Et vous allez y participer. Faites attention à vous. Salam Aleykoum.
Il s’éclipse rapidement, comme il l’a toujours fait, nous laissant seuls.
— Si on doit rentrer, il nous faut des garanties, évoque Hélène avec une légère inquiétude.
— J’ai parlé avec TheCreator, répond Lisa, factuelle, il est très malade, mais il est prêt à faire appel à son réseau pour nous permettre de rentrer sans trop de problèmes.
— Clandestinité ?, devine Steve avec appréhension.
— Il y a de ça... Bon, ne perdons pas de temps. Que chacun prenne ses affaires. Ensuite, on détruit tout le matériel informatique et on s’en va.
Steve fait la grimace :
— Cela me fait toujours mal de détruire des ordinateurs.

Lorsque je monte dans la voiture pour quitter la propriété de l’émir, j’ai un pincement au cœur : effectivement, nous nous étions faits à la vie en Egypte, en plein milieu du désert, profitant allégrement des installations de l’émir qui avait construit des antennes sous la terre spécialement pour qu’on ait du réseau. Quitter ce confort et cette tranquillité me fait bizarre.
Après la débâcle parisienne et la capture d’une vingtaine de ses membres par les unités du lieutenant Gilbert, la Nueve était ébranlée.
Lisa avait la lourde tâche de rassurer toutes les cellules dans le monde et les exhorter à poursuivre le combat coûte que coûte. Elle le fit avec une détermination jamais émoussée, passant ses journées devant l’ordinateur, en communication avec des « chefs” de cellules, à parler du projet Révonnaissance, mais jamais dans les details. Chacune des cellules savait ce qu’elle devait faire le jour J, mais ignorait ce que faisaient les autres. C’était un jeu d’équilibriste auquel s’adonnait Lisa et dans lequel elle brillait par sa rhétorique et surtout sa force de persuasion : elle savait séduire son auditoire, tout comme elle m’avait séduit.

— Hélène et Steve n’avaient pas été en reste. Ils avaient pu se coordonner à distance avec les autres développeurs afin de terminer les vers informatiques. Ils avaient tellement ingurgité des lignes de codes ces derniers mois qu’il en avaient même perdu le sommeil. C’était une situation délicate : dans le monde entier, des cellules tombaient et disparaissaient sous les flashs des Effaceurs, mais pour autant, Lisa ne relâchait pas la pression. Elle était comme habitée par sa mission et s’évertuait à nous encourager et à ne pas abandonner.
Entre temps, elle m’a embrassé un soir. Je ne sais pas pourquoi elle avait fait ça, sans doute des pulsions à calmer, mais nous avons entamé une relation basée que sur le sexe. Elle a très rapidement douché mes espoirs quant à une relation sérieuse avec elle. Elle me traite comme tous les mecs avec qui elle est sortie : je suis une distraction passagère, rien d’autre.
Résultat : je me sens toujours aussi seul auprès d’elle. Au fond, j’en souffre énormément. Je ne lui ai jamais avoué mes sentiments.
Une question me hante tous les jours : pourquoi m’avoir sauvé, sachant que je ne sers à rien à la Nueve ? Pourquoi avoir pris tous ces risques pour moi ? Pourquoi, si ce n’est pas de l’amour ?
Toutes ces questions demeurent en suspens, car je n’ose pas connaître les réponses. Lisa est insondable.

Le chauffeur conduit vite, il fait un temps magnifique. Hélène, Steve et moi, nous nous regardons les uns les autres comme pour nous donner mutuellement du courage face à ce qui nous attend en France. Je ne pense pas que nous reviendrons ici.

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      C'était un non lieu qu'était le monde des dieux. Un endroit où règnent les divinités. Ces êtres cosmiques étaient regroupés en factions ou royaumes et se partageaient le monde divin qui s'étendait à l'infini. Des édifices gigantesques jouant avec des proportions inimaginables et exagérées se dressaient dans les contrées mystiques du monde divin. Les architectures étaient variées selon les royaumes. L'immensité de leur orgueil se manifestait par la grandeur de leurs créations et rien ne laissait croire qu'ils pourraient être un jour rassasiés de cette mégalomanie divine. Chacune des factions avait un dieu créateur qui avait participé à la création du monde. Et l'un d'eux, Olodumare, se languissait de ses privilèges en tant que l'un des rois suprêmes du royaume des Orishas. Ces dieux avaient le contrôle de la majorité de l'Afrique. Portion du monde pour laquelle les divinités se sont longtemps fait la guerre jusqu'à un commun accord. C'était un dieu chic et fier, et il était toujours vêtu de blanc, symbole de pureté. Son animosité infinie semblait éclairer l'univers et son rire faisait trembler le monde des hommes. Ses larmes arrosaient l'Afrique, continent de la richesse. Il ne manquait jamais de s'en vanter auprès des dieux des royaumes des autres régions.
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– Ô mon Seigneur, veuillez bien m'excusez d'avoir interrompu votre méditation, cependant une réponse du seigneur Olokun m'a été envoyé et c'est avec un réel plaisir que je vous la fais parvenir.
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     Ellegua s'inclina avant de se retirer de la salle du dieu. Lorsqu'il parcourut le couloir du palais des trois rois suprême il tomba nez-à-nez avec Eshu, le dieu de la discorde et de la tromperie. Il semblait profondément concentré dans la contemplation de ces énormes statues à l'effigie des dieux orishas qui longeaient les murs. Elles étaient soit en obsidienne, en or ou en argent. Ellegua le vit dérober une plus petite avant de la glisser dans la poche de sa longue tunique en tissu rouge et noir, avant de s'arrêter net devant le regard accusateur du dieu messager, Eshu lui jeta un regard sournois. Il coiffait son chef d'un joli chapeau noir et rouge également comme le reste de ses habits.
– Comment vas-tu, mon cher Ellegua ? Demanda le malin tout en sachant que le dieu messager ne l'appréciait guère, comme la plupart des dieux Orishas. Pourrais-tu m'apporter dans mes quartiers de quoi me remplir la panse ?
– Je suis un messager et non un serviteur, lui répondit le dieu vexé de cette demande...et puis de toute façon si vous voulez vraiment vous faire plaisir de quelques mets, Il vous suffit tout simplement de faire apparaître une niche de pain bien garnie, espèce de paresseux !
– Je suis au courant, petit insolent faiblard, mais ce serait beaucoup plus jouissif de te voir dandiner avec un plateau remplis d'avocats, soumet toi à moi Ellegua afin de me donner l'occasion de rigoler un peu. Ce qui est rare dans ce palais ennuyeux. En rétorquant cela, le dieu de la discorde coupa le passage au messager et ce dernier baissa la tête. Sa faiblesse était visible et puis en même temps que pouvait faire ce pauvre Ellegua face à la puissance de persuasion du dieu malin. Eshu sourit devant la faiblesse de sa victime et lorsqu'il retourna dans ses quartiers il fut ravi d'y découvrir à coté de son amante, un panier remplis de fruits succulents avec du pain de mil.
      Il s'approcha de Yemoja, sa douce et tendre amante envers qui il éprouvait un amour profond. Elle ne portait qu'un léger tissu violet qui couvrait uniquement le bas de son corps. Les yeux d'Eshu lorgnèrent sur sa poitrine généreuse dont les tétons étaient entourés de paillettes dorées, mais le corps de son amante n'était rien en comparaison de son visage d'ébène parfaitement lisse et resplendissant. Ses yeux noirs obsidiennes étaient tellement profonds et hypnotisant que le malin s'y perdait. Ses cheveux tressés en deux nattes noires et violets retombaient derrière elle dans le bas du dos. La déesse de l'eau était parfaitement au courant des sentiments qu'avait Eshu envers elle. Mais elle feignait l'ignorance. Ses lèvres rencontrèrent les siennes et leurs corps se rapprochèrent. La chaleur qui naissait entre eux était toujours aussi ardente et passionnante. La déesse le poussa sur son lit avant de se lancer dans un excitant ébat avec le dieu malin.
      Leurs activités étaient très fréquentes et discrètes. Mais Eshu était naïf, le comble pour un dieu de la tromperie. Alors qu'il croyait avoir Yemoja rien que pour lui, il fut surpris de ne pas la retrouver un soir dans sa couchette comme à son habitude. Il ne lui en voulut pas mais quelques jours plus tard, il l'a surprise au moment où elle pénétrait dans les quartiers d'Olodumare. La jalousie lui monta au nez. Il se précipita donc vers la porte du roi suprême et l'ouvrit.
      La scène lui fendit le cœur. Gênée, Yemoja ramassa un pan de la longue tenue d'Olodumare pour couvrir sa nudité.
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– Je t'aimais...lui dit-il simplement en tenant sa tête entre ses mains, tandis que son corps glisser lentement sur le sol.
      Alors qu'il s'apprêtait à poignarder le dieu aveugle qui venait de s'écrouler, une lance perfora le corps d'Eshu. Mais son cœur resta intact. Eshu s'écroula et s'évanouit juste après avoir aperçu le visage froid et terrifiant d'Ogun, le dieu de la guerre qui venait de le neutraliser.

Note d'auteur. 
J'espère que ce prologue vous a plu. Si c'est le cas n'hésitez pas à me laisser un commentaire et un vote.
Cette partie ne semble pas très prometteur, je l'avoue mais il sert simplement à introduire une scène qui va entraîner à son tour une succession d'événements importants dans la suite de l'histoire.
on se retrouve dans le premier chapitre. 
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